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  • il y a 7 heures
L’obligation alimentaire peut contraindre des enfants à subvenir aux besoins de leurs parents. Une double peine pour celles et ceux qui ont grandi avec des parents défaillants. C’est le combat d’Alicia Ambroise. Son père, incarcéré, peut aujourd’hui lui réclamer une pension alimentaire, malgré sa volonté de couper les liens. Une situation qu’elle dénonce et contre laquelle elle se mobilise, avec son collectif @les_liens_en_sang, pour faire évoluer la loi.

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Transcription
00:00Je suis la fille d'un criminel, j'ai envie de faire table rase du passé, de couper les points
00:04avec cette personne
00:04et aujourd'hui, on m'empêche de le faire parce que j'ai cette épée de Damoclès au-dessus de
00:08la tête.
00:08J'ai une enfance plutôt ordinaire, mes parents se sont séparés quand j'avais deux ans.
00:12Mon père s'est remarié avec une femme qui avait déjà une petite fille d'une autre union, qui s
00:17'appelle Laura.
00:17On avait une relation de soeur, comme si on partageait les liens du sang.
00:22Je crois que j'avais 13 ans, quand ma mère m'a annoncé que mon père était incarcéré,
00:28parce qu'il avait commis des viols sur Laura.
00:32Au début, je n'y crois pas. Je me dis que c'est impossible que mon père ait fait ça.
00:36Et puis, petit à petit, quand j'apprends qu'il a écopé de 10 ans d'emprisonnement pour les faits,
00:43je comprends qu'il s'est passé effectivement quelque chose de très grave.
00:46Très rapidement, je décide que je ne veux plus jamais avoir affaire à cette personne
00:50et que je ne veux plus entendre parler de lui.
00:51Durant toute mon adolescence, j'ai été amenée à voir pas mal de spécialistes, des psychologues, etc.
00:56J'ai pu beaucoup avancer jusqu'au jour où je me suis sentie prête à changer de nom de famille.
01:01Donc, je vais prendre rendez-vous avec une juriste.
01:03Et en fait, cette juriste-là va m'annoncer que le changement de nom va être très compliqué pour moi.
01:08Et elle m'apprend aussi l'existence de quelque chose que je ne connaissais pas,
01:11qui est l'obligation alimentaire.
01:13Concrètement, le parent, s'il se retrouve dans le besoin du jour au lendemain,
01:17il peut saisir un juge aux affaires familiales
01:18pour demander à avoir, percevoir une pension alimentaire de ses enfants
01:22ou une place dans le logement
01:25ou que l'enfant paye les courses.
01:28Peu importe, il peut en tout cas demander une aide de ses enfants.
01:31Dans mon cas, moi, le seul recours que j'ai,
01:35c'est un recours qui vient avec l'article 207 du Code civil.
01:39En gros, je peux remplir un CERFA,
01:42demander à saisir un juge aux affaires familiales
01:44et devant le juge, apporter des preuves et des justifications
01:48de ma volonté de ne pas avoir à payer pour mon géniteur.
01:51Et à ce moment-là, c'est le juge qui va statuer.
01:54Le problème, c'est le fait qu'on ne puisse pas anticiper.
01:58Ce qui veut dire que là, aujourd'hui, j'ai 26 ans.
02:00Mon père peut à tout moment réclamer une pension alimentaire via un juge.
02:05Il peut, dans quelques années, rentrer en EHPAD.
02:08J'ai cette épée de Damoclès au-dessus de la tête
02:10et je ne peux pas faire de recours en avance.
02:12Donc aujourd'hui, je vis dans, quelque part, l'attente ou la crainte
02:16que ça m'arrive un jour sans pouvoir anticiper
02:18et me prémunir, me protéger de cette obligation alimentaire
02:23qui, pour moi, représente un danger.
02:24Parce qu'au-delà de la question financière,
02:27la vraie question, c'est la question du lien.
02:29En fait, on n'a plus envie de savoir où est cette personne,
02:31comment elle va, ce qu'elle fait.
02:33On n'a pas envie de lui donner quelque chose,
02:35que ce soit de l'argent ou juste de l'attention ou du temps.
02:39Il existe effectivement des exceptions d'indignité.
02:41Donc ça concerne les enfants dont le parent a commis un crime
02:46soit directement sur eux, soit sur le coparent
02:48ou sur un autre membre de la fratrie.
02:51Et il y a aussi les enfants qui ont été placés
02:53sur une durée de plus de 36 mois consécutives.
02:56Mon géniteur a de nombreuses fois essayé de reprendre contact avec moi
02:59avant sa sortie de prison, après sa sortie de prison
03:03et finalement jusqu'à ce que je commence à médiatiser mon histoire
03:07où là, ça s'est arrêté, coïncidence ou pas, je ne sais pas.
03:11Je n'ai jamais cherché d'explication auprès de lui.
03:14Pour moi, les faits sont ce qu'ils sont.
03:16Ils sont impardonnables, irréparables.
03:19Ma famille, c'est ma soeur, celle à qui l'a fait du mal
03:21et c'est elle que je veux protéger coûte que coûte
03:24et avec qui je veux garder des liens toute ma vie, pas avec lui.
03:27Je me dis quand même une chose, c'est que je ne vais pas être capable
03:30de rester en place à rien faire
03:32et qu'il va falloir que je fasse bouger les choses
03:34avec la ferme intention de changer là encore la loi sur l'obligation alimentaire
03:38pour permettre aux enfants victimes de parents défaillants
03:41dans un premier temps de pouvoir se libérer de ce fardeau
03:45que du coup, le collectif que je porte aujourd'hui s'appelle les liens en sang.
03:49On finit par rencontrer Xavier Iacovelli, qui est donc un sénateur.
03:53On va main dans la main faire tout le processus autour de la création de la loi
03:59jusqu'à ce que la loi arrive au Sénat et soit votée et refusée malheureusement.
04:03L'objectif, c'est qu'un maximum de personnes soient au courant
04:06et qu'on puisse à nouveau porter une proposition de loi
04:09que ce soit au Sénat ou à l'Assemblée nationale.
04:11L'espoir est encore largement permis
04:13et on continuera à se battre coûte que coûte
04:16jusqu'à un changement et une amélioration.
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