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00:12C'est une maladie silencieuse mais dangereuse.
00:15La maladie rénale chronique touche près de 6 millions de personnes en France.
00:20D'après les derniers chiffres, loin d'être anecdotique,
00:22elle devrait devenir la cinquième cause de décès dans le monde d'ici 2040.
00:27Docteur Benjamin Savenkov, merci d'être à nos côtés dans Escom Santé.
00:31Bonjour, merci à vous.
00:32Il n'existe pas qu'une seule maladie rénale.
00:34Il y a différents stades, différents types de maladies.
00:36Est-ce que vous pouvez nous énumérer quelques-unes de ces maladies ?
00:39Déjà, il faut comprendre qu'il y a la maladie rénale aiguë,
00:42qui est généralement réversible, qu'on prend en charge à l'hôpital
00:45mais qui ne laisse en général pas de séquelles,
00:47qui peut arriver suite à un épisode aigu, une grosse infection,
00:51la prise d'un médicament toxique.
00:53Et puis la maladie rénale chronique, où là on a des lésions irréversibles
00:56qui s'installent et où on a une progression irrémédiable
00:59vers un stade plus ou moins terminal,
01:01terminal dans le sens où les reins, au bout d'un moment, ne fonctionneront plus.
01:04Et là, on est obligé de proposer des traitements de remplacement
01:07de la fonction rénale, dialyse ou transplantation.
01:09Donc on fait tout pour éviter d'arriver à ce stade.
01:12Comment on fait pour ne pas arriver à ce stade, justement ?
01:14Est-ce qu'il y a des choses qui doivent nous alerter ?
01:16Oui, alors effectivement, comme vous l'avez dit, c'est une maladie silencieuse.
01:19Donc en dehors d'une prise de sang ou d'une analyse d'urine,
01:21vous n'avez quasiment aucun moyen de savoir si vous êtes atteint d'une maladie rénale.
01:26En revanche, vous pouvez savoir si vous avez des facteurs de risque de maladie rénale.
01:31Alors les reins étant composés très majoritairement de vaisseaux,
01:34de petites artères et filtrant le sang en permanence de l'organisme,
01:38toutes les maladies qui vont abîmer le système cardiovasculaire vont abîmer les reins.
01:43Donc l'hypertension et le diabète sont vraiment les deux grands criminels,
01:48en tout cas dans les pays occidentaux.
01:51Dans les pays plus pauvres, il y a d'autres causes, les infections notamment.
01:55Mais chez nous, c'est vraiment diabète et hypertension,
01:57puisqu'ils participent à l'altération des petits vaisseaux et donc à l'altération du rein.
02:03Alors après, d'une manière globale, tous les facteurs de risque cardiovasculaire vont faire du mal au rein.
02:08Et si on n'a pas ces facteurs de risque-là, d'autres pathologies qui vont entraîner ça ?
02:13Effectivement, il y a des maladies génétiques qui représentent une minorité de causes de maladies rénales.
02:19Mais on n'est pas loin de 10% quand même.
02:21Donc effectivement, les polykystoses par exemple,
02:23mais le fait d'avoir un proche au premier degré, parents, frères et sœurs,
02:27qui est atteint d'une maladie rénale, c'est un facteur de risque.
02:30L'obésité, alors qu'on peut classer dans les facteurs de risque cardiovasculaire,
02:33mais est également un gros facteur de risque.
02:35La sédentarité, le fait d'avoir un régime déséquilibré,
02:39trop riche en sel, trop riche en protéines et pauvre en fibres,
02:43en fruits et légumes, peut participer également à l'hygiène de vie globale.
02:47Et puis, il y a les médicaments.
02:49On sait qu'un certain nombre de médicaments, malheureusement,
02:51peuvent également abîmer les reins.
02:52On parlait tout à l'heure, de façon anecdotique, du lissage brésilien.
02:55Alors c'est un exemple.
02:56Oui, hors caméra, pour nos téléspectateurs tout à l'heure.
02:59Mais le lissage brésilien, aujourd'hui, c'est très contrôlé,
03:02mais il y a eu des produits qui passaient dans le sang et qui abîmaient les reins.
03:05Et de la même manière, dans les médicaments qu'on consomme,
03:07les anti-inflammatoires par exemple,
03:09on peut avoir des substances qui peuvent être hautement toxiques pour les reins.
03:13Et le fait d'en consommer en grande quantité et de façon répétée
03:15peut effectivement altérer les reins.
03:17Et puis après, il y a encore d'autres causes,
03:19mais elles sont finalement trop nombreuses pour qu'on les cite.
03:21Les maladies auto-immunes.
03:22L'âge, est-ce que l'âge joue un rôle ou pas du tout ?
03:24L'âge, effectivement, puisque avec l'âge,
03:26la fonction des reins va décliner lentement.
03:28Moi, je prends toujours l'exemple de la vue.
03:30On ne peut pas avoir 10 dixièmes aux deux yeux quand on a 80 ans.
03:33On ne peut pas avoir une filtration rénale de 100% quand on a 80 ans.
03:36Donc on est plus fragile avec l'âge.
03:38Et comme en plus avec l'âge,
03:40les facteurs de risque cardiovasculaire notamment augmentent,
03:43l'hypertension est beaucoup plus fréquente avec l'âge,
03:45le diabète aussi,
03:46on a du coup un ensemble de facteurs
03:48qui concourent au fait que nos patients sont souvent plutôt âgés.
03:52Plutôt au-delà de 65-70 ans aujourd'hui.
03:55Alors concernant les traitements qui existent aujourd'hui
03:58pour vivre avec ce type de maladie dit chronique,
04:01qu'est-ce qui existe aujourd'hui de moins invasif au plus invasif ?
04:05Alors la prévention avant tout.
04:06Donc pour les personnes qui sont à risque de développer une maladie rénale,
04:09on parlait des facteurs actuellement,
04:11enfin récemment,
04:12il faut bien sûr proposer un dépistage régulier.
04:15Donc dosage de la créatinine dans le sang,
04:17qui est un déchet du rein et qui forcément plus est élevé,
04:20plus va signaler un mauvais fonctionnement des reins.
04:23Et puis la recherche de protéines dans l'urine,
04:26d'albumines tout particulièrement,
04:27qui se fait maintenant sur un petit échantillon.
04:30Il n'y a plus besoin de faire les grands bocaux de 24 heures.
04:32Un échantillon tout simple suffit.
04:34Donc ça, ça va déjà permettre de voir
04:36si effectivement il y a une maladie rénale ou pas.
04:39Et ensuite, on va être beaucoup sur de la prévention.
04:41Donc on va lutter contre les facteurs de risque cardiovasculaire,
04:44équilibrer la tension artérielle au mieux.
04:4613-8, c'est ce qu'on vise aujourd'hui comme objectif.
04:49Traiter le diabète, essayer de réduire l'albuminurie
04:52par des médicaments spécifiques.
04:54Et puis l'hygiène de vie.
04:55Lutter contre la sédentarité, contre l'obésité,
04:58contre l'alimentation industrielle, préférer les produits frais,
05:02les fruits et légumes, limiter le sel.
05:04C'est ce qui est le plus souvent difficile,
05:07tout ce qui est aspect à l'hygiène de vie.
05:09Paradoxalement, c'est peut-être le facteur
05:10qui est le plus simple à mettre en place.
05:12Mais est-ce que c'est ce que vous ressentez chez vos patients ?
05:14Les patients préfèrent un médicament qu'un changement d'hygiène de vie.
05:18Mais les deux sont complémentaires.
05:19C'est-à-dire qu'il y a des médicaments qui sont très efficaces.
05:22Les IEC, les ARA2, les ISGLT2,
05:25qui sont toutes des classes thérapeutiques aujourd'hui
05:26qui traitent à la fois l'hypertension, la protéinurie
05:29et qui protègent les reins.
05:30Mais sans changement d'hygiène de vie, ça ne sert à rien.
05:34Il faut les deux.
05:34Il faut vraiment la conjonction des deux.
05:36C'est complémentaire.
05:37Voilà.
05:37Alors peut-être un chiffre sur lequel j'aimerais vous faire réagir.
05:41Il y a environ chaque année 10 000 nouveaux cas en stade terminal qui sont recensés.
05:45Comment vous expliquez qu'à l'heure actuelle,
05:48on a encore ce manque de déclic, on va dire, de dépistage, de prévention ?
05:52La prévention, malheureusement, est souvent délaissée.
05:56On le sent.
05:57Moi, j'ai le souvenir, étant petit, d'avoir fait des bandelettes urinaires
06:00en médecine scolaire ou en médecine universitaire.
06:02Ça ne se fait plus.
06:03Et pourtant, la bandelette urinaire permettait de détecter
06:05un certain nombre de protéinurie, d'anomalies débutantes.
06:10Les médecins traitants sont débordés.
06:12On a beaucoup de patients qui n'ont plus de médecins traitants.
06:14Ils sont orphelins.
06:15Donc c'est très compliqué.
06:17On va souvent à l'urgence.
06:18On va souvent aux plus urgents.
06:20Et donc d'où l'importance des journées de prévention
06:22qu'on organise chaque année au CHR,
06:24mais dans d'autres hôpitaux également,
06:26pour essayer de sensibiliser les gens aux facteurs de risque,
06:29de leur proposer un dépistage,
06:31et puis une prise en charge spécialisée si nécessaire.
06:34Merci beaucoup, en tout cas, pour ce diagnostic, docteur.
06:39Sur Moselle TV, restez en forme et informés.
06:42Avec plaisir.
06:42Sous-titrage Société Radio-Canada
06:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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