- il y a 6 semaines
Le 23 octobre 2017 Manon, originaire de l’Essonne alors âgée de 22 ans, travaille depuis un mois dans un hôtel de luxe des Maldives, le Huvafen Fushi Resort. Officiellement coordinatrice de la restauration, elle doit depuis deux jours « baby-sitter » les trois enfants d’une riche famille irlandaise séjournant dans l’hôtel. Une fille de 8 ans, une autre de 4 ans et un petit garçon de 23 mois. Manon se retrouve seule à surveiller la fratrie, alors que les parents et la direction lui avaient promis qu’elle serait épaulée par d’autres employés. Le garçonnet va échapper à sa surveillance et mourir noyé dans une piscine. Accusée “d’homicide involontaire par négligence”, Manon a vécu un enfer avant de s’enfuir sur un voilier. Code source prend de ses nouvelles et raconte à nouveau son histoire à peine croyable. Invité : Ronan Tésorière, journaliste au Parisien. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production et montage : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Jules Krot et Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian
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NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:16Le 23 octobre 2017, sur l'archipel des Maldives, un petit garçon de deux ans s'est noyé dans une
00:22piscine.
00:22Un drame dont une employée de l'hôtel, une jeune française, est rapidement accusée d'être seule responsable
00:28et pendant plus d'un an, elle va rester bloquée sur place avant de s'évader.
00:31On a voulu revenir aujourd'hui sur l'histoire de Manon, racontée pour la première fois dans Le Parisien, le
00:3614 avril.
00:47Ronan Tésaurière, vous êtes journaliste au Parisien. Comment est-ce que vous avez entendu parler pour la première fois de
00:52cette histoire ? C'était quand ?
00:53Alors j'en ai entendu parler en janvier 2018, pour être précis. Et en fait, c'est le père de
00:59Manon qui est la première personne avec qui j'ai eu contact.
01:03Et le père de Manon avait rejoint sa fille aux Maldives. Et en fait, il se posait la question d
01:10'amédiatisation parce qu'il avait compris rapidement
01:13quel enfer sa fille avait atterri. Je l'ai eu plusieurs fois au téléphone à ce moment-là. Il était
01:18stressé. Il m'a évoqué des pressions faites par des officiels
01:23sur lui, sur sa famille, sur sa fille. Et ensuite, il a préféré couper court à nos conversations parce que
01:31l'avocat français
01:33qu'il avait engagé pour sa fille lui a conseillé que dans le cadre de ce qu'on peut appeler
01:37une dictature,
01:38parce que les Maldives à ce moment-là, c'est une forme de dictature, la médiatisation n'était peut-être
01:43pas une bonne solution.
01:45Donc ce qui s'est passé, c'est que d'un commun accord, on a dit, écoutez, voilà, on arrête
01:50ces conversations.
01:52Mais ensuite, moi, j'ai un peu gardé le contact. Et surtout, je lui ai rappelé qu'on serait là,
02:00le média, le parisien,
02:02pour écouter l'histoire de Manon s'il avait besoin.
02:10Ensuite, qu'est-ce qui se passe ?
02:12Alors, ce qui se passe, c'est en mars 2019. Je reçois encore une fois un mail et cette fois
02:18-ci, c'est directement Manon.
02:20Manon qui, sur les conseils de son père, me contacte en lui disant, voilà, lui, il s'est montré très
02:26intéressé par l'histoire.
02:28Voilà, il a suivi le dossier.
02:31J'ai donc dit à Manon, écoutez, voilà, moi, je pense que votre histoire, c'est pas une histoire qui
02:36arrive tous les jours.
02:37C'est une histoire extraordinaire. Et je pense qu'il faut prendre le temps de la raconter. Donc, il faut
02:41qu'on se rend compte.
02:42Ronan, pour ceux qui n'ont pas encore lu votre article, est-ce que vous pouvez nous raconter justement à
02:46nouveau cette histoire ?
02:47Alors, cette histoire, c'est l'histoire d'un drame qui s'ajoute à un autre drame.
02:53L'histoire commence le 23 octobre 2017.
02:57Manon, elle est au Maldive depuis un mois.
02:59C'est une jeune française, fraîchement diplômée,
03:03et qui s'occupe de tout ce qui est la restauration dans un hôtel 5 étoiles au Maldive,
03:08tenue par une grosse compagnie maldivienne, dont le président est l'homme qui a créé le tourisme au Maldive.
03:14C'est-à-dire, c'est un peu le trigano des Maldives.
03:20C'est lui qui, en 72, a inventé le concept de ces îles d'hôtels au Maldive.
03:25Quelqu'un de très puissant.
03:26C'est quelqu'un de très puissant, proche du pouvoir, proche du président.
03:37Comment est-ce que cette jeune française, fraîchement diplômée, vous l'avez dit,
03:40se retrouve à travailler dans l'archipel des Maldives ?
03:42Elle a fait une formation dans la restauration,
03:45et elle a tout de suite eu envie de voyager, de découvrir d'autres univers.
03:49C'est quelqu'un qui aime découvrir le monde, qui parle très bien anglais,
03:53et donc toute son expérience professionnelle jusque-là est très internationale.
03:56Elle a travaillé dans d'autres pays, comme le Vietnam.
03:58Il y a une offre qui se fait, elle se dit, c'est un peu l'occasion ou jamais,
04:01et puis ça fait rêver.
04:03Même pour une jeune personne qui est sur le marché du travail depuis longtemps,
04:07elle se dit, voilà, c'est banco, double expérience, quoi.
04:12Un bon poste de responsable de la restauration,
04:15et dans un lieu paradisiaque.
04:17Donc elle y va un peu les yeux fermés.
04:20Et tout se passait très bien pour elle ?
04:21Alors tout se passait très bien pour elle,
04:23et donc voilà, elle avait pris en main son travail.
04:27Dans cette fin octobre 2017,
04:30son encadrement, c'est la direction de l'hôtel,
04:33lui demande, en plus de son travail,
04:36sur sa pause entre le déjeuner et le service du soir,
04:41de s'occuper des enfants d'une famille de riches irlandais.
04:45Au départ, elle dit qu'elle n'a pas les compétences pour ça,
04:48qu'elle n'a pas été formée pour ça,
04:50mais on lui dit, c'est pas grave, tu ne seras pas toute seule,
04:53il y aura quelqu'un toujours avec toi pour t'aider,
04:55parce qu'ils sont trois enfants.
04:57Une grande de 8 ans, une petite fille de 4 ans,
04:59et un petit garçon de 23 mois.
05:05Manon dit, voilà, je veux bien m'occuper des enfants,
05:07mais pas toute seule.
05:08Alors Manon le dit,
05:09et les parents des enfants le disent, expressément.
05:13C'est marqué dans le dossier criminel de cette affaire.
05:18Avant d'aller plus loin, peut-être un mot sur cette famille,
05:20vous avez dit des riches irlandais, de qui s'agit-il ?
05:23Trevor Musgrave et Tara Logan ?
05:26Lui, c'est un concessionnaire automobile irlandais,
05:29il gagne bien sa vie.
05:30Des voitures de luxe ?
05:32Des voitures de luxe, exactement.
05:33Et bon, voilà, ils sont en séjour familial,
05:36en vacances au Maliv.
05:38Pour profiter un peu de leurs vacances aussi,
05:40ils demandent un babysitting, simplement.
05:43Et la problématique de ce babysitting,
05:46qui doit durer trois jours,
05:48c'est que le troisième jour,
05:49donc le 23 octobre 2017,
05:51rapidement, Manon se retrouve seule.
05:54C'est-à-dire que la responsable de chambre des Meuse-Grèves,
05:58qui doit l'aider,
05:59et qui est la personne la plus en contact avec la famille,
06:02la quitte,
06:03et donc Manon se retrouve
06:05dans la partie commune de l'hôtel,
06:09seule avec les trois enfants.
06:11Et c'est là que, malheureusement,
06:13le drame arrive,
06:14c'est-à-dire qu'à un moment,
06:17la petite fille court vers la piscine
06:19alors qu'elle ne sait pas nager,
06:20commence à rentrer dans la piscine,
06:22Manon lui court après,
06:24essaye de la sortir de l'eau,
06:25et pendant ce temps-là,
06:26le petit de 23 mois s'enfuit.
06:35Et Manon,
06:37le temps de sortir la petite de l'eau,
06:41le perd de vue.
06:43Et malheureusement,
06:44on ne le retrouvera,
06:46le petit garçon,
06:47qu'une vingtaine de minutes plus tard,
06:49noyé dans une autre piscine de l'établissement,
06:53alors même qu'il a croisé la route
06:54d'un membre du staff,
06:55que celui-ci ne l'a pas arrêté.
06:58Voilà, il y a plusieurs choses
07:00à ce moment-là,
07:01plusieurs éléments qui jouent,
07:03qui auraient pu faire que ce drame
07:04aurait pu être évité,
07:05mais malheureusement,
07:06il ne l'a pas été.
07:07Le petit garçon est transporté
07:08à l'hôpital de Malais,
07:09la capitale des Maldives.
07:11Les secouristes ne parviennent pas
07:12à le réanimer.
07:13Manon est toujours dans l'hôtel
07:15à ce moment-là.
07:16Qu'est-ce qui se passe pour elle ?
07:19Dans ce cas-là,
07:20il y a une enquête qui est ouverte.
07:23Et elle,
07:24d'autres membres du staff sont entendus,
07:27la responsable de la chambre,
07:29le fameux butler
07:30qui a croisé la route du petit garçon.
07:33Le garçon, le croyais.
07:35Et en fait,
07:36les interrogatoires se répètent
07:39toute une semaine durant,
07:42parfois de manière audio,
07:45et d'autres fois filmées aussi.
07:46Pour Manon ?
07:47Manon est interrogé ?
07:47Manon est interrogé.
07:48Et on finit par lui faire signer
07:50des papiers,
07:52à ce moment-là,
07:53écrits uniquement en Maldivien,
07:55pas traduits,
07:55ni en anglais,
07:56ni en français,
07:57encore moins en français,
07:59où, en fait,
08:00elle le découvrira plus tard,
08:02en fait,
08:03ce sont des charges,
08:04en anglais,
08:05ce sont les charges
08:06qui pèsent contre elle.
08:07Et elle est,
08:07à ce moment-là,
08:10directement accusée
08:11d'homicide involontaire
08:12par négligence
08:13ayant entraîné
08:14la mort du petit garçon.
08:16Qu'est-ce qu'elle risque pour ça ?
08:18Selon la loi malivienne,
08:21ça peut monter
08:21jusqu'à 15 ans de prison.
08:23Donc,
08:24c'est des charges lourdes
08:25qui pèsent contre elle.
08:26Et,
08:27autre élément troublant
08:29de l'affaire,
08:30à aucun moment,
08:31la responsabilité de l'hôtel
08:32est engagée.
08:33C'est-à-dire que
08:34son directeur,
08:35son manager,
08:37ils ne sont pas convoqués.
08:38Ils ne vont pas voir la police.
08:39Ils ne subissent pas
08:40d'interrogatoire
08:41sinon que les premiers
08:43interrogatoires
08:43de l'enquête.
08:45Derrière,
08:45ils ne sont pas poursuivis.
08:46Est-ce que Manon a un avocat ?
08:48Alors,
08:48Manon a un avocat
08:50qui lui a été donné
08:51par le resort
08:53et c'est aussi
08:54l'avocat du resort.
08:56En fait,
08:56il va falloir un peu de temps
08:57à Manon
08:57pour comprendre
08:58qu'il y a un conflit d'intérêts.
09:00Comment peut-elle être défendue
09:01par un avocat
09:02qui est aussi celui
09:03du resort
09:04qui n'a pas intérêt,
09:05lui,
09:05à ce qu'une condamnation
09:07entache l'établissement ?
09:08Surtout un établissement
09:09de luxe
09:11des Maldives
09:12dont le tourisme
09:12est quasiment
09:13la principale industrie.
09:15On est au tout début
09:16de l'année 2018.
09:18Manon va essayer
09:18de s'en faire
09:19une première fois.
09:20En janvier 2018,
09:21Manon comprend
09:21qu'elle est vraiment
09:22en danger
09:24parce que
09:24c'est là
09:25qu'on lui signifie
09:26qu'elle est accusée.
09:28Alors que jusqu'ici,
09:29elle croyait être
09:29juste témoin
09:31et elle se dit
09:32qu'il faut que je rentre
09:33en France
09:34à minima
09:34pour au moins
09:35prendre du recul
09:36et peut-être plus.
09:38Sauf que là,
09:39elle se rend à l'aéroport
09:40et son avocat
09:42avait oublié
09:43de lui signifier
09:45qu'elle avait
09:46une interdiction
09:46de quitter le territoire
09:47donc on lui confisque
09:48son passeport.
09:49Et là,
09:49elle est vraiment
09:50prise au piège.
09:52C'est-à-dire qu'elle comprend
09:53qu'elle ne va pas partir
09:55des Maldives,
09:56qu'on ne la laissera pas partir.
10:03Et là,
10:03comment est-ce qu'elle vit
10:04à ce moment-là
10:04pendant ces longs mois ?
10:07Maintenant,
10:08c'est la partie,
10:08je pense,
10:09où ça devient
10:10presque irréel
10:13pour elle.
10:14C'est-à-dire que
10:14déjà,
10:15ça fait plus en moins
10:16qu'elle est
10:17emprisonnée
10:18entre guillemets
10:18sur son île,
10:20qu'elle repasse
10:21et repasse
10:22au même endroit
10:24du drame.
10:25Parce qu'elle travaille
10:26toujours dans l'hôtel.
10:27Oui,
10:27c'est-à-dire qu'en gros,
10:28on lui a dit
10:29qu'il faut rester là.
10:30Donc,
10:31elle n'a pas d'autre choix
10:32que de rester là.
10:34Et même d'un point de vue
10:35presque de survie,
10:36travailler,
10:37c'est son seul moyen
10:38de ne pas penser
10:40à ce qui lui arrive
10:41et ce qui est arrivé
10:43au drame
10:4424 heures sur 24.
10:46Donc,
10:46du coup,
10:47elle a repris le travail
10:48et elle essaye
10:51de survivre
10:52à ça.
10:54Et en janvier
10:56puis février,
10:56les mois passent
10:57et rien ne se passe.
10:59C'est-à-dire qu'on la laisse
11:00dans un espèce
11:02de silence.
11:04Personne ne lui dit rien.
11:05Son avocat le premier.
11:06Et elle attend.
11:07Et elle attend
11:08qu'une décision soit prise,
11:10qu'on lui donne
11:11des nouvelles
11:12de son dossier.
11:13et il n'y en a pas
11:14qui viennent.
11:15Donc, là,
11:16c'est les idées noires
11:16qui arrivent.
11:17Et en août 2018,
11:19les choses se compliquent
11:20encore pour Manon.
11:21Alors,
11:22les autres personnes
11:23qui auraient pu être
11:24aussi mises
11:26sur le banc des accusés,
11:28la responsable de chambre,
11:30le butler,
11:30eux sont exclus.
11:31Et elle comprend
11:32en août
11:33qu'elle est la seule
11:34et accusée.
11:36Toutes les responsabilités
11:37de l'horrible accident
11:39lui incombent.
11:41En tout cas,
11:41c'est ce qu'elle comprend.
11:43Et surtout,
11:43son avocat lui dit
11:45« Tu comprends,
11:46je travaille pour l'hôtel
11:47donc je ne vais pas
11:47pouvoir te défendre. »
11:48Donc,
11:48elle se retrouve en plus
11:49sans avocat.
11:49Et là,
11:50est-ce qu'elle est en contact ?
11:51Est-ce qu'elle a des nouvelles
11:51de la justice des Maldives ?
11:52Alors,
11:52oui,
11:53elle a des nouvelles
11:53de la justice des Maldives
11:54parce qu'en fait,
11:55il y a sa première audience
11:56préliminaire qui doit arriver.
11:58Son avocat l'a laissé tomber
11:59une semaine avant,
12:00la première audience préliminaire.
12:01Et en fait,
12:03son hôtel lui fournit
12:04un autre avocat.
12:06Elle ne connaît personne
12:07au Maldives.
12:07Elle n'a pas
12:08de réseau au Maldives
12:08donc elle est obligée
12:10d'accepter.
12:11Cet avocat
12:11la défend
12:13pour sa première
12:14audience préliminaire
12:15où est présent
12:16le juge principal
12:18de la cour criminelle
12:18des Maldives
12:19qui s'appelle
12:20le juge Harif.
12:22Et le juge
12:23commence à multiplier
12:25les audiences préliminaires
12:26en prévision du procès.
12:28Et à l'issue
12:30d'une de ces deux audiences
12:31préliminaires,
12:32le nouvel avocat
12:33de Manon
12:34reçoit un message
12:36du juge
12:36qui lui demande
12:38le numéro
12:39de Manon.
12:50Alors,
12:50elle hésite beaucoup,
12:51elle ne comprend pas.
12:52Elle est face
12:53à un système judiciaire
12:54qu'elle comprend mal.
12:55C'est un système judiciaire
12:56à l'anglo-saxonne,
12:57etc.
12:58On est dans
12:59un tout petit pays.
13:00Il y a beaucoup de choses
13:01qui se font de gré à gré
13:02entre les avocats
13:03et les juges.
13:04Donc,
13:04elle a fini par accepter
13:05en se disant
13:05« bon,
13:06peut-être que ça se fait ici ».
13:08J'imagine qu'elle ne se sent
13:10pas très libre
13:10de refuser.
13:12Oui,
13:12au regard de tout
13:14ce qui s'est passé déjà,
13:15en fait,
13:15elle se sent coincée
13:17et donc,
13:17elle finit par accepter
13:18de donner son numéro.
13:20Qu'est-ce qui se passe
13:20à ce moment-là ?
13:22Le juge en question,
13:23il lui envoie des textos
13:24et il veut la rencontrer
13:26personnellement.
13:27Il lui propose
13:28d'abord des déjeuners,
13:29puis des dîners,
13:31puis carrément
13:32de venir dans son hôtel.
13:33Il s'inquiète
13:34de savoir
13:34s'il y a des gens
13:35avec elle dans sa chambre.
13:37Quel que soit
13:37le résultat du procès,
13:39parce qu'il l'évoque,
13:41il dit « de toute façon,
13:41je veux te voir
13:43et je veux te rencontrer ».
13:44Et Manon comprend rapidement
13:46qu'en fait,
13:47il a des intentions
13:48qui sont sexuelles.
13:50Et on le rappelle,
13:51la justice n'est pas forcément,
13:53n'est pas franchement
13:53indépendante aux Maldives.
13:54Alors,
13:55particulièrement à ce moment-là,
13:56puisqu'il y a un régime
13:57en place
13:57qui est assez dur,
13:59qui est répressif
14:00vis-à-vis de la presse,
14:02de l'opposition,
14:04du système associatif.
14:06Et le juge en question,
14:08c'est un juge
14:10qui est très proche du pouvoir.
14:12Il est même célèbre
14:13au Maldives
14:13pour avoir acquitté
14:14deux responsables
14:15de l'enlèvement
14:16d'un journaliste.
14:17Donc,
14:18effectivement,
14:19elle est face
14:20à un dilemme.
14:21Qu'est-ce que je fais ?
14:22Que dois-je répondre
14:22à ce juge
14:23qui me sollicite
14:24alors que ce juge
14:26a entre ses mains
14:28le pouvoir
14:28de me donner
14:2915 ans de prison ?
14:29Et là,
14:30que se dit Manon ?
14:32Soyons clairs,
14:32Manon,
14:32à ce moment-là,
14:33elle a des idées suicidaires.
14:34Elle se dit
14:34« Je ne sortirai jamais
14:36de là.
14:37Ce pays est fou.
14:38Ce pays veut me condamner,
14:40veut me mettre en prison.
14:42Elle est sans d'autres
14:43formes de procès,
14:44en fait.
14:44Et du coup,
14:46elle finit par accepter
14:47une proposition
14:48qui lui a été faite
14:49auquel elle ne voulait pas
14:50se résoudre.
14:51Parce qu'elle se disait
14:52« Bon, à un moment,
14:53la raison va reprendre le dessus.
14:54Mais là,
14:54c'est la fin, en fait,
14:55de la raison
14:56pour dire
14:57qu'elle accepte
14:58une solution d'exfiltration. »
15:01Ses proches
15:02lui ont proposé
15:03une solution d'exfiltration
15:05déjà bien plus tôt,
15:06plus de six mois auparavant,
15:08en lui disant
15:08« Tu ne t'en sortiras jamais.
15:10Il faut qu'on te sorte d'ici. »
15:11Et elle avait toujours refusé
15:12jusque-là.
15:13Et face aux avances du juge,
15:15elle dit
15:15« C'est trop,
15:16je ne peux pas rester là. »
15:17Et donc,
15:17elle accepte cette solution.
15:22L'exfiltration,
15:23c'est James Bond.
15:24C'est-à-dire que
15:26Manon,
15:27voyant ça,
15:27demande des congés
15:28à son établissement,
15:29puisqu'elle travaille toujours.
15:31On lui accorde,
15:32en lui disant
15:32« Bien sûr,
15:33tu ne peux pas partir
15:36des Malives. »
15:37Un petit détail quand même,
15:38entre-temps,
15:39aux audiences préliminaires,
15:40elle a récupéré son passeport
15:43sur décision du juge.
15:44Ce qui se passe,
15:46c'est que,
15:47donc,
15:48voilà,
15:49vient l'intermédiaire
15:50d'un réseau
15:50qui a été mis en place
15:51par les proches.
15:52Elle va dans une petite île
15:55à côté de l'île centrale,
15:57donc l'île de Malais,
15:57la capitale,
15:58où elle reste dans un logement.
16:01Et là,
16:01elle récupère un téléphone satellite
16:03qui va être
16:05un peu son phare dans la nuit
16:06pour être en contact
16:07avec les gens
16:07qui vont l'exfiltrer.
16:08Donc là,
16:08on est tout début novembre 2018.
16:10Elle est encore sur son île.
16:13C'est la saison des cyclones
16:13et elle commence à se dire
16:15que vraiment,
16:15il n'y a rien qui va
16:16parce que
16:17toujours contre elle.
16:18Et en fait,
16:19finalement,
16:19il y a une fenêtre météo
16:21et donc là,
16:22on lui dit
16:22« On peut venir te chercher,
16:25mais il faut que tu ailles
16:25tout au sud des Malives. »
16:27Donc,
16:28elle reprend un bateau
16:29pour aller dans un archipel
16:32tout au sud des Malives
16:33et c'est là
16:34qu'on doit venir la chercher.
16:37Et là,
16:37comment ça se passe ?
16:38Là,
16:39elle attend
16:41et un jeudi soir,
16:42elle reçoit le coup de fil
16:44tant attendu
16:45sur le téléphone satellite
16:46qui dit
16:46« C'est demain,
16:48l'opération. »
16:50Elle se lève aux aurores
16:51et elle se rend
16:52sur une petite plage.
16:54Le soleil
16:55n'est pas encore levé
16:57et elle attend
16:58qu'arrive un bateau.
17:01Un bateau
17:02qui finalement
17:02arrive
17:03aux premières heures
17:04de l'aube
17:05et avec le bruit
17:07du muezzin
17:07et de la prière,
17:09les gens du bateau
17:10l'attendent
17:10et elle se déguise
17:11en membre d'équipage.
17:14Et où va ce bateau ?
17:16L'idée,
17:16c'est de partir
17:17en direction de Mayotte.
17:19Mais en attendant,
17:20il faut naviguer
17:21trois heures
17:22dans les eaux territoriales
17:23maldiviennes
17:24et passer
17:24dans cette fameuse
17:25douane maldivienne.
17:27Pour Manon,
17:28ce n'est pas encore fait
17:29et finalement,
17:32les douanes maldiviennes
17:33ne vont pas réagir,
17:35ne vont pas accoster
17:35le bateau.
17:37Et après trois heures
17:38de navigation,
17:39elle va rentrer
17:39dans les eaux internationales
17:40et là,
17:41elle se sentira
17:42vraiment un peu libre.
17:43Et Manon va poser
17:44le pied en France
17:4516 jours plus tard,
17:46en Outre-mer,
17:47d'abord sur l'archipel
17:48de Mayotte,
17:49avant de rentrer
17:49ensuite en métropole.
17:51Est-ce que la justice
17:52des Maldives recherche Manon
17:53aujourd'hui ?
17:54Alors la justice
17:55des Maldives recherche
17:56activement Manon.
17:57Il y a un avis de recherche
17:59qui a été édité
18:00en décembre dernier.
18:03Mais je dirais
18:04sans aller plus loin.
18:05C'est-à-dire que
18:05pour l'instant,
18:06elle en est là.
18:07Et la France
18:08n'extrade pas
18:08ses ressortissants ?
18:09Non, non.
18:10La France n'extrade pas
18:11ses ressortissants.
18:12Et puis les risques,
18:14en tout cas selon
18:14l'avocat de Manon,
18:15que les Maldives
18:17émettent un mandat
18:17d'arrêt international
18:18sont quand même
18:19très limités.
18:19aussi parce que
18:21les deux choses
18:23sont très liées,
18:23politique et justice,
18:24en Maldives.
18:25Le régime a changé
18:27récemment
18:28avec une présidentielle
18:29et des législatives
18:30qui ont fait chuter
18:32le régime dictatorial
18:34du précédent président.
18:43Et grâce à vous,
18:45Ronan Tésaurière,
18:45Manon est avec nous.
18:47Bonjour Manon.
18:48Bonjour.
18:49Quelle marque
18:50cette histoire douloureuse
18:51a laissé chez vous ?
18:53Ça a détruit ma vie,
18:54ça c'est sûr.
18:55Ça ne marque à jamais,
18:57ça empêche de dormir.
18:59Dans l'article de Ronan Tésaurière,
19:00vous dites cette chose terrible,
19:02je vivrai toute ma vie
19:03avec ce sentiment de faute ?
19:05Oui, bien sûr.
19:06Par rapport à la famille surtout,
19:10j'y pense tout le temps,
19:11tous les jours,
19:11j'y penserai toujours de ma vie.
19:14La famille dont vous parlez,
19:15vous avez eu des contacts
19:16avec eux d'une façon ou d'une autre ?
19:17Non, pas du tout.
19:20Comment est-ce que vous faites aujourd'hui ?
19:21Vous êtes soutenue psychologiquement ?
19:23Oui, oui, oui.
19:24Ça m'aide beaucoup, bien sûr.
19:27Et vous faites quoi aujourd'hui ?
19:28Je me repose,
19:29c'est déjà bien.
19:31Et j'essaye de retrouver
19:32une vie à peu près normale,
19:34on va dire.
19:35Au niveau du travail,
19:36vous en êtes où ?
19:37Au niveau du travail,
19:38je viens de commencer des recherches.
19:40Oui, je pense que
19:42de faire cet article,
19:43ça m'a vraiment aidée
19:44à me libérer
19:46mentalement
19:47et à montrer que
19:48toute ma vie
19:49n'est pas tournée autour de ça
19:50parce que vraiment,
19:51depuis que je suis rentrée,
19:53j'ai l'impression
19:53que ma vie s'est arrêtée,
19:55que ma vie est basée
19:57sur cet événement-là.
19:59Et je pense que
20:00ça m'a un peu libérée,
20:01en fait,
20:01ça a sorti quelque chose de moi.
20:03En tout cas,
20:04aujourd'hui,
20:04vous avez envie
20:05de passer à autre chose,
20:06j'imagine,
20:07même si forcément,
20:08ça restera pour toujours en vous.
20:09Oui, exactement.
20:10C'est quelque chose
20:11qui restera toujours,
20:12il faudra que j'avance avec.
20:14Mais j'ai 24 ans
20:15et aujourd'hui,
20:16la vie,
20:16elle ne fait que commencer.
20:18Donc, il faut avancer,
20:20malgré tout.
20:21Merci Manon
20:22et merci à Ronan Tésaurière.
20:35Côte Source est le podcast
20:37d'actualité du Parisien,
20:38production et montage
20:39Jeanne Bouezec,
20:40réalisation et mixage,
20:41Jules Croix
20:42et Alexandre Ferreira.
20:43N'oubliez pas
20:44de vous abonner gratuitement
20:45sur votre application préférée
20:46comme Apple Podcast.
20:48Côte Source est aussi
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