00:00Cet avion de chasse était censé devenir le fleuron de la défense européenne.
00:04Aujourd'hui, il est devenu le symbole de l'impossible collaboration du couple franco-allemand.
00:08S'ils veulent faire tout seuls, qu'ils fassent tout seuls.
00:10Aux racines du conflit, le SCAF, un projet européen hors normes de défense,
00:13piloté par la France, l'Allemagne et l'Espagne.
00:16Dans les coulisses, deux mastodontes de l'aéronautique, Dassault et Airbus,
00:19deux rivaux industriels qui ne parviennent pas à s'entendre.
00:22Et sur la scène médiatique, le projet, censé incarner la coopération européenne,
00:26cristallise les tensions entre la France et l'Allemagne
00:28et pourrait bien se terminer en divorce publique.
00:36En 2017, Berlin et Paris lancent le SCAF, Système de combat aérien du futur,
00:41le plus grand projet militaire européen pour renforcer l'autonomie stratégique du continent.
00:45Moi, je crois qu'on peut être plus fort en tant qu'armée,
00:50réussir à développer une base industrielle de défense et de technologie
00:53qui crée de l'emploi chez nous.
00:54Rejoint en 2019 par l'Espagne, le SCAF prévoit de développer
00:57à l'horizon 2040-2045, un avion de combat de sixième génération,
01:01le New Generation Fighter, des drones d'accompagnement, des satellites
01:04et un cloud de combat destiné à faire fonctionner tout ça.
01:07C'est un projet de coopération industrielle, mais c'est aussi un projet politique
01:11parce que c'est un projet qui illustre notre volonté et notre ambition
01:15pour l'Europe de la défense.
01:17Objectif, remplacer les Rafales utilisées par la France et les Eurofighters utilisés par l'Espagne et l'Allemagne
01:23pour renforcer l'autonomie stratégique de l'Europe et sa puissance commerciale face aux Etats-Unis,
01:28à la Chine et à la Russie.
01:30Pour ça, deux poids lourds du secteur aérien sont nommés à la tête du projet
01:33par les gouvernements des trois pays, Dassault et les filiales allemandes et espagnoles d'Airbus,
01:38rejoints par des dizaines d'autres partenaires comme Thales, Safran ou Indra.
01:41L'enveloppe est donc colossale, elle est estimée entre 80 et 100 milliards d'euros.
01:46C'est évidemment aussi une facture que nous partageons en trois
01:49et que les grands gagnants sont sans nul doute les contribuables espagnols, allemands et français.
01:56La charge de travail entre industriels est elle aussi divisée en trois,
01:59un tiers pour Dassault, un tiers pour Airbus Allemagne et un tiers pour Airbus Espagne.
02:03Une répartition qui est source de crispations depuis le début du projet.
02:07En effet, Dassault, à la tête du projet de l'avion en lui-même,
02:10veut garder la main sur sa conception au nom de son expérience en la matière.
02:13C'est faire de A jusqu'à Z, on l'a démontré depuis plus de 70 ans.
02:17Donc nous, on a les compétences, je souhaite que ça soit le best athlète qui dirige.
02:22Mais Airbus réclame un partage plus équilibré des tâches.
02:25Le problème, c'est que les trois pays ne viennent pas avec le même savoir-faire.
02:28La France, avec le Rafale, est le seul pays européen qui sait réellement tout seul
02:32pour se voir un avion de A à Z, tandis que les Allemands, par exemple,
02:35ils ont à peu près un tiers de l'Eurofighter aux côtés des Anglais, des Espagnols et des Italiens.
02:41Résultat, le projet patine.
02:42Et déjà en 2022, la ministre de la Défense espagnole s'inquiétait des retards pris.
02:46Le projet est freiné par ses rivalités, mais aussi par la question sensible de la propriété intellectuelle
03:03sur laquelle Dassault refuse de céder.
03:05Par exemple, l'Allemagne doit produire 30%, doit développer 30% de l'avion de stress de 6ème génération.
03:11Sauf que quand on leur dit faire 30%, ils ne disent pas on va faire la guerre électronique et l'intelligence artificielle.
03:15Ils veulent avoir 30% de la totalité.
03:17C'est-à-dire, par exemple, des commandes de vol pour lesquelles Dassault est champion du monde
03:21des décennies et des décennies de recherche, ils veulent savoir en faire 30%.
03:24Sauf que ça leur donne accès à la totalité du code.
03:27Et logiquement, ça reviendrait à faire du pillage industriel au détriment de la France et de Dassault.
03:31Donc on a logiquement un désaccord entre la France qui refuse de perdre ses technologies
03:36et Dassault qui, jalousement, garde son effort industriel familial qui date d'un demi-siècle.
03:42Et on a de l'autre côté les Allemands qui disent, de toute façon, les Français ne peuvent pas le faire sans nous.
03:45Donc ils vont bien être forcés de céder industriellement.
03:49Aujourd'hui, alors que le projet doit entrer en phase 2 dès 2026,
03:52avec le premier vol d'un démonstrateur, sorte de prototype de l'avion,
03:55les tensions s'exacerbent et Dassault Aviation ne cache plus son agacement devant la presse.
03:58Ici, on sait faire. Donc je veux bien que les Allemands grondent.
04:01Ici, on sait faire. S'ils veulent faire tout seuls, qu'ils fassent tout seuls.
04:03On demande juste une chose, une petite chose.
04:06Donnez-nous la capacité de driver le programme.
04:09C'est-à-dire, dans la gouvernance, je n'accepterai pas qu'on soit à 3 autour de la table
04:14pour décider de toute la technique qu'il y aura à faire pour faire voler un avion
04:19qui sera un avion de très haut niveau.
04:21Face au blocage actuel, l'Allemagne envisage de continuer le projet sans la France.
04:25Parmi les pistes explorées, Berlin pourrait se rapprocher de la Suède ou du Royaume-Uni,
04:29voire même pourrait continuer uniquement avec l'Espagne.
04:32La France, de son côté, assurée via l'un de ses responsables auprès de l'AFP,
04:36être prête à développer seule un futur avion de combat
04:38si les discussions avec Berlin et Madrid sur le programme du SCAF viennent à échouer.
04:43Une position qui rejoint donc celle exprimée par Dassault Aviation.
04:46Réellement, avec d'autres partenaires, l'Inde, les Émirats, peut-être d'autres partenaires européens,
04:50on aurait certainement plus de liberté d'action.
04:53Faire un avion dans lequel on aurait un leader clair,
04:55un petit peu comme le Britannique le font avec les Japonais, les Italiens et peut-être les Suédois.
04:59Quand on a un leader clair qui assume une plus grosse partie de la charge de travail,
05:03logiquement, la charge est mieux répartie technologiquement et industriellement.
05:07Et on arrive souvent à faire un appareil qui va être plus abouti pour moins cher au final.
05:10Mais malgré tous ces désaccords, en septembre dernier, le chancelier allemand,
05:14alors en visite en Espagne, affirmait sa volonté de voir le projet se faire.
05:40Et on arrive souvent à ce projet qui peut réaliser.
05:42Et on arrive souvent à ce projet qui peut réaliser.
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