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  • il y a 8 minutes
Le procès du tableau controversé et poursuivi par le président de la République, où il est représenté décapité, sa tête ensanglantée portée à bout de bras par un homme ceinturé du drapeau de la Guadeloupe, s’est achevé ce vendredi après-midi à la suite de la multitude de plaidoirie des avocats de la défense, défendant les trois prévenus. Auparavant, vendredi matin, la procureure Caroline Calbo, avait exposé ses réquisitions. Tout en mettant les limites entre la provocation et l’incitation à la violence et la liberté d’expression artistique, la magistrate n’a demandé aucune peine contre les trois prévenus. Le jugement a été mis en délibéré au 21 mai 2026.

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Transcription
00:00...
00:07Maître Glavis-Démocrite, je viens d'insister sur le contexte,
00:11on y revient, colonial et esclavagiste,
00:14qui fait que ce procès, en fait, s'il n'y avait pas ce contexte-là,
00:18n'aurait même pas dû avoir lieu.
00:20Je l'ai rappelé, en fait, il n'y aurait jamais eu ce procès
00:25sous les latitudes hexagonales.
00:27En réalité, c'est parce qu'il s'inscrit dans une histoire coloniale.
00:32C'est parce qu'on reproche à M. Verdol et à l'artiste
00:36et au commissaire d'exposition d'avoir osé critiquer
00:41la décision de non-lieu du corps d'école,
00:44d'avoir osé manifester dans le cadre de la lutte
00:48pour que nous puissions trouver entre Guadeloupéens une solution
00:53par rapport à cet empoisonnement généralisé du corps d'école.
00:56Et plus largement, en fait, ce qu'on reproche,
01:00c'est qu'on nous reproche de penser.
01:01J'ai été moi particulièrement choquée par les propos du ministère public,
01:06qui a essayé d'expliquer que cette œuvre,
01:09dans le contexte de la Guadeloupe,
01:11avec le nombre de crimes de sang qu'il y a,
01:16devrait être condamnée,
01:19devrait être perçue comme une œuvre provoquant à commettre un crime.
01:23Ça voudrait dire que les Guadeloupéens,
01:25qui sont donc le public destiné à regarder cette œuvre,
01:28sont tellement sauvages...
01:29Ils n'ont pas de discernement.
01:30Ils n'ont pas de discernement,
01:32ils sont tellement sauvages,
01:33en fait, ne sont pas véritablement des êtres humains,
01:35puisqu'ils n'ont pas les émotions ni l'intellect
01:38pour pouvoir voir la symbolique qu'il y a derrière une œuvre d'art.
01:42Et que comme on est en Guadeloupe,
01:44et que comme il y a beaucoup de crimes de sang,
01:45il faudrait condamner les artistes guadeloupéens
01:49qui osent peindre des propos qui peuvent être choquants ou menaçants.
01:53C'est extrêmement méprisant.
01:56Et puis, ça rappelle encore que nous sommes dans un système
02:00qui nous rabaisse et qui ne nous considère pas
02:03comme de véritables êtres humains.
02:05Est-ce qu'il est méprisant pour vous
02:07de voir que le plaignant, Emmanuel Macron,
02:10le président de la République,
02:11ne se soit pas constitué parti civil dans ce dossier ?
02:15En réalité, ce qui est méprisant,
02:17c'est qu'il est osé penser à initier cette action.
02:21Qu'il est osé penser demander à ce qu'il y ait une condamnation
02:27de nos artistes guadeloupéens,
02:28alors que par ailleurs, il écrit pour les artistes français
02:31qu'il y ait une liberté totale des artistes
02:33et qu'il y a une garantie des libertés des artistes.
02:37Donc il y a bien sûr toujours ce deux poids, deux mesures,
02:41toujours cette discrimination entre eux,
02:45et nous.
02:45C'est ça qui nous choque.
02:46Vous allez bien sûr revenir sur vos plaidoiries,
02:48vos arguments développés,
02:49mais comment avez-vous interprété le fait
02:51qu'on ait fait tout ça pour ça
02:52pour en arriver à une dispense de peine ?
02:55Une demande de dispense de peine ?
02:57Oui, on ne sait pas si c'est une dispense de peine.
02:58Là, pour le moment, ce sont des réquisitions.
03:00On est au stade des réquisitions.
03:02C'est un procès de principe pour nous,
03:05et c'est un procès de principe pour tout le monde.
03:09Mais là, il y a la puissance publique qui a été mobilisée
03:12dans des conditions qui, nous, avocats français parisiens,
03:17sont particulièrement choquantes.
03:19Il faut que vous compreniez ça.
03:20Mais vous l'avez peut-être senti en entendant les plaidoiries
03:24de notre consoeur d'abord, les nôtres ensuite.
03:27Moi, j'ai le sentiment que c'est un procès
03:29qui n'aurait pas lieu à Paris.
03:30Vous avez récité un tweet d'Emmanuel Macron de 2023
03:34qui dit qu'il ne faut surtout pas s'attaquer à de l'art.
03:37Oui, parce que vous savez, j'ai un scoop pour les gens qui vous regardent.
03:40Emmanuel Macron, il est le premier magistrat de France.
03:42Il est garant de notre intégrité nationale
03:44et il est garant de l'application de nos plus grands textes.
03:47Et nos plus grands textes consacrent la liberté d'expression et de création.
03:52Donc, ce qu'il fait en disant ça,
03:54c'est que l'art est libre et qu'il doit être protégé en France.
03:57Virgule, le sous-texte, sauf quand ça le concerne.
03:59C'est ce qu'on doit comprendre.
04:00De votre côté, vous avez également été, on va dire,
04:05chirurgicale dans votre plaidoirie.
04:06Qu'est-ce que vous avez développé exactement ?
04:08En réalité, on s'est rendu compte que par des réquisitions courtes et molles,
04:12dont la chute fut extrêmement faible,
04:14la procureure de la République n'a pas voulu abandonner une poursuite
04:17dans laquelle elle se retrouve complètement seule.
04:20En réalité, pour les juges, très sincèrement,
04:23c'est peut-être le signe qu'elle n'y croit pas elle-même
04:25parce que le crime est grave.
04:27Le délit qui est reproché aujourd'hui,
04:28c'est la provocation à commettre un assassinat.
04:30Si elle estime qu'il est constitué, il mérite nécessairement une peine.
04:34Il mérite même l'emploi de moyens coercitifs.
04:36Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
04:37Elle a voulu peut-être, Mme la procureure,
04:39se raccrocher aux branches d'une procédure qui ne tient pas.
04:41C'est ce qu'on a voulu expliquer
04:42parce que cette infraction est connue,
04:44elle a été mobilisée des centaines de fois devant les tribunaux.
04:47Elle ne correspond pas du tout au fait qui est poursuivi aujourd'hui.
04:50On demande au tribunal de bien vouloir le constater.
04:52On demande au tribunal d'aller plus loin dans sa décision
04:54en expliquant au parquet et à tous ceux qui liront la décision
04:57ou qui l'entendront dire qu'en fait, il n'est pas de l'office des juges
05:00de dire à des peintres ce qu'ils doivent peindre dans notre République.
05:03C'est tout.
05:04Vous avez souligné qu'une provocation doit être directe.
05:06C'est ce que je vous disais à l'instant.
05:08La provocation, c'est un délit particulier
05:10qui nécessite des éléments constitutifs.
05:13Et en réalité, ça ne peut pas être constitué par une image.
05:15Jamais une provocation à la commission d'un crime
05:17est constituée par une image pour une raison très simple.
05:19Une image souffre de plusieurs sens.
05:21Quelqu'un qui la regarde ne voit pas la même chose que son voisin.
05:23Donc il ne peut pas être provoqué objectivement.
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