00:00Je me souviens pas avoir eu ce traumatisme et me dire
00:03je pourrais pas faire ci, je pourrais pas faire ça parce que je pense que j'ai fait
00:06preuve de réalisme assez tôt.
00:08Je m'appelle Alexandre Lioveras, j'ai 23 ans, je suis déficient visuel et à Tokyo
00:13j'ai été champion paralympique en tandem. J'ai une ambrose congénitale de
00:17l'hébert, c'est un nom un peu barbare, j'y vois comme dans un trou de serrure
00:20c'est-à-dire j'ai pas de vision périphérique, j'ai juste un champ visuel central
00:24j'ai pas de vision sur les côtés et j'ai entre 2 et 3 dixièmes à chaque oeil
00:28C'est de naissance, ma vision a toujours été stable
00:31donc ça, ça aide beaucoup, contrairement à des amis qui ont perdu la vue au cours
00:35de leur vie et ils doivent tout réapprendre. Honnêtement je me rappelle pas que mes
00:38parents m'ont expliqué ma déficience visuelle, ce sont des choses qui ont
00:41dû se faire au fur et à mesure
00:43mais je me suis jamais trop posé de questions à ce sujet-là et même des
00:47fois
00:48mes amis à l'école ils me posaient des questions et je savais pas leur répondre
00:51parce qu'en fait je vivais avec mais sans pour autant
00:55me poser toutes les questions que mes camarades se posaient.
00:57Pourquoi t'arrives pas à voir ça et t'arrives à voir ça ? Comment ça t'est arrivé ?
01:02Je me souviens pas avoir eu ce traumatisme et me dire
01:05je pourrais pas faire ci, je pourrais pas faire ça parce que je pense que j'ai fait
01:08preuve de réalisme
01:09assez tôt. Par exemple j'ai compris que conduire une voiture ça serait compliqué
01:14et donc c'est ce réalisme qui a fait que je me suis jamais
01:18retrouvé face à un mur
01:20à ce sujet-là. Quand j'étais petit j'avais une auxiliaire de vie scolaire
01:24donc forcément on a une différence par rapport aux autres élèves et puis pour
01:28jouer dans la cour il y a souvent des adaptations. C'est pas pour autant que je me
01:32suis senti mis de côté. Par exemple je me souviens pour courir dans la cour de
01:36récréation j'avais un ami et puis on faisait le train donc je tenais les
01:40épaules et on courait comme ça dans la cour et ça permettait de jouer avec
01:43tous les autres amis
01:45et c'est des adaptations qui se permettaient de faire comme les autres enfants à cet âge-là.
01:49Mais aussi j'ai eu l'entourage qui m'a poussé dans ce sens-là.
01:53Mes parents m'ont poussé à faire du ski très tôt, j'ai fait de l'équitation aussi.
01:57Des sports qui sont pas évidents à faire quand on est déficient visuel mais voilà
02:02on y allait et puis on se demandait comment on peut adapter ça, comment on
02:05peut rendre ça possible plutôt que de se dire à mince je vais pas pouvoir faire
02:09ci, je vais pas pouvoir faire ça.
02:18A l'âge de 12 ans j'ai rejoint un club d'athlétisme et ensuite à l'âge de 15
02:22ans j'ai intégré le Pôle France d'athlétisme en e-sport. Sur ces trois
02:26années au Pôle, j'ai eu une grosse progression les six premiers mois
02:30et les deux ans et demi qui ont suivi, j'ai été tout le temps blessé, j'ai eu
02:34plein de blessures aux pieds. Ce sont deux ans et demi qui ont été très
02:37compliqués parce que je voyais mon rêve de participer au jeu s'éloigner.
02:40J'ai eu l'occasion en 2018 de faire un stage avec le Pôle Espoir de
02:44paracyclisme
02:46où là j'ai pu faire une semaine de tandem avec un cycliste qui avait un gros
02:49niveau et là ça a été le coup de foudre en fait, j'ai adoré les
02:52sensations de vitesse, de liberté et dans les descentes il était assez à l'aise sur
02:56le tandem, ça allait assez vite, il y avait des super sensations. Le tandem c'est un
03:00vélo à deux places où le pilote est à l'avant donc c'est lui qui passe les
03:03vitesses, c'est lui qui pilote le vélo
03:06et moi je suis ce qu'on appelle le stalker donc le déficient visuel qui est
03:10à l'arrière du tandem. C'est un sport d'équipe où on doit faire preuve de
03:13communication
03:14parce que forcément mon coéquipier en course il a des
03:17informations que je n'ai pas
03:19donc il me décrit la course
03:21en temps réel, il me dit là il y a tel équipage qui est attaqué, il y a tel équipage qui est
03:25devant, si tu te sens bien on peut attaquer, oui je me sens bien et c'est
03:28important de communiquer vraiment. On prend les décisions à deux
03:31et justement c'est important de communiquer sur l'état de chacun
03:35parce qu'on ne va pas attaquer si l'un des deux est en fringales et
03:39ne se sent pas bien. On a des codes quand on est sur le tandem par exemple pour la
03:41danseuse il me dit hop
03:43quand on attaque c'est zumba le code
03:45et on a plein de codes comme ça pour être efficace dans notre
03:49communication et ne pas avoir besoin de dire des longues phrases
03:52quand on est en pleine course et qu'on est à fond.
04:02L'objectif au départ c'était les Jeux de Paris 2024
04:06mais ensuite il y a eu la Covid qui a permis de décaler les Jeux d'un an
04:11et quand j'ai appris que les Jeux étaient décalés j'ai appelé le directeur
04:14sportif de la fédération
04:17et je lui ai dit là Laurent il y a un truc à tenter là il faut y aller
04:21il faut monter un projet.
04:22On avait fait d'assez bons résultats sur la saison donc forcément on était
04:26assez attendu. On prend le départ avec le couteau entre les dents
04:30on avait vraiment envie de tout donner. Il se trouve que ça nous a réussi
04:34pour six secondes
04:35donc ça c'est des souvenirs qui resteront marqués à vie avec la
04:38Marseillaise après. Être champion Paralympique c'était le rêve de ma vie
04:42et là je me suis dit
04:44ça y est tu l'as fait.
04:45Je m'en souviendrai toujours les heures qui ont suivi je me sentais super léger
04:48j'avais l'impression d'avoir
04:50un sac à dos de dix kilos en moins sur les épaules et là je me suis dit tout ce
04:53qui va suivre maintenant tu ne prends plus la tête ça va être que du bonus j'espère
04:57pouvoir revivre ça à Paris avec la famille les amis
05:00et tout le public qui sera présent.
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