00:00...
00:07Maître Glavis-Démocrite, je viens d'insister sur le contexte,
00:11on y revient, colonial et esclavagiste,
00:14qui fait que ce procès, en fait, s'il n'y avait pas ce contexte-là,
00:18n'aurait même pas dû avoir lieu.
00:20Je l'ai rappelé, en fait, il n'y aurait jamais eu ce procès
00:25sous les latitudes hexagonales.
00:27En réalité, c'est parce qu'il s'inscrit dans une histoire coloniale.
00:32C'est parce qu'on reproche à M. Verdol et à l'artiste
00:36et au commissaire d'exposition d'avoir osé critiquer
00:41la décision de non-lieu du corps d'école,
00:44d'avoir osé manifester dans le cadre de la lutte
00:48pour que nous puissions trouver entre Guadeloupéens une solution
00:53par rapport à cet empoisonnement généralisé du corps d'école.
00:56Et plus largement, en fait, ce qu'on reproche,
01:00c'est qu'on nous reproche de penser.
01:01J'ai été moi particulièrement choquée par les propos du ministère public,
01:06qui a essayé d'expliquer que cette œuvre,
01:09dans le contexte de la Guadeloupe,
01:11avec le nombre de crimes de sang qu'il y a,
01:16devrait être condamnée,
01:19devrait être perçue comme une œuvre provoquant à commettre un crime.
01:23Ça voudrait dire que les Guadeloupéens,
01:25qui sont donc le public destiné à regarder cette œuvre,
01:28sont tellement sauvages...
01:29Ils n'ont pas de discernement.
01:30Ils n'ont pas de discernement,
01:32ils sont tellement sauvages,
01:33en fait, ne sont pas véritablement des êtres humains,
01:35puisqu'ils n'ont pas les émotions ni l'intellect
01:38pour pouvoir voir la symbolique qu'il y a derrière une œuvre d'art.
01:42Et que comme on est en Guadeloupe,
01:44et que comme il y a beaucoup de crimes de sang,
01:45il faudrait condamner les artistes guadeloupéens
01:49qui osent peindre des propos qui peuvent être choquants ou menaçants.
01:53C'est extrêmement méprisant.
01:56Et puis, ça rappelle encore que nous sommes dans un système
02:00qui nous rabaisse et qui ne nous considère pas
02:03comme de véritables êtres humains.
02:05Est-ce qu'il est méprisant pour vous
02:07de voir que le plaignant, Emmanuel Macron,
02:10le président de la République,
02:11ne se soit pas constitué parti civil dans ce dossier ?
02:15En réalité, ce qui est méprisant,
02:17c'est qu'il est osé penser à initier cette action.
02:21Qu'il est osé penser demander à ce qu'il y ait une condamnation
02:27de nos artistes guadeloupéens,
02:28alors que par ailleurs, il écrit pour les artistes français
02:31qu'il y ait une liberté totale des artistes
02:33et qu'il y a une garantie des libertés des artistes.
02:37Donc il y a bien sûr toujours ce deux poids, deux mesures,
02:41toujours cette discrimination entre eux,
02:45et nous.
02:45C'est ça qui nous choque.
02:46Vous allez bien sûr revenir sur vos plaidoiries,
02:48vos arguments développés,
02:49mais comment avez-vous interprété le fait
02:51qu'on ait fait tout ça pour ça
02:52pour en arriver à une dispense de peine ?
02:55Une demande de dispense de peine ?
02:57Oui, on ne sait pas si c'est une dispense de peine.
02:58Là, pour le moment, ce sont des réquisitions.
03:00On est au stade des réquisitions.
03:02C'est un procès de principe pour nous,
03:05et c'est un procès de principe pour tout le monde.
03:09Mais là, il y a la puissance publique qui a été mobilisée
03:12dans des conditions qui, nous, avocats français parisiens,
03:17sont particulièrement choquantes.
03:19Il faut que vous compreniez ça.
03:20Mais vous l'avez peut-être senti en entendant les plaidoiries
03:24de notre consoeur d'abord, les nôtres ensuite.
03:27Moi, j'ai le sentiment que c'est un procès
03:29qui n'aurait pas lieu à Paris.
03:30Vous avez récité un tweet d'Emmanuel Macron de 2023
03:34qui dit qu'il ne faut surtout pas s'attaquer à de l'art.
03:37Oui, parce que vous savez, j'ai un scoop pour les gens qui vous regardent.
03:40Emmanuel Macron, il est le premier magistrat de France.
03:42Il est garant de notre intégrité nationale
03:44et il est garant de l'application de nos plus grands textes.
03:47Et nos plus grands textes consacrent la liberté d'expression et de création.
03:52Donc, ce qu'il fait en disant ça,
03:54c'est que l'art est libre et qu'il doit être protégé en France.
03:57Virgule, le sous-texte, sauf quand ça le concerne.
03:59C'est ce qu'on doit comprendre.
04:00De votre côté, vous avez également été, on va dire,
04:05chirurgicale dans votre plaidoirie.
04:06Qu'est-ce que vous avez développé exactement ?
04:08En réalité, on s'est rendu compte que par des réquisitions courtes et molles,
04:12dont la chute fut extrêmement faible,
04:14la procureure de la République n'a pas voulu abandonner une poursuite
04:17dans laquelle elle se retrouve complètement seule.
04:20En réalité, pour les juges, très sincèrement,
04:23c'est peut-être le signe qu'elle n'y croit pas elle-même
04:25parce que le crime est grave.
04:27Le délit qui est reproché aujourd'hui,
04:28c'est la provocation à commettre un assassinat.
04:30Si elle estime qu'il est constitué, il mérite nécessairement une peine.
04:34Il mérite même l'emploi de moyens coercitifs.
04:36Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
04:37Elle a voulu peut-être, Mme la procureure,
04:39se raccrocher aux branches d'une procédure qui ne tient pas.
04:41C'est ce qu'on a voulu expliquer
04:42parce que cette infraction est connue,
04:44elle a été mobilisée des centaines de fois devant les tribunaux.
04:47Elle ne correspond pas du tout au fait qui est poursuivi aujourd'hui.
04:50On demande au tribunal de bien vouloir le constater.
04:52On demande au tribunal d'aller plus loin dans sa décision
04:54en expliquant au parquet et à tous ceux qui liront la décision
04:57ou qui l'entendront dire qu'en fait, il n'est pas de l'office des juges
05:00de dire à des peintres ce qu'ils doivent peindre dans notre République.
05:03C'est tout.
05:04Vous avez souligné qu'une provocation doit être directe.
05:06C'est ce que je vous disais à l'instant.
05:08La provocation, c'est un délit particulier
05:10qui nécessite des éléments constitutifs.
05:13Et en réalité, ça ne peut pas être constitué par une image.
05:15Jamais une provocation à la commission d'un crime
05:17est constituée par une image pour une raison très simple.
05:19Une image souffre de plusieurs sens.
05:21Quelqu'un qui la regarde ne voit pas la même chose que son voisin.
05:23Donc il ne peut pas être provoqué objectivement.
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