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Avec son nouveau parti, Horizons, l’ancien Premier ministre veut continuer de peser dans le débat politique. Récit.

Dans ce podcast : Edouard Philippe bouscule la majorité présidentielle, l'ancien premier ministre redevenu maire du Havre à l'été 2020 surf sur sa popularité acquise pendant la crise sanitaire. Il vient de créer son propre parti politique « Horizon » qui doit préparer son éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2027 et continue de jurer fidélité à Emmanuel Macron. A quoi joue donc Edouard Philippe ? Code source brosse son portrait.
Edouard Philippe est né le 28 novembre 1970 à Rouen en Normandie, il est le fils de parents enseignants et il grandit dans la banlieue de Rouen. Son grand père était dockers au Havre. Il est issu d'un milieu plutôt modeste et on peut le dire Edouard Philippe est un pur produit de la méritocratie républicaine…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Marion Bothorel, Sarah Hamny et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound, Orelsan - Identité graphique : Upian

Archives : France Info, France Télévisions, Le Figaro, AFP, INA.

#edouardphilippe #présidentielle #lehavre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Edouard Philippe bouscule la majorité présidentielle.
00:15L'ancien Premier ministre, redevenu maire du Havre à l'été 2020,
00:19surfe sur sa popularité acquise pendant la crise sanitaire.
00:23Il vient de créer son propre parti politique, Horizon,
00:25qui doit préparer son éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2027
00:30et continue de jurer fidélité à Emmanuel Macron.
00:34A quoi joue donc Edouard Philippe ?
00:36Code Source brosse son portrait avec Olivier Beaumont, journaliste au service politique du Parisien.
00:51Il est arrivé au pas de course.
00:54Officiellement, Edouard Philippe ne veut pas nourrir les rumeurs qu'il envoie à Matignon.
00:58Au début du mois de mai 2017, juste après la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle,
01:04Edouard Philippe est dans une peur panique Olivier Beaumont. Pourquoi ?
01:07Parce que personne ne le sait à l'époque, mais Edouard Philippe a été reçu à deux reprises en catimini
01:12par Emmanuel Macron.
01:13Et il y a cette rumeur qui circule déjà depuis plusieurs jours,
01:15comme quoi il pourrait être le Premier ministre d'Emmanuel Macron.
01:18Sauf que quand il se rencontre, le nouveau président élu ne lui dit rien.
01:23Je ne sais pas ce qu'il va faire. Personne ne sait ce qu'il va faire.
01:26Il va attendre comme ça pendant dix jours, le 15 mai, pour que l'annonce soit officialisée.
01:30Dix jours, c'est très long et Edouard Philippe va même somatiser pendant cette période.
01:34Chaque jour, il se demande si c'est bien lui qui va être nommé.
01:36Il confiera bien plus tard qu'il avait perdu jusqu'à six kilos.
01:45Olivier Beaumont, avant de revenir plus en détail sur son expérience à Matignon et son actualité politique,
01:51vous allez d'abord nous retracer le parcours d'Edouard Philippe.
01:55Il naît le 28 novembre 1970 à Rouen, en Normandie.
01:59Dans quel milieu est-ce qu'il grandit ?
02:01Dans un milieu plutôt populaire. Il est le fils de parents enseignants.
02:04Il grandit dans la banlieue de Rouen.
02:06Son grand-père était docker au Havre.
02:09D'ailleurs, il avait aussi sa carte à la CGT.
02:11Donc voilà, il est issu d'un milieu plutôt modeste.
02:13Et on peut le dire, Edouard Philippe est un pur produit de la méritocratie républicaine.
02:17Il lit beaucoup quand il est petit.
02:18C'est son père qui lui a insufflé ce goût pour la lecture dès l'âge de six ans.
02:22Et c'est une passion qui ne l'a jamais quittée.
02:24C'est quelqu'un qui lit énormément.
02:26Il peut passer des après-midi, le dimanche, pendant quatre heures sur son fauteuil,
02:30à dévorer des ouvrages de toutes sortes.
02:32Ça peut être des romans, des essais, des bandes dessinées.
02:34C'est une littérature qui est très foisonnante, très éclectique.
02:38Et il en fera même un livre pour raconter cette passion pour la littérature
02:42qui sortira en 2016, qui s'appelle « Des hommes qui lisent ».
02:45Très bon élève.
02:46Il fête une année de classe préparatoire avant d'intégrer Sciences Po Paris.
02:50Fan de Michel Rocard, il y fréquente les milieux socialistes.
02:53Puis il réussit le concours d'entrée à l'ENA, l'école nationale d'administration, en 1993.
03:00Comment le décrivent ses camarades à cette époque-là ?
03:02Il a cette allure, il traîne ses grandes jambes dans les couloirs de l'ENA.
03:06Et quand on interroge d'ailleurs ses camarades de l'époque,
03:09ils disent aussi que c'était quelqu'un qui aimait beaucoup plaire.
03:11C'était un séducteur, Édouard Philippe.
03:13Il aimait sortir avec les plus jolies filles, et puis aussi souvent les plus fortunées.
03:18Édouard Philippe se classe parmi les meilleurs élèves de sa promotion à la sortie de l'ENA en 1997.
03:24Il est nommé au Conseil d'État.
03:26Au début des années 2000, il se rapproche du maire du Havre.
03:29C'est le contexte des élections municipales, et effectivement, il se rapproche d'Antoine Ruffnacht, maire RPR.
03:35Et donc il se lance dans cette campagne, et il sera élu sur la liste d'Antoine Ruffnacht,
03:39et même nommé adjoint au maire aux affaires juridiques.
03:43En 2002, l'ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, Alain Juppé,
03:47lui propose de participer à la fondation du nouveau parti de la droite, l'UMP.
03:52Cinq ans plus tard, en 2007, il intègre son cabinet au ministère de l'Écologie.
03:56Mais l'expérience tourne court.
03:59Oui, elle tourne court parce qu'il y a une règle tacite, à l'époque,
04:02qui a été imposée par le nouveau président Nicolas Sarkozy,
04:04qui est que quand on est ministre et qu'on s'engage dans une campagne électorale,
04:08si on la perd, eh bien on le démissionne de son poste de membre du gouvernement.
04:12Et c'est ce qui va arriver à Alain Juppé, puisqu'à l'époque, il est candidat aux législatives à
04:15Bordeaux,
04:16et il est battu.
04:17Et donc, conformément à cette règle, Alain Juppé démissionne,
04:20et cette aventure s'arrête brusquement avec ce départ du ministère de l'Écologie.
04:24Le 24 octobre 2010, le maire du Havre, Antoine Ruffnacht,
04:28quitte ses fonctions pour des raisons personnelles
04:31et laisse la place à l'un de ses adjoints, Édouard Philippe.
04:34Bonsoir, le Havre a un nouveau maire.
04:37Hier, Édouard Philippe a été élu à la majorité des voix
04:40lors d'un conseil municipal exceptionnel.
04:42En 2012, à 41 ans, il est élu député de la Seine-Maritime.
04:46Olivier Beaumont, vous, vous le rencontrez pour la première fois à ce moment-là.
04:50Oui, effectivement, il est élu depuis déjà quelques semaines député de Seine-Maritime.
04:54Et il découvre l'hémicycle, et puis son cirque aussi,
04:58les passes d'armes lors des séances de questions de gouvernement.
05:01Et d'ailleurs, c'est quelque chose qu'il n'apprécie pas vraiment.
05:04Ça m'avait frappé lors de cette rencontre,
05:05où il décrivait qu'il n'aimait pas trop l'image qu'ont renvoyé les députés dans l'hémicycle.
05:09Il trouvait que ce n'était pas très glorieux,
05:11et puis d'autant plus qu'il est élu dans l'opposition.
05:13On n'a pas vraiment de pouvoir quand on est élu dans l'opposition,
05:16on n'a pas un pouvoir d'obstruction.
05:17Et donc, il ne s'est pas épanoui dans cette fonction.
05:23En 2014, il veut conserver son siège à la mairie du Havre.
05:26Et pendant sa campagne pour les élections municipales,
05:29un ami de longue date, documentariste, le suit et le filme partout.
05:33Lui, lui là, lui, s'appelle Laurent Sibien.
05:37Il était à l'école avec moi, juste après la terminale.
05:40Et voilà. Alors c'est un gauchiste.
05:44Non mais je vous préviens, c'est un vrai gauchiste, tendance écolo, ultra-gauche.
05:48Un vrai gauchiste.
05:48Mais quand même, il est gentil.
05:51Et surtout, il y a dix ans, il a décidé qu'il allait à intervalles réguliers me filmer.
05:55C'est un documentaire qui est diffusé en plein cœur de l'été, en août 2016.
06:00Et Laurent Sibien, il va suivre comme ça, en mode inside, la campagne d'Edouard Philippe.
06:04Il faut être à la fois conscient du pouvoir que tu peux avoir, conscient qu'on te le prête, qu
06:10'on te le confie,
06:11et qu'on le reprendra quoi qu'il arrive, et l'exercer le plus sérieusement possible,
06:15en sachant bien que tout ça n'est qu'un petit passage.
06:18Alors un petit passage pour toi, et alors un tout petit passage pour ceux qui te l'ont confié.
06:25Toi, tu auras un nom de rue, tu auras un jour, une rue portera ton nom ici.
06:30Oh oui, peut-être que ce sera une impasse.
06:32On voit comme ça la construction d'un personnage politique,
06:37élu dans une ville de province, et qui est en campagne pour être réélu au poste de maire.
06:42Deux ans plus tard, Edouard Philippe rejoint la campagne de son mentor, Alain Juppé,
06:46qui est candidat à la primaire de la droite et du centre, en vue de l'élection présidentielle.
06:51Oui, il s'est investi énormément dans la campagne d'Alain Juppé,
06:54qui à l'époque, il faut le rappeler, est le grand favori des sondages.
06:57Et donc beaucoup pensent que le prochain président de la République pourrait être Alain Juppé.
07:01Et Edouard Philippe partage son emploi du temps entre Le Havre et Paris pour s'investir dans cette campagne.
07:07Mais Alain Juppé est battu.
07:08Oui, il est battu. Son champion ne sera pas le candidat de la droite.
07:11C'est François Fillon. Et à ce moment-là, il va prendre un petit peu de recul.
07:15Il dit qu'il soutiendra François Fillon pour la campagne.
07:17Mais en tout cas, on le voit beaucoup moins. Et d'ailleurs, à cette période, il a une collaboration avec
07:23le journal Libération,
07:24où il écrit très régulièrement une chronique pour commenter, pour raconter la campagne présidentielle.
07:29Au mois de février 2017, le canard enchaîné fait des révélations sur François Fillon
07:34et les emplois fictifs de son épouse à l'Assemblée nationale.
07:39Que décide de faire Edouard Philippe à ce moment-là ?
07:41Là, pour le coup, il disparaît totalement des radars médiatico-politiques.
07:46On en revient au début de cet épisode de Côte-Source.
07:49Olivier Beaumont, dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, en mai 2017,
07:54Edouard Philippe est approché par l'entourage d'Emmanuel Macron.
07:57Il est au siège des Républicains, en rue de Veugirard,
08:00où il participe à une réunion sur la stratégie à adopter pour l'entre-deux-tours de sa formation politique.
08:05Choisir Macron, donner des consignes pour ne pas voter Marine Le Pen.
08:08Et il a cet appel, effectivement, d'une personne qu'il ne connaît pas,
08:11qui lui dit qu'Emmanuel Macron souhaite le rencontrer le plus rapidement possible.
08:16Edouard Philippe quitte le bâtiment de la rue de Veugirard.
08:18Et là, une voiture vient le chercher.
08:20Et il va arriver, quelques temps plus tard, effectivement,
08:22au QG de campagne, rue de la Baie-Groux, du candidat Macron.
08:25Il arrive planqué à l'arrière de la voiture et caché sous une couverture.
08:30Le 15 mai 2017, le nouveau président élu, Emmanuel Macron,
08:33nomme donc Edouard Philippe, Premier ministre.
08:36Bonjour mesdames, bonjour messieurs.
08:39Le président de la République a nommé Monsieur Edouard Philippe, Premier ministre.
08:44Il a chargé de former le nouveau gouvernement.
08:47Je vous remercie.
08:49Comment réagit son ancienne famille politique ?
08:51Très mal, elle parle de trahison, donc les mots sont forts.
08:55En octobre 2017, le parti dira qu'il prend acte du départ d'Edouard Philippe, des Républicains.
09:04Et pourquoi le choix du président s'est porté justement sur Edouard Philippe ?
09:07Parce qu'Emmanuel Macron, il veut être un président disruptif.
09:10Il veut surtout parler aux électeurs de la droite.
09:13Et il est séduit par cette personnalité d'Edouard Philippe,
09:16qu'il juge compatible avec sa politique.
09:18Il faut le rappeler qu'ils ne se connaissent pas du tout à l'époque.
09:21C'est un coup de poker que fait Emmanuel Macron,
09:23avec cette volonté de continuer cette entreprise de fracturation, de dynamitage de la droite.
09:29Quand il est nommé, il est très peu connu à ce moment-là.
09:31Personne ne le connaît, il a été juste élu pendant le mandat précédent, 2012-2017.
09:36Mais le grand public ne connaît pas Edouard Philippe.
09:38On se souvient tous de ces micro-trottoirs où on interrogeait les Français dans la rue,
09:41où on leur montrait son visage.
09:43Il ne le connaissait pas et lui-même ironisait là-dessus,
09:46puisqu'il disait qu'on a deux prénoms, c'est difficile de se faire un nom.
09:49Le 9 janvier 2018, Edouard Philippe annonce une mesure à laquelle il tient personnellement,
09:55abaisser la limitation de vitesse de 90 à 80 km heure sur les routes secondaires.
10:00Et cette mesure, Olivier Beaumont, est très impopulaire.
10:04Elle est très impopulaire parce qu'elle donne déjà le sentiment d'avoir été annoncée sans aucune concertation.
10:10Et donc les Français ont l'impression de recevoir cette annonce comme un coup de massue.
10:14Il faut rappeler que beaucoup de Français ont besoin de leur voiture pour aller travailler.
10:18Et d'annoncer ce genre de mesure, c'est très très mal perçu,
10:21y compris même au sein de la majorité,
10:23puisque Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur de l'époque,
10:26lui-même ne se prive pas pour prendre ses distances
10:29avec cette décision d'abaisser de 10 km heure la vitesse des voitures sur la route nationale,
10:35qui est quand même, rappelons-le, et c'est le principal argument d'Edouard Philippe,
10:37une mesure de prévention et de sécurité routière.
10:40Sa manière de gouverner est aussi critiquée.
10:42On lui reproche sa rigidité durant la crise des Gilets jaunes à partir de l'automne 2018.
10:47Et l'année suivante, sa réforme des retraites est mal accueillie.
10:50Pourquoi ?
10:51Les Français ne comprennent pas pourquoi on veut leur imposer cette réforme
10:54qui repose sur deux jambes.
10:56D'une part, la nécessité d'équilibrer le système des retraites
11:00et de l'autre côté, d'allonger l'âge de départ à la retraite pour aller jusqu'à 65 ans.
11:05Et ça, les syndicats n'en veulent pas.
11:07Les Français, ils sont très rétifiaux aussi.
11:09Qu'est-ce qu'il va se passer ?
11:10Eh bien, le pays va être bloqué pendant tout l'hiver 2019-2020.
11:14Edouard Philippe, il va s'accrocher à cette réforme
11:16alors qu'Emmanuel Macron ne lui est pas vraiment convaincu.
11:18Il va tellement s'accrocher qu'il va même avoir recours au 49-3,
11:22qui est une mesure de passage en force au Parlement
11:24lors de l'examen des premiers articles de cette loi.
11:27Toutes les oppositions sont légitimes, bien sûr.
11:30Toutes les contestations doivent évidemment s'exprimer.
11:33Mais il me paraît qu'elles doivent le faire
11:36dans le respect des institutions et des pratiques du débat républicain.
11:39C'est la raison pour laquelle,
11:41conformément à l'article 49 alinéa 3 de la Constitution de 1958,
11:46et après en avoir obtenu l'autorisation du Conseil des ministres du 29 février,
11:50j'ai décidé d'engager la responsabilité du gouvernement
11:55sur le projet de loi instituant un système universel de retraite.
12:02Au printemps 2020, avec l'arrivée de l'épidémie de Covid-19
12:05et le premier confinement,
12:07il redort son image dans l'opinion publique.
12:09Il y a Edouard Philippe qui est très présent à cette époque dans les médias
12:13pour essayer un peu de faire de la pédagogie sur le peu qu'on sait.
12:16On ne sait rien de ce virus, on ne sait pas comment lutter.
12:20Il a un discours de vérité.
12:21Il le dit très simplement et très modestement à cette époque-là,
12:25aux questions qui lui sont posées par les journalistes et par les Français.
12:28Je ne sais pas.
12:29Aujourd'hui, au moment où je vous parle,
12:31je ne sais pas si les élections pourront se tenir à la fin du mois de juin.
12:37Peut-être, mais je ne le sais pas.
12:40Le 23 mai, collectivement, nous saurons prendre cette décision.
12:44Et ce discours de vérité, il va plaire aux Français.
12:46Et puis, ils vont voir que ce Premier ministre,
12:50il fait ce qu'il peut avec les moyens qu'il a.
12:52Et puis, il marque aussi physiquement ce combat contre le virus.
12:55Parce que c'est à cette époque-là qu'on commence à voir apparaître
12:57ces fameuses taches blanches sur sa barbe.
13:00Donc, il porte les stigmates aussi de ce combat.
13:03Olivier Beaumont, le 2 juillet au soir,
13:06Edouard Philippe est attendu à l'Élysée
13:08pour un dîner en tête à tête avec le président.
13:11Ça fait déjà plusieurs semaines que la rumeur bruitse
13:13d'un changement de Premier ministre.
13:15Mais on ne sait rien.
13:17Et tout s'accélère au début du mois de mai.
13:21Edouard Philippe se rend à l'Élysée.
13:22Et quand il quitte Matignon, il glisse une enveloppe dans sa veste,
13:25dans la poche intérieure de sa veste,
13:27une enveloppe où il lui remet la démission de son gouvernement.
13:30On ne sait rien quand il ressort de cette rencontre
13:32qui va durer environ trois quarts d'heure.
13:34Ce n'est que le lendemain
13:35qu'Emmanuel Macron annonce la nomination de Jean Castex comme Premier ministre
13:40et donc qu'Edouard Philippe n'est plus le Premier ministre de la France.
13:44Est-ce qu'on sait vraiment pourquoi le chef de l'État a voulu changer de Premier ministre ?
13:48C'est une période où Edouard Philippe, il devient de plus en plus populaire.
13:51Et il fait de l'ombre à Emmanuel Macron.
13:53On voit qu'on arrive en fin de cycle entre les deux hommes.
13:56Il y a un passif qui s'est installé
13:58puisque c'est la décision de vouloir imposer les 80 km heure
14:02qui va être au sein des déclencheurs de l'Afrique des Gilets jaunes.
14:04Donc voilà, c'est un couple en fin de vie.
14:06Là, on peut dire que la rupture est vraiment consommée entre les deux.
14:09On sait ce qu'il fait pendant l'été qui suit ?
14:11Eh bien d'abord, il retourne au Havre
14:12puisqu'il faut rappeler qu'il a été réélu quelques semaines auparavant
14:15à la mairie de cette ville.
14:16Donc, il a des affaires courantes à gérer.
14:19Et puis, très vite après, à partir de la fin juillet, début août,
14:23il va prendre un peu de vacances, bien méritées,
14:26estime-t-il, où là, il va se reposer
14:28et puis passer du temps avec les siens, sa femme et ses trois enfants
14:31et puis peut-être aussi commencer à réfléchir à son avenir.
14:34En décembre, il attire l'attention en organisant une campagne
14:37de dépistage massif du Covid-19 dans sa ville du Havre.
14:41Pourquoi est-ce qu'il fait ça ?
14:42Il n'y a aucune campagne de dépistage massif qui est lancée en France.
14:46Beaucoup d'interrogations, beaucoup de critiques aussi à l'endroit du gouvernement.
14:49Ça ne va pas assez vite.
14:51Edouard Philippe, il prend cette initiative quelque part à contre-pied du gouvernement.
14:55En tout cas, il le prend un petit peu de vitesse.
14:57Et c'est une façon de dire à sa façon,
14:59« Regardez, moi j'arrive à faire dans ma ville ce que vous,
15:01vous n'arrivez pas à faire dans le reste du territoire. »
15:05Bonsoir, Edouard Philippe.
15:06On en vient à cette année.
15:07Le dimanche 4 avril,
15:09Edouard Philippe est l'invité de Laurent Delahousse
15:11au 20h de France 2
15:12pour la promotion d'un livre qu'il a co-écrit sur ses années à Matignon.
15:17Que dit-il pendant cette interview ?
15:18C'est la première réapparition véritablement publique d'Edouard Philippe
15:21depuis qu'il a quitté Matignon.
15:23On attend beaucoup de sa parole.
15:24Et donc, il est dans le cadre de la promotion de ce livre,
15:27« Impression et ligne claire »,
15:28co-écrit avec son ami et hérodéputé Gilles Boyer.
15:31Et donc, on s'attend bien sûr à ce qu'il va dire
15:33par rapport à ses ambitions
15:35et puis à son engagement vis-à-vis d'Emmanuel Macron
15:37dans le cadre de la campagne présidentielle qui s'annonce.
15:40Et très étonnamment,
15:41Edouard Philippe est très allusif.
15:43On se sent un peu détaché
15:44en répondant aux questions de Laurent Delahousse,
15:46alors que lui, Laurent Delahousse,
15:47attend des réponses claires,
15:49notamment sur la question de la loyauté vis-à-vis d'Emmanuel Macron.
15:52J'ai été d'une loyauté que je crois,
15:55alors peut-être, pardon, je me surestime peut-être,
15:57mais que je crois absolue à l'égard du président de la République.
15:59Mais il se trouve que je suis aussi
16:01d'une très grande liberté de ton, de pensée,
16:05que je veux me servir de cette liberté
16:06pour essayer de faire vivre un débat
16:09que je crois indispensable à mon pays.
16:12Et il ne fera une réponse jamais claire.
16:14en fait, sur ses intentions,
16:16ce qui laisse forcément sujet
16:18à beaucoup d'interprétations
16:19et beaucoup de spéculations
16:20à ce moment-là sur les véritables intentions
16:22d'Edouard Philippe pour la suite.
16:25Son livre, Impressions et lignes claires,
16:28sort trois jours plus tard.
16:29À partir de là,
16:30il entame une grande tournée médiatique
16:32dans une trentaine de villes en France.
16:34Vous le suivez à ce moment-là, Olivier Beaumont ?
16:36Là, c'est un peu une mission de clarification.
16:38Il a bien vu que ses propos
16:40ont suscité beaucoup d'interrogations
16:42et de perplexité, notamment dans les rangs de la majorité.
16:46Et donc, cette promotion,
16:47c'est aussi pour une occasion
16:48de remettre un petit peu les points sur les i,
16:50notamment sur le fait que, bien sûr,
16:51il s'engagera aux côtés d'Emmanuel Macron
16:53et que, bien sûr, il veut qu'Emmanuel Macron
16:56gagne à la prochaine élection présidentielle.
16:59Le 9 octobre, dans sa ville du Havre,
17:02Edouard Philippe réunit un parterre d'élus
17:04au Carré des Docs.
17:05Olivier Beaumont, vous êtes sur place pour Le Parisien.
17:08Décrivez-nous l'arrivée d'Edouard Philippe à la tribune.
17:11Il arrive comme une star.
17:12C'est-à-dire qu'il y a des chauffeurs de salles
17:14juste avant.
17:16La salle est pleine, bien sûr.
17:17Et donc, il arrive avec une musique,
17:19seul sur scène,
17:21dans une salle d'environ 3000 supporters,
17:23selon les participants.
17:25Effectivement, 600 élus,
17:26160 maires, les représentants des autres formations politiques
17:29de la majorité sont présents là aussi.
17:30Donc, c'est un grand raout, comme ça,
17:32qui est organisé dans son fief du Havre.
17:35Il annonce qu'il lance un parti politique.
17:38Le parti que nous créons, c'est le parti
17:42qui porte ce nom d'Horizon.
17:44Le nom, c'est Horizon, avec un S.
17:47C'est une façon de le voir loin,
17:48très loin même, et de ne rien s'interdire.
17:51Et donc, il s'exprime comme ça,
17:52librement, en déambulant, de droite à gauche,
17:55en faisant des gestes.
17:56Et donc, ça crée comme ça,
17:57une forme d'échange direct
17:58avec les personnes qui sont dans la salle.
18:00Et ça va quand même durer
18:02pendant quasiment 1h30.
18:10Pourquoi est-ce qu'il a créé ce parti ?
18:11Pour plusieurs raisons.
18:13D'abord, pour fédérer
18:14toutes les forces du centre et de la droite
18:16qui, aujourd'hui, ne se reconnaissent plus
18:18dans le parti Les Républicains.
18:20Et puis, bien sûr, pour porter son propre projet politique,
18:23Édouard Philippe ne cache pas
18:25qu'il a des ambitions pour la suite.
18:27Il confesse à cette époque-là
18:28qu'il a découvert aimer être aux manettes,
18:31être aux commandes.
18:32Donc, ça laisse à deviner qu'un jour,
18:33il pourrait aussi lui-même concourir
18:35à la fonction présidentielle.
18:37Et quelque part, la création
18:38de cette formation politique
18:40est pour lui la première étape indispensable.
18:43D'ailleurs, ce lancement a quelque part aussi
18:45un peu des allures de lancement de campagne.
18:47Il est tout seul sur scène.
18:49Bon, voilà, il y a toute une scénographie
18:51qui est faite à ce moment-là.
18:52Et puis, lui, surtout,
18:53contrairement à Emmanuel Macron en 2016,
18:55lui, considère qu'un parti politique,
18:57c'est très important
18:58pour gagner une campagne présidentielle.
19:00Et puis, c'est aussi un petit clin d'œil.
19:02Comme ça, on voyait à l'REM
19:03dont on dit souvent que c'est une coquille vide,
19:06sans militants et sans idées.
19:07Cette initiative, elle énerve
19:09dans les rangs de la majorité ?
19:10Oui, énormément, parce qu'une fois de plus,
19:12on s'interroge sur les véritables intentions
19:14d'Édouard Philippe.
19:15Il peut lancer un parti politique maintenant
19:16à sept mois d'élection présidentielle.
19:19Qu'est-ce que ça veut dire ?
19:20Est-ce que c'est aussi une façon pour lui
19:21de constituer sa propre écurie
19:23au cas où Emmanuel Macron
19:25ne pourrait pas lui-même être candidat ?
19:28Ou au contraire, même de le doubler,
19:29de le concircuiter ?
19:30Et puis aussi,
19:31il y a un intérêt très partisan pour lui,
19:34c'est-à-dire qu'Édouard Philippe,
19:34il se projette déjà
19:35dans les élections législatives
19:37et d'avoir sa propre formation politique.
19:39Ça va lui permettre,
19:40au lendemain de l'élection présidentielle,
19:42de pouvoir présenter des candidats
19:44à estampiller horizon
19:45et donc de pouvoir constituer
19:47un groupe politique
19:48à l'Assemblée nationale,
19:49potentiellement,
19:50en juin 2022.
19:53Olivier Beaumont, vous l'avez dit,
19:55Édouard Philippe a confié
19:56qu'il aimait être aux manettes.
19:58Est-ce qu'il pense déjà
19:59à l'après-Emmanuel Macron ?
20:01Son pari, Édouard Philippe,
20:02c'est qu'Emmanuel Macron
20:03est réélu en 2022
20:04et comme il ne pourra pas
20:06se représenter en 2027
20:07puisqu'il aura fait deux mandats
20:08et qu'on ne peut pas en faire plus
20:09qu'en est le président de la République,
20:10eh bien, il se voit comme le candidat,
20:12le successeur naturel en 2027
20:14et donc, il se prépare effectivement
20:17à, pourquoi pas,
20:18être un jour le candidat
20:20à la présidence de la République.
20:25Merci à Olivier Beaumont.
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20:35et Clara Garnier-Amourou,
20:37réalisation Julien Moukoukiol.
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