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À un an des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, Code source vous emmène à la rencontre de cinq athlètes qui ont accepté de raconter leur parcours. Entre espoirs, doutes et dépassement de soi, tous s’entraînent pour décrocher leur place - ou une médaille - dans la compétition. Dans ce quatrième épisode, Code source a rencontré Fabrice Morgado, attaquant de l’équipe de France de cécifoot.

La vie de Fabrice Morgado a basculé le soir du 31 décembre 2007. L’adolescent de 16 ans est agressé, chez lui, à l’arme à feu par deux cambrioleurs. Touché au visage, il perd définitivement la vue. Quelques années plus tard, en pleine reconstruction, il découvre par hasard l’existence du cécifoot : une discipline inspirée du football, adaptée aux déficients visuels.

De ses premiers entraînements à sa qualification aux Jeux Paralympiques 2024, l’attaquant de l’équipe de France de cécifoot témoigne au micro d’Ambre Rosala.

#jeuxolympiques #paralympiques #paris2024

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11À un an de Paris 2024, Jeux Olympiques du 26 juillet au 11 août, puis Paralympiques du 28 août au
00:188 septembre,
00:19Codesource vous propose cinq podcasts consacrés à l'événement,
00:22cinq témoignages de sportives et de sportifs qui se préparent en ce moment pour les JO,
00:26quel est le travail que ça représente, quels sont leurs doutes, leurs espoirs,
00:31quel est le parcours qui les a amenés jusqu'ici.
00:33Aujourd'hui, Fabrice Morgado, 32 ans, attaquant de l'équipe de France de Cessifoot,
00:38le football pratiqué par des personnes non-voyantes ou malvoyantes.
00:41Fabrice Morgado raconte son itinéraire personnel et sportif au micro d'Ambre Rosala pour Codesource.
01:05Le complexe sportif Fabrice Morgado, dans la petite commune de Précis-sur-Oise,
01:09à une soixantaine de kilomètres au nord de Paris,
01:12a été choisi comme centre de préparation de Cessifoot pour les prochains Jeux paralympiques.
01:17C'est ici, dans ce complexe qui porte son nom, que Fabrice Morgado s'entraîne avec ses coéquipiers.
01:23En Cessifoot, dans chaque équipe, il y a sur le terrain 4 joueurs non-voyants et un gardien de but
01:28valide.
01:29Pour se signaler sur le terrain, il crie VOY.
01:32VOY ! VOY ! VOY ! VOY ! VOY ! VOY ! VOY !
01:37VOY, ça veut dire j'arrive en espagnol, c'est une règle internationale.
01:41Dans le Cessifoot, tout le monde l'applique pour éviter les chocs, les impacts.
01:45Et le ballon, il est sonore en fait, c'est-à-dire qu'il y a des gros lois à
01:48l'intérieur
01:48qui fait que quand il roule, on l'entend.
01:52VOY ! VOY ! VOY ! VOY ! VOY !這是 sourire的 olimpies.
01:55Les Jeux olympiques, les Jeux paralympiques, pour nous, on représente au mieux notre nation
02:00et l'histoire de notre pays, donc c'est le moment le plus ratifiant pour un sportif.
02:10Fabrice est né le 8 mars 1991.
02:12Il grandit à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis, jusqu'à ses 11 ans,
02:16avant de déménager dans l'Oise avec sa famille à Pécis-sur-Oise.
02:19Il a un grand frère, leur père est paysagiste et leur mère travaille dans une école maternelle.
02:25Enfant, Fabrice est passionné de foot.
02:27Moi j'ai grandi avec un... j'avais un ballon dans les pieds en permanence en fait.
02:31Quand j'étais à la Courneuve en cité, malheureusement mes parents avec leur travail ne pouvaient pas m'emmener jusqu
02:37'au stade de foot.
02:38Donc pratiquer du foot en club, ça ne m'était même pas du tout accessible, ni même dans ma tête.
02:43Et quand j'ai déménagé ici après-ci, à l'âge de 11 ans, j'ai connu une grande liberté.
02:48Parce que j'avais déjà grandi, je pouvais circuler en vélo ici librement.
02:52Quand mes parents m'ont dit, bon ben là tu peux t'inscrire à tel club ou à tel club.
02:56Je m'étais inscrit au foot à Saint-Leu, ça a été un grand plaisir pour moi.
03:01Adolescent, Fabrice voit le foot comme une passion et ne pense pas du tout à en faire un métier.
03:05Car le déménagement de sa famille, dans une maison que ses parents font eux-mêmes construire, déclenche chez lui une
03:10vocation.
03:12Plus tard, il voudrait travailler dans le génie civil.
03:14Moi ça m'a fait rêver de voir l'évolution de la construction de ma maison.
03:19C'était un projet de mes parents en fait.
03:21Quand je voyais les parpaings se monter, puis après les pièces, les cloisons, les dessins, les schémas, les constructions, c
03:28'était des trucs qui me passionnaient.
03:29Le soir du 31 décembre 2007, Fabrice a 16 ans.
03:33Il est dans la maison familiale avec ses proches pour fêter le réveillon du nouvel an.
03:37On était en plein repas, donc on dînait tranquillement.
03:40Et puis avec mes cousins et mon frère, comme certains fument, on décide de sortir prendre l'air dans le
03:46jardin.
03:46Et là on voit deux individus qui rentrent dans le jardin, ils pénètrent dans le jardin.
03:50On leur demande de sortir.
03:52Malheureusement, ils n'écoutent pas forcément ce qu'on leur dit.
03:56Au contraire, ils s'approchent, donc on insiste.
03:59Et puis bon, nous on était cinq, ils étaient deux.
04:02On les prend et puis on les sort du jardin sans qu'il y ait eu de coups, sans qu
04:06'il y ait eu de blessés.
04:07Mais on les chasse, et là ils partent en fuyant.
04:11Donc nous, on rigole un petit peu de la situation.
04:13On revient dans la maison, on en parle aux parents.
04:16On doit peut-être en parler pendant un quart d'heure, vingt minutes.
04:19On se dit, mais ils sont bizarres ces gens-là.
04:20Ils s'étaient habillés bizarrement, ils avaient des sacs, bref.
04:23Et puis une heure et demie plus tard, c'est minuit, on se fête la bonne année.
04:27Moi j'allais finir la soirée chez des copains, un peu plus loin, dans la rue.
04:31Donc je sors de chez moi, j'ouvre la porte, j'ouvre ensuite le petit portillon de mon jardin.
04:35Et en fait, les deux individus étaient revenus, ils s'étaient cachés derrière un poteau,
04:39et ils m'ont tiré dessus avec un fusil de chasse.
04:46Quand on me tire dessus, je ne comprends rien du tout.
04:49Moi j'ai l'impression que c'est comme une sorte de bombe qui éclate à côté de moi.
04:53Mais ce qui est sûr, c'est que je ne ressens rien.
04:56Et que je sais juste que ma tête a doublé et triplé de volume.
05:00En fait, sur toute la tête et le haut du corps, j'ai plus d'une centaine de plans.
05:09Fabrice est emmené à l'hôpital de Creil dans un état préoccupant.
05:12Puis il est transféré à Paris, à l'hôpital des 15-20, spécialisé en ophtalmologie.
05:17Fabrice ne voit plus rien, et les médecins ne lui disent pas,
05:20mais il pense déjà qu'il ne retrouvera jamais la vue.
05:23Après plusieurs mois d'opérations et de convalescence,
05:26Fabrice peut rentrer chez lui sans qu'il n'ait encore retrouvé la vue.
05:30Au bout de quelques semaines, je commence à voir un petit peu les lumières de l'œil droit,
05:36à pouvoir cibler les lumières, puis à voir les ombres, à voir toutes les couleurs d'une partie de l
05:41'œil droit.
05:42Donc je récupère comme ça un tout petit peu de vision au fur et à mesure du temps.
05:46Mais ça ne me permettait pas du tout ni de me déplacer, ni de lire.
05:50Mais je pouvais au moins cibler les lumières,
05:52voir un petit peu les couleurs de très près, voir les formes, voir la peau.
05:56Et en fait, les médecins ne comprenaient pas.
05:59Comme son état s'améliore petit à petit, Fabrice a l'espoir de retrouver la vue.
06:03Puis il est opéré de la cataracte, et l'intervention se passe mal.
06:07Après ça, Fabrice perd complètement la vue, et les médecins lui annoncent que c'est définitif.
06:13C'était officiellement, j'allais devenir un non-voyant à vie, quoi.
06:17Et il fallait que je me fasse à cette nouvelle vie.
06:20Pah, c'est un grand moment de colère en moi, un refus total.
06:26Chez moi, je cassais tout.
06:27Les portes, je mettais des coups de poing dedans.
06:30J'étais dans le jardin, j'exposais toutes les plantes.
06:32C'était vraiment très difficile pendant un beau moment.
06:36La chance que j'ai eue, c'est que j'ai toujours été bien entouré.
06:40Et puis bon, à force de faire la misère à mes proches,
06:42sachant qu'ils me tendaient toujours la main, on va dire.
06:44Un matin, en fait, je me réveille et je me dis,
06:46bon, Fab, qu'est-ce que tu veux faire ?
06:49Est-ce que tu veux continuer à faire la misère à tout le monde
06:51et mener la vie que tu mènes, sachant que ma vie ne me menait à rien ?
06:55Ou bien, est-ce qu'à un moment donné,
06:56tu as envie de reprendre un petit peu ta vie en main
06:58et en faire quelque chose ?
07:00J'ai pris cette option-là.
07:03Très vite, j'ai voulu acquérir beaucoup plus de liberté,
07:05beaucoup plus d'autonomie.
07:07Et surtout, là, en fait, mon moteur, c'était ma famille.
07:11En fait, ils m'avaient tellement soutenu
07:12et tellement apporté que je ne pouvais pas continuer à leur faire ça.
07:16Ma première source de motivation, c'était eux.
07:22Chez lui, Fabrice devient complètement autonome.
07:24Puis il intègre un centre de rééducation
07:26avec d'autres non-voyants
07:28pour apprendre à être aussi autonome en dehors de chez lui.
07:31À ce moment-là, je n'ai aucun repère.
07:33Je n'avais jamais vu en réel un non-voyant.
07:36Je n'avais jamais discuté avec même un malvoyant,
07:39un non-voyant, un déficient visuel.
07:41Donc, je n'avais absolument aucun repère.
07:43Et c'était très difficile pour moi.
07:45Ils m'apprennent à me déplacer en canne blanche.
07:47Ils m'apprennent à lire en braille.
07:49Ils m'apprennent à utiliser les synthèses vocales.
07:52Donc, à l'aide de l'ordinateur et un téléphone,
07:54on fait presque tout comme les valides aujourd'hui,
07:58avec quelques limites, bien sûr, mais comme tout.
08:00Et je reprends les études.
08:02Fabrice suit des cours
08:03et obtient un équivalent au baccalauréat avec une mention.
08:06À cause de son handicap,
08:07il doit tirer un trait sur une carrière dans le génie civil.
08:10Mais il poursuit quand même des études supérieures
08:12et il obtient un DUT technico-commercial.
08:15En parallèle de ses études,
08:17Fabrice reprend le sport en faisant surtout du vélo d'appartement.
08:20Le 2 juin 2009, Fabrice a 18 ans.
08:24Il suit depuis chez lui un match de foot amical entre la France et le Nigeria.
08:53Fabrice se renseigne et apprend qu'il y a un club de Cessifoot à Saint-Mandé dans le Val-de
08:57-Marne.
08:58Il s'y inscrit et il suit ses premiers entraînements.
09:01C'était catastrophique.
09:03J'étais pas bon, je voulais encore jouer comme un voyant,
09:05mais il faut garder le ballon en permanence collé au pied.
09:09Quand t'as le ballon collé au pied, il faut que tu puisses écouter tes coéquipiers,
09:12savoir où est-ce qu'on est situé en permanence sur le terrain,
09:15écouter les veuilles, donc les adversaires.
09:16Est-ce que je les dribble ? Est-ce que je fais la passe ?
09:18En fait, il y a tout ça à en prendre en compte.
09:21Et moi, les 4-5 premiers mois, c'était tellement dur.
09:27Et je me suis accroché, je me suis entraîné,
09:30et puis au final, j'ai réussi à faire ma place.
09:36En s'entraînant au Cessifoot et en côtoyant régulièrement d'autres non-voyants,
09:40Fabrice gagne aussi en autonomie.
09:42J'étais confronté à des adultes qui étaient aguerris,
09:45qui avaient une vie à peu près comme tout le monde,
09:47qui avaient une vie de famille, qui étaient autonomes,
09:49autonomes, qui travaillaient, ou bien qui étaient en études à la fac.
09:52Tout ça, je ne savais pas, moi.
09:53Tout ça, ça m'a apporté de la confiance,
09:57et c'est comme ça que j'ai continué à m'adapter.
09:59Fabrice fait des progrès et gagne un très bon niveau en Cessifoot.
10:02En juin 2012, un tournoi international est organisé en Espagne.
10:07Fabrice est alors sélectionné pour intégrer l'équipe de France de Cessifoot.
10:11Pour moi, c'était une réussite.
10:13Après ce qui m'était arrivé, j'étais dans la continuité du rebond,
10:17un petit peu, de mon parcours de résilience.
10:20J'étais fier, mais je le vivais aussi comme un enfant,
10:24dans le sens où, ma première hymne, j'ai pleuré.
10:28Après ça, Fabrice dispute la Coupe du Monde de Cessifoot en 2014,
10:32puis le championnat d'Europe en 2015.
10:34L'année d'après, il est désigné capitaine de l'équipe de France.
10:39En 2018, un complexe sportif vient d'être construit à Précis-sur-Oise,
10:43où habite Fabrice, mais il n'a pas encore de nom.
10:46Le joueur de Cessifoot reçoit alors un appel du maire de la ville et de ses équipes.
10:51Il m'appelle en me disant « Bonjour Fabrice, le gymnase n'est pas encore bâtissé,
10:56et on aimerait le mettre à ton nom ».
10:58Pour dire vrai, moi un peu, je tombe de haut,
11:00parce que je me suis dit « Mais bon, on a l'habitude de baptiser des gymnases
11:05à des personnes qui sont mortes ».
11:07Moi, j'avais un peu peur que ça me porte la poisse.
11:09J'en ai parlé à mes proches, je n'ai pas dit oui de suite.
11:12Et je leur ai demandé « Vous en pensez quoi ? »
11:14Et ils m'ont dit « Non, fais-le, dis oui, fonce ».
11:18Au final, c'est vrai que c'est une belle raison un petit peu
11:21de mettre un petit peu le handisport en avant.
11:24Et puis surtout, je me suis engagé derrière
11:27à ce qu'on passe aux actes, en fait.
11:30Et du coup, on a créé le FC Sessi Foot de Préci sur Oise.
11:33Donc on a créé le premier club ici dans l'Oise à Préci.
11:36L'idée, c'était de répondre à un maximum de besoins
11:38pour les déficients visuels.
11:39On a pu participer aux compétitions.
11:42Donc on s'est déplacé, la petite vide de Préci
11:43s'est déplacée un petit peu partout en France.
11:46On a créé derrière la première école multisport
11:49pour déficients visuels.
11:51Donc on en est vraiment fiers.
11:53On veut mettre du sens à tout ce qui se passe ici.
11:56et que les jeunes déficients visuels,
11:57ils puissent avoir des repères pour se dire,
12:00eh bien, en fait, voilà, je suis déficient visuel,
12:03mais moi aussi, je peux être sportif.
12:04Moi aussi, je peux pratiquer n'importe quel sport.
12:06Et c'est ça, pour moi, qui est important.
12:12En 2022, Fabrice devient champion d'Europe de Sessifoot
12:16avec l'équipe de France.
12:17L'année d'après, en juin 2023,
12:19il remporte, avec son équipe de Préci sur Oise,
12:22les championnats de France.
12:24En tant que pays organisateur des Jeux Olympiques
12:26et Paralympiques 2024,
12:28l'équipe de France de Sessifoot
12:30est automatiquement sélectionnée pour les prochains Jeux.
12:33Fabrice et son équipe s'entraînent avec l'espoir
12:35de décrocher une médaille.
12:37Mais les objectifs du joueur, pour ses JO,
12:39vont bien au-delà du sport.
12:42C'est un, oui, bien sûr, se faire connaître
12:43et aussi, surtout, montrer que ce qu'on fait,
12:47donc que notre pratique, notre football,
12:49c'est une discipline à part entière.
12:51Les gens disent, ah, il y a des longs voyants
12:53qui jouent la bavale, c'est très, très bien.
12:54Non, il y a de la qualité, il y a du jeu,
12:57il y a de la technique,
12:59il y a une tactique offensive, il y a une tactique défensive.
13:01Et on veut véhiculer cette image-là.
13:03Et ce que j'aimerais, c'est que naturellement,
13:05nos tribunes soient pleines.
13:06C'est que naturellement, les gens connaissent
13:09nos disciplines et c'est qu'on n'a plus besoin
13:12de faire d'efforts pour qu'on soit connu
13:14et qu'au contraire, que les gens viennent
13:15naturellement vers nous.
13:16Je dirais que c'est ça, mon prochain objectif.
13:42Reportage signé Ambre Rosala.
13:45Merci à Simon Gouru pour son aide.
13:47Le tournoi olympique de Sessifoot
13:49sera disputé du 30 août au 7 septembre 2024.
13:53À suivre dans le prochain épisode de Code Source
13:55dans le cadre de cette série de témoignages
13:57Jeux Olympiques Paris 2024.
13:59Cécilia Berder, 33 ans,
14:01une escrimeuse française, une sabreuse,
14:03qui a fait une pause d'un an
14:05pour avoir un enfant l'année dernière.
14:07Cet épisode de Code Source a été produit
14:09par Thibaut Lambert, Emma Jacob et Julia Paré.
14:11Réalisation, Julia Moncouquiol
14:14Sous-titrage Société Radio-Canada
14:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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