00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Des insultes, parfois des coups.
00:17Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes en novembre dernier,
00:20les journalistes ne sont pas épargnés.
00:23Dans les cortèges, chaque samedi, on voit des manifestants en colère contre les journalistes,
00:27des reporters craignant les policiers et les gendarmes,
00:29qui eux-mêmes sont à bout de nerfs après 7 mois de manifestations chaque semaine.
00:33Pourquoi autant de défiance, voire de haine ?
00:36Pour essayer de comprendre, Claudia Prolongeau est partie en reportage le 1er mai à Paris.
00:43Salut Julien, ça va ?
00:45Il est midi 30, je descends retrouver Olivier Corsan.
00:49Il est photographe aux Parisiens depuis plus de 20 ans.
00:51Et donc là, on va dans la salle où on trouve les équipements pour partir en manifestation.
00:57Donc là, nous allons prendre, alors il y a deux types de casques.
01:00Il y a les casques légers et les casques lourds.
01:01Aujourd'hui, c'est casque lourd.
01:03D'accord ?
01:04D'accord.
01:04Tu vois, tu as les mêmes casques que les CRS.
01:06Ah oui, d'accord.
01:06Voilà, tu vas en prendre un.
01:08D'accord.
01:08Tu vois, tu as la visière, comme ça, on ne prend pas trop bien un œil.
01:11Et puis, ce qu'on va prendre aussi, c'est des petits masques à gaz.
01:15Tu vois, parce que quand il y a de la lacrymo, eh bien, c'est bien pratique.
01:23Bon, ça passe quand même, ça pique quand même les yeux.
01:27D'accord, ça fait longtemps qu'ils sont équipés comme ça, tu sais ?
01:31Depuis les printemps arabes, on est équipés en gilet pare-balles.
01:34Et peut-être même qu'on l'était avant.
01:40Là, j'ai la visière qui me protège les yeux, le casque qui me protège la tête
01:45et le masque à gaz qui me protège les lacrymo.
01:49Ok.
01:49Donc moi, c'est bon.
01:50Ça me va bien, non ?
01:51Ah, voilà.
01:52Ah, c'est bon.
01:54Là, tu vas faire.
01:55Bon, super.
02:00Donc là, on prend le métro du boulevard de Grenelle.
02:04Ouais, c'est ça.
02:05Et on va descendre, si on peut, on descend à Montparnasse.
02:07Si la station est encore ouverte, sinon on descendra à la station avant, à Pasteur.
02:11Si c'est pas ouvert.
02:12Et on marchera jusqu'à Montparnasse.
02:18Merci.
02:20Et toi, c'est la couverture d'événements qui t'inquiète ou pas du tout ?
02:24La difficulté qu'on a, c'est que nous, les photographes ou les gens qui font de la vidéo,
02:28on peut pas être trop, trop loin.
02:30Parce que si on est trop, trop loin de l'événement, on voit rien.
02:31Et si on est trop, trop près, ça peut être aussi très dangereux.
02:34Donc il faut trouver, être à la bonne distance pour à la fois pouvoir voir ce qu'il faut voir,
02:41pouvoir montrer ensuite à nos lecteurs, à nos internautes, ceux qui nous suivent, ce qu'il y a à voir.
02:47Et en même temps, le but, c'est pas non plus de se retrouver à côté d'une grenade de
02:51désencerclement
02:52qui va vous arracher le pied, quoi.
02:55ou prendre un LBD dans l'œil et se retrouver avec un œil en moins.
02:59Donc voilà, moi j'ai deux collègues lors d'une manif et à un moment donné, deux collègues du Parisien
03:04qui se sont pris une balle de LBD.
03:07Le lanceur de balles de défense est une arme qui permet de tirer des cartouches de 40 mm en caoutchouc
03:12à une vitesse qui peut dépasser les 300 km heure.
03:15Selon le collectif Les Mutilés pour l'exemple, depuis le début du mouvement des Gilets jaunes,
03:1922 personnes ont été éborgnées par des tirs de LBD.
03:22Et en fait, tu crains plus ce genre d'action qui relève de la police
03:29que des actes de manifestants qui seraient agacés contre les médias
03:32et qui peuvent aussi être violents ?
03:34Le danger peut venir des deux côtés.
03:36Ils peuvent venir des deux côtés.
03:37Parce que des deux côtés, pour la police, ça dépend vraiment des consignes qu'ils ont eues avant l'événement.
03:44Parfois, ils ont des consignes, on va dire, de se mettre à distance.
03:48Donc ça, on le voit assez rapidement parce que, dans ces cas-là, ils ne vont pas au contact.
03:56Ils dispersent avec des grenades lacrymo.
04:01Ce qui est, on va dire, une action qui est toujours un peu physique.
04:05Mais la lacrymo, c'est désagréable.
04:07Mais le risque est moins grand.
04:09Après, ensuite, s'ils ont eu les consignes d'aller au contact, c'est-à-dire de charger,
04:14de tirer au LBD, il faut aussi se méfier de ne pas se retrouver victime, entre guillemets, de ça.
04:22Donc il peut y avoir un danger.
04:23Mais normalement, les consignes des policiers, ce n'est pas d'empêcher les journalistes de travailler.
04:27Et puis, pareil, du côté des manifestants, ça dépend.
04:30Il y a des fois certains qui sont très énervés vis-à-vis des médias
04:33et qui peuvent effectivement être très agressifs vis-à-vis des médias.
04:35Donc là aussi, il faut prendre une certaine distance pour éviter de prendre des coups.
04:39Et puis, il y en a d'autres, au contraire, qui ne chassent pas non plus les médias.
04:45Ils vont plutôt être dans une logique de casser des choses, on va dire, matérielles, des abribus,
04:50peut-être casser des magasins, mais ils ne vont pas s'intégrer à l'intégrité physique des journalistes.
04:55Ça dépend. Ça dépend des cas.
05:06Si tu veux bien décrire un peu là où on arrive, ce qu'il y a.
05:09Là, on arrive sur la place Montparnasse-Bienvenue.
05:12Donc il y a un monsieur qui nous indique, dans les forces de l'ordre,
05:16par l'endroit où il faut passer pour avoir accès à la manif.
05:19Là, il y a un cordon de...
05:21Je pense que ce sont des gardes républicains.
05:23Il y a marqué police, ouais.
05:24Ils sont là.
05:27Et qui empêchent, on va dire, une partie des manifestants d'aller vers la gare Montparnasse.
05:32Et de l'autre côté, il y a des gilets jaunes qui sont là,
05:37qui sont en train de se rassembler pour cette manifestation.
05:41Donc là, moi, je vais commencer à sortir mon matériel photo, qui est dans mon sac,
05:44pour commencer à entrer en action.
05:46En haut d'un immeuble, il y a des journalistes de l'AFP qui sont en train de filmer.
05:50Et il y a...
05:53Donc...
05:55Beaucoup de personnes qui se mettent en bas, qui les insultent et qui leur font des doigts d'honneur.
06:00Et puis il y a certaines télévisions, comme par exemple BFM,
06:03qui ont pris l'habitude maintenant d'enlever leur bonnette marquée BFM pour être un média plus anonyme,
06:10parce qu'eux, ils se font souvent...
06:14souvent un peu chahutés.
06:19BFM pour la mort !
06:21BFM pour la mort !
06:40BFM pour la mort !
06:46Dernière information quand même, qui nous paraissait importante de diffuser,
06:49à Rouen, il y a l'une de nos équipes de journalistes qui a été pressée.
06:53Ils étaient avec deux agents de sécurité, et l'un de ces agents de sécurité est actuellement examiné à l
06:59'hôpital.
07:03Dans la manifestation, j'ai croisé Laura Cambo, elle est journaliste piégiste.
07:07Ça a évolué depuis le début du mouvement ?
07:09Non, c'est pareil, en fait, depuis le début, il y a vraiment une haine des médias, en fait.
07:13Dès qu'ils nous voient, peu importe la chaîne d'information qu'on soit,
07:16ils nous demandent qui on est en criant BFM comme une insulte.
07:20Et nous, en fin de compte, bon bah là, moi je suis CNews,
07:23et c'est à peu près le même traitement qui nous est réservé.
07:26C'est un événement qu'il faut couvrir, c'est un événement social, etc.
07:29Mais c'est vrai que la forme que ça prend, c'est pas possible, quoi.
07:34Bah tu vois, là, on vient de m'interpeller à BFM.
07:36Ouais, j'ai entendu.
07:37Voilà.
07:38Tu l'expliques comment qu'il y ait ça, justement, qu'il y ait cette détestation et ces insultes,
07:44contre surtout des télés, mais contre les médias en général ?
07:47Tu comprends ou pas du tout ?
07:49Je comprends parce qu'il y a des erreurs qui ont été faites dans tous les camps,
07:53mais je pense qu'on a quand même largement traité le mouvement des gilets jaunes.
07:56En fait, le truc, c'est qu'ils sont anti-système.
07:58Et de ce principe-là, quoi qu'on dise, on ment.
08:02Donc de ce principe-là, on ne peut rien dire, même pas essayer de raisonner, de discuter,
08:07que ce soit pendant les manifestations ou sur les ronds-points.
08:11Il y a vraiment d'énormes incompréhensions, quoi.
08:13Parfois, on se rend compte qu'on parle même pas de la même chose, en fait.
08:16Et ils ne se rendent pas compte, ils ne savent pas comment on travaille.
08:19Ils pensent souvent que c'est nous qui choisissons de mettre telle ou telle personne à l'antenne,
08:23que c'est nous qui sélectionnons tel sonore ou pas.
08:27Enfin, ce n'est pas comme ça que ça marche, quoi.
08:29Il y en a beaucoup aussi qui, comme on est pigistes, etc.,
08:33qui ne comprennent pas notre précarité et qui ne comprennent pas qu'on ne les rejoigne pas, en fait.
08:38Il y en a beaucoup qui nous appellent à les rejoindre et qui disent que cette situation est intolérable pour
08:43tout le monde, quoi.
08:46Je ne parle plus à la presse.
08:47À n'importe quelle presse, quelle qu'elle soit.
08:49Quelle qu'elle soit, vous êtes des menteurs.
08:51C'est mon sujet, justement.
08:53Vous êtes des menteurs.
08:54Dites, la presse, c'est des menteurs.
08:55Et puis là, je vais vous dire.
08:57Quand je vois ce que je vois, je suis révolté.
08:59La presse, vous avez détruit votre image.
09:03Le problème des médias, c'est quand ils se focalisent sur, par exemple, un événement, sur la violence.
09:14Il y a de la presse que vous lisez, en laquelle vous avez confiance ou pas du tout ?
09:19Presse normale, non ?
09:21RT France, brute, des choses comme ça, quoi.
09:25On a envie de lire ce genre de choses et on ne regarde plus les trucs normales.
09:29Parce que c'est que des mensonges, je ne sais pas la vérité.
09:31Donc, on regarde ce qu'ils relatent.
09:33Quand ils regardent la télé, quand ils voient tout ce qui se passe,
09:36moi, ils me traitent de révolutionnaire.
09:39Je me dis, à un moment donné, ils croient que je suis là pour tout casser, quoi.
09:43Or que je ne suis pas là pour casser, je suis là pour défendre mes enfants
09:46et mes arrière-petits-enfants, les générations suivantes, quoi.
09:49Parce qu'arriver à un moment donné, on n'en peut plus, quoi.
09:51On ne peut plus rien faire, on survit.
09:55En bas, c'est de la merde aussi, le Parisien.
09:56C'est de la merde ?
09:57Il est vendu au gouvernement.
09:58Vous niquez à nous filmer, à nous interroger.
10:01Vous nous niquez.
10:02Pourquoi ?
10:03Parce que les faits qu'ils utilisaient ces images pour nous baiser,
10:05pour venir nous chercher chez nous.
10:07Et en même temps, elle a son job.
10:10Après, qu'est-ce qu'elle va en faire ?
10:11Mais attends, son rédacteur en chef, il va lui dire,
10:13Mais attends, vas-y, t'es gentille avec tes bandes,
10:17tu te l'écart dans le cul, puis tu ne me fais pas chier.
10:20Alors, personne ne me parle comme ça, je vous rassure, quand même.
10:25Sinon, je serais partie, je pense.
10:27Non, mais tu vois, il synthétise.
10:29Bon, il a son mode de parler, mais...
10:31Non, j'ai bien compris.
10:32Dans les grands métiers, c'est pas dans la ligne.
10:34Il te sabre pour que tu te barres, quoi.
10:40Ensuite, la manif a un peu dégénéré.
10:44Je vous invite à ne pas aller là-bas.
10:46Ça va être tendu là-bas.
10:47Ils sont en train de repousser, ça va être vraiment tendu.
10:50Il n'y a pas de violence, mais elle va arriver.
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