00:00Bonsoir Raphaël Mariano Grossi.
00:02Merci d'être avec nous ce soir sur BFM TV, de nous accorder cette interview.
00:06Après dix jours de guerre, est-ce que vous arrivez à dire ce soir
00:10à quel point les sites nucléaires iraniens ont subi des dégâts ?
00:17Je crois que cet nouvel épisode militaire autour du programme nucléaire iranien
00:25a une différence importante par rapport à celle de l'année dernière.
00:31L'année dernière, on a vu que tout était très axé, je dirais presque exclusivement,
00:38sur les installations nucléaires d'Iran.
00:41Cette fois-ci, et c'est évident, la panoplie d'objectifs militaires
00:46a été vraiment différente, politiques et autres.
00:52Et l'impact, pour l'instant, sur les installations nucléaires a été marginal.
00:58Pas qu'on n'a pas eu des attaques, on a enregistré deux sur les sites de Natanz
01:06et un sur les sites d'Isfahan, mais pas dans la magnitude ou l'importance de l'année dernière.
01:13Et vous arrivez à voir quels dégâts ont été causés ?
01:16On a vu par exemple pour le site de Natanz qu'un certain nombre de bâtiments
01:19avaient visiblement été détruits. Est-ce que vous arrivez à voir le détail
01:22de ce qui a pu être fait et détruit ?
01:23Évidemment, malheureusement, on n'est pas là.
01:25Nos inspecteurs ne sont pas présents pour confirmer de manière exhaustive
01:34les niveaux de destruction.
01:36Mais on peut voir, il y a la granularité des images satellites
01:42et surtout la connaissance que nous avons, parce que c'était des endroits
01:47qu'on connaissait par cœur, parce qu'on inspectait de manière rutinaire ces sites-là.
01:55Donc, on sait qu'il y a eu des dégâts importants, mais qui ne s'ajoutent pas,
02:00moi je dirais, à la destruction fondamentale qui a eu lieu en 2025.
02:11Est-ce qu'il y a ce soir un risque radiologique autour de ces sites-là ?
02:15Non, pas pour l'instant.
02:18Les opérations continuent et on ne peut pas exclure qu'il y ait quelque chose.
02:22Mais je dois préciser que déjà l'année dernière, on l'avait vu,
02:27la présence du matériel nucléaire susceptible de causer un impact
02:36ou d'avoir un impact radiologique est très limité pour ces installations-là.
02:41L'une des justifications pour déclencher cette guerre,
02:44notamment du côté américain, c'est de dire qu'il y avait un risque imminent,
02:48a dit Donald Trump, que l'Iran ait accès à la bombe.
02:52Il a même expliqué la semaine dernière que l'Iran serait à un mois
02:55de pouvoir fabriquer une bombe.
02:57Est-ce que c'est un délai que vous confirmez ?
02:59Bon, je crois que pour ce qui est des estimations,
03:04ça dépend toujours de l'évaluation propre.
03:10Évidemment, je ne peux pas juger quels étaient les éléments
03:15dont le président Trump disposait pour arriver à cette conclusion-là.
03:20Ce que je pourrais vous dire, et ça c'est important,
03:23c'est qu'on était arrivé à un point en Iran
03:28où les limitations d'accès qu'on avait pour nos inspecteurs
03:33ne nous permettaient pas de confirmer que tout était en ordre en Iran.
03:38Et là, ce n'est pas une nouvelle ou une surprise.
03:42Ça, je le disais dans tous mes rapports au conseil des gouverneurs
03:47de l'agence depuis deux mois.
03:50Donc, c'est clair que cette opacité, ces manques d'accès,
03:56évidemment, ne permettait pas de dire tout est à l'ordre.
03:59Mais aujourd'hui, est-ce que vous avez des contacts, par exemple,
04:01avec les dirigeants iraniens ?
04:02Oui.
04:02Oui ? Qu'est-ce qu'ils vous disent aujourd'hui ?
04:05Bon, c'est un moment particulier.
04:07C'est un moment très particulier.
04:08Donc, tout dialogue est très limité.
04:11Est très limité parce que c'est un pays qui est,
04:15dans ces moments, au milieu d'une guerre ?
04:17Il ne faut pas oublier ça.
04:19Donc, parfois, les gens me demandent
04:20quand est-ce que vous commencez les négociations ?
04:23Bon, il faut d'abord qu'il y ait un cessé le feu.
04:25Et ce n'est pas le cas.
04:27Et ça ne semble être dans les cartes pour le prochain jour.
04:32On espère, naturellement, que les activités militaires puissent cesser.
04:38Mais pour l'instant, donc, c'est très limité.
04:41Mais est-ce que vous arrivez à savoir aujourd'hui
04:44ce que font les Iraniens dans leurs sites nucléaires ?
04:46Ou est-ce que, de par cette opacité, c'est absolument impossible ?
04:50Au jour d'aujourd'hui, ils ne font presque rien.
04:53Parce que c'est clair que les sites sont attaqués,
04:57ce sont des cibles, des cibles actives.
05:01Donc, en ces moments, il n'y a presque pas d'activité.
05:05Moi, je dirais aussi, à partir du mois de juin de l'année dernière,
05:11les activités nucléaires se sont limitées d'une manière importante.
05:16Avant, il y avait beaucoup de choses qui s'est passées,
05:18y compris cette accumulation exorbitante d'uranium
05:24enrichie à un niveau presque militaire.
05:26Ça, c'est bien pour fabriquer une bombe ?
05:28Oui.
05:30Moi, je ne dis pas qu'ils étaient en train de le faire.
05:32Mais c'est clair qu'on s'est posé pas mal de questions.
05:36Pourquoi un pays qui n'avait pas besoin
05:39avait cette accumulation et qui continuait ?
05:43Donc, au moment des frappes de l'année dernière,
05:47on était arrivé à plus de 440 et quelques kilogrammes
05:54de ces matériels nucléaires,
05:56suffisant pour une bonne quantité d'ingents nucléaires.
06:00Donc, c'était une activité vraiment discutable.
06:08440 kilos d'uranium enrichi, pour nos téléspectateurs.
06:11Qu'est-ce qu'on peut fabriquer avec 440 kilos d'uranium enrichi ?
06:14Plus de 10 ou 11 bombes atomiques.
06:20Plus de 10 ou 11 bombes atomiques.
06:22Est-ce que vous savez où ils sont aujourd'hui,
06:24ces 400 et quelques kilos d'uranium enrichi ?
06:27Oui, en principe, notre impression,
06:30je crois que c'est assez partagé par la communauté d'intelligence
06:34et par tous ceux qui observent, qui sont nombreux,
06:38les activités.
06:39Nous pensons au tunnel en particulier,
06:4310 fois un, mais pas seulement.
06:45Peut-être quelque chose aussi à Natanz.
06:49Donc, nous pensons qu'il est toujours là.
06:52Vous avez sans doute lu la presse américaine ces derniers jours.
06:55Un certain nombre de sites expliquaient que parmi les idées
06:58qui étaient sur la table lors des discussions entre militaires
07:01et visiblement avec la Maison Blanche,
07:03il y avait l'idée d'aller récupérer ces 440 kilos d'uranium enrichi,
07:07d'organiser une opération sur le terrain des forces spéciales
07:10pour aller récupérer cet uranium enrichi.
07:13Qu'est-ce que vous pensez de cette idée-là ?
07:14Je ne peux pas me prononcer sur l'hypothèse d'une opération
07:20type commando dans les contextes d'une guerre.
07:23Vous comprenez bien.
07:25Donc, moi, ce que je peux vous dire,
07:26c'est que les matériels sont un élément très important.
07:31C'était, je crois, un point central dans les négociations
07:39pas abouties qu'on a eues jusqu'au 26 février dernier.
07:45On peut toujours négocier avec les Iraniens aujourd'hui ?
07:48Oui, évidemment. Il faut. Il faut négocier. Pourquoi ?
07:51Parce que cette opération militaire, avec toute sa puissance
07:57et son pouvoir destructif, va s'arrêter à un moment donné.
08:01Et à ce moment-là, on va hériter très probablement
08:08d'une bonne partie, si pas tout l'inventaire
08:14de ces matériels nucléaires qui existent,
08:18des capacités technologiques et industrielles remarquables.
08:23On ne peut pas désapprendre ce qu'on a appris.
08:26Et c'est un pays, c'est une grande nation industrielle, etc.
08:29Donc toutes ces capacités sont là.
08:32C'est pour ça que je dis qu'il va falloir retourner
08:35à la table de négociation.
08:37Parce que la solution durable, c'est d'avoir un cadre stable
08:47et une certaine, je dirais, prévisibilité
08:51pour ce qui est des activités nucléaires en Iran.
08:53Mais justement, beaucoup disent que les Iraniens n'ont fait que mentir
08:57ces dernières années sur leurs intentions, sur l'intention d'avoir la bombe.
09:01Ils n'ont fait que mentir pendant les négociations.
09:03Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
09:04Je pense, moi, je ne qualifierais pas les choses comme ça.
09:09Je crois que je dois maintenir aux conclusions techniques.
09:13Et les conclusions techniques nous confirmaient
09:16qu'on n'avait pas les accès qu'on devait,
09:18qu'on avait trouvé des traces d'uranium dans des endroits
09:23où on n'aurait pas dû trouver quelque chose, disons.
09:29Donc, il y avait beaucoup d'opacité, il y avait beaucoup de questions sans réponse.
09:33Et l'accumulation de toutes ces questions sans réponse,
09:39finalement, a donné lieu, en tout cas, pour ce qui me concerne,
09:46à cette conclusion de dire, moi, je ne suis plus, non pas,
09:50je ne suis plus en mesure de dire ou de confirmer que tout est à l'ordre.
09:55– Mais ça, comment dire, c'est très inquiétant, ce que vous nous dites là,
10:00de dire aujourd'hui, je ne peux plus confirmer,
10:02je ne peux plus dire que tout est en ordre aujourd'hui en Iran.
10:04– Je pourrais le faire dès notre retour.
10:07Et c'était un peu, entre autres, c'est qu'on négociait.
10:14Évidemment, cette négociation était, évidemment, multipolaire, si vous voulez.
10:20Donc, on discutait du matériel, on discutait des sites,
10:24on discutait des activités futures, on discutait des inspections.
10:29Donc, c'est clair que pour régagner cette confiance,
10:34l'Iran se plaint toujours de cette confiance qui manque.
10:36Et moi, j'ai dit toujours, pour la confiance, il faut la transparence.
10:40Donc, j'espère qu'on arrivera à un moment donné à être dans un plan de civilité
10:49pour se dire, bon, voilà, donc il faut qu'on travaille.
10:52Vous pouvez faire du nucléaire civil,
10:54mais il faut la transparence la plus absolue, comme tous les pays au monde.
10:59– Mais la guerre a gâché une opportunité ?
11:01– La guerre, je crois que c'est un fait.
11:04Moi, je suis quelqu'un qui ne se plante pas sur les choses qui se sont passées.
11:12C'est une réalité.
11:13– Vous faites avec la guerre.
11:14– C'est une réalité.
11:16C'est une réalité.
11:17Donc, il faut définir au plus vite les conditions d'une négociation capable de réussir.
11:26– Encore deux questions.
11:28Il y a dans la région un certain nombre de sites nucléaires,
11:31en dehors de l'Iran, de sites nucléaires civils, de centrales nucléaires.
11:34Qu'est-ce que vous dites ce soir à tous les acteurs de la région,
11:37que ce soit les Américains, les Israéliens et les autres ?
11:40Qu'est-ce que vous leur dites ce soir ?
11:41Attention.
11:42– Je pense qu'il faut être évidemment extrêmement prudent.
11:46Comme vous dites bien, les Moyen-Orients, c'est une région,
11:51les Golfes même, où le nucléaire est présent, il ne l'était pas avant.
11:56Aux Émirats Arabes Unis, on a quatre centrales nucléaires qui fonctionnent,
12:00qui marchent.
12:01Bientôt l'Égypte aura de même l'Arabie Saoudite.
12:06Il y a aussi des installations de réacteurs de recherche.
12:09Il y a beaucoup de choses.
12:10Donc, je crois qu'il faut la prudence la plus absolue.
12:15– À quel point vous êtes inquiet ce soir ?
12:17– Je suis inquiet, mais je suis au travail.
12:20Je crois que nous n'avons pas les droits de baisser les bras,
12:23de dire, voilà, il y a la guerre, on ne peut rien faire.
12:26Donc, on maintient des contacts.
12:28On essaye de prouver qu'il est possible de retourner à la table de négociation.
12:34À mon avis, c'est impératif.
12:36– Merci.
12:37– Merci à vous.
12:38– Merci beaucoup.
12:38– Merci beaucoup.
12:39– Merci beaucoup.
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