00:00Alors, c'est la semaine de la grande clarification chez LFI.
00:03C'est-à-dire, on nous demande quelquefois pourquoi on revient aussi souvent sur LFI,
00:06parce que c'est un parti qui fait bouger les lignes idéologiques,
00:10qui est très clair dans ses intentions, et il faut prendre au sérieux ce que nous dit LFI.
00:15Dans les circonstances, il y a donc deux déclarations importantes cette semaine.
00:18Enfin, il y en a eu plusieurs, soyons honnêtes.
00:20Il y a eu deux déclarations importantes ces 48 dernières heures,
00:22parce qu'on aurait pu en donner beaucoup d'autres depuis le début de la semaine.
00:25Et que nous disent-elles?
00:27LFI, fondamentalement, nous explique ce que LFI entend par le fameux grand remplacement.
00:32Grand remplacement en Nouvelle-Calédonie, très mal.
00:36Grand remplacement en France, très bien.
00:39Point de départ, il y a donc un débat sur la modification du corps électoral en Nouvelle-Calédonie.
00:45Est-ce que les gens qui n'appartiennent pas au peuple premier,
00:47ou alors qui ne sont pas arrivés avant une certaine date,
00:51est-ce qu'ils peuvent participer au corps électoral nouveau?
00:54Et LFI nous dit non, parce qu'étendre le corps électoral,
00:57l'ouvrir à ces électeurs nouveaux,
00:59ça consisterait à noyer les Canaques dans une majorité d'origine étrangère
01:04qui les rendrait donc étrangers dans leur pays de toujours.
01:08Et je vais redire la citation pour la décomposer.
01:10Donc il nous dit, imaginez dans le Tarn,
01:12il y avait dix habitants et qu'il y en avait cinq qui arrivaient de l'extérieur avec des armes,
01:16et ils imposaient leurs lois par la force.
01:18Ces cinq-là font tellement d'enfants qu'ils finissent par être plus nombreux
01:22que les enfants de ceux déjà dans le Tarn.
01:24Ils sont arrivés par la force, ils ont fait les enfants, les voilà plus nombreux,
01:27et ils disent on va voter, et ils gagnent.
01:30Donc qu'est-ce qu'il nous dit ici?
01:32Il nous dit deux peuples finalement vont en cohabiter en Nouvelle-Calédonie.
01:36Donc deux peuples, ou dans le Tarn dans ce cas-là.
01:38Donc deux peuples.
01:38Donc il comprend que les personnes qui sont issues de l'immigration,
01:41qui s'installent quelque part, qui arrivent trop nombreux,
01:43et qui ne s'assimilent pas, ils considèrent que c'est une dépossession.
01:46Il prend en sérieux l'idée qu'un peuple, ce n'est pas qu'une communauté juridique.
01:50C'est une communauté de culture.
01:52C'est même à l'entendre une continuité sur le mode presque généalogique.
01:56Un peuple avec ses propres enfants.
01:58Je parle ici sur le mode de l'EFI.
02:00Il décrit donc ce que certains appellent un grand remplacement.
02:04Mais il nous dit c'est très grave là-bas, mais ce n'est pas la même chose en France.
02:08Parce que certains lui posent la question, mais ce n'est pas la même chose.
02:10Ils disent non, parce qu'immigration et colonisation, ce n'est pas la même chose.
02:13Pourquoi? Parce que dans l'immigration, il n'y a pas de domination.
02:18Donc il n'y aurait pas de domination dans ce que tant de Français vivent aujourd'hui.
02:21Comme une submersion migratoire qui les met en minorité dans leur propre pays.
02:24Ils disent que ce n'est pas la même chose.
02:25Parce que vous n'êtes pas dominés.
02:26Il n'y a pas de domination ici aujourd'hui.
02:29Donc c'est assez intéressant la distinction utilisée,
02:32la logique décoloniale ou recoloniale de l'EFI.
02:35Deuxième déclaration, celle du maire de Saint-Denis,
02:40Baligayoko, je ne vais pas le prononcer correctement,
02:43contre la gentrification.
02:45Alors contre la gentrification, c'est dans un podcast décolonial,
02:48parole d'honneur je crois,
02:50et il dénonce notamment la gentrification,
02:52donc l'embourgeoisement de la ville essentiellement par des Blancs.
02:55Il faut comprendre, c'est le mot codé aujourd'hui,
02:58à tout le moins c'est ainsi que je le comprends,
02:59ce qu'il y a derrière le mot gentrification.
03:01Je le cite, ceux qui sont venus, donc qui sont installés,
03:05sont les bienvenus à une condition,
03:08qu'ils participent à la communauté de destin,
03:10c'est-à-dire de respecter ceux qui ont toujours été ici
03:14et qui ont fait l'identité de ce territoire.
03:17Qu'est-ce qu'il nous dit ici?
03:19Qu'il y a donc une identité à Saint-Denis,
03:21qu'il y a des populations qui sont là depuis toujours.
03:23Qui sont-elles?
03:24Il nous dit que ce sont les immigrés.
03:25Donc il y a une longue histoire de l'immigration des Bretons,
03:28dit-il, jusqu'à aujourd'hui.
03:29Donc on comprend que pour lui, l'identité de la Sainte-Saint-Denis,
03:31c'est l'immigration.
03:32Et ceux qui veulent s'installer en Sainte-Saint-Denis
03:34doivent dès lors prendre le pli de cette nouvelle capitale,
03:38capitale de la Nouvelle-France.
03:40Donc ils doivent s'assimiler.
03:41Donc c'est le retournement du logiciel assimilationniste
03:44diabolisé pendant des années en France.
03:47L'assimilation, désormais, c'est bon pour ceux qui s'installent à Saint-Denis.
03:50Et on comprend que ceux qui ne veulent pas,
03:52à condition, ceux qui ne veulent pas s'assimiler,
03:55ils ont tout simplement à ne pas s'y installer.
03:58Donc comment ne pas voir à travers cela une forme de logique,
04:01une déclaration d'indépendance de la République ethno-soviétique de Sainte-Saint-Denis
04:05qui dit, désormais, vous n'êtes pas les bienvenus
04:07si vous ne voulez pas prêter serment d'allégeance,
04:09si vous ne vous reconnaissez pas dans notre projet
04:11et si vous ne vous assimilez pas à nos mœurs.
04:13Ça, c'est le discours de LFI depuis 48 heures
04:14qui ne change pas de ce qu'on connaissait déjà,
04:16mais qui clarifie tout.
04:17Mais pourquoi la gauche peine-t-elle à imaginer que l'Occident
04:20soit aujourd'hui colonisé par ses anciennes colonies ?
04:23C'est une formule qui revient souvent,
04:24vous avez raison de l'utiliser, et il faut y revenir.
04:26Pourquoi ? Parce que pour la gauche,
04:28le phénomène impérial et colonial,
04:30c'est strictement un truc de blanc.
04:32Disons ça comme ça, à l'échelle de l'histoire,
04:34l'impérialisme et la colonisation, c'est 1492.
04:38C'est Christophe Colomb qui, le premier,
04:40et ils seront nombreux ensuite,
04:42pratiquent l'expansion du monde occidental partout à travers le monde,
04:46donc en Amérique, en Australie, en Asie, en Afrique.
04:49Et ça, le mouvement colonial, c'est donc strictement cela,
04:52l'expansion du monde blanc, en guillemets,
04:54vous me pardonnerez le terme, à travers le monde.
04:57Et d'autres phénomènes semblables n'auraient pas existé.
05:00Ce serait spécifique aux blancs occidentaux
05:03depuis 1492 et la modernité.
05:05Sauf que c'est faux.
05:06Une civilisation qui s'étend, qui étend son territoire,
05:09qui installe ses populations,
05:10qui, quelquefois, remplace une population,
05:13ça traverse l'histoire du monde.
05:16Il n'y a aucune exclusivité occidentale,
05:18encore moins d'Europe de l'Ouest là-dedans.
05:20Par exemple, la conquête de l'islam.
05:22La conquête de l'islam qui s'étend,
05:23qui se déploie, pensez au Maghreb aujourd'hui.
05:25Au Maghreb, les peuples d'origine,
05:27les peuples premiers,
05:29ce sont les kabiles pour l'essentiel,
05:30ce sont les berbères,
05:31ce ne sont pas les arabes.
05:32L'arabisation et l'islamisation
05:34sont venues de l'extérieur.
05:36Ensuite, ça ne veut pas dire que c'est mal,
05:38que c'est bien, moi je ne me prononce pas là-dessus.
05:39Mais le fait est qu'il y a eu,
05:41le Maghreb a été, dans le vocabulaire,
05:43on pourrait dire, de Jean-Luc Mélenchon,
05:45grand remplacé une première fois.
05:47Ça s'est étendu aussi jusqu'à l'Espagne,
05:49ne l'oublions pas.
05:50L'Espagne, donc, il y a une puissance,
05:51l'islam qui se projette en Espagne,
05:53qui est bloquée à Poitiers avec Charles Martel,
05:55on en a déjà parlé.
05:56Ça prendra des siècles
05:57pour que l'islam soit renvoyé
05:59de son côté de la Méditerranée
06:01avec la Reconquista, 1492 aussi.
06:04Donc, à l'échelle de l'histoire,
06:05des chocs de civilisation,
06:06de cette manière, il y en a plusieurs.
06:07La Chine, on l'oublie souvent.
06:10Est-ce qu'il y a un empire colonial chinois?
06:11Il y a un livre passionnant
06:12qui vient de paraître aux éditions Perrin
06:14sur l'empire colonial chinois
06:16qui nous invite à penser l'extension
06:18et la transformation de la Chine
06:19depuis quelques siècles
06:20sur le mode impérial.
06:22Et c'est intéressant
06:23parce qu'on voit que finalement,
06:24l'expansion territoriale,
06:25l'expansion coloniale,
06:26ce n'est pas le fait exclusivement
06:28des Occidentaux.
06:28Pensez au Tibet.
06:29Le Tibet qui a été conquis
06:30et ensuite qui a été noyé
06:32sur une population nouvelle
06:33pour cyniser la population du Tibet.
06:36Pensez à la Russie.
06:37La Russie, là, ça va être entre blancs,
06:39entre guillemets.
06:39La Russie et les Pays-Baltes.
06:40Après 1945, la Russie,
06:42notamment en Estonie et en Lettonie,
06:44un peu moins en Lituanie,
06:45va avoir une politique de russification.
06:48Donc, ils envoient des Russes
06:49et des Russes à la tonne
06:50pour noyer les baltes chez eux
06:51qui vont d'ailleurs se défendre
06:53en disant, changeant les lois de citoyenneté
06:55au moment de l'indépendance
06:56pour éviter de donner la citoyenneté
06:58à tous ceux qui sont sur leur territoire.
06:59Pourquoi?
07:00Parce que si c'est le cas,
07:01on sera, avec un terme
07:02qu'on n'utilisait pas à l'époque,
07:03grand remplacé.
07:04C'est encore une fois Jean-Luc Mélenchon.
07:06Ensuite, autre élément,
07:08on nous dira comment expliquer
07:09pourquoi la gauche ne voit
07:11l'impérialisme et le colonialisme
07:12que chez le méchant homme blanc.
07:14Mais on s'imagine toujours
07:14que c'est une conquête du riche aux pauvres.
07:16Donc, on s'imagine un empire très développé
07:18qui va ensuite, sur le mode prédateur,
07:20s'emparer des ressources des autres.
07:22Mais à l'échelle de l'histoire,
07:23on peut imaginer un autre scénario
07:24qui est celui des vagues démographiques
07:26qui ont déferlé sur Rome
07:27dans les derniers siècles.
07:28Et c'est autre chose.
07:29C'est une prédation par le bas,
07:31peut-on dire,
07:31des populations attirées
07:33par un empire luxueux,
07:34par un empire prospère,
07:35par un empire riche,
07:36par un empire de liberté.
07:38Et les populations attirées
07:39comme il y en a toujours eu dans l'histoire.
07:41Je ne condamne pas,
07:41je ne juge pas ici,
07:42je décris.
07:43Donc, on est attiré par la richesse,
07:45on y va,
07:45on veut s'emparer de la richesse
07:46sur le mode prédateur quelquefois.
07:48Un par un,
07:49toutes les histoires sont belles.
07:50Mais à l'échelle de l'histoire,
07:51il y a quelque chose comme une masse
07:52qui se jette sur une autre.
07:54Et ça entraînait notamment
07:55la chute de Rome.
07:56Est-ce que certains pourraient penser
07:57aujourd'hui une forme de lien
07:58entre ce qui est arrivé à Rome
07:59et ce qui est arrivé à l'Occident aujourd'hui?
08:01Certains ont osé.
08:03Autre élément,
08:03la planification.
08:04On nous dit,
08:05une conquête,
08:06une colonisation,
08:07c'est planifier.
08:08Pas exactement.
08:09Sur le coup, oui.
08:10Le modèle historique connu, oui.
08:11Mais il faut regarder ça
08:12à l'échelle des décennies
08:14et des siècles.
08:14Quand dans un siècle,
08:15l'Europe sera essentiellement
08:18transformée culturellement,
08:19démographiquement,
08:20sera islamisée,
08:21on ne se demandera pas
08:22s'il y a eu
08:22je ne sais quel centre de contrôle
08:23qui a planifié
08:24la contre-colonisation.
08:26On va constater
08:27qu'une vague humaine
08:28a transformé complètement
08:29en un siècle
08:29le continent européen.
08:30Ce qui ne veut pas dire
08:31que ça n'a pas été favorisé
08:33par certaines forces.
08:34Les patronats,
08:35les partis de gauche,
08:36la mouvance décoloniale,
08:37les passeurs,
08:38les associations humanitaires,
08:40les pays d'origine
08:41qui eux-mêmes poussent
08:41quelquefois leur population
08:42parce qu'ils ont un intérêt
08:44à développer
08:44des diasporas ailleurs.
08:46Donc,
08:46ce qu'on doit comprendre
08:47à l'échelle de l'histoire,
08:48c'est qu'un phénomène
08:49de colonisation,
08:50de déploiement de population,
08:51de submersion migratoire,
08:53ça touche probablement
08:54la Nouvelle-Calédonie,
08:55ça touche probablement
08:56le Tarn,
08:56pour reprendre l'exemple
08:57d'Antoine Léomain,
08:58ça touche probablement
08:59la Seine-Saint-Denis,
09:00ça touche probablement
09:01le Tibet,
09:01ça touche probablement
09:02les Baltes.
09:03Quand ça arrive,
09:03il faut le nommer.
09:04Il ne faut pas croire
09:04qu'il y a une exclusivité
09:05impériale et coloniale
09:07de l'homme blanc.
09:08– Quel sera l'avenir
09:09de la France
09:09et du monde occidental
09:10si cette tendance
09:12se maintient, Mathieu ?
09:14– Il y a une formule
09:15que j'utilise souvent,
09:16c'est devenir minoritaire
09:17chez soi.
09:17C'est parce que ça,
09:18donc c'est le point de départ
09:19et quand on est minoritaire,
09:20ce qui se passe,
09:21c'est qu'on n'a plus le pouvoir.
09:22On a des droits peut-être,
09:23on peut nous accorder des droits,
09:24mais on n'a plus le pouvoir.
09:26Et ça, c'est une mise en garde
09:27qu'on pourrait faire,
09:28ne souhaitez jamais
09:29avoir des droits,
09:30souhaitez avoir le pouvoir.
09:31Le jour où vous n'avez
09:31que des droits,
09:32les droits dépendent
09:33de celui qui vous les accorde
09:34ou non.
09:34Donc dans les faits,
09:35ce que l'on voit
09:36dans le discours de Bali,
09:37notamment Bagayoko,
09:39eh bien il nous dit
09:40je ne veux pas trop
09:40des gens du pays d'accueil
09:42sur mon territoire à moi.
09:43L'argent, oui, c'est normal.
09:45Donc on accepte
09:46les subventions de l'État,
09:47tout ça,
09:47mais ça, comment on va le penser
09:48comme des politiques
09:49de réparation post-coloniale ?
09:51Donc Saint-Denis
09:51ne prendra pas la population
09:53de souche,
09:54en guillemets,
09:55exagérément,
09:55si elle ne s'assimile pas
09:56à Saint-Denis,
09:56mais on prendra l'argent
09:57des deux souches français
09:58s'il le faut, évidemment,
09:59c'est ce que je comprends,
10:00peut-être que j'ai mal compris,
10:01au nom de la réparation
10:02post-coloniale
10:03due à Saint-Denis.
10:04Est-ce qu'on peut y voir
10:05une forme de mouvement
10:06de population,
10:06de déplacement de population,
10:07je ne sais pas,
10:08certains le suggèrent.
10:09Ensuite,
10:10ce qu'on peut voir,
10:11c'est que le changement
10:11de mœurs,
10:12ça va entraîner
10:12donc une forme
10:13de transformation
10:14des mœurs à grande échelle
10:15dans les populations
10:17transformées
10:17et, il peut y avoir
10:18des codes religieux nouveaux,
10:20des codes religieux nouveaux
10:20comme, par exemple,
10:21l'islamisation,
10:22la charia, peut-être.
10:23Et à l'échelle de l'histoire,
10:24j'aurais une dernière réflexion
10:25qui se détache un peu
10:26de la politique,
10:26mais pas complètement.
10:27Vous savez,
10:28le racisme anti-blanc
10:28dont on parle souvent ici,
10:30il prend plusieurs manifestations,
10:31des manifestations politiques
10:32comme on le voit peut-être
10:33cette semaine
10:34dans certains discours.
10:35Mais à travers cela,
10:37il y a une forme
10:37de prise de possession
10:38territoriale.
10:39Je pense que c'est
10:39le point de départ.
10:40Il y a une prise de possession
10:41des transports, quelquefois.
10:42Une loi nouvelle s'y installe.
10:44Une prise de possession
10:44de la culture.
10:45Une prise de possession
10:46des corps,
10:47comme on l'avait vu
10:48à Cologne.
10:49À travers cela,
10:50à l'échelle de l'histoire,
10:51il est possible
10:51d'y voir un mouvement
10:52assez banal
10:52de contre-colonisation.
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