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  • il y a 2 heures
Retrouvez l’intervention exclusive d’Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, lors de la première édition du forum Guerres & Paix organisé par Le Point. Interrogé par l'éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, le patron du fleuron aéronautique français livre une analyse sur l'autonomie stratégique et l'avenir de la défense français.

Au programme de cette conférence :
- Économie de guerre : Quelle est la réalité industrielle de la France face aux nouveaux conflits ?
- Souveraineté et OTAN : Pourquoi l’Europe reste-t-elle dépendante des États-Unis et comment la France tire son épingle du jeu.
- Le futur du Rafale : Les enjeux du standard F5 et l'intégration des drones de combat.
- Innovation spatiale : Dassault Aviation lève le voile sur ses ambitions de mobilité orbitale et son projet d'avion spatial.
- Coopération européenne : Les vérités d’Éric Trappier sur le projet SCAF et les leçons de l'Eurofighter.

L'ensemble des conférences Guerres & Paix sont à retrouver en podcast sur www.lepoint.fr/podcasts/

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Transcription
00:00On commence tout de suite avec la première session de cette grande journée avec un challenge.
00:05Nous allons tenter de rentrer dans la tête d'Éric Trapier, le patron de Dassault Aviation.
00:11Merci d'accueillir nos deux invités et non des moindres, les deux premiers,
00:15le président, directeur général de Dassault Aviation, donc M. Trapier.
00:23Ainsi que François-Olivier Gisbert, éditorialiste au point.
00:27Je vous laisse la scène, bonne conférence à tous les deux.
00:30Merci à vous.
00:35Bonjour. Alors, pour ouvrir ce cycle de conférences guerres épais,
00:42l'histoire, c'est maintenant, comme dit Étienne Jernel.
00:46Il y avait une seule personne qui s'imposait.
00:49Oui, une seule personne. Pourquoi?
00:51Parce qu'elle incarne une success story à la française,
00:54c'est à dire une histoire de fou, il faut bien dire,
00:58qui met les larmes aux yeux des gens qui regardent, par exemple,
01:04l'espèce d'énorme cirque que font la patrouille française
01:09et se rafale dans le ciel de Toulon chaque 15 août pour la commémoration.
01:17Enfin bref, chaque année, j'ai le même sentiment, c'est à dire des petites larmes aux yeux en me
01:23disant,
01:23mais on est capable de faire ça, nous, en France.
01:25J'écris ça dans un bouquin et depuis, plein de gens me disent, moi, c'est pareil.
01:29J'ai les larmes aux yeux chaque fois. Et pourquoi?
01:31Parce que je me dis, on est capable.
01:32Donc, il y a ce côté, l'incarnation d'une success story.
01:36Puis, en plus, évidemment, au cœur de tout, c'est à dire.
01:40Oui, vous venez encore de je ne sais où pour repartir.
01:43Je ne sais où. Vous les connaissez tous.
01:45Et donc, vous êtes évidemment bien placé pour nous parler de ce de cette transformation géopolitique.
01:53Et évidemment, la première question qui me vient à l'esprit, c'est difficile d'y répondre au milieu du
01:59guet comme ça,
02:00mais quelle est votre analyse sur la guerre qui se déroule en ce moment en Iran?
02:05Va-t-elle encore être longue?
02:08D'abord, bonjour à tous.
02:11C'est toujours difficile de commenter une guerre quand on est dans la guerre.
02:15C'est plus facile de faire une rétrospective, de faire un retour d'expérience, comme dirait nos amis militaires,
02:20que de prédire cette guerre.
02:23D'autant plus qu'on a des acteurs assez imprévisibles, non seulement du côté iranien, mais aussi du côté américain.
02:29Ce n'est pas très facile.
02:30Finalement, les plus prévisibles sont peut-être les Israéliens.
02:34Et faire un commentaire à ce jour de savoir ce qui va se passer, c'est compliqué.
02:39Le premier commentaire, c'est sur la base justement de cette observation.
02:44C'est qu'avec beaucoup de drones, on fait déjà beaucoup de choses.
02:48Donc, c'est une première indication.
02:50J'ai connu une période où on me disait que les drones n'avaient pas d'utilité.
02:56Des gens bien introduits dans les milieux de la défense.
03:01Nous, on faisait voler des petits drones déjà au début des années 2000.
03:04et on nous disait que c'était des gadgets.
03:06On voit que ces gadgets ont leurs efficacités.
03:09A l'inverse, de dire que ces gadgets remplacent tout, ça, ce n'est pas vrai.
03:14C'est bien ça.
03:15Une des premières leçons de l'évolution du futur, c'est qu'on va avoir des moyens très traditionnels.
03:21On le voit, on a des avions de combat, on a des portes avions, on a des satellites qui donnent
03:27les bonnes coordonnées.
03:29On a beaucoup de moyens dits traditionnels et on a l'arrivée de ces nouvelles technologies, de ces liaisons de
03:35données qui permettent d'aller tirer de manière assez précise.
03:38Et donc, c'est ça, cette première.
03:41Les munitions vont être le sujet.
03:44Ça tire beaucoup de munitions.
03:45Donc, est-ce qu'on a les stocks?
03:46Est-ce qu'on est préparé?
03:48Si vous voyez que la première puissance mondiale, d'un point de vue militaire, les États-Unis, commencent à y
03:53penser aussi.
03:54Ça prouve que le sujet des stocks et de la préparation de l'état de guerre est un sujet qui
04:00se prépare bien longtemps à l'avance.
04:02C'est qu'une fois qu'on est dans la guerre, c'est un petit peu tard pour dire qu
04:05'il faut refaire les stocks.
04:08Alors, quels sont les atouts de la France?
04:10Alors, les atouts de la France.
04:12D'abord, la France n'est pas en guerre.
04:15Elle est dans le conflit, je dirais, de manière protectrice puisqu'elle défend ses intérêts d'une certaine manière.
04:22Et ses intérêts sont liés aux intérêts des pays avec lesquels elle a signé des accords, des accords de défense,
04:28en particulier, par exemple, les Émirats arabes unis.
04:31Et ses atouts, c'est d'avoir une base avancée, une base à Aldafra, à Bouddhabi, une base en Jordanie,
04:40H5.
04:41Elle a des avions prépositionnés dans cet endroit là et elle peut donc opérer de concert dans l'environnement compliqué.
04:49Et elle a envoyé un porte-avions pour justement soutenir.
04:53Il n'y a pas beaucoup de pays en Europe qui font ce que fait la France aujourd'hui.
04:57C'est bien ça, l'atout.
04:59Non, mais il n'y en a pas.
05:00Il n'y en a pas.
05:02Donc, l'atout, c'est bien ça.
05:03Non, mais c'est un peu angoissant de ce point de vue parce que, par exemple, l'absence totale de
05:07la Grande-Bretagne, ce n'est pas forcément une absence politique, d'ailleurs.
05:11Ce n'est peut-être pas forcément une décision.
05:12On a le sentiment, c'est peut-être juste un affaissement général, quoi.
05:15Je pense que l'Europe paye le fait que, depuis la Deuxième Guerre mondiale, elle se repose plutôt sur les
05:22États-Unis, avec toutes les incertitudes qu'on peut voir aujourd'hui.
05:25et que le seul pays qui est présent aujourd'hui potentiellement, même si ses moyens ne sont pas extraordinaires au
05:32sens financier du terme, c'est bien la France parce qu'elle a eu une politique de vouloir développer d
05:39'abord la dissuasion nucléaire,
05:41de vouloir développer une capacité et une certaine... Alors, ce n'est sûrement pas suffisant, mais une certaine possibilité de
05:50défendre la France et d'intervenir.
05:52Parce que je vous rappelle qu'il y avait aussi la volonté de se prépositionner et de se projeter dans
05:57des conflits très particuliers.
05:59Là, on rentre dans des choses plus sérieuses.
06:03Et en plus, il ne faut pas oublier qu'il y a un conflit en Ukraine dans lequel on a
06:06aussi une volonté de soutenir nos amis ukrainiens.
06:10Alors, on entend beaucoup dire que nous sommes entrés en économie de guerre, matin, midi et soir.
06:17Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
06:19Pour vous faire plaisir, France, j'ai lu des livres d'histoire. Je sais que vous êtes férus de ça.
06:25L'économie de guerre, la meilleure qu'on puisse étudier, c'est celle des États-Unis pendant la Deuxième Guerre
06:29mondiale.
06:31Et il y a eu une phase de préparation, mais c'est surtout à partir de 1941 et de l
06:37'entrée en guerre des États-Unis,
06:39une machine industrielle qui existait, mais qui a été transformée pour soutenir l'effort de guerre.
06:45Et là, c'est un vrai effort de guerre sans aucune, je le dis des fois pour mes amis députés,
06:52sans aucune réquisition.
06:54Il n'y a eu aucune réquisition pendant la Deuxième Guerre mondiale.
06:57C'est une volonté des pays, des industriels des pays de monter en puissance, mais avec des commandes.
07:05Je rappelle que c'est pas... Voilà. Et donc, c'est bien cette puissance américaine d'avoir une industrie.
07:11Si vous partez sans industrie, vous n'êtes pas capable d'eux, etc.
07:14Alors, pour répondre plus précisément à la question, économie de guerre, il y a guerre, mais il y a aussi
07:19économie.
07:21Est-ce qu'aujourd'hui, les finances publiques françaises le permettent ?
07:24Est-ce que les finances publiques françaises mettent la priorité sur la préparation de la guerre ou pas ?
07:30La manière dont je pose la question prépositionne la réponse.
07:37On ne va pas insister là-dessus, parce qu'on voit bien qu'il y a un énorme problème français.
07:42Passons. Passons. De toute façon, tout le monde passe.
07:45C'est le grand dédié français.
07:47Mais le groupe d'assaut que vous dirigez, qu'est-ce qu'il peut faire dans cette configuration d'économie
07:53de guerre ?
07:55Quelle peut être sa place ?
07:58Dans cette économie de guerre, quelle peut être sa place ?
08:00C'est-à-dire, il y a votre place. Forcément, ça change votre relation avec le pouvoir politique ?
08:05Oui et non. La relation, elle est, comme vous le savez, historique.
08:10Et pas terrible, historiquement.
08:11On répond d'abord, avant toute chose, au soutien de nos armées.
08:17Comme les matériels, les avions sont un peu plus opérés pendant ces périodes de crise,
08:23et forcément, on soutient en priorité nos armées.
08:27On soutient aussi en priorité les alliés de la France, ceux justement dont je parlais tout à l'heure.
08:32Et donc, on est aussi en soutien complet des pays dans le Golfe, de ceux qui sont nos utilisateurs.
08:39Donc, c'est un effort de soutien.
08:42La montée en puissance, elle est liée à des commandes.
08:45Donc, on a des commandes principalement plutôt à l'export.
08:48Donc, on a un outil industriel qui est en train de monter en puissance pour fabriquer des rafales.
08:52Et on prépare le futur.
08:54C'est aussi lié à cette préparation du futur, sur la base des retours d'expérience de nos militaires,
09:01pour essayer de regarder ce qui pourrait être le plus adapté dans les années à venir.
09:05Pas pour tout de suite, mais pour post-2030.
09:08Oui, mais quand je parle de la place de Dassault,
09:10est-ce qu'on ne risque pas d'avoir une nouvelle tentative de l'État de mettre sa main sur
09:15Dassault ?
09:15Parce que ça fait quand même des décennies que ça se passe, cette histoire.
09:19Vous avez tenu le coup jusqu'à présent, mais...
09:21Oui, oui, non, mais on tient plutôt mieux le coup maintenant qu'avant.
09:25Je n'en sais pas peu dire.
09:26Parce que vous avez habitué.
09:28Je ne vois pas quel serait l'intérêt de l'État de, entre guillemets, mettre la main sur Dassault.
09:32Nous sommes une société patriote, donc française, patriote, fidèle, plus disciplinée qu'on ne le croit.
09:40Ce n'est pas parce qu'on a la parole un peu libre et un petit peu plus forte que
09:44d'autres
09:46qu'on n'en est pas pour autant discipliné.
09:49Et donc, on sert les intérêts français.
09:50Je ne vois pas l'intérêt de l'État de penser.
09:55Alors, je sais quelle est l'arrière-pensée de la question.
09:58C'est de nous marier parce qu'on est trop petit.
10:01Mais c'est le contraire.
10:02Oui, ça a toujours été ça.
10:03C'est parce qu'on est petit, entre guillemets, qu'on est encore là et qu'on est encore compétent.
10:10On peut être gros et incompétent.
10:12On peut être petit et compétent.
10:13On peut être petit et incompétent ou gros et compétent.
10:15Mais nous, notre force, c'est d'être petit et compétent.
10:20Et vous savez que nos amis américains cherchent à comprendre comment une si petite société peut-elle être aussi efficace
10:27à faire des avions de combat d'un très bon niveau, polyvalence que d'autres ne savent pas faire et
10:33faire des avions civils aussi.
10:36Petite société de 12 000 salariés quand même.
10:39Oui, c'est une petite société de 10 000 salariés à côté des monstres que sont les grandes sociétés américaines
10:44comme Boeing et Lockheed, par exemple, ou BAE ou Airbus.
10:49Alors, vous êtes le chantre du Made in France.
10:53Mais est ce que ce n'est pas de plus en plus compliqué?
10:56C'est une question avec des arrière-pensées politiques, bien sûr, mais ce n'est pas un peu plus compliqué
11:00en France avec la sur fiscalité qui pèse sur les entreprises?
11:03Oui, c'est un défi. Alors moi, je m'inscris très fortement comme Dassault, mais aussi comme président de l
11:10'UMM, les métiers de la métallurgie, d'être pour l'industrie, de défendre l'industrie.
11:17Défendre l'industrie aujourd'hui, contrairement à ce que pouvaient penser certains il y a une trentaine d'années, c
11:23'est que si on veut être les designers, les bureaux d'études de nos futurs produits, il faut aussi être
11:28capable de les fabriquer.
11:29Et ça va ensemble. Je ne dis pas qu'il faut tout fabriquer en France. On peut avoir des usines
11:33un petit peu partout dans le monde, mais si on veut continuer à être un pays industriel, il faut être
11:40capable de concevoir et de produire en France.
11:42Ce n'est pas la tendance, quoi qu'en disent les uns et les autres. L'industrie en France pèse
11:47moins de 10% du PIB. Elle pesait une vingtaine de pourcents il y a une trentaine d'années.
11:50Et donc, il y a une décroissance continue. On continue aujourd'hui à décroître, ce qui ne veut pas dire
11:56qu'il ne faut pas se battre pour l'industrie en France.
11:59Donc oui, le champ du Made in France, ce n'est pas juste un label qu'on colle sur des
12:03produits. Dans le domaine stratégique de l'autonomie stratégique d'un pays comme la France, c'est fondamental.
12:11Vous avez deux grandes industries dans lesquelles il faut le faire. L'industrie de défense dont on parle et dont
12:16Dassault est un des acteurs majeurs.
12:18Et vous avez aussi le nucléaire. Être capable de faire de l'énergie nucléaire aujourd'hui, on voit bien dans
12:23le contexte. L'énergie et être capable d'opérer dans des opérations militaires,
12:29ces deux piliers clés que la France a d'un point de vue compétences. Donc il faut poursuivre cet effort
12:38des compétences et le faire en franco-français.
12:41Ça ne veut pas dire qu'on le fait exclusivement en franco-français, mais ça veut dire qu'il faut
12:44avoir ses compétences en France.
12:47Bon, alors, il y a quelque chose qui est apparu au cours des dernières semaines, ou des derniers mois surtout,
12:55surtout depuis l'élection de Donald Trump,
12:57ce qui devient de plus en plus aléatoire de vivre à l'intérieur de l'OTAN. On l'a vu
13:03d'ailleurs notamment au moment du manque de réaction après l'invasion russe en Ukraine.
13:10Aujourd'hui, ça continue plus que jamais, mais on n'a pas le sentiment que l'Europe a vraiment pris
13:15la mesure. On parle toujours d'Europe de défense, défense de l'Europe.
13:18Et vous, d'ailleurs, vous êtes Europe de la défense ou défense de l'Europe ?
13:22Alors, avant toute chose, je suis français, c'est assez connu. Je pense que la France a une position particulière
13:29à cause de la dissuasion nucléaire.
13:32Elle est le seul pays dans l'Union européenne à avoir cette capacité autonome de dissuasion nucléaire.
13:37Et on voit que d'avoir ce positionnement est quand même assez original.
13:43Donc ça, c'était une première chose. Je rappelle que le général de Gaulle nous a fait sortir de l
13:47'OTAN pour ça, qu'on est re-rentré dans l'OTAN une fois que tout le monde avait admis
13:51qu'on pouvait très bien avoir sa propre autonomie stratégique nucléaire tout en étant au sein de l'Alliance et
13:59au sein de l'OTAN dans toutes les capacités d'intervenir.
14:04Oui, les Européens ont une prise de conscience que les Américains ne sont pas toujours là.
14:11Maintenant, il faut regarder si c'est suivi des faits. Je ne suis pas sûr que ça soit suivi des
14:16faits par les Européens.
14:17Je ne suis pas sûr non plus que les Américains lâchent l'OTAN parce que c'est aussi leur intérêt
14:21d'y être d'une certaine manière.
14:23Alors est-ce que je suis OTAN ou Europe de la Défense ? Pour l'instant, si on doit défendre
14:28l'Europe sur des opérations face à des grands pays comme la Russie,
14:32c'est l'OTAN quand même qui est la référence pour nos militaires. Ce n'est pas une organisation forcément
14:38politique, c'est une organisation militaire.
14:40C'est là que sont... Donc en Europe, pour défendre l'Europe, en transatlantique, c'est l'OTAN.
14:46Mais sous-direction américaine, c'est un peu compliqué.
14:48Pardon ?
14:49Elle est sous-direction américaine, cette OTAN, justement.
14:51Oui, alors les Américains ont un...
14:53C'est un peu compliqué quand même.
14:54Oui, oui.
14:54Notre Défense, on l'a...
14:56Donc ça pose la question. Mais substituer l'OTAN par l'Europe de la Défense, c'est quoi ?
15:01C'est une question que je pose. On a tous envie d'une Europe de la Défense. Moi le premier.
15:06Mais laquelle ? Comment ? Et qui la pilote ?
15:09Dans l'OTAN, il y a des commandements intégrés. Il y a les Américains qui sont quand même omniprésents d
15:14'un point de vue pilotage.
15:16Alors c'est qui qui pilote ? C'est la Commission européenne qui va piloter l'Europe de la Défense
15:20? J'espère pas.
15:22Donc c'est qui ? C'est comment ? Donc moi je préfère penser une Défense de l'Europe ou
15:27une Défense européenne à partir des pays, à partir des nations.
15:30C'est plutôt l'Europe des nations au sens stratégique et défense du terme. En attendant peut-être qu'un
15:35jour il y ait autre chose.
15:36Mais pour l'instant, on ne peut pas se passer de l'OTAN pour défendre l'Europe. Il faudra repenser
15:44le modèle. La France, c'est un peu différent.
15:46Mais en même temps, on ne peut pas ne compter que sur l'OTAN pour défendre l'Europe. C'est
15:49ça ?
15:50Je ne sais pas. Si on pose la question à la France, ce positionnement original de la France lui permet
15:55un certain nombre de choses et de défendre le territoire.
15:59Le président a ouvert la voie vers une dissuasion nucléaire avancée et donc un parapluie qui pourrait être utilisé ou
16:08utile à nos voisins.
16:10Donc ça, c'est une première réflexion. Mais dont on voit quand même que le bouton reste en France, dont
16:14on voit que ce n'est pas la Commission européenne qui autorisera à tirer sur je ne sais pas quoi.
16:18Donc honnêtement, voilà. Et l'OTAN et les Américains, de la même manière, autorisent un certain nombre de pays à
16:25utiliser des armements nucléaires américains, mais avec décision exclusive à Washington.
16:31Donc comment tout ça va évoluer ? Il faut y travailler. Qu'il y ait des outils à Bruxelles pour
16:37aider, pour financer.
16:38Mais ce sont des outils qui financent un peu les industriels. Mais ça ne se substitue pas à une organisation
16:45militaire. Il n'y a pas une organisation militaire européenne aujourd'hui capable de mener des opérations de manière totalement
16:51autonome.
16:52Donc il faut compter sur la France qui a peut-être moins d'argent, mais quand même des compétences. Il
16:58y a d'autres pays qui ont plus d'argent, mais qui ont moins de compétences.
17:02Oui, alors. Dans cette histoire, évidemment, intervient l'affaire du SCAF, c'est à dire le système de combat aérien
17:11du futur, qui a quand même du plomb dans l'aile, lancé en 2017.
17:18Je n'ai toujours pas avancé. Vous croyez qu'il peut encore voir le jour ? Non, c'est plus
17:22possible maintenant. Il est morné. La réponse n'est pas encore définitive.
17:25Je crois qu'on attend. Oui, c'est ça. Le moment est à la fois mal choisi et bien choisi.
17:30Il est mal choisi pour que je puisse exprimer un certain nombre de critiques.
17:34Donc je vais être réservé dans l'expression des critiques, puisqu'on se donne encore un petit peu de temps,
17:41pas longtemps, deux, trois semaines,
17:43pour essayer de trouver un accord entre Français et Allemands, particulièrement entre Dassault et Airbus, pour trouver un équilibre qui
17:56permettrait de continuer le projet.
17:58Un équilibre ne veut pas dire 50 %, ne veut pas dire... Moi, je ne suis pas un homme de
18:03la co-gestion.
18:04Voilà, il y en a d'autres. Très bien. Enfin, Dassault non plus, en général.
18:07Non, et Dassault non plus, en général. Donc j'enfonce des portes ouvertes. Donc je ne suis pas pour qu
18:11'un grand projet industriel ambitieux,
18:14qui va servir à nos armées, soit co-géré. Il faut un chef. Je le dis très brutalement.
18:22Quand on fait la guerre, il y a des chefs. Donc c'est pareil. Et ça ne veut pas dire
18:26que quand on fait la guerre avec des chefs,
18:27il n'y a pas des armées de différentes nationalités. Mais il faut un chef. Je reviens à la Deuxième
18:34Guerre mondiale.
18:34Il y avait bien un chef de guerre qui était américain. Il y avait aussi un chef politique qui était
18:38aussi américain.
18:40Là, on veut faire un avion qui succédera un jour, après 2045, au Rafale. Il faudra qu'il conduise les
18:49missions nucléaires
18:51et qu'il aille sur un porte-avions. Ça fait deux conditions majeures qui font qu'il y ait quand
18:55même un architecte,
18:56si on ne veut pas dire un chef. Donc on peut être du vocabulaire un peu différent.
19:00Et donc un architecte, il va dessiner l'avion. Ça ne veut pas dire qu'il le fait tout seul.
19:05Ça ne veut pas dire que s'il est prime, il va faire tout le travail. Il a des coopérants
19:11qui vont travailler avec lui.
19:12Mais c'est quand même lui qui va faire les arbitrages. L'architecte fait les arbitrages.
19:15C'est lui qui va suivre le projet pour pouvoir s'engager vis-à-vis de celui qui commande, c
19:20'est-à-dire les États,
19:22à ce que le produit à la fin soit un produit opérationnel efficace. C'est de là que vient un
19:27peu la brouille.
19:28Il y a deux modèles. Il y a un modèle Rafale. C'est vrai qu'on l'a fait tout
19:31seul, donc on sait faire tout seul.
19:33Et il y a le modèle Eurofighter où ils ont fait A4. Je sais, votre prochaine question, c'est qu
19:39'est-ce qui est bon pour l'Europe ?
19:40Mais sur l'Eurofighter, quatre pays. Dans ces quatre pays, aujourd'hui, trois ont acheté le F-35.
19:47On ne peut pas dire que la coopération européenne d'un Eurofighter a contribué à l'Europe de la défense.
19:53Le Rafale, il est peut-être tout seul. C'est peut-être que la France, mais il contribue à l
19:56'Europe puisque la France est dans l'Europe
19:58et que la France a des avantages dans le domaine de la défense en compétences non seulement industrielles, mais aussi
20:04militaires.
20:06Donc voilà, il faut quand même que ces équilibres soient pas. Et j'ai déjà accepté beaucoup de choses, puisque
20:12je vous rappelle que comme on est trois,
20:15il y a deux Airbus, un Dassault. Donc je n'ai qu'un tiers du travail, aussi bien en conception
20:19qu'en fabrication.
20:20Donc j'ai accepté un tiers, mais ce n'est pas suffisant. Donc c'est tout l'objet de la
20:24polémique.
20:24C'est de savoir comment on équilibre un petit peu mieux ses responsabilités pour arriver à un produit opérationnel.
20:31On est en cours, donc j'arrêterai le commentaire. J'en ai déjà trop dit.
20:33D'accord, mais je ne veux pas vous forcer la main, mais pensez qu'une réponse positive est possible comme
20:39ça, tout près du...
20:41Enfin, voilà, il se passe d'énormes suspens. Et en général, parfois, il y a des bonnes nouvelles après, des
20:48suspens de ce genre,
20:49parce que là, il y a quelque chose d'un peu sidéral.
20:50Je vais faire du teasing. On se reverra le 18 avril.
20:53D'accord, ok, d'accord. Bon, on fait ça, d'accord. Ok.
20:57Et alors, on peut se dire aussi que le rafale, il n'est pas mort, il n'est pas fini.
21:02Il a encore une belle vie devant lui.
21:04Comment vous voyez son évolution future ? Vous pouvez nous faire rêver un peu avec le nucléaire ?
21:10On peut parler aussi avec les drones. Comment vous voyez le rafale à perspective 2040 ?
21:19Parce qu'il n'est pas mort.
21:20Oui, non, non, non, non seulement il n'est pas mort, mais il est quasiment qu'au début de sa
21:24vie.
21:24Ce n'est pas peu dire, puisqu'il a volé pour la première fois en 86.
21:29Vous voyez, c'est aussi... Pourquoi je redis ça ?
21:33C'est que se lancer dans un futur avion de combat, c'est une opération longue.
21:39Et donc, il faut voir loin. C'est la force des industriels. Ils ne voient pas à 5 ans.
21:45Ils voient à plus de 10 ans, à 15 ans, à 20 ans, à 30 ans.
21:49Et aujourd'hui, d'abord, je rends hommage à mes prédécesseurs du bureau d'études,
21:56qui ont réussi avec nos amis militaires et avec la DGA à concevoir un avion évolutif
22:01qui, aujourd'hui, est toujours opérationnel et qui va le rester.
22:04Et on est en train de préparer la version 5 du Rafale, qui arrivera dans les années 2035, à peu
22:11près,
22:12et qui va prendre en compte un certain nombre de retours d'expérience
22:15pour justement faire que le Rafale du futur soit encore celui qui est le meilleur pour les opérations françaises.
22:23Pour être clair, ce Rafale, il est tout le temps réinventé.
22:25C'est business, comment dire, work in progress.
22:27Oui, il est toujours à prendre en compte les retours d'expérience.
22:30Et ces retours d'expérience sont très importants.
22:32Ils sont faits par des militaires compétents, plutôt les Français.
22:37Et sur la base de ces retours d'expérience, on propose, puisque la technologie évolue,
22:44donc on a des meilleurs calculateurs, donc on a des meilleures liaisons de données,
22:48donc on a des nouveaux armements, des nouveaux radars, des nouvelles contre-mesures,
22:52de l'optronique qui évolue.
22:53Et demain, l'arrivée des drones avec l'avion.
22:56Il faut concevoir maintenant l'arrivée des drones avec l'avion.
23:00Et ce pilotage, il va falloir voir comment l'intelligence artificielle peut ou pas aider,
23:07tout en étant sûr, parce qu'on est quand même dans des choses sérieuses.
23:12Il n'est pas question d'être dans l'approximative.
23:14Donc, tous ces algorithmes pour préparer le futur sont en train d'être faits.
23:18Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on est rentré au capital d'Armatan-Haï,
23:21qui est une toute petite société, mais qui fait des petits drones
23:23et qui, grâce à la flexibilité d'un encore plus petit que nous,
23:29c'est des petits dont on a besoin, pas des grands.
23:31Et ces petits-là vont apporter une partie d'innovation.
23:34Et on va échanger entre les bureaux d'études, chacun dans son domaine de jeu,
23:38mais pour être capable, justement, de faire ses propositions futures
23:42d'avions de combat avec des drones de différentes tailles.
23:44Et c'est pour bientôt, ça ?
23:46C'est pour post-2030, parce que malheureusement,
23:48on est quand même encore dans des temps de développement.
23:51Il faut pouvoir valider.
23:52Il faut pouvoir... Voilà.
23:53Il y a déjà des expérimentations qu'on a faites.
23:56On a déjà fait un drone de combat qui est le Neurone,
23:58qui a volé en 2012, pour la première fois.
24:02Donc, quelque part, on a cette expérience de la furtivité,
24:06l'expérience d'avions-drone, drone.
24:10Mais il faut bien prendre en compte ces retours d'expérience
24:13des différents conflits au travers de ce que nos militaires
24:16apprennent pour être capables, justement, de leur proposer
24:19et qu'eux comprennent aussi les évolutions de la technologie
24:22et des possibilités qu'on a pour faire évoluer nos matériels.
24:24Et toujours pour rêver, enfin, peut-être, ça relève plus du cauchemar,
24:28mais le nucléaire, les missiles nucléaires sur le rafale,
24:33Écoutez, il a été annoncé pour 2035.
24:37Il sera le cœur de cette modernisation de la composante nucléaire aéroportée,
24:44que ce soit la terrestre ou celle qui est à bord du porte-avions.
24:48Et donc, par conséquent, oui, on y travaille aussi parce que c'est pas que l'arme.
24:52L'arme, évidemment, est un cœur de métier du nucléaire,
24:56mais c'est aussi d'accompagner l'avion pour que l'arme qui puisse être tirée
25:01puisse être faite dans les meilleures conditions qui soient.
25:04C'est-à-dire, d'abord, il faut survivre.
25:06La première chose d'un pilote de chasse, quand il décolle, c'est de survivre.
25:09C'est pour pouvoir revenir parce que si vous perdez l'avion et le pilote,
25:13c'est déjà très coûteux.
25:15Donc, il faut survivre.
25:17Donc, on a l'électronique.
25:18On travaille, bien sûr, avec nos amis de Thalès sur toutes ces contre-mesures,
25:22surtout cet environnement aussi qui sera les informations via les satellites
25:27pour que l'avion arrive au bon endroit au bon moment
25:30et puisse tirer l'arme dans les meilleures blocs.
25:32Quand vous êtes capable de faire ça, cette mission nucléaire autonome en France,
25:38vous tirez tout le conventionnel du combat aérien.
25:42Donc, on a bien...
25:44Pourquoi on est capable de faire un rafale aujourd'hui ?
25:46C'est parce qu'un jour, on a fait un Mirage 4 pour tirer la bombe.
25:49On a fait aussi des petits Mirage 3
25:50et on a réussi à mettre toutes les missions dans un seul avion qui est le rafale.
25:55Personne autre au monde n'est capable de faire ça.
25:57Je ne veux pas faire de la pub de Dassault,
25:59mais quel est l'avion polyvalent qui est capable ?
26:02Il ne fait peut-être pas tout.
26:03Le F-35 ?
26:04Non, je fais la vocation du diable.
26:06Parce que si vous interrogez les armées américaines, vous le savez bien.
26:10Ils veulent un F-22, ils veulent un B-2, ils veulent un F-15, un F-18.
26:16Ils ont besoin d'un ensemble de moyens.
26:17Ils ont la capacité financière à développer des avions différents.
26:22Et donc, nous, on a moins de moyens, donc on doit faire avec moins de moyens.
26:27Et d'ailleurs, en termes de réussite, non seulement le Rafale est une réussite technique,
26:32opérationnelle, commerciale, mais aussi financière.
26:34Trouver l'avion de combat du niveau d'un Rafale qui a coûté moins cher que le Rafale,
26:38ce n'est pas possible.
26:39Vous ne l'avez pas.
26:40Les Américains, ils coûtent beaucoup plus cher.
26:41L'Eurofighter a coûté beaucoup plus cher.
26:44Donc, il y a aussi une performance financière.
26:46Alors, évidemment, c'est cher.
26:47Oui, faire un avion de combat, c'est des moyens.
26:50Mais on a réussi à faire le moins cher possible en mettant le plus de fonctions possibles
26:55dans le plus petit avion possible, embarquable sur un porte-avions et capable de faire la mission nucléaire.
27:00C'est ça, la force des Français.
27:02Et il faut reconnaître cette force des Français.
27:04On est prêt à faire l'Europe.
27:06On est prêt à coopérer avec d'autres pays.
27:09Mais il faut nous reconnaître quand même, à nous, Français et à nous, Dassault en particulier,
27:12cette compétence unique qu'on a bâtie au travers de cette expérience depuis la Deuxième Guerre mondiale.
27:19Bon, alors, pour rester dans l'avenir toujours et puis pour rêver,
27:23vous pouvez nous parler de l'avion de combat spatial ?
27:27Alors, l'avion spatial, ça part d'un principe qui est qu'on voit bien, malgré les traités qui disaient
27:34il ne faudra pas faire la guerre dans l'espace, etc., que la potentialité conflictuelle va être dans l'espace.
27:43À partir de là, on a les lanceurs.
27:47Alors, on peut se poser les questions des gros lanceurs, des petits lanceurs, etc.
27:51On a potentiellement les satellites.
27:54On peut se poser des questions de quelles constellations de satellites militaires ou pas.
27:59Tout ça, c'est en cours de développement.
28:01Ce n'est pas notre domaine.
28:02Et on soutient d'ailleurs bien Thalès pour tout ce qui est satellites, constellations, etc.
28:08Le futur, ça va être la mobilité dans l'espace.
28:12On parle de cargos spatiaux.
28:14Nous, on parle d'avions spatials pour être un cran au-dessus, c'est-à-dire être capable d'aller
28:20dans l'espace.
28:20Faire un certain nombre de missions, peuvent être des missions civiles ou des missions militaires.
28:25Et vous revenez.
28:27Ça veut dire que vous revenez.
28:28Ce n'est pas juste le premier étage de la fusée qui revient.
28:30C'est tout le vaisseau spatial qui revient.
28:34Il est reconditionné et il repart.
28:36Et il suffit qu'il se pose sur des pistes adaptées là où il doit revenir.
28:42Donc ça, c'est autre chose que la navette spatiale telle qu'elle a existé.
28:47Mais c'est à peu près les compétences de la navette spatiale.
28:50Pourquoi Dassault ?
28:51Parce qu'on est d'une certaine manière un des meilleurs dans le domaine de l'aérodynamique.
28:57Et il faut bien revenir.
28:58L'aérodynamique, ça compte.
29:00On est aussi un des meilleurs dans les commandes de vol.
29:03C'est bien connu.
29:04Et pour manœuvrer, même dans l'espace et même s'il n'y a pas d'air, c'est bien
29:07les commandes de vol qui le font.
29:09On est dans les matériaux pour faire des avions de type Rafale.
29:13On travaille sur les matériaux, sur les composites.
29:15Et donc, pour revenir, les tuiles, etc.
29:16Il y a des problématiques de ce type là.
29:18Et donc, on pense que l'ensemble de ces compétences au service de cette mission qui intéresse beaucoup de pays,
29:24en réalité, fait qu'il y aura un avenir.
29:27On ne le fera pas tout seul.
29:28Il faudra qu'on trouve des partenaires, qu'on trouve des financements, etc.
29:32Et des partenaires, vous voulez parler des Allemands ?
29:34Pour l'instant, pour l'instant...
29:35Il faut que c'est une blague, mais...
29:36Non, non, non, ce n'est pas une blague.
29:37Pour l'instant, en premier, c'est la DGA qui nous a fait confiance.
29:41C'est-à-dire que la DGA nous accompagne dans ce domaine-là.
29:45Deuxièmement, nous comptons sur l'ESA qui est intéressée par ce projet.
29:51Dès lors que vous allez chercher de l'argent à Bruxelles, il faut vous trouver des partenaires.
29:56On en a déjà trouvé un qui est OHB.
29:58Il est allemand.
29:59Je ne suis pas anti-allemand, contrairement à ce que certains peuvent laisser croire.
30:04Nous sommes des gens raisonnables et rationnels.
30:07Donc, on a OHB qui est prêt à travailler avec nous dans ces domaines-là.
30:13Et on cherche d'autres en Europe ou en dehors d'Europe.
30:16Parce que le sujet va être aussi, avec nos partenaires non européens,
30:20de pouvoir être accompagnés dans ces domaines-là.
30:23Ceux qui sont les plus intéressés, ça va vous surprendre, sont les Américains.
30:28Ils ne l'ont pas et ils sont très intéressés par les compétences de Dassault.
30:32Je préférerais d'abord travailler pour la France, pour l'Europe.
30:37Mais on a aussi un lien transatlantique historique et dans le civil.
30:41Il n'y a aucune raison de bouder les Américains.
30:44Vous voulez dire par là que ce serait peut-être plus facile de travailler ?
30:46C'est pour vous faire plaisir, Frantz.
30:47C'est peut-être plus facile de travailler avec les Américains qu'avec les Allemands.
30:50Comme ça, c'est plus clair, ça vous voulez dire ?
30:52Les Américains, ils sont clairs, ils sont pragmatiques.
30:54Et il y a une chose qui est très forte chez les Américains.
30:56C'est ce qui fait qu'on a une très bonne relation avec eux.
30:58C'est qu'ils reconnaissent les compétences.
31:00Pour eux, Dassault peut être un concurrent.
31:02Il l'est dans les avions de combat.
31:05Mais être capable de faire un rafale et d'être capable de faire un Falcon avec 10 000 personnes,
31:10ça, les Américains, quelque part, ils vous regardent d'un œil très différent.
31:13Ils reconnaissent la compétence.
31:15C'est la force des Américains.
31:17Mais c'est la force aussi du système français.
31:19C'est-à-dire que vous avez tellement de boulets aux pieds, finalement,
31:21vous êtes des héros, vous en êtes bien sortis, grâce à la surfiscalité, grâce aux normes et grâce à tout
31:27ça.
31:27En France, il a fallu se battre.
31:29Et malgré tout ça, on a réussi.
31:31C'est parce que vous êtes battus que vous êtes arrivés à ça.
31:35D'ailleurs, bizarrement, parce que c'est vrai qu'on a toujours l'impression que tout va mal,
31:39mais quand on regarde Dassault et d'autres entreprises d'autres gens,
31:42on dit toujours, mais quand on se regarde, on se désole et quand on se compare, on se console.
31:50Parce qu'au fond, vous, ça ne va pas si mal.
31:52On pourrait terminer par une note pessimiste avant de donner peut-être la parole à la salle pour deux ou
31:58trois questions.
32:00Mais une note optimiste quand même.
32:02Les dernières nouvelles du rafale, c'est quoi ?
32:06La réussite du rafale n'est plus à expliquer, mais comme je le disais tout à l'heure, on est
32:11encore en croissance.
32:12Et on a, c'est dans la presse, je peux le rappeler, des discussions avec les Indiens qui ont déjà
32:19acheté le rafale.
32:20Eux, c'est assez fort. Ils l'ont acheté pour leur armée de l'air et pour leur marine.
32:23Donc ils sont tout à fait sur ce modèle français.
32:26Ils veulent en acheter 114 de plus pour l'armée de l'air.
32:30Il y en aura d'autres après pour la marine.
32:33Ils nous le demandent simplement, entre guillemets, simplement, d'être capables aussi de faire bénéficier la fabrication en Inde.
32:43Ce qu'on va faire de manière positive, on aura une chaîne de fabrication en France et on aura une
32:49chaîne de fabrication en Inde.
32:52Et c'est optimiste parce que ça nous permet de se dire que même si un jour, les Français n
32:56'achètent plus du rafale,
32:57il y a quand même une chaîne de production qui continuera quelque part au cas où ils aient des besoins
33:01supplémentaires.
33:02On en aura. On sait qu'avec les Indiens, moi, j'ai travaillé dans ma jeunesse sur les chaînes de
33:06fabrication du Jaguar en Inde.
33:08Vous voyez, le Jaguar, il a duré beaucoup plus longtemps qu'en Grande-Bretagne et en France.
33:14Donc, d'avoir un grand pays asiatique, on ne va pas aller travailler en Chine, donc avoir un grand pays
33:19asiatique qui achète du rafale,
33:23qui croit au rafale, qui opère du rafale, qui fabrique du rafale, c'est aussi la préparation du futur dans
33:29un monde beaucoup plus complexe.
33:31Je pense que c'est l'intérêt de la France de ne pas simplement être en inter-européen,
33:36mais aussi d'avoir ces relations extra-européennes avec des pays qui pourront un jour être des pays avec qui
33:44on parle,
33:46encore une fois, dans un monde très incertain.
33:48Ce n'est pas antinomique de la construction européenne.
33:50C'est complémentaire.
33:52Qu'est-ce que ce succès dit sur la France ?
33:54Parce que c'était quand même pas un jour au départ.
33:56Vous en avez pris plein la tronche pendant, je dirais, presque des décennies avec ce projet de rafale.
34:01Oui, vous savez, on est très attaché à notre histoire.
34:03Donc, on est très attaché à l'histoire de notre fondateur, Marcel Dassault.
34:06Lui aussi, il en a pris, je reprends votre expression, plein la tronche,
34:11et en particulier pendant la Deuxième Guerre mondiale.
34:14Dès qu'il est sorti des camps et qu'il est revenu, il n'a pensé qu'à une chose,
34:18refaire des avions.
34:21Donc, vous parliez qu'on était un peu fou au départ.
34:23Oui, on est fou d'avions.
34:25On n'est pas fou du volant, mais on est fou de l'avion.
34:28Et ce grain de folie, en fait, c'est de la passion.
34:30Mais on sait aussi d'où on vient.
34:32Et donc, ça fait la force de caractère des dirigeants de la société.
34:35Je rappelle, ce n'est pas mon cas, mais quand notre fondateur était dans les camps,
34:40en Allemagne par hasard, les grands pilotes de la société, de sa société,
34:48patron du bureau d'études, patron de la société, étaient en Grande-Bretagne,
34:51dans les commandos de choc, dans les SS.
34:54Donc, si vous voulez, ça forge le caractère de savoir cette histoire.
34:58On a obligation de continuer cette belle histoire.
35:05Et je pense que c'est une belle histoire française, un vrai succès.
35:09Finalement, la réussite, c'est quand même bien.
35:11Alors, de temps en temps, en France, on aime l'échec.
35:13Mais nous, on préfère la réussite.
35:14Et donc, qu'importe, les chiens à bois, la caravane passe.
35:18Alors, on va essayer de prendre deux questions à toute vitesse.
35:21Questions courtes. Qui, monsieur ?
35:24Monsieur, on vous écoute.
35:25Tenez bien le micro près de votre menton, s'il vous plaît.
35:28Je vais passer au menton ?
35:29Oui, on vous entend.
35:30Donc, général Le Chevalier, c'est nos filles générales en deuxième section.
35:33Deux questions très pratiques, dans votre domaine particulier.
35:36Très courtes, monsieur.
35:37La normalisation, les normes européennes sont-elles un frein à votre développement,
35:40en termes d'efficacité ?
35:42Et l'autre question, c'est la question sur la souveraineté,
35:45la souveraineté industrielle, dans la mesure où on partage,
35:48est-ce qu'il n'y a pas un risque de perdre de souveraineté à terme ?
35:50Merci.
35:51Alors, oui, les normes sont...
35:53Le mot frein est peut-être un peu fort,
35:56mais en tout cas, c'est une contrainte.
35:58Et c'est une contrainte à laquelle, nous, on arrive à faire face.
36:01Mais ça va assez loin.
36:03Quand on fait la norme riche, par exemple,
36:05il faut changer un certain nombre de composants dans les matériaux
36:09pour répondre aux exigences...
36:12C'est les petits, le plus dur.
36:16Nous, on n'existe pas d'assaut sans notre chaîne de fabrication,
36:20notre chaîne de sous-traitance.
36:21On fait travailler.
36:22J'ai la chance à l'UMM de visiter régulièrement les territoires.
36:26Je tombe toujours sur une PME qui dit
36:28« Moi, j'ai la chance de travailler pour Dassault ».
36:30On leur doit beaucoup à toutes ces PME.
36:33Donc, ces PME, elles, elles doivent aussi faire face
36:35à cet afflux de normes en tout genre.
36:39En tout genre, je le dis bien.
36:40Et donc, c'est des boulets au pied qu'on nous met
36:42face à des Américains ou à des Chinois
36:45qui n'ont pas les mêmes boulets.
36:46Si je prends dans le domaine de l'automobile, c'est extraordinaire.
36:48Le Green Deal tue l'industrie automobile européenne.
36:51C'est hérétique de dire ça.
36:53Je le dis, je n'ai pas de problème pour le dire.
36:55Il ne faudrait pas que ça fasse la même chose
36:57pour l'aviation, pour la défense.
37:01Vous vous rappelez le mot « taxonomie ».
37:04Taxonomie européenne, définie par Bruxelles,
37:06c'était pour protéger le monde de son écroulement
37:11à cause du CO2.
37:12Mais c'était aussi, on interdit les armes.
37:14Parce que c'est mal de faire des armes.
37:16Donc, il vaut mieux acheter des armes aux Chinois, je suppose.
37:19C'est ça, leur théorie.
37:20Ou aux Américains, ça, c'est peut-être plus pragmatique,
37:23que de les faire nous-mêmes.
37:24Donc, on avait une mauvaise note
37:26quand on fabriquait des armes.
37:28Alors, nous, on s'en fout.
37:29On n'a pas besoin des banques.
37:30Mais par contre, les petits, ils ont besoin des banques.
37:33Ils ont besoin, en particulier quand ça marche bien,
37:35des augmentations de BFR, etc.
37:36Donc, honnêtement, Bruxelles est complètement à côté de la plaque.
37:39Il n'a pas du tout enlevé la taxonomie.
37:42Il l'a mise sur pause parce qu'il y a la guerre en Ukraine.
37:44C'est quand même extraordinaire.
37:45Bref.
37:46Et encore, armes...
37:48Le deuxième point, c'était...
37:52Pardon ?
37:53La souveraineté.
37:54Ah oui, la souveraineté.
37:55La souveraineté, oui.
37:57On peut partager.
37:59Mais si vous dites que vous partagez la souveraineté
38:01avec un autre pays en Europe,
38:03ça veut dire que, quelque part,
38:04vous allez dépendre aussi de cet autre pays.
38:07Donc, il faut être sûr que cet autre pays adhère.
38:09Et quand vous faites un avion de combat
38:10pour faire la dissuasion nucléaire,
38:12il faut être sûr que demain, ça suive.
38:15Donc, ça, c'est le pouvoir public à répondre.
38:18Une deuxième question aussi, là, voilà.
38:20Puis, ce sera la dernière.
38:21Désolé.
38:22Il nous reste une toute petite minute, monsieur.
38:24Oui, merci beaucoup.
38:25Pourquoi est-ce que les Européens achètent des F-35
38:28et pas des Rafales ?
38:29Ah, oui, ça, c'est la question.
38:30Efficace.
38:32La réponse est simple.
38:34Elle m'appartient.
38:35Et je ne suis pas la puissance publique de ces pays-là.
38:39Mais la réponse est simple.
38:40Ils pensent qu'en achetant du F-35,
38:41les Américains les défendent.
38:44Vous voyez, j'espère qu'il n'y a pas de Danois dans la place.
38:47J'ai eu le profond respect pour les Danois.
38:49Et j'ai posé la question.
38:50D'ailleurs, cette question-là à l'ambassadrice du Danemark en France.
38:54Je lui ai dit, mais les Américains menacent le Groenland
38:57et vous achetez des F-35
38:58et les Américains vont débarquer avec des F-35.
39:01Vous faites comment ?
39:01Vous êtes sûr que vos F-35 vont bien décoller ?
39:04Vous allez être...
39:05Etc.
39:05Elle a souri.
39:09C'est un dogme.
39:10C'est bien tout le problème qui a été posé tout à l'heure.
39:13Et la défense européenne ne se fera que le jour
39:16où les Européens penseront qu'il faut développer en Europe.
39:20Mais il faut aussi au même moment avoir une armée européenne.
39:23Et ça, on en est loin.
39:24Donc quelque part, il faut faire des petits pas.
39:27Et je pense que la France a les assets solides
39:31pour être un leader dans ces domaines-là.
39:34Le problème, c'est que certains voient la France comme...
39:36Oui, moi, la France, c'est toujours ci, c'est toujours ça.
39:39Et la majorité des pays européens veulent les Américains.
39:42Merci.
39:43Merci.
39:44Alors, merci, Éric Trappier-Calniac.
39:49Merci, Éric Trappier.
39:51Merci à tous les deux pour cette ouverture de session.
39:54Et j'ai envie de terminer comme François Hollande,
39:58qui inaugurait une de vos usines.
40:01Jadis, quand il était président de la République,
40:03vous vous souvenez de ce qu'il avait dit ?
40:04Vive le Rafale, vive la France !
40:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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