00:00La primaire c'est mort, on est d'accord, il n'y en aura pas.
00:02Honnêtement, moi j'ai pas de solution magique.
00:03Non mais la primaire, vous voyez sérieusement une primaire ?
00:05Je n'ai jamais fait l'idée pour une primaire.
00:07Et vous, vous êtes plutôt pour ou contre la primaire ?
00:10Non, je vous pose la question parce qu'en ce moment, tout le monde donne son avis dessus.
00:14Il nous faut un moyen de nous sélectionner, entre nous, pour que nous ayons un seul candidat.
00:18J'appelle ça la primaire.
00:19Ça ressemble à rien.
00:20Ça ressemble à rien.
00:21C'est plus une primaire, c'est une auberge espagnole.
00:23On a une solution qui s'appelle la primaire de la gauche et des écologistes.
00:26Est-ce que vous en serez ?
00:26Non, je n'en serai pas, je n'y crois pas.
00:30Ça n'a pas toujours été comme ça.
00:31En 2012, puis en 2017, les deux principaux partis de l'époque ont organisé des primaires, l'EPS et LR.
00:38Et ça a plutôt bien fonctionné.
00:40En 2012, François Hollande a été élu.
00:42Ok.
00:45En 2017, ça s'est un peu moins bien passé à gauche.
00:47Manuel Valls et François de Rugy n'ont pas vraiment accepté le résultat de la primaire.
00:51Chez LR, François Fillon non plus n'a pas réussi à se qualifier pour le second tour.
00:55Mais ce n'est peut-être pas tout à fait seulement à cause de la primaire, si vous voyez ce
00:59que je veux dire.
01:00Et il a quand même fini avec un assez bon résultat au premier tour.
01:04Alors comment ça se fait qu'en 2027, il n'y ait plus du tout le même engouement autour du
01:09mode de désignation par une primaire ?
01:11Pour Laurence Morel, professeure de sciences politiques à l'Université de Lille,
01:15tout a commencé à changer avec la première élection d'Emmanuel Macron.
01:18Les élections de 2017 prouvent que la primaire n'est pas nécessaire du tout pour gagner une élection présidentielle,
01:27puisque Emmanuel Macron n'est pas passé par une primaire.
01:31Il n'était même pas soutenu par un parti.
01:33Il a dû créer sa propre formation.
01:35Et il a gagné l'élection, en plus dans un contexte où il y avait quand même beaucoup de candidatures.
01:40Donc un contexte très dispersé.
01:41La présidentielle 2022 a encore renforcé cette idée.
01:45À l'époque, trois partis organisent les primaires, le Parti Socialiste, les Républicains et les Écologistes.
01:51Les résultats de leurs candidats sont catastrophiques dès le premier tour.
01:56Moins de 5% pour Valérie Pécresse et Yannick Jadot et moins de 2% pour Anne Hidalgo.
02:00On est donc très, très loin des résultats de François Hollande ou François Fillon en 2012 et en 2017.
02:07Et ça s'explique en partie par des différences structurelles entre les primaires.
02:10La dernière fois, il n'y a pas eu de primaire ouverte.
02:13C'est-à-dire qu'il soit ouverte à tous les sympathisants d'un parti.
02:17Autrement dit, tous ceux qui voulaient.
02:20Donc ça, si vous voulez, ça a un peu discrédité les primaires dans l'opinion.
02:23Ils se sont sentis un peu exclus en 2022, assistés au spectacle de ces candidats,
02:30qui discutaient entre eux sans avoir leur mot à dire.
02:35En 2012, quand François Hollande est désigné candidat du PS,
02:38il sait qu'il peut compter sur le soutien d'au moins 1,6 million d'électeurs
02:42qui ont voté pour lui au second tour de la primaire.
02:45C'est une dynamique de début de campagne bien plus forte que celle d'Anne Hidalgo,
02:49qui a été désigné candidat du PS par une primaire fermée,
02:53et donc le vote de seulement 50 000 adhérents socialistes.
02:56Bref, on l'a compris, tous ces précédents ne donnent pas forcément envie
03:00de se lancer dans une primaire en 2027.
03:02Au contraire, les partis politiques sont très affaiblis et il n'y a pas de candidat naturel.
03:07On est très loin d'une époque où Nicolas Sarkozy, en 2007,
03:10était incontestablement le champion de la droite.
03:12Pour ceux qui s'accrochent à l'idée d'une primaire,
03:14ce morcellement de la candidature pose aussi des questions de périmètre.
03:18Avant, une primaire permettait de départager des candidats
03:20qui avaient des idées relativement proches,
03:22parce qu'ils appartenaient à des familles politiques du même bord sur l'échec qui est.
03:26Aujourd'hui, certains proposent des primaires qui vont de la gauche,
03:29donc Raphaël Glucksmann, à la droite conservatrice de Bruno Retailleau,
03:33avec au milieu Gabriel Attal.
03:35Sacré bazar.
03:36Pour des candidats qui ont déjà une bonne cote de popularité
03:39et qui la transforment en intention de vote plutôt sympathique,
03:42il est donc clairement préférable de ne pas mettre un pied dans une primaire.
03:46C'est le cas d'Edouard Philippe, évidemment,
03:48mais aussi de Raphaël Glucksmann ou de Jean-Luc Mélenchon.
03:52D'autant qu'en dehors de la primaire,
03:54il existe d'autres moyens qui permettent de départager un peu les candidats
03:57avant le duel final.
03:58Il y a déjà une question de temps.
04:00Alors oui, je sais, tout le monde ne parle que de la présidentielle,
04:02mais c'est encore dans un an.
04:04Ce qui laisse le temps aux sondages et aux intentions de vote de s'affiner
04:08et avec d'entraîner des ralliements ou des retraits.
04:11Donc, un premier tri de candidature.
04:13Il y a aussi la question des 500 parrainages,
04:16qui ne sont pas si faciles que ça à obtenir.
04:18Je vous conseille de demander des nouvelles à Dominique de Villepin.
04:20Enfin, il y a le tri que les électeurs peuvent faire d'eux-mêmes
04:23dès le premier tour.
04:24C'est-à-dire qu'au lieu de voter pour leur candidat préféré,
04:28ils peuvent voter pour un candidat qui a, selon eux,
04:30le plus de chances de l'emporter au second tour.
04:33Une sorte de vote utile.
04:35Si on résume, dans le contexte de 2027,
04:37les pros primaires se positionnent surtout dans une logique d'opposition.
04:41Opposition à l'extrême droite dans le cas de la gauche
04:43pour avoir un seul candidat
04:45et opposition à l'extrême droite et à la gauche mélenchoniste
04:48dans le cas de la droite et du centre.
04:50Dans cette configuration très précise,
04:52la primaire permet donc d'éviter une dispersion des voix.
04:55Mais ça ne veut pas dire qu'elle permet de gagner.
04:57Et si elle ne dessert pas vraiment les candidats,
05:00la primaire peut aussi ne servir à rien.
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