00:00Je suis la fille d'un criminel, j'ai envie de faire table rase du passé, de couper les points
00:04avec cette personne
00:04et aujourd'hui, on m'empêche de le faire parce que j'ai cette épée de Damoclès au-dessus de
00:08la tête.
00:08J'ai une enfance plutôt ordinaire, mes parents se sont séparés quand j'avais deux ans.
00:12Mon père s'est remarié avec une femme qui avait déjà une petite fille d'une autre union, qui s
00:17'appelle Laura.
00:17On avait une relation de soeur, comme si on partageait les liens du sang.
00:22Je crois que j'avais 13 ans, quand ma mère m'a annoncé que mon père était incarcéré,
00:28parce qu'il avait commis des viols sur Laura.
00:32Au début, je n'y crois pas. Je me dis que c'est impossible que mon père ait fait ça.
00:36Et puis, petit à petit, quand j'apprends qu'il a écopé de 10 ans d'emprisonnement pour les faits,
00:43je comprends qu'il s'est passé effectivement quelque chose de très grave.
00:46Très rapidement, je décide que je ne veux plus jamais avoir affaire à cette personne
00:50et que je ne veux plus entendre parler de lui.
00:51Durant toute mon adolescence, j'ai été amenée à voir pas mal de spécialistes, des psychologues, etc.
00:56J'ai pu beaucoup avancer jusqu'au jour où je me suis sentie prête à changer de nom de famille.
01:01Donc, je vais prendre rendez-vous avec une juriste.
01:03Et en fait, cette juriste-là va m'annoncer que le changement de nom va être très compliqué pour moi.
01:08Et elle m'apprend aussi l'existence de quelque chose que je ne connaissais pas,
01:11qui est l'obligation alimentaire.
01:13Concrètement, le parent, s'il se retrouve dans le besoin du jour au lendemain,
01:17il peut saisir un juge aux affaires familiales
01:18pour demander à avoir, percevoir une pension alimentaire de ses enfants
01:22ou une place dans le logement
01:25ou que l'enfant paye les courses.
01:28Peu importe, il peut en tout cas demander une aide de ses enfants.
01:31Dans mon cas, moi, le seul recours que j'ai,
01:35c'est un recours qui vient avec l'article 207 du Code civil.
01:39En gros, je peux remplir un CERFA,
01:42demander à saisir un juge aux affaires familiales
01:44et devant le juge, apporter des preuves et des justifications
01:48de ma volonté de ne pas avoir à payer pour mon géniteur.
01:51Et à ce moment-là, c'est le juge qui va statuer.
01:54Le problème, c'est le fait qu'on ne puisse pas anticiper.
01:58Ce qui veut dire que là, aujourd'hui, j'ai 26 ans.
02:00Mon père peut à tout moment réclamer une pension alimentaire via un juge.
02:05Il peut, dans quelques années, rentrer en EHPAD.
02:08J'ai cette épée de Damoclès au-dessus de la tête
02:10et je ne peux pas faire de recours en avance.
02:12Donc aujourd'hui, je vis dans, quelque part, l'attente ou la crainte
02:16que ça m'arrive un jour sans pouvoir anticiper
02:18et me prémunir, me protéger de cette obligation alimentaire
02:23qui, pour moi, représente un danger.
02:24Parce qu'au-delà de la question financière,
02:27la vraie question, c'est la question du lien.
02:29En fait, on n'a plus envie de savoir où est cette personne,
02:31comment elle va, ce qu'elle fait.
02:33On n'a pas envie de lui donner quelque chose,
02:35que ce soit de l'argent ou juste de l'attention ou du temps.
02:39Il existe effectivement des exceptions d'indignité.
02:41Donc ça concerne les enfants dont le parent a commis un crime
02:46soit directement sur eux, soit sur le coparent
02:48ou sur un autre membre de la fratrie.
02:51Et il y a aussi les enfants qui ont été placés
02:53sur une durée de plus de 36 mois consécutives.
02:56Mon géniteur a de nombreuses fois essayé de reprendre contact avec moi
02:59avant sa sortie de prison, après sa sortie de prison
03:03et finalement jusqu'à ce que je commence à médiatiser mon histoire
03:07où là, ça s'est arrêté, coïncidence ou pas, je ne sais pas.
03:11Je n'ai jamais cherché d'explication auprès de lui.
03:14Pour moi, les faits sont ce qu'ils sont.
03:16Ils sont impardonnables, irréparables.
03:19Ma famille, c'est ma soeur, celle à qui l'a fait du mal
03:21et c'est elle que je veux protéger coûte que coûte
03:24et avec qui je veux garder des liens toute ma vie, pas avec lui.
03:27Je me dis quand même une chose, c'est que je ne vais pas être capable
03:30de rester en place à rien faire
03:32et qu'il va falloir que je fasse bouger les choses
03:34avec la ferme intention de changer là encore la loi sur l'obligation alimentaire
03:38pour permettre aux enfants victimes de parents défaillants
03:41dans un premier temps de pouvoir se libérer de ce fardeau
03:45que du coup, le collectif que je porte aujourd'hui s'appelle les liens en sang.
03:49On finit par rencontrer Xavier Iacovelli, qui est donc un sénateur.
03:53On va main dans la main faire tout le processus autour de la création de la loi
03:59jusqu'à ce que la loi arrive au Sénat et soit votée et refusée malheureusement.
04:03L'objectif, c'est qu'un maximum de personnes soient au courant
04:06et qu'on puisse à nouveau porter une proposition de loi
04:09que ce soit au Sénat ou à l'Assemblée nationale.
04:11L'espoir est encore largement permis
04:13et on continuera à se battre coûte que coûte
04:16jusqu'à un changement et une amélioration.
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