00:00Céline Landreau, RTL Matin.
00:037h42 sur RTL.
00:05Un homme qui s'éloigne de dos sur le parking d'un hôtel du Var.
00:08C'était il y a 15 ans, quasiment jour pour jour, le 15 avril 2011.
00:13La dernière image que l'on ait de Xavier Dupont de Ligonnès,
00:15dernière trace de vie de celui qui est soupçonné d'avoir tué sa femme, Agnès,
00:19et leurs quatre enfants quelques jours plus tôt à Nantes.
00:21L'affaire XDDL charrie depuis son lot de questions sans réponses
00:26et hante ceux qui y ont été confrontés de près ou de loin.
00:30Les hantés, justement, c'est le titre de votre livre, Philippe Créange.
00:34Bonjour.
00:34Bonjour.
00:35Vous êtes journaliste, rédacteur en chef adjoint du journal Le Télégramme
00:38et vous avez rencontré ceux qui ont été plongés au cœur de cette affaire.
00:42Des policiers, des proches, des journalistes qui doivent aujourd'hui vivre avec,
00:46avec leurs questions, avec leurs convictions aussi.
00:49La vôtre, Philippe Créange, après ces années d'enquête,
00:52vous êtes de quel côté ? Ceux qui le croient vivant ou mort ?
00:54Je me refusais de répondre à cette question au démarrage de cette enquête.
00:58Donc, je vais tenter quand même de vous répondre.
01:00C'est vrai que mon hypothèse première, j'avais été assez convaincu
01:03par le livre du psychiatre Daniel Zaguri qui était sorti l'année dernière
01:06sur la thèse du suicide.
01:09Un homme endetté avec des problématiques en matière de religion
01:15confrontées à des oppositions et familiales.
01:18Et puis, finalement, en rencontrant toutes ces personnes que vous venez de lister,
01:25je me dis que finalement, cet homme, il avait de la ressource en lui,
01:28beaucoup de ressources.
01:29Il avait une très forte personnalité.
01:31Il cachait sans doute des choses de sa vie, on ne sait pas, toute sa vie.
01:34Et donc, finalement, peut-être que c'est possible aujourd'hui.
01:37Je ne suis plus sûr de rien.
01:39Philippe Créange, en avril 2011, quand l'affaire éclate à Nantes,
01:42vous ne travaillez pas, vous, dessus.
01:44Vous allez y venir bien plus tard et par un chemin assez étonnant.
01:47Vous allez vous retrouver dans la maison du drame,
01:50cette façade qu'on a beaucoup vue à la télévision à l'époque,
01:53au 55 boulevard Schumann.
01:54Oui, c'est par l'intermédiaire de mon épouse, en fait,
01:57qui achète un petit meuble sur une plateforme de mise en relation entre particuliers.
02:03Et donc, je l'accompagne pour aller chercher ce meuble.
02:06Et je me rends compte, sur le moment où je n'avais pas réalisé,
02:09que je me retrouve devant le 55 boulevard Schumann, à Nantes,
02:12cette maison qui a connu un drame terrible il y a 15 ans.
02:17Et donc, je reste quelques minutes sur le perron de cette maison.
02:24et ces quelques minutes, en fait,
02:25ont fait l'effet d'une forme de bombe émotionnelle chez moi.
02:30Et je suis sorti de là vraiment bouleversé, il faut dire les choses.
02:35Mais je ne me suis pas lancé tout de suite, en fait,
02:37dans la réalisation de cette enquête d'abord,
02:41parce qu'il y a eu tellement de choses de faites,
02:43tellement de choses écrites, tellement de documentaires, de films.
02:46Qu'est-ce que moi, j'allais apporter ?
02:48Et puis, de fil en aiguille, ma réflexion,
02:51m'a mené à me dire que finalement,
02:53ce que j'ai vécu, ces quelques minutes vécues sur ce perron,
02:57qu'est-ce que ça a dû être pour tous ceux
02:58qui ont finalement, vivent avec ça depuis 15 ans ?
03:01Et donc, j'ai commencé à rencontrer des témoins.
03:03Parce que vous, ces quelques minutes passées,
03:05dans l'entrée de cette maison, en plus,
03:06vous ne l'avez pas visité dans son intégralité,
03:08vous le racontez, ça a suffi à vous happer dans cette histoire ?
03:11Ça m'a happé, et puis en fait,
03:13c'est le regard aussi de mes collègues de travail,
03:16d'amis, quand je racontais cette petite anecdote
03:19qui paraît relativement secondaire,
03:21et à chaque fois, il y avait une réaction,
03:23« Ah, tu es rentré dans la maison du pont de Ligonnès ».
03:26Donc, c'est comme ça que finalement,
03:28j'ai plongé totalement dans cette affaire.
03:30Parce que cette maison, c'est aussi un personnage
03:31à part entière dans ce drame.
03:34On sait que tout s'y passe,
03:36mais c'est tout ce qu'on sait, ou presque.
03:38Ben oui, parce que...
03:40Et c'est de la difficulté de cette enquête,
03:42c'est qu'il n'y a quasiment aucune trace
03:46des meurtres.
03:49Les policiers ont passé à la maison au Bluestar,
03:51on a retrouvé quelques gouttes de sang,
03:53et seulement, on s'interroge comment un homme seul,
03:57je rappelle d'ailleurs qu'il est présumé innocent,
03:58quand même, Xavier Dupont de Ligonnès,
04:00comment un homme seul aurait pu creuser
04:03des tombes, il faut appeler un chat un chat,
04:06comment il a pu vivre comme ça plusieurs jours,
04:08seul, avec des morts.
04:10Donc oui, c'est un mystère total, cette maison.
04:14Cette affaire, vous dites qu'elle hante,
04:16vous avez d'ailleurs donné ce titre à votre livre,
04:18on pourrait la qualifier aussi de radioactive,
04:20elle laisse des traces chez tous ceux
04:22qui ont été éclaboussés.
04:24Philippe Cussa, qui à l'époque,
04:25commissaire centrale en poste à Nantes,
04:27parle de blessures invisibles.
04:30Vous, ça a pris quelle place dans votre vie,
04:32cette quête ?
04:33Vous en avez fait des cauchemars,
04:34vous le racontez.
04:35Oui, je pense que c'est valable
04:38pour l'ensemble des journalistes
04:39qui enquêtent pendant longtemps
04:41sur une affaire,
04:42et qui plus est, une affaire criminelle.
04:44Mais c'est vrai que, chez moi,
04:46ce dossier m'a totalement habité,
04:49parce que je suis tombé face à des femmes
04:51et des hommes qui, 15 ans après,
04:53n'ont absolument rien oublié
04:54de ce qui s'est passé,
04:55de ce qu'ils ont vécu au fil de ces années.
04:57Mais on a encore des gens en souffrance,
05:00en fait, après toutes ces années.
05:02Donc, moi-même, finalement,
05:04habité par ce dossier,
05:05ben oui, j'en ai rêvé parfois,
05:08et même cauchemardé.
05:09Des gens qui, parfois,
05:10n'avaient jamais parlé,
05:1115 ans après,
05:12c'est le cas de cette amie d'Agnès
05:15que vous appelez Bénédicte
05:15dans votre livre,
05:16qu'on sent encore très traumatisée
05:19par ce drame,
05:20d'autant qu'elle porte aussi
05:21une forme de culpabilité,
05:23parce que quelques jours avant le drame,
05:25Agnès lui avait proposé
05:26de déjeuner rapidement.
05:27Oui, donc,
05:28c'est une amie de 15 ans,
05:30elle se voyait régulièrement,
05:32elle s'appelait quasiment tous les jours,
05:33elle s'échangeait par messagerie,
05:35et puis,
05:36la semaine du drame,
05:38enfin,
05:38quelques jours avant,
05:39elles avaient décidé de se voir
05:40pour un déjeuner à Nantes,
05:42parce que ça faisait un petit moment
05:43qu'elles ne s'étaient pas vues physiquement.
05:44et donc,
05:47Bénédicte s'en va en vacances
05:49et quand elle en revient,
05:50son amie a disparu,
05:53les enfants,
05:54cette famille a disparu,
05:55et puis elle apprend,
05:56quelques jours après encore,
05:57le 21 avril,
05:59qu'ils sont retrouvés sous la terrasse.
06:01Et elle se dit,
06:03aujourd'hui encore,
06:05qu'est-ce qu'Agnès aurait pu me dire,
06:08elle aurait peut-être pu me donner
06:09des indications,
06:10finalement,
06:10lors de ses déjeuners,
06:11sur ce qu'elle vivait
06:12à ce moment précis ?
06:13Il y a ce qu'elle n'a pas pu lui dire,
06:14parce que ce déjeuner n'a pas eu lieu,
06:16il y a aussi ce qu'elle lui avait dit,
06:17elle lui avait notamment parlé
06:19de cette carabine
06:20que Xavier Dupont-de-Ligonnès
06:21avait ramenée
06:22de chez son père décédé,
06:24quasiment le seul héritage
06:25qu'il avait voulu conserver,
06:26et ça intriguait un peu Agnès,
06:27elle le disait à son amie.
06:28Ben, complètement.
06:29On rappelle que cette carabine
06:32est l'arme du crime supposée.
06:34En tout cas, oui,
06:34c'est l'arme du crime supposée
06:35puisqu'on ne l'a pas retrouvée.
06:41qui était un ami du père
06:43de Xavier Dupont-de-Ligonnès
06:45avait remarqué la dernière semaine
06:46quand Dupont-de-Ligonnès
06:47était venu débarrasser
06:48l'appartement de son père,
06:50qu'il cherchait vraiment
06:51cette carabine.
06:53Et puis ensuite,
06:55c'est Bénédic qui me le dit.
06:56En effet, Agnès,
06:58à deux reprises,
06:59lui dit,
06:59mais tu comprends,
07:02pourquoi il a voulu absolument
07:04récupérer cette carabine ?
07:05Elle ne comprenait pas.
07:07Vous dites,
07:07il y a des gens qui sont en souffrance
07:08depuis 15 ans
07:10avec cette histoire.
07:10On vient de parler de Bénédicte,
07:12ami d'Agnès.
07:13Lui non plus n'avait pas parlé
07:15depuis 15 ans.
07:16C'est le frère aîné
07:16d'Agnès Dupont-de-Ligonnès,
07:18Guillaume Abbas-au-Danger,
07:19qui a pris la parole
07:20pour la première fois
07:20il y a quelques jours
07:21sur France 5
07:22et a lancé cet appel
07:23« rends-toi »,
07:24dit-il,
07:25même si lui-même
07:26dit que ses convictions
07:27sont très mouvantes,
07:28qu'il n'est pas du tout certain
07:28que Xavier Dupont-de-Ligonnès
07:30soit encore en vie.
07:32Il y a aussi cet appel
07:33à témoins
07:33qui a été relancé au Texas
07:35il y a quelques jours.
07:40Disons qu'il ne faut pas
07:41l'écarter totalement.
07:43Là, on ressort
07:45parce qu'il y a
07:45un ancien policier
07:46de la cybercrime
07:47qui est allé aux Etats-Unis,
07:49qui a développé une thèse
07:50sur un voyage,
07:52un vol depuis Nice
07:53jusqu'aux Etats-Unis,
07:54puis au Texas,
07:55une région que connaît bien
07:56Xavier Dupont-de-Ligonnès
07:58et donc il y a en effet
07:59cet appel à témoins
08:00lancé par le shérif d'Alpine.
08:02Mais donc,
08:03Xavier Dupont-de-Ligonnès
08:04il connaît cette région.
08:06Donc, il aurait très bien
08:07pu se dire que c'est là
08:09qu'il aurait pu se réfugier.
08:11On l'a annoncé aussi en Asie.
08:13Non mais c'est ça,
08:13il y a eu 1800 signalements
08:15depuis 15 ans, 1800.
08:16Donc, c'est peut-être
08:17un de plus
08:18qui n'aboutira à rien.
08:19Il est introuvable
08:20et on le voit partout.
08:22Oui.
08:23Que vous dire de plus ?
08:25Oui, c'est une sorte
08:26de mirage.
08:27Ce sera ça,
08:28le mirage
08:29Xavier Dupont-de-Ligonnès.
08:30Vous espérez, vous,
08:31qu'il soit élucidé un jour.
08:32Vous y croyez ?
08:33Oui, j'y crois.
08:34Je crois sincèrement
08:35que peut-être
08:36qu'on ne retrouvera pas
08:37c'est Xavier Roncin,
08:38l'ex-procureur
08:39Nantes qui le dit.
08:40Il faut des preuves de vie
08:41ou des preuves de mort
08:42pour avancer dans ce dossier.
08:43Je ne sais pas
08:44si on en aura
08:44de ces preuves
08:45mais je pense qu'il y a
08:46des témoignages
08:46qui finiront par émerger
08:47et quelques pièces tangibles.
08:50Merci beaucoup.
08:51Les hantés,
08:52ils ont été au cœur
08:53de l'affaire
08:54Xavier Dupont-de-Ligonnès
08:55et racontent
08:57dans les éditions
08:57Robert Laffont.
08:59Vous y parlez aussi
09:00de la dimension religieuse
09:01qu'on n'a pas évoquée
09:01ce matin
09:02mais qui est très importante
09:03dans la vie
09:04de Xavier Dupont-de-Ligonnès
09:05dans sa vie familiale
09:06quasi mystique
09:07par moment.
09:08C'est donc
09:09à lire aux éditions
09:10Robert Laffont.
09:11Merci beaucoup
09:11Philippe Créange
09:12d'être venu.
09:12Merci.
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