00:00Et votre invitée Marion Lourdes ce matin est porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
00:03Bonjour, Pascal Confavreux.
00:05Bonjour.
00:05Merci d'être avec nous ce matin.
00:07Les échanges à distance hier entre le président français et celui des Etats-Unis ont été particulièrement tendus
00:12sur fond de mécontentement de Donald Trump qui accuse ses alliés de ne pas venir à son aide au Moyen
00:17-Orient.
00:18Alors Donald Trump s'est moqué publiquement du couple Macron.
00:21Emmanuel Macron a dénoncé des propos ni élégants ni à la hauteur.
00:25Là je cite le président de la République.
00:26Est-ce que la France peut encore parler à Donald Trump ?
00:30Nous discutons avec cet allié évidemment de l'OTAN.
00:33Nous avons beaucoup d'intérêts en commun avec lui.
00:36Ça veut aussi dire que nous disons ce que nous pensons.
00:40C'est aussi la force je crois de notre diplomatie, la force de notre gouvernement, de notre président.
00:47Et ça veut dire aussi qu'on défend derrière nos intérêts et ceux des français.
00:51Et nous n'hésitons pas à dire, et je crois que c'est parfois ce qui provoque ces réactions,
00:56quelle est notre position sur l'Iran ?
00:57Vous parlez d'un allié de l'OTAN, sauf que les Etats-Unis ont encore une fois par la voix
01:03de leur président
01:05menacé cette semaine de le quitter l'OTAN parce que les pays membres de l'Alliance Atlantique
01:09ne viennent pas les aider à débloquer le détroit d'Hormuz.
01:14Un OTAN qui coûte, d'après Donald Trump, beaucoup trop aux contribuables américains.
01:19Est-ce que vous craignez que les Etats-Unis quittent cette Alliance Atlantique ?
01:22Sur ça, il y a deux choses.
01:23Dans votre question, il y a l'OTAN en tant qu'alliance.
01:26C'est une alliance majeure de post-seconde guerre mondiale
01:31qui est en charge de la sécurité euro-atlantique.
01:34Et plus on pose cette question de confiance entre les alliés,
01:37plus on risque, comme le président l'a dit hier, de la vider de sa substance.
01:40Donc moins on en parle, mieux on se porte d'une certaine manière sur, disons,
01:44Mais là, on n'en pas, on est bien obligés.
01:45Voilà. Et la deuxième chose, c'est ensuite l'OTAN sur Hormuz,
01:47puisque c'était aussi un peu le sous-entendu du président Trump.
01:50Et l'OTAN, comme son nom l'indique, passait sur la sécurité de l'eau-atlantique.
01:54Et donc, ni son mandat, ni elle ne serait pas l'outil opérant pour aller sur le détroit d'Hormuz.
02:00Et puis enfin, nous, sur le détroit d'Hormuz, on n'a pas cessé de dire que ce n'est
02:03pas notre guerre.
02:04Notre but, c'est de rétablir la liberté de navigation
02:06et d'aller libérer le détroit d'Hormuz par une opération, comme on dit, de vive force serait irréaliste.
02:11Alors, si on reprend dans l'ordre, est-ce que, oui ou non, on craint vraiment que Donald Trump, demain,
02:16claque la porte de l'OTAN ?
02:18Ça, ce sera, encore une fois, aux Américains de le dire.
02:21On écoute tout ce qu'ils disent. Après, on voit qu'il y a des positions qui diffèrent de jour
02:25à l'autre.
02:26Et comme le disait le président, il faut peut-être aussi parler moins.
02:30Et c'est vrai que la question, elle se pose quand même,
02:32parce que même si ce n'est pas un territoire qui relève de l'Alliance Atlantique,
02:35il y a une forme de solidarité envers les pays de l'Alliance Atlantique.
02:38Pourquoi est-ce qu'effectivement, la France ou les autres n'interviendraient pas
02:42pour libérer le détroit d'Hormuz, pour permettre au pétrole de circuler plus facilement
02:46et faire baisser peut-être les prix qui commencent à flamber ?
02:50Alors, je voudrais déjà revenir sur votre première question,
02:52qui était aussi, du coup, face à cette incertitude américaine,
02:54face à l'agressivité aussi russe qui monte,
02:56eh bien, il faut renforcer le pilier européen de l'OTAN.
02:58Et c'est ce que nous faisons depuis maintenant plusieurs années.
03:01Et aussi, au niveau national, à renforcer nos dépenses en termes de défense.
03:04Elles auront doublé en 10 ans entre 2017 et 2027.
03:07Ensuite, sur Hormuz...
03:08Il faut ré-europaniser, j'arrive pas à le prononcer, ré-europaniser l'OTAN.
03:13Il faut renforcer le pilier européen de l'OTAN.
03:15Il faut aussi que nous-mêmes...
03:16Quitte à se passer des Etats-Unis.
03:17Ça ne veut pas dire ça.
03:18Ça veut dire que nous-mêmes, il faut, c'est ce qu'on dit aussi, l'autonomie stratégique,
03:21c'est-à-dire qu'il faut être capable de pouvoir aussi décider pour nous-mêmes,
03:26pas contre, mais aussi de rétablir une forme de plus d'autonomie.
03:31Et ça, c'est ce que le président défend depuis 2017, le discours de la Sorbonne, etc.
03:34Sur ensuite, Hormuz, le gouvernement a pris plein de mesures au niveau national
03:40pour essayer de limiter l'impact pour notre économie.
03:44La partie des affaires étrangères et la diplomatie, c'est d'aller aussi à la racine du problème,
03:48c'est d'aller rétablir cette liberté de navigation.
03:50Il y a à peu près 20% du gaz ou du pétrole mondial qui passe par là.
03:56Cette contrainte sur l'exportation, évidemment, ça touche, ça a un effet sur les prix du baril.
04:01Et donc, un de nos priorités, c'est de pouvoir rétablir cette liberté de navigation.
04:05Cette liberté de navigation, nous, on pense qu'elle ne peut pas être rétablie par une opération de vive force.
04:11Déjà parce qu'en fait, ça va augmenter...
04:12Ça veut dire une opération militaire ?
04:13Oui, une opération, vous envoyez les bateaux, etc.
04:16Pourquoi ? Parce que ça va augmenter la conflictualité alors que nous, on veut plutôt la baisser.
04:21Ça va nous faire devenir co-belligérants alors qu'on dit, ce n'est pas notre guerre
04:25et nous ne voulons pas être entraînés dans une guerre qui a été décidée seule, sans nous.
04:28Et puis, enfin, on pense que c'est irréaliste.
04:30Vous avez 1000 kilomètres de côte.
04:32Il faut des armées, en fait, considérables pour le faire.
04:34Donc, ce que nous appelons, c'est revenir à une forme de désescalade.
04:38Une fois que les bombardements auront cessé, qu'on puisse avoir une escorte militaire de bateaux civils
04:43dans une forme de cadre de négociation incluant l'Iran.
04:46Et donc, ça, on y est tout à fait prêt et on s'y prépare dès maintenant.
04:48Il y a eu une réunion hier téléphonique avec une 35, ils ont mis à faire étrangère.
04:53Le ministre Jean-Noël Barraud organise la semaine prochaine un G7 avec les pays du Golfe pour avancer là-dessus.
04:58L'idée, c'est d'être le plus près possible.
04:59Ça a plein de conséquences concrètes, notamment avec les opérateurs, avec les assureurs, avec la planification aussi.
05:04Voilà, donc tout ça, il faut s'y préparer une fois que ces bombardements auront cessé.
05:07Alors, il y a un autre aspect de cette guerre au Moyen-Orient, c'est la relation franco-israélienne qui
05:11se dégrade.
05:11La France n'est pas une puissance amicale, a dit hier l'ambassadeur d'Israël,
05:16après que Paris a interdit le survol de son espace aérien aux avions transportant de l'aide militaire vers l
05:21'État hébreu.
05:22Est-ce qu'Israël est une puissance amicale ?
05:24C'est un partenaire et nous distinguons deux choses.
05:28Nous distinguons le peuple israélien avec lequel nous avons une proximité en termes culturels, universitaires, scientifiques,
05:36et qu'il n'a jamais été question d'arrêter.
05:38Je vous rappelle qu'il y a à peu près 200 000 Français qui vivent en Israël, beaucoup franco-israéliens.
05:43Et puis le gouvernement israélien avec lequel on peut avoir des désaccords.
05:49On partage nos analyses et par exemple nous avons été extrêmement durs dans notre condamnation du vote par la CNESET
05:56du rétablissement de la peine de mort.
05:57Mais le dialogue n'est rompu avec le gouvernement israélien ?
05:59Et le dialogue a toujours été maintenu.
06:02Et il est d'autant plus nécessaire, je dirais, encore actuellement dans la phase d'escalade,
06:09que certains, si on en croit leur déclaration, s'apprêtent à faire.
06:14Parce qu'il faut qu'on puisse leur dire nos positions.
06:20Et au moment par exemple de la reconnaissance de l'État de Palestine,
06:23qui à un moment a été perçue par l'État d'Israël, par le gouvernement israélien, comme étant contre eux,
06:27nous avons aussi toujours maintenu ce dialogue.
06:29Pascal Confavre, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
06:32Merci beaucoup d'être venu sur France Inter ce matin.
06:34Bonne journée.
06:35Merci à vous.