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Le chef d’état-major de la Marine sonne l’alarme : sur les océans, la France est défiée chaque jour. Déploiements américains au large de l’Iran, flotte russe menaçante…

Nicolas Vaujour a pris la barre de la « Royale » en septembre 2023, dans un monde qui chavire. Sous ses yeux, le dogme de la liberté de navigation – clé de voûte de l’ordre international – vole en éclats. La mer n’est plus seulement un espace de transit, elle devient zone de tension (mer de Chine, Baltique…), voire d’affrontements (mer Rouge, Caraïbes…).

🎙️ Intervenants :
Amiral Nicolas Vaujour, chef d'État major de la Marine

Modérateur : Guerric Poncet, journaliste au Point

#Guerre #Marine #Innovation #Affrontement #Stratégie #Naval #GuerreMaritime #Géopolitique #Armée #LePoint

Catégorie

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News
Transcription
00:01...
00:14Son livre « Les guerres des mers, la marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde » vient de
00:19paraître.
00:19L'occasion pour nous d'échanger avec lui sur l'évolution des menaces,
00:23ou encore la situation sur les grands théâtres d'opération où la marine nationale est engagée.
00:28Merci d'accueillir le patron de la flotte française, le chef d'état-major de la marine, l'amiral Nicolas
00:33Vaujour.
00:37Et pour mener cet échange, vous êtes accompagné de Guéric Poncèche, journaliste au point, qui mérite lui aussi vos applaudissements.
00:44Je vous laisse. Bon entretien à tous les deux.
00:47Merci beaucoup. Bonsoir à toutes, bonsoir à tous. Merci d'être là, merci d'être resté pour ce grand entretien.
00:52Merci beaucoup, amiral, d'être avec nous et d'avoir accepté notre invitation.
00:57Vous allez dédicacer votre livre à l'issue de cet entretien, donc n'hésitez pas à aller rencontrer l'amiral
01:03à l'issue de cette conférence.
01:05Vous êtes très actif ces derniers mois, particulièrement au premier rang de l'actualité, on va dire.
01:14Est-ce que vous pouvez nous donner un petit peu les premiers retours d'expérience à la fois de la
01:18partie maritime du conflit en Ukraine et aussi de ce qui s'est passé au Moyen-Orient ces dernières semaines
01:23?
01:25Alors d'abord, merci. Merci de m'accueillir ici au forum du point Guerre et Pêche.
01:29Je pense qu'il porte bien son nom aujourd'hui et il est utile de pouvoir expliquer ce que l
01:35'on voit évidemment sur le continent européen au Proche et Moyen-Orient.
01:38Et pour ce qui me concerne plus particulièrement ce que l'on voit, ce que l'on voit en mer,
01:42il y a une première grande caractéristique de ce que l'on vit depuis depuis la guerre en Ukraine
01:47et que je rappelle régulièrement, c'est les conflits terrestres débordent en mer et finissent par avoir un impact assez
01:55rapidement sur nos sociétés ou sur un certain nombre d'éléments économiques.
01:59Et je prends la guerre en Ukraine a très rapidement débordé en mer noire et ça s'est traduit par
02:04la guerre du grain, comme on l'a appelé au tout début,
02:08avant que les flux, les flux du grain à la sortie de l'Ukraine puissent ravitailler de nouveau l'Afrique.
02:13Un certain nombre de pays africains étaient très dépendants du grain ukrainien et avaient absolument besoin qu'on restitue ce
02:18flux d'une manière ou d'une autre.
02:20La guerre des 12 jours a eu un impact très immédiat en mer rouge et c'est la fameuse opération
02:27Aspides qui a permis de protéger le commerce international
02:31pour continuer à traverser par Babel Mondeb. Et aujourd'hui, on voit dans le détroit d'Hormuz la guerre entre
02:36Israël, les Etats-Unis et l'Iran
02:39ont un impact très direct sur l'approvisionnement pétrolier, pas tant de l'Europe d'ailleurs et c'est ce
02:44qui est intéressant, mais beaucoup plus de l'Asie
02:47puisque l'Asie est beaucoup plus dépendante du pétrole qui vient du Golfe que l'Europe. En revanche, comme le
02:52marché est mondial, très directement sur nos économies,
02:56la montée du coût du pétrole et du gaz a un impact très direct que chacun peut connaître au quotidien.
03:02Donc en fait, ce premier premier constat, c'est qu'à chaque fois qu'il y a un conflit, il
03:08y a un débordement en mer.
03:09Et si on reprend le conflit ukrainien, un des débordements en mer, c'est de voir que la Russie a
03:16modifié sa manière d'opérer dans le monde.
03:19Elle a perdu en fait des accès en mer et notamment elle a perdu l'accès à la mer Noire
03:24parce que la Turquie a fermé les détroits du Bosphore.
03:26Elle a perdu sa base navale à Tartus qui était son accès méditerranéen et elle repose maintenant essentiellement sur l
03:32'accès par la Baltique
03:33qui est devenu un lac otanien depuis l'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'OTAN.
03:38Et donc tout son commerce extérieur de pétrole notamment, 80% du pétrole russe transite par la mer Baltique
03:44et la mer Baltique représente 30 à 40% du commerce extérieur russe aujourd'hui, doit passer par un lac
03:51otanien.
03:52Et donc la Russie se retrouve sous pression. Elle est également sous pression des sanctions économiques
03:57qui ont été décrétées sur la vente de pétrole. Pour contrer ça, elle a décidé de créer une flotte fantôme
04:02dont vous entendez parler très régulièrement et ce qui nous a amené nous à développer des modes d'action
04:08pour faire en sorte de maintenir une pression sur ce commerce illicite aujourd'hui dans le monde.
04:14Donc il y a des impacts très directs en mer et on les voit vraiment au quotidien.
04:20Et pour nous, marine française, on voit la Russie les yeux dans les yeux, comme je le répète régulièrement,
04:25parce qu'il passe en fait le long de nos côtes. Et donc le long de nos côtes, régulièrement,
04:29on va leur montrer qu'on est là, leur dire de se repousser un petit peu et puis vérifier qu
04:34'ils ne font pas
04:35des choses qui sont au contraire à nos intérêts.
04:38Oui, parce que vous l'expliquez dans le livre, pour aller chercher les Russes à terre,
04:43il faut passer plusieurs frontières. En mer, il faut tendre le bras.
04:46C'est exactement ça. En fait, en mer, il suffit d'appareiller à Brest pour rencontrer un Russe.
04:52Vous le rencontrez à 12 nautiques des côtes. Effectivement, sinon, il faut traverser un certain nombre de frontières.
04:57Et partout où la marine opère, et particulièrement aujourd'hui dans l'Atlantique,
05:02et notamment en Atlantique Nord ou en mer Baltique, on rencontre des Russes
05:05et on se surveille l'un l'autre, entre guillemets, pour vérifier qu'on ne fait pas des choses contraires
05:11à nos intérêts.
05:11Je prends l'exemple de la mer Baltique, où en mer Baltique, vous avez vu, il y avait eu beaucoup
05:15d'attaques sur les câbles sous-marins,
05:17sur un certain nombre d'infrastructures sous-marines, notamment dues à un certain nombre de bateaux téléopérés,
05:23enfin téléopérés par un compétiteur présent en mer Baltique.
05:28Et du coup, il faut aller surveiller ce qui se passe là-bas.
05:33Et donc, on s'y déploie. Et en étant présent, c'est suffisamment dissuasif pour que finalement,
05:38le nombre d'actions sur les câbles internet diminue ou sur les câbles énergétiques diminuent aujourd'hui en Baltique.
05:43Mais du coup, on rencontre les Russes, effectivement, très régulièrement à la mer.
05:47Dans la foulée de l'attaque américaine contre l'Iran, la réaction de la marine française a été largement saluée,
05:54puisqu'on a réussi à aligner un nombre de bateaux qui est au-delà du contrat opérationnel de la marine.
06:00Huit frégates, le porte-avions, un porte-hélicoptères, si je ne me trompe pas.
06:04Là où la Royal Navy n'a pas réussi à envoyer un seul bateau protéger sa base de Chypre.
06:08Comment avez-vous réussi ça ? Est-ce que c'est le résultat de plusieurs années de préparation, j'imagine
06:13?
06:15Alors, ce qui est vrai, c'est qu'on a été très engagés.
06:17Et la demande de nos autorités politiques a été de nous déployer rapidement pour répondre aux accords de défense que
06:26l'on a avec un certain nombre de pays.
06:28Et puis, pour protéger notamment un partenaire européen, Chypre, en l'espèce.
06:34Donc, effectivement, on a déployé beaucoup de bateaux.
06:37Et pour faire ça, il faut être capable d'aligner un certain nombre de capacités.
06:43D'abord, il faut avoir des bateaux disponibles, avoir des bateaux disponibles.
06:46C'est facile à dire comme ça et sur le papier.
06:48Mais en fait, la réalité, c'est qu'il faut un industriel compétent, un ou des industriels compétents.
06:53Il faut des marins qui ont des vrais savoir-faire.
06:55Il faut des infrastructures et il faut être capable de générer tout ça au quotidien et de le faire durer.
07:01Parce que ce n'est pas le tout de mettre des bateaux à la mer.
07:03Encore faut-il qu'ils durent.
07:05Et donc, effectivement, la marine française a cette caractéristique d'avoir un écosystème assez performant, construit par mes prédécesseurs.
07:12Je dis toujours qu'on doit être héritier, bâtisseur et serviteur.
07:16Là, j'ai hérité d'un système qui a été construit par mes prédécesseurs et qui permet de générer ce
07:21très haut niveau de disponibilité pour les frégates qui est d'environ 80% aujourd'hui.
07:26Alors maintenant, évidemment, c'est pour faire des missions, des missions de réassurance en Méditerranée orientale, en océan indien.
07:33Mais c'est également pour continuer l'ensemble de nos missions permanentes.
07:37Nos missions permanentes, c'est bien sûr la dissuasion, c'est être capable de maintenir nos sous-marins nucléaires en
07:42sort d'enjeu à la mer,
07:43être capable de pister les sous-marins russes en Atlantique et puis également de faire tout ce qu'on appelle
07:48l'action de l'État en mer,
07:49c'est-à-dire de lutter contre tous les trafics illicites.
07:52Donc on est très fiers à la marine française de montrer cette capacité-là et j'ai un certain nombre
07:57de partenaires qui viennent nous voir pour nous demander
07:59mais au fait, comment vous faites, si vous pouvez partager et on partage très facilement.
08:03Y compris les Américains qui viennent vous demander comment vous montez ces taux de disponibilité, parce qu'eux n'y
08:11arrivent pas.
08:12C'est pas si simple que ça.
08:14C'est vraiment un...
08:15Quand je reparle de l'écosystème, c'est vraiment très important.
08:19On a conservé au sein de la marine les savoir-faire, la capacité à réparer par nous-mêmes les moteurs.
08:25Quand vous avez un industriel défaillant, parce que ça coûte trop cher ou parce qu'il n'a plus l
08:30'ouvrier qui va bien, etc.,
08:31on est capable de reprendre en interne marine.
08:34Et c'est pas une capacité qui est si simple que ça à garder.
08:37Il faut entretenir les savoir-faire des mécaniciens capables de démonter et de remonter un moteur en autonomie, une fois
08:43qu'on a les pièces de rechange.
08:44Et tout ça est quelque chose qui n'est pas simple.
08:47Effectivement, on est regardé, on est observé comme étant performant.
08:51Donc tant mieux, on a investi au bon endroit.
08:53Et maintenant, il faut maintenir dans la durée cet écosystème de façon à ce qu'on continue à rester performant.
09:00Dans votre livre, vous évoquez aussi la puissance navale américaine sur laquelle on s'appuie dans de nombreuses situations.
09:07Quelle est votre lecture aujourd'hui de la puissance réelle de l'US Navy ?
09:12Alors d'abord, l'US Navy reste, je pense, la marine la plus puissante aujourd'hui au monde.
09:22Quand on aligne ce que sont les piliers de la puissance navale, c'est à dire le nombre de bateaux,
09:28la technologie, le savoir-faire des marins et ainsi que le nombre de partenaires.
09:34Quand on voit les démonstrations qu'ils ont pu mener, à la fois le nombre de porte-avions qui sont
09:39capables de projeter, les capacités amphibiques sont capables de projeter, le nombre de frégates qui sont projetées.
09:44Tout ça montre une vraie capacité militaire et assez assez impressionnante.
09:51La capacité à opérer à plusieurs est également quelque chose qui fait partie de la puissance navale.
09:55Alors on me pose régulièrement la question. Quelles sont vos relations avec la marine américaine aujourd'hui ?
09:59En fait, elles sont très bonnes pour être totalement objectif.
10:02D'abord, elles sont historiques. On a toujours eu une très bonne relation avec la marine américaine.
10:07La marine américaine nous respecte, nous respecte parce qu'on est capable de leur dire non et on est capable
10:13de faire des grandes choses avec eux.
10:15Il y a des domaines dans lesquels on travaille de manière extrêmement proche et on est capable d'échanger des
10:23informations extrêmement sensibles
10:24sur des opérations où nos intérêts politiques et militaires convergent, où on est d'accord pour opérer à cet endroit.
10:33Mais il y a des autres endroits où on n'est pas d'accord. Et là, on est capable de
10:38se le dire.
10:39J'ai mon homologue américain tous les 15 jours à peu près au téléphone.
10:43On se fait voir plus souvent en fonction et on se refait un point, mais on se dit franchement les
10:49choses.
10:50Voilà moi, mon cadre politique, il est celui là. Donc je ne peux pas travailler avec toi.
10:55On l'avait déjà fait il y a deux ans en mer rouge quand les outils attaquaient le bâtiment de
10:59commerce.
10:59La position américaine, c'était d'aller frapper les outils à terre et la position européenne, c'était de protéger
11:05les navires de commerce
11:05et de ne pas frapper les outils à terre. Ils n'étaient pas contents, mais ils ont compris.
11:11Et finalement, on était plus ou moins complémentaires. Et donc, au bilan, ils ont accepté, ils ont respecté notre position.
11:18Voilà. Et donc, ce dialogue assez franc, il est possible parce qu'ils reconnaissent nos compétences et qu'ils reconnaissent
11:24notre capacité d'intervention un peu partout. Régulièrement, d'ailleurs, l'US Navy nous donne des prix.
11:29Il y en a notamment un qui s'appelle le Hukam Award, qui est en fait un prix de lutte
11:32sous la mer,
11:33où ils considèrent qu'on est dans les toutes meilleures marines au monde en termes de lutte sous la mer,
11:37capacité de pistage sous-marin, notamment de sous-marins russes. Et donc, ils nous décerne le prix de manière assez
11:42ouverte.
11:43Et c'est justement par reconnaissance de nos capacités, j'allais dire, opérationnelles pour la marine française.
11:51Donc, plutôt des bonnes relations militaires à militaire, ce qui ne préjuge pas des relations politiques ou des relations diplomatiques.
11:58Et ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord qu'on n'est pas capable de
12:00travailler ensemble quand on est d'accord.
12:02Alors, j'en profite pour parler d'un événement qui a eu lieu il y a quelques jours.
12:07Vous avez mis en œuvre depuis un sous-marin nucléaire d'attaque un petit sous-marin américain.
12:14C'est une grande première. C'est la première utilisation du petit hangar qui est sur les nouveaux sous-marins
12:20français.
12:21Alors, tout à fait. En fait, on travaille à améliorer nos capacités.
12:25Donc, nos nouveaux sous-marins de la classe Suffrain, les Barracudas, ont effectivement un petit hangar de pont à l
12:33'extérieur
12:33qui permet de mettre soit un petit sous-marin habité, soit un sous-marin pas habité.
12:37Et donc là, le test, il se trouve que ce sous-marin là, on ne l'a pas non habité.
12:42Et donc, on a demandé aux Américains de nous le prêter pour tester, pour voir ce que ça voulait dire.
12:45C'est toujours mieux de tester avant d'acheter.
12:48Et il ne s'agit pas forcément d'acheter l'Américain d'ailleurs, mais il s'agit de tester pour
12:51voir comment on peut opérer un drone à partir d'un sous-marin sous l'eau.
12:55Ce qui est une ouverture de capacité extrêmement intéressante.
12:58Et donc, la dronisation, pour aller un petit peu plus loin dans ce domaine là, elle est sous la mer,
13:02elle est en surface et elle est dans les airs.
13:05Et aujourd'hui, on a un foisonnement d'idées.
13:08Et c'est justement par ces tests là qu'on est capable de développer les capacités de la marine.
13:12Et encore une fois, il faut s'adapter le plus vite possible de manière à avoir des réponses particulièrement innovantes.
13:18Et donc, être capable de lancer un drone à partir d'un sous-marin habité, c'est quelque chose qui
13:22ouvre des idées de capacité opérationnelle très intéressantes.
13:27Vous pouvez nous en dire un petit peu plus sur un exemple peut-être, un scénario ?
13:32Non, mais forcément, les drones sous-marins sont capables de faire de la surveillance, par exemple.
13:37Mais dans des environnements, on n'a pas envie forcément de mettre un sous-marin parce qu'il y a
13:42trop de monde, il y a un certain nombre de choses.
13:44Et donc, c'est quelque chose qui est assez utile.
13:46Ça permet d'éviter aux sous-marins de s'approcher trop près de la zone où on veut aller et
13:50donc d'envoyer un drone en reconnaissance de l'ensemble de ce que l'on veut savoir,
13:54que ce soit de la reconnaissance acoustique, optique, etc.
13:56Et donc, c'est particulièrement intéressant.
14:00Alors, puisqu'on parle des drones, on parle beaucoup de contrôle des fonds marins aujourd'hui et de surveillance des
14:05fonds marins.
14:06C'est quelque chose qui a été mis en lumière, notamment par les agressions contre les câbles sous-marins et
14:12les gazoducs.
14:15Est-ce que les drones sont la seule solution pour nous défendre, pour nous prémunir contre les actions hybrides de
14:21ce type-là ?
14:22Alors, vous avez raison. Dans le panel des menaces auxquelles on fait face, il y a eu de l'extension
14:28ces dernières années.
14:29L'extension des drones dont on a beaucoup parlé et dont on parle beaucoup encore en mer Noire, etc.
14:34Et puis, il y a l'extension au monde sous-marin, ce qu'on appelle pour nous la maîtrise des
14:37fonds marins,
14:38qui vient répondre à la protection des capacités sous-marines d'infrastructures critiques, etc.
14:44Donc, c'est un vrai développement. Il y a aussi des développements spatiaux.
14:47La guerre dans l'espace a un impact assez direct également en mer, notamment pour tous les flux de communication.
14:52Et donc, sous l'eau, et on l'avait vu avec Nord Stream, c'était comme ça qu'on avait
14:57découvert qu'en fait,
14:57on pouvait attaquer des infrastructures sous-marines critiques.
15:01Mais on l'a vu également avec le nombre de bateaux qui font, comme par hasard, traîner leurs encres sur
15:07le fond
15:07et qui viennent casser soit des câbles énergétiques qui transitent sous la mer, soit les câbles Internet.
15:14Et ça, pour nous, ça a permis de développer tout un champ de réponses.
15:19Oui, il y a des drones. Il n'y a pas que des drones.
15:21Tout simplement, quand un bateau compétiteur reste un peu trop longtemps sur un câble sous-marin,
15:28dont on sait qu'il passe par là, on se dit il s'est peut-être passé quelque chose.
15:32Donc là, on va peut-être aller voir après.
15:34On va peut-être demander à l'opérateur du câble est-ce que vous avez senti quelque chose ?
15:38Et donc, c'est une coordination un peu globale entre les différents acteurs des infrastructures sous-marines
15:46pour identifier les endroits où il peut se passer quelque chose.
15:50Et c'est la fusion de données entre le renseignement militaire et ce que peuvent ressentir les industriels de ce
15:55domaine
15:56qui permet d'accéder à la réponse.
15:59Et évidemment, il y a du drone, mais il n'y a pas que du drone.
16:02Je nous emmène dans une autre partie du monde, dans l'Indo-Pacifique.
16:07La marine chinoise est très active et monte en puissance très vite.
16:12Quelle est la stratégie aujourd'hui chinoise en mer et comment la marine nationale peut-elle s'adapter,
16:17notamment pour protéger les outre-mer ?
16:20Alors effectivement, la marine chinoise a un développement exponentiel aujourd'hui
16:25avec des capacités de production incroyables.
16:27Et quand je reprends les quatre piliers de la puissance, évidemment, le nombre de bateaux chez eux est absolument énorme.
16:35En revanche, les savoir-faire ne progressent pas exactement avec la même rapidité.
16:41Et notamment parce que finalement, ils n'ont pas aussi tant de partenaires que ça,
16:44en tout cas de partenaires de confiance avec lesquels ils peuvent échanger.
16:47Et c'est comme ça qu'on voit en mer de Chine méridionale, par exemple, des modes d'action chinois
16:53qui ressemblent plus à des modes d'action de la marine à voile, l'épronage.
16:57Vous avez peut-être vu des vidéos de bateaux chinois épronant des gardes-côtes philippins,
17:03des modes d'action qu'on n'imaginait pas forcément, mais qui sont du coup un peu disruptifs
17:08et qui interroge sur la manière d'opérer.
17:10Mais en revanche, ils vont assez vite.
17:13On observe également leurs porte-avions qui sont capables maintenant d'opérer en ce qu'on appelle en eau libre,
17:19c'est-à-dire loin des côtes, sans terrain de déroutement.
17:21Donc ils progressent également très vite.
17:24La marine chinoise, elle s'est développée sur deux axes.
17:27Un, sur la protection de leur approvisionnement maritime.
17:31Et c'est les fameuses routes de la soie dont on n'entend plus forcément parler,
17:34mais qui sécurisent en fait la récupération de l'ensemble des terres rares
17:39ou des ressources dont ils ont besoin pour faire prospérer leur économie.
17:43L'économie chinoise a besoin de 5% de croissance par an pour permettre de se développer correctement.
17:49Et s'ils n'ont pas ces matières premières, que ce soit des ressources halieutiques,
17:53que ce soit des terres rares, ils sont en difficulté.
17:55Donc ils ont sécurisé ces approvisionnements en allant de plus en plus loin avec des bateaux de guerre.
18:00Le deuxième axe, c'est évidemment de protéger leur zone proche,
18:07en tout cas déclarée comme étant leur zone proche, donc la mer de Chine.
18:10Et vous avez pu remarquer que de la ligne des 9 traits, on est passé à la ligne des 10
18:14traits,
18:15qui englobe aujourd'hui, en tout cas dans le narratif chinois, Taïwan.
18:20Et donc ils font des démonstrations de leur capacité à défendre et à être les maîtres chez eux,
18:26avec une dimension particulière de pression, évidemment, sur Taïwan, de plus en plus forte,
18:33avec de plus en plus de bateaux qui font des exercices tout autour,
18:37montrant leur capacité à maîtriser complètement l'environnement aéromaritime,
18:41de manière à avoir une capacité à dire à ceux qui voudraient s'y opposer,
18:46c'est même pas la peine de venir, en fait, je maîtrise complètement l'ensemble du sujet.
18:51Donc c'est ce qu'ils sont en train de démontrer.
18:53Sécurisation des approvisionnements économiques et de maîtrise parfaite de leur environnement proche,
18:59de manière à dire, venez pas chez nous, en fait, ici, c'est chez nous.
19:03Et d'ailleurs, je le dis dans le livre à un moment,
19:05quand j'étais jeune marin, on rentrait en mer de Chine, il se passait rien.
19:09Aujourd'hui, quand vous rentrez en mer de Chine, il y a un bateau chinois qui vous dit bienvenue en
19:12Chine.
19:14Et quand je discute avec mon homologue, l'amiral Hu, en Chine, il y a un an et demi,
19:20en lui disant, mais il faut respecter l'ordre international,
19:23il dit, mais oui, oui, mais nous, nous respectons l'ordre international et la loi chinoise.
19:30Et en termes d'approvisionnement, la Chine tire énormément de son approvisionnement énergétique du détroit d'Hormuz.
19:38Est-ce qu'il y a un risque que si les Américains se retirent en laissant un vide,
19:43comme ils nous ont menacé de le faire,
19:45la Chine saisisse cette opportunité pour renforcer ses points d'appui et sa présence dans la région ?
19:52Alors, si on regarde bien, effectivement, le détroit d'Hormuz, 80% va vers l'Asie.
19:57La Chine est particulièrement concernée.
19:59Le Japon, d'autres pays asiatiques sont particulièrement dépendants de l'approvisionnement pétrolier
20:03qui passe par le détroit d'Hormuz.
20:05On n'a pas vu une dynamique de la marine militaire chinoise se mettre en place pour réouvrir.
20:13En revanche, et vous le savez tous aussi bien que moi, il y a des dialogues politiques directement entre le
20:19niveau chinois et le niveau iranien
20:23pour faire en sorte qu'un certain nombre de bateaux puissent passer aujourd'hui.
20:27Est-ce que ça sera suffisant pour revenir à un flux normal ? Je ne crois pas.
20:33Et donc, il va falloir probablement que la Chine vienne un peu plus dans le débat pour montrer son impatience
20:39sur le fait que le détroit est toujours fermé.
20:43Pas que la Chine.
20:45Beaucoup de pays asiatiques sont directement concernés.
20:47C'est bien l'initiative de la France d'essayer de rassembler un certain nombre de pays autour de la
20:54table,
20:54d'abord au niveau politique, pour dire quelles sont les conditions dans lesquelles on peut réouvrir de manière durable le
21:00détroit d'Hormuz.
21:01Donc, c'est une initiative qui est d'abord politique, puis après militaire pour surveiller un peu cette réouverture du
21:07détroit.
21:08J'allais dire comme on l'avait fait il y a quelques années dans une opération qui s'appelait l
21:11'opération Agenor-Imaso,
21:13où les Européens avaient participé à la sécurisation du trafic dans le détroit d'Hormuz,
21:19à un moment où c'était moins tendu évidemment qu'aujourd'hui.
21:23Mais malgré tout, il y avait une conscience européenne du besoin de travailler ensemble.
21:27Et c'est ce qu'on fait aujourd'hui.
21:29Une dernière question avant de donner la parole à la salle.
21:33Comment la marine peut-elle se transformer sur le plan technologique, sur le plan des changements humains aussi, bien sûr
21:39?
21:40Et quels grands programmes vont devoir être adaptés en fonction de ces retours d'expérience qu'on a évoqués ?
21:48Alors en fait, la marine doit être, mon objectif, c'est que la marine soit adaptable by design.
21:55C'est-à-dire qu'en permanence, et si on regarde le retour d'expérience en Ukraine, l'agilité, celui
22:00qui s'adapte, celui qui gagne, c'est celui qui s'adapte.
22:02Ça, c'est vraiment ce qu'il faut avoir dans le mindset.
22:06La technologie évolue tellement vite qu'il faut absolument que nos unités, nos bateaux soient construits nativement comme adaptables.
22:15Ça repose sur des architectures numériques qui permettent d'accueillir des nouvelles technologies.
22:19Ça repose sur le fait qu'on doit être capable de plugger un nouveau brouilleur, un nouveau système missile, un
22:24nouveau système canon, une nouvelle conduite de tir très rapidement sur nos bateaux.
22:28Donc c'est ce qu'on essaye de faire avec nos bateaux existants aujourd'hui.
22:32Et on va très, très vite.
22:35Depuis la mission Aspides en Mérouge, où on fait la protection du trafic commercial,
22:40on a upgradé nos conduites de tir pour être meilleurs au canon contre les drones type Shahed.
22:46On a mis des brouilleurs à bord pour justement faire tomber des drones type Shahed également ou d'autres.
22:52Et on a amélioré.
22:53On a mis des petits missiles.
22:55On est en train de développer un système roquette, etc.
22:57De façon à avoir une meilleure réponse face à la menace.
23:00Cette agilité, elle est absolument indispensable, mais elle va continuer.
23:04Je ne sais pas quelles vont être les vraies ruptures technologiques demain.
23:07On imagine qu'il y en a certaines.
23:09Le quantique, évidemment, va apporter des senseurs totalement différents demain.
23:14Il faudra être capable de s'adapter à ça.
23:16Comme on s'adapte aujourd'hui avec l'intelligence artificielle, on injecte l'intelligence artificielle dans nos bateaux.
23:21Et ces bateaux qui sont upgradés avec de l'intelligence artificielle des nouveaux systèmes sont bien meilleurs que ce qu
23:26'ils étaient il y a quelques temps.
23:28Donc ça, c'est cette agilité.
23:30Mais elle doit être accompagnée, cette agilité technologique, par une agilité ressource humaine.
23:35Quels seront les métiers sur un bateau dans 15 ans ?
23:38En fait, je n'en sais rien.
23:40Est-ce que je devrais avoir un spécialiste du quantique ?
23:43Est-ce que je devrais avoir des data scientists à bord ?
23:45Est-ce que je devrais avoir des gars qui sont capables de coder en Python des algorithmes en temps réel
23:50sur les bateaux pour modifier la réponse du bateau ?
23:53Tout ça, c'est des questions que j'ai aujourd'hui.
23:55Je ne sais pas complètement y répondre.
23:57Je commence à avoir des éclaircissements.
23:59Je pense que le data scientists, je vais en avoir besoin.
24:01Ça, c'est une réalité.
24:03Et donc, on commence à créer les filières.
24:05Parce qu'immédiatement, nouveaux métiers, nouvelles filières.
24:08On est en lien très étroit avec l'éducation nationale pour que ces nouveaux métiers, on puisse les créer souvent
24:13au niveau BTS.
24:14Et on lance une filière et ça permet d'injecter cette nouvelle capacité, nouveau savoir-faire dans les bateaux.
24:21J'ai deux exemples très précis.
24:22On a créé un BTS mécatronique qui allie mécanique et électronique.
24:26Il n'y a plus un seul moteur sans capteur électronique aujourd'hui.
24:29Eh bien, ça nous permet d'avoir des mécaniciens bien supérieurs à ce qu'on avait avant quand ils ne
24:33faisaient pas d'électronique et qu'ils ne géraient pas les capteurs.
24:36Aujourd'hui, ils gèrent l'ensemble et c'est une nouvelle filière.
24:38On vient de créer un BTS nucléaire à Cherbourg.
24:41On vient de créer cette filière avec des résultats extraordinaires.
24:44Pour les 30 places qu'on offre, il y a 200 candidats.
24:47Donc, c'est un taux de sélectivité meilleur que les écoles d'ingénieurs pour un BTS sur Parcoursup aujourd'hui.
24:52Ça, ça marche très bien.
24:53J'attends beaucoup aussi du service national où finalement, les jeunes qui vont nous rejoindre vont nous offrir des compétences
25:02qu'ils ont nativement
25:03et qu'on va pouvoir travailler avec eux au profit de la défense de la France.
25:08Donc, tout ça, c'est quelque chose de très dynamique.
25:13Merci beaucoup, Amiral.
25:15En effet, il nous reste cinq petites minutes pour prendre une ou deux questions dans le public.
25:25Le micro vient à vous, monsieur.
25:29C'est parfait. On vous entend. Si, si, on vous entend.
25:31Un, deux.
25:33Merci, commandant. Ma question est très simple.
25:36Alors, c'est commandant avec des étoiles. Ça fait Amiral à la fin, mais sinon, je ne vous en veux
25:41pas, commandant.
25:42Ça me rajeunit. Donc, merci beaucoup.
25:45Amiral, quelle est la composante, je dirais, anti-mine au sein de la marine ?
25:56Quels sont ces savoir-faire à l'aune de la guerre en Iran ?
26:01Et à quel niveau nous nous trouvons par rapport aux dispositifs actuels américains ?
26:08Alors, c'est une très bonne question. Historiquement, la France, les Pays-Bas et la Belgique avaient fabriqué des chasseurs
26:17des mines qu'on appelait tripartites et qui étaient les experts de l'OTAN dans la guerre des mines.
26:22Tous les trois, mais avec les britanniques également, on a décidé de passer de systèmes humains à des systèmes robotisés.
26:29Et donc, on est en plein dans ce qu'on appelle le biseau capacitaire. C'est un peu la fin
26:33des bateaux et les systèmes de drones arrivent.
26:34Enfin, pour tout vous dire, le premier système de drones de guerre des mines français est déjà à Brest. Il
26:39est en test et les premiers de série vont arriver avant l'été.
26:44Donc, ça tombe plutôt pas très bien. Et donc, dans ce domaine-là, on a des drones de surface qui
26:50sont capables de scanner les fonds sous-marins, de détecter les mines.
26:54Et après, on a d'autres drones qui sont capables d'aller faire exploser ces mines avec des entreprises françaises
26:59que Thales, Excel, qui sont particulièrement performantes dans ce domaine-là.
27:04Donc, on est plutôt à un très bon niveau en capacité de réponse. Après, évidemment, il y a la situation
27:09à Hormuz où il y a la question de savoir s'il y a des mines ou s'il n
27:13'y en a pas.
27:14Et s'il y en a, d'aller les déminer. C'est évidemment pas qu'une question qui est posée
27:20à la France. C'est une question qui est posée à l'ensemble des pays partenaires, que ce soit les
27:24pays du Golfe, tout simplement, les Américains ou d'autres pays européens.
27:28Mais c'est évidemment une question sur laquelle on travaille s'il y avait une effectivité du minage qui n
27:34'est pas prouvée aujourd'hui.
27:39Il nous reste quelques instants pour prendre une autre question. Monsieur, on vous écoute.
27:43Bonjour, Amiral. Merci de votre présentation. Il me semble que l'Europe est la première ZEE du monde devant les
27:51États-Unis.
27:52Pour la défendre, on a un porte-avions. Et vous nous avez dit que les autres pays en avaient beaucoup
27:58d'autres.
27:59Est-ce que vous arrivez à convaincre vos partenaires européens d'aller dans une dynamique un peu plus forte ?
28:09Alors, on travaille très bien avec nos partenaires européens. Et la démonstration actuelle, c'est le porte-avions Charles-le
28:16-Gaulle,
28:16qui est en Méditerranée orientale, en fait, a un certain nombre de pays autour qui participent à ce déploiement.
28:23Et vous le savez, il y a une frégate néerlandaise, italienne, espagnole, qui travaille directement avec les Français.
28:31Et puis, il y en a encore plus autour avec les Britanniques et puis les Grecs qui sont également présents
28:36dans la zone.
28:37Donc, cette capacité à agréger est quelque chose d'important. Et effectivement, le porte-avions,
28:42le symbole de puissance que représente le porte-avions, agrège les partenaires parce qu'il permet de tirer vers le
28:48haut
28:48l'ensemble des savoir-faire de tous ceux qui viennent avec nous. Alors, il n'y a qu'un seul
28:53porte-avions à catapulte en Europe.
28:54C'est Charles-le-Gaulle. Et demain, ça sera le France libre. Mais il y a aussi pas mal de
28:59porte-aéronefs.
29:00Les Italiens en ont deux. Le Cavour, le Trieste, les Britanniques en ont également, les Espagnols également.
29:06Et donc, toutes ces capacités, ce que l'on fait avec eux, c'est d'être capable, à défaut d
29:13'opérer ensemble,
29:15c'est d'essayer de se synchroniser. Les intérêts européens sont les mêmes dans différentes zones du monde.
29:20Et vous avez pu voir ces dernières années que le Prince of Wales britannique, le Cavour italien et le Charles
29:26-le-Gaulle,
29:26c'était quasiment relié, en fait, dans le Pacifique. C'est pas complètement dû au hasard.
29:33Et en fait, c'est effectivement un travail ensemble pour essayer de voir là où nos intérêts convergent,
29:38notre capacité à mieux synchroniser nos efforts, de manière à ne pas nous épuiser les uns les autres.
29:45Et oui, la ZE européenne est immense, la ZE française également.
29:50Alors, elle ne repose pas que sur le porte-avions, elle repose aussi sur beaucoup de patrouilleurs
29:53qui sont déployés partout autour de nos Outre-mer pour à la fois affirmer notre souveraineté
29:58et la défendre au besoin.
30:01Merci beaucoup, Amiral. Voilà qui nous arrive, qui nous emmène à la fin de cette conférence.
30:07Merci d'y avoir participé. Retrouvez l'Amiral Beaujour en dédicace pour son livre
30:11Les guerres des mers. Et c'est ainsi que se referme cette première édition du forum
30:15Guerre et paix aux Trois Masariums. Merci d'avoir répondu présent et d'être venu aussi nombreux
30:20aujourd'hui pour ce rendez-vous organisé par les équipes du magazine Le Point.
30:24Très bonne soirée à tous. A bientôt.
30:26Sous-titrage Société Radio-Canada
30:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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