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  • il y a 8 minutes
L'affaire Xavier Dupont de Ligonnès, tout le monde ou presque la connaît. Alors 15 ans après que peut-on encore écrire dessus ? Philippe Créhange, rédacteur en chef adjoint au "Télégramme", publie aux éditions Robert Laffont "Les Hantés". Il a été à la rencontre de celles et ceux qui ont connu la famille Dupont-de-Ligonnès. Une exploration de la psyché de ceux qui ont vécu ce drame de prés ou de loin. Philippe Créhange est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 17 avril 2026.

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Transcription
00:00Céline Landreau, RTL Matin.
00:037h42 sur RTL.
00:05Un homme qui s'éloigne de dos sur le parking d'un hôtel du Var.
00:08C'était il y a 15 ans, quasiment jour pour jour, le 15 avril 2011.
00:13La dernière image que l'on ait de Xavier Dupont de Ligonnès,
00:15dernière trace de vie de celui qui est soupçonné d'avoir tué sa femme, Agnès,
00:19et leurs quatre enfants quelques jours plus tôt à Nantes.
00:21L'affaire XDDL charrie depuis son lot de questions sans réponses
00:26et hante ceux qui y ont été confrontés de près ou de loin.
00:30Les hantés, justement, c'est le titre de votre livre, Philippe Créange.
00:34Bonjour.
00:34Bonjour.
00:35Vous êtes journaliste, rédacteur en chef adjoint du journal Le Télégramme
00:38et vous avez rencontré ceux qui ont été plongés au cœur de cette affaire.
00:42Des policiers, des proches, des journalistes qui doivent aujourd'hui vivre avec,
00:46avec leurs questions, avec leurs convictions aussi.
00:49La vôtre, Philippe Créange, après ces années d'enquête,
00:52vous êtes de quel côté ? Ceux qui le croient vivant ou mort ?
00:54Je me refusais de répondre à cette question au démarrage de cette enquête.
00:58Donc, je vais tenter quand même de vous répondre.
01:00C'est vrai que mon hypothèse première, j'avais été assez convaincu
01:03par le livre du psychiatre Daniel Zaguri qui était sorti l'année dernière
01:06sur la thèse du suicide.
01:09Un homme endetté avec des problématiques en matière de religion
01:15confrontées à des oppositions et familiales.
01:18Et puis, finalement, en rencontrant toutes ces personnes que vous venez de lister,
01:25je me dis que finalement, cet homme, il avait de la ressource en lui,
01:28beaucoup de ressources.
01:29Il avait une très forte personnalité.
01:31Il cachait sans doute des choses de sa vie, on ne sait pas, toute sa vie.
01:34Et donc, finalement, peut-être que c'est possible aujourd'hui.
01:37Je ne suis plus sûr de rien.
01:39Philippe Créange, en avril 2011, quand l'affaire éclate à Nantes,
01:42vous ne travaillez pas, vous, dessus.
01:44Vous allez y venir bien plus tard et par un chemin assez étonnant.
01:47Vous allez vous retrouver dans la maison du drame,
01:50cette façade qu'on a beaucoup vue à la télévision à l'époque,
01:53au 55 boulevard Schumann.
01:54Oui, c'est par l'intermédiaire de mon épouse, en fait,
01:57qui achète un petit meuble sur une plateforme de mise en relation entre particuliers.
02:03Et donc, je l'accompagne pour aller chercher ce meuble.
02:06Et je me rends compte, sur le moment où je n'avais pas réalisé,
02:09que je me retrouve devant le 55 boulevard Schumann, à Nantes,
02:12cette maison qui a connu un drame terrible il y a 15 ans.
02:17Et donc, je reste quelques minutes sur le perron de cette maison.
02:24et ces quelques minutes, en fait,
02:25ont fait l'effet d'une forme de bombe émotionnelle chez moi.
02:30Et je suis sorti de là vraiment bouleversé, il faut dire les choses.
02:35Mais je ne me suis pas lancé tout de suite, en fait,
02:37dans la réalisation de cette enquête d'abord,
02:41parce qu'il y a eu tellement de choses de faites,
02:43tellement de choses écrites, tellement de documentaires, de films.
02:46Qu'est-ce que moi, j'allais apporter ?
02:48Et puis, de fil en aiguille, ma réflexion,
02:51m'a mené à me dire que finalement,
02:53ce que j'ai vécu, ces quelques minutes vécues sur ce perron,
02:57qu'est-ce que ça a dû être pour tous ceux
02:58qui ont finalement, vivent avec ça depuis 15 ans ?
03:01Et donc, j'ai commencé à rencontrer des témoins.
03:03Parce que vous, ces quelques minutes passées,
03:05dans l'entrée de cette maison, en plus,
03:06vous ne l'avez pas visité dans son intégralité,
03:08vous le racontez, ça a suffi à vous happer dans cette histoire ?
03:11Ça m'a happé, et puis en fait,
03:13c'est le regard aussi de mes collègues de travail,
03:16d'amis, quand je racontais cette petite anecdote
03:19qui paraît relativement secondaire,
03:21et à chaque fois, il y avait une réaction,
03:23« Ah, tu es rentré dans la maison du pont de Ligonnès ».
03:26Donc, c'est comme ça que finalement,
03:28j'ai plongé totalement dans cette affaire.
03:30Parce que cette maison, c'est aussi un personnage
03:31à part entière dans ce drame.
03:34On sait que tout s'y passe,
03:36mais c'est tout ce qu'on sait, ou presque.
03:38Ben oui, parce que...
03:40Et c'est de la difficulté de cette enquête,
03:42c'est qu'il n'y a quasiment aucune trace
03:46des meurtres.
03:49Les policiers ont passé à la maison au Bluestar,
03:51on a retrouvé quelques gouttes de sang,
03:53et seulement, on s'interroge comment un homme seul,
03:57je rappelle d'ailleurs qu'il est présumé innocent,
03:58quand même, Xavier Dupont de Ligonnès,
04:00comment un homme seul aurait pu creuser
04:03des tombes, il faut appeler un chat un chat,
04:06comment il a pu vivre comme ça plusieurs jours,
04:08seul, avec des morts.
04:10Donc oui, c'est un mystère total, cette maison.
04:14Cette affaire, vous dites qu'elle hante,
04:16vous avez d'ailleurs donné ce titre à votre livre,
04:18on pourrait la qualifier aussi de radioactive,
04:20elle laisse des traces chez tous ceux
04:22qui ont été éclaboussés.
04:24Philippe Cussa, qui à l'époque,
04:25commissaire centrale en poste à Nantes,
04:27parle de blessures invisibles.
04:30Vous, ça a pris quelle place dans votre vie,
04:32cette quête ?
04:33Vous en avez fait des cauchemars,
04:34vous le racontez.
04:35Oui, je pense que c'est valable
04:38pour l'ensemble des journalistes
04:39qui enquêtent pendant longtemps
04:41sur une affaire,
04:42et qui plus est, une affaire criminelle.
04:44Mais c'est vrai que, chez moi,
04:46ce dossier m'a totalement habité,
04:49parce que je suis tombé face à des femmes
04:51et des hommes qui, 15 ans après,
04:53n'ont absolument rien oublié
04:54de ce qui s'est passé,
04:55de ce qu'ils ont vécu au fil de ces années.
04:57Mais on a encore des gens en souffrance,
05:00en fait, après toutes ces années.
05:02Donc, moi-même, finalement,
05:04habité par ce dossier,
05:05ben oui, j'en ai rêvé parfois,
05:08et même cauchemardé.
05:09Des gens qui, parfois,
05:10n'avaient jamais parlé,
05:1115 ans après,
05:12c'est le cas de cette amie d'Agnès
05:15que vous appelez Bénédicte
05:15dans votre livre,
05:16qu'on sent encore très traumatisée
05:19par ce drame,
05:20d'autant qu'elle porte aussi
05:21une forme de culpabilité,
05:23parce que quelques jours avant le drame,
05:25Agnès lui avait proposé
05:26de déjeuner rapidement.
05:27Oui, donc,
05:28c'est une amie de 15 ans,
05:30elle se voyait régulièrement,
05:32elle s'appelait quasiment tous les jours,
05:33elle s'échangeait par messagerie,
05:35et puis,
05:36la semaine du drame,
05:38enfin,
05:38quelques jours avant,
05:39elles avaient décidé de se voir
05:40pour un déjeuner à Nantes,
05:42parce que ça faisait un petit moment
05:43qu'elles ne s'étaient pas vues physiquement.
05:44et donc,
05:47Bénédicte s'en va en vacances
05:49et quand elle en revient,
05:50son amie a disparu,
05:53les enfants,
05:54cette famille a disparu,
05:55et puis elle apprend,
05:56quelques jours après encore,
05:57le 21 avril,
05:59qu'ils sont retrouvés sous la terrasse.
06:01Et elle se dit,
06:03aujourd'hui encore,
06:05qu'est-ce qu'Agnès aurait pu me dire,
06:08elle aurait peut-être pu me donner
06:09des indications,
06:10finalement,
06:10lors de ses déjeuners,
06:11sur ce qu'elle vivait
06:12à ce moment précis ?
06:13Il y a ce qu'elle n'a pas pu lui dire,
06:14parce que ce déjeuner n'a pas eu lieu,
06:16il y a aussi ce qu'elle lui avait dit,
06:17elle lui avait notamment parlé
06:19de cette carabine
06:20que Xavier Dupont-de-Ligonnès
06:21avait ramenée
06:22de chez son père décédé,
06:24quasiment le seul héritage
06:25qu'il avait voulu conserver,
06:26et ça intriguait un peu Agnès,
06:27elle le disait à son amie.
06:28Ben, complètement.
06:29On rappelle que cette carabine
06:32est l'arme du crime supposée.
06:34En tout cas, oui,
06:34c'est l'arme du crime supposée
06:35puisqu'on ne l'a pas retrouvée.
06:41qui était un ami du père
06:43de Xavier Dupont-de-Ligonnès
06:45avait remarqué la dernière semaine
06:46quand Dupont-de-Ligonnès
06:47était venu débarrasser
06:48l'appartement de son père,
06:50qu'il cherchait vraiment
06:51cette carabine.
06:53Et puis ensuite,
06:55c'est Bénédic qui me le dit.
06:56En effet, Agnès,
06:58à deux reprises,
06:59lui dit,
06:59mais tu comprends,
07:02pourquoi il a voulu absolument
07:04récupérer cette carabine ?
07:05Elle ne comprenait pas.
07:07Vous dites,
07:07il y a des gens qui sont en souffrance
07:08depuis 15 ans
07:10avec cette histoire.
07:10On vient de parler de Bénédicte,
07:12ami d'Agnès.
07:13Lui non plus n'avait pas parlé
07:15depuis 15 ans.
07:16C'est le frère aîné
07:16d'Agnès Dupont-de-Ligonnès,
07:18Guillaume Abbas-au-Danger,
07:19qui a pris la parole
07:20pour la première fois
07:20il y a quelques jours
07:21sur France 5
07:22et a lancé cet appel
07:23« rends-toi »,
07:24dit-il,
07:25même si lui-même
07:26dit que ses convictions
07:27sont très mouvantes,
07:28qu'il n'est pas du tout certain
07:28que Xavier Dupont-de-Ligonnès
07:30soit encore en vie.
07:32Il y a aussi cet appel
07:33à témoins
07:33qui a été relancé au Texas
07:35il y a quelques jours.
07:40Disons qu'il ne faut pas
07:41l'écarter totalement.
07:43Là, on ressort
07:45parce qu'il y a
07:45un ancien policier
07:46de la cybercrime
07:47qui est allé aux Etats-Unis,
07:49qui a développé une thèse
07:50sur un voyage,
07:52un vol depuis Nice
07:53jusqu'aux Etats-Unis,
07:54puis au Texas,
07:55une région que connaît bien
07:56Xavier Dupont-de-Ligonnès
07:58et donc il y a en effet
07:59cet appel à témoins
08:00lancé par le shérif d'Alpine.
08:02Mais donc,
08:03Xavier Dupont-de-Ligonnès
08:04il connaît cette région.
08:06Donc, il aurait très bien
08:07pu se dire que c'est là
08:09qu'il aurait pu se réfugier.
08:11On l'a annoncé aussi en Asie.
08:13Non mais c'est ça,
08:13il y a eu 1800 signalements
08:15depuis 15 ans, 1800.
08:16Donc, c'est peut-être
08:17un de plus
08:18qui n'aboutira à rien.
08:19Il est introuvable
08:20et on le voit partout.
08:22Oui.
08:23Que vous dire de plus ?
08:25Oui, c'est une sorte
08:26de mirage.
08:27Ce sera ça,
08:28le mirage
08:29Xavier Dupont-de-Ligonnès.
08:30Vous espérez, vous,
08:31qu'il soit élucidé un jour.
08:32Vous y croyez ?
08:33Oui, j'y crois.
08:34Je crois sincèrement
08:35que peut-être
08:36qu'on ne retrouvera pas
08:37c'est Xavier Roncin,
08:38l'ex-procureur
08:39Nantes qui le dit.
08:40Il faut des preuves de vie
08:41ou des preuves de mort
08:42pour avancer dans ce dossier.
08:43Je ne sais pas
08:44si on en aura
08:44de ces preuves
08:45mais je pense qu'il y a
08:46des témoignages
08:46qui finiront par émerger
08:47et quelques pièces tangibles.
08:50Merci beaucoup.
08:51Les hantés,
08:52ils ont été au cœur
08:53de l'affaire
08:54Xavier Dupont-de-Ligonnès
08:55et racontent
08:57dans les éditions
08:57Robert Laffont.
08:59Vous y parlez aussi
09:00de la dimension religieuse
09:01qu'on n'a pas évoquée
09:01ce matin
09:02mais qui est très importante
09:03dans la vie
09:04de Xavier Dupont-de-Ligonnès
09:05dans sa vie familiale
09:06quasi mystique
09:07par moment.
09:08C'est donc
09:09à lire aux éditions
09:10Robert Laffont.
09:11Merci beaucoup
09:11Philippe Créange
09:12d'être venu.
09:12Merci.
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