00:00Je m'appelle Alicia Ambroise, j'ai 26 ans et ça fait aujourd'hui deux ans que je me bats pour changer la loi sur l'obligation alimentaire.
00:07Mes parents se séparent quand j'ai deux ans.
00:10Mon père rencontre une femme qui a déjà un enfant, Laura, que je considère très vite comme ma soeur.
00:15Un jour, mon père se sépare de ma belle-mère et très peu de temps après, je n'ai plus de nouvelles de lui.
00:22Ma mère décide donc d'appeler ma belle-mère et donc c'est elle qui va lui annoncer à ce moment-là que Laura a parlé et a révélé qu'il avait abusé d'elle et qu'il avait commis des viols sur elle.
00:35Très vite, il va être condamné pour les faits qui lui sont reprochés à 10 ans d'emprisonnement.
00:40Dans un premier temps, je ne vais pas croire qu'il peut être coupable.
00:44En tout cas, à un moment donné, je vais avoir un électrochoc.
00:47La seule chose dont je me souviens, c'est de paroles qui ont pu être déplacées et qui, je pense qu'on sera tous d'accord pour le dire, ne sont pas normales.
00:56L'exemple que j'ai et qui me vient en tête immédiatement, c'est lui et moi sur un parking, une soirée.
01:04On tombe sur une femme qui est en train d'allaiter son enfant et il me fait part de l'information suivante, à savoir ça m'excite.
01:11Et moi, à ce moment-là, j'ai 10-11 ans et c'est plus tard que je réalise qu'il y a des paroles qui ont été prononcées devant moi qui n'auraient jamais dû l'être.
01:19Au fil des années, je commence à aller de mieux en mieux.
01:22Je me dis que c'est peut-être pour moi le moment de changer de nom de famille et d'enlever le sien.
01:26Je commence à me poser des questions et à me dire en quoi je suis encore liée à mon père et comment faire finalement pour me délier, me désolidariser de lui
01:35et en amont expliquer finalement à la justice ou aux autorités compétentes que je ne veux plus rien avoir à faire avec lui.
01:43Je prends rendez-vous avec une juriste dans une association et là, c'est le ciel qui me tourne sur la tête.
01:49Non seulement je ne peux pas anticiper tout ce que j'étais venue dans l'espoir d'anticiper, il existe dans la loi française un texte qui s'appelle l'obligation alimentaire
01:58qui date de 1805 et qui oblige tout un chacun à subvenir aux besoins de ses parents si celui-ci est dans le besoin.
02:05Je ne peux pas en tout cas par anticipation me défaire de l'obligation alimentaire.
02:09La seule solution qui s'offre à moi, c'est de créer un dossier avec des preuves de la défaillance de mon père pour pouvoir éventuellement plus tard prouver quand ça me tombera dessus.
02:19Je me dis combien de temps il me reste à vivre en me demandant si je vais devoir payer pour lui.
02:24Je décide d'à ce moment-là que je vais faire quelque chose, en fait je ne sais pas quoi, pour changer la loi.
02:31Quelques jours après, j'entends parler d'un collectif qui s'appelle Porte Mon Nom,
02:34qui se bat pour changer la loi justement sur le changement de notre famille et pour le faciliter pour tout le monde et justement sans preuve.
02:43Je suis vraiment accueillie à Brès Ouvert dans ce collectif par Marine Gatineau-Dupré.
02:46Je lui explique que je suis très admirative de ce qu'elle a pu faire et que j'aimerais pouvoir faire la même chose pour la loi sur l'obligation alimentaire.
02:54Il y a deux ans du coup, avec Marine, on est toujours en contact et je lui ai dit que là je me sens prête à me lancer,
03:01à raconter mon histoire et à la médiatiser, ce qui était assez fou parce qu'à ce moment-là, je n'en avais même pas parlé à certains de mes amis.
03:08Marine dit qu'elle me suit, on trouve le nom du collectif, donc les liens en sang, en fait on va créer une vraie communauté autour de ce sujet-là,
03:16jusqu'à ce qu'un sénateur entende parler de nous et décide de déposer la loi qu'on avait imaginée avec Marine au Sénat.
03:28En octobre, dernier octobre 2025, je me rends au Sénat pour assister au débat et la loi ne va pas être votée par les sénateurs.
03:41La bonne nouvelle, c'est que le jour du débat au Sénat, Gérald Darmanon, donc le garde des Sceaux, était présent.
03:48Il a affirmé son soutien.
03:49Toutes les victimes de parents défaillants comptent vraiment sur lui.
03:53Aujourd'hui, on continue à se battre dans l'espoir qu'une nouvelle loi soit déposée et que les victimes de parents défaillants puissent enfin être libérées de l'obligation alimentaire,
04:02qui est une aberration et une injustice totale.
04:04L'argent, ce n'est pas du tout la priorité dans ce combat-là.
04:08C'est vraiment une question purement psychologique.
04:10C'est comme si demain, vous vous faisiez agresser dans la rue par un inconnu et qu'on vous demandait de lui verser de l'argent.
04:17Un enfant sur dix est victime d'inceste.
04:19Sur ces enfants-là, seulement 20% portent plainte et sur ces 20% de dépôt de plainte, seulement 1% aboutissent à une condamnation.
04:29De nombreux enfants sont victimes d'inceste ou ont été victimes d'inceste et n'ont jamais été reconnus par la justice.
04:36Et aujourd'hui, c'est à ces enfants qu'on demande de venir prouver 30 ou 40 ans après ce qu'ils ont vécu pour pouvoir être exemptés de l'obligation alimentaire.
04:44C'est juste le droit des gens à couper les ponts qu'on réclame.
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