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  • il y a 2 jours
Télématin reçoit Anne-Sophie Corbeau, spécialiste de l'énergie (Université de Columbia-USA).

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Transcription
00:00Par quelles conséquences économiques concrètes la guerre au Moyen-Orient va-t-elle avoir sur nous ?
00:05Question que vous vous posez forcément à la maison.
00:07Eh bien, on va y répondre avec notre invitée de 7h15, c'est Anne-Sophie Corbeau.
00:11Bonjour.
00:12Bonjour.
00:12Vous êtes chercheuse au Centre politique énergétique de l'Université de Colombien.
00:17Merci d'être avec nous.
00:18Alors, je vais vous montrer un mur d'images.
00:20Il y a quatre grandes thématiques que nous voulons aborder avec vous
00:24et qui, là, sont très concernantes pour les gens qui nous regardent.
00:26L'essence, le gaz, les imports de produits divers.
00:30Et l'alimentation, on commence par l'essence.
00:32C'est l'inquiétude principale.
00:34Les prix à la pompe vont-ils, oui ou non, flamber en France ?
00:38Alors, en fait, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que via le détroit d'Ormouz,
00:42on a à peu près 20% de la production mondiale.
00:45Donc, les deux paramètres à prendre en compte, ça va être combien de temps ça va être interrompu.
00:50On voit déjà qu'on commence à parler d'éventuellement avoir des convois sous escorte.
00:54Et aussi, est-ce qu'il va y avoir, en fait, des attaques qui vont détruire
00:58des infrastructures pétrolières et gazières dans le Golfe ?
01:00Ça, c'est aussi très important.
01:01C'est-à-dire les raffineries ?
01:02Oui.
01:02Les raffineries, exactement.
01:04On a déjà vu que, par exemple, les Iraniens ont attaqué la raffinerie de Rastanoura en Arabie Saoudite.
01:09Elle n'a pas été endommagée, mais c'est exactement le but des Iraniens.
01:13C'est, en fait, de créer un chaos et d'infliger des dégâts,
01:18qui sont des dégâts qui vont mettre du temps à être réparés,
01:22aux infrastructures pétrolières et gazières dans le Golfe.
01:24Il y a eu aussi des attaques contre le Qatar.
01:26Donc, c'est ces deux paramètres, en fait, qu'il faut prendre en compte.
01:29Pour le moment, je pense que les marchés n'ont pris en compte qu'une augmentation,
01:32enfin, qu'une interruption momentanée des flux via le détroit d'Ormouz
01:38et pas de dommages très importants sur les infrastructures pétrolières du Golfe.
01:42Donc, là, pour le moment, on est au-dessus de 80 dollars,
01:45mais si ça se poursuit sur un mois, c'est contenu.
01:48Oui, c'est contenu pour le moment, mais si ça se poursuit, ça...
01:50Il va y avoir, exactement, une augmentation des prix du baril,
01:55probablement au-delà de 100 dollars par baril.
01:58Donc, effectivement, du côté du ministère de l'Économie,
02:01on a dit qu'il n'y aura pas de pénurie, mais néanmoins...
02:04On a du stock, on a effectivement des stocks,
02:06parce que la France est un pays qui est membre de l'Agence internationale de l'énergie,
02:10donc elle est tenue d'avoir au moins 90 jours de stock.
02:13Donc, ça, c'est une bonne chose.
02:15Néanmoins, l'impact prix, il va être ressenti,
02:18et il va être ressenti aussi via les prix de l'essence et du gasoil à la pompe.
02:24C'est très clair.
02:24Face au gaz, maintenant, bien sûr, autre point d'inquiétude.
02:28Est-ce que, comme pour l'essence, on a du stock ?
02:31Eh bien non, malheureusement, puisque nous sommes à la fin de l'hiver.
02:34Et en particulier, comme on a eu un hiver qui était normal,
02:39eh bien la consommation a beaucoup augmenté,
02:41et donc nos stocks sont assez vides.
02:44En France, on est un petit peu au-delà de 20%.
02:46Au niveau européen, on est à peu près à 30%,
02:49ce qui est quand même assez bas.
02:51Et le marché du gaz était déjà quand même très tendu.
02:53Et le marché du gaz était malheureusement...
02:55A cause de la guerre en Ukraine, notamment.
02:56Voilà, c'est ça.
02:56Exactement.
02:57Parce qu'en fait, ce qu'il faut voir, c'est qu'au niveau mondial,
02:59on n'a pas totalement compensé la baisse des exportations de gaz russe vers l'Europe par gazoduc.
03:06Alors certes, on a eu davantage de gaz naturel liquéfié qui est arrivé,
03:09notamment venant des États-Unis.
03:11On a aussi davantage de gaz qui est exporté de la Russie vers la Chine.
03:14Mais on n'a pas totalement rééquilibré les marchés.
03:16On s'attendait à ce qu'on ait ce rééquilibrage en 2026.
03:20Mais là, on a de nouveau quelque chose qui nous impacte au niveau du marché gazier.
03:24Donc concrètement, si le marché du gaz est nerveux,
03:26ça veut dire que les prix vont augmenter ?
03:27Ah, les prix ont déjà augmenté.
03:28Ça a déjà augmenté et ça va continuer ?
03:30Alors encore une fois, ça dépend, un, des attaques,
03:33si elles sont couronnées de succès, sur les installations au Qatar.
03:37Parce que ce qu'il faut bien voir, c'est que le Qatar,
03:39c'est le deuxième exportateur de gaz naturel liquéfié au monde.
03:41Mais ils ont toutes leurs installations dans un seul endroit.
03:44C'est Ras Lafanne, c'est au nord du Qatar.
03:47C'est complètement différent de la configuration des États-Unis
03:49qui ont énormément d'unités de liquéfaction qui sont toutes réparties sur le golfe.
03:53Donc ça, si c'est attaqué, ça va avoir un impact qui sera prolongé.
03:57Troisième sujet, le coût des importations,
03:59beaucoup de ce qu'on consomme, que ce soit électronique ou textile,
04:03vient d'Asie et donc passe par le Moyen-Orient pour arriver chez nous.
04:08On est d'accord là-dessus ?
04:09Alors oui et non.
04:10Parfois, ils font un arrêt logistique au niveau du Moyen-Orient.
04:13Mais ce qu'on voit, c'est qu'en fait, la plupart des compagnies comme CMA, CGM ont dit
04:18déjà on va s'éloigner de la zone et on ne passe plus non plus via le canal de Suez.
04:25Donc en fait, ils vont être obligés de faire la longue route qui passe en dessous de l'Afrique
04:30et qui remonte.
04:31Donc ça va faire des trajets qui seront plus longs, qui seront plus chers.
04:34Plus coûteux, en effet.
04:36Et en plus, de toute façon, il va y avoir un renchérissement du coût des carburants pour eux.
04:41Encore une fois, si cette crise est prolongée, c'est vraiment le paramètre le plus important.
04:45Si cette crise se prolonge au-delà de deux semaines, effectivement, on va avoir une augmentation.
04:50Et ça, cet effet boule de neige, ça va avoir un impact sur notre pouvoir d'achat.
04:54C'est effectivement la crainte de toutes les banques centrales.
04:56La Banque Centrale Européenne l'a rappelé.
04:58Il y a vraiment une crainte au niveau de l'inflation parce que les coûts de l'énergie,
05:02que ce soit le pétrole et le gaz, sont transférés en général sur un certain nombre de produits.
05:07Dernier chapitre de nos quatre grandes thématiques, c'est l'alimentation.
05:11On mange à priori tous, tous les jours.
05:13Est-ce qu'on peut d'ores et déjà estimer qu'il y aura un impact du conflit sur ce
05:20qu'on mange ?
05:21Peut-être pas immédiatement, mais néanmoins, ce qu'il faut voir, c'est qu'à partir du pétrole,
05:25notamment du gaz, on produit des engrais.
05:28Et les engrais sont utilisés par les agriculteurs qui, j'en suis sûr, ne vont probablement pas être ravis,
05:34mais on voit déjà en fait une augmentation des produits comme l'ammoniaque, par exemple,
05:40qui vont être ensuite utilisés pour fabriquer des engrais.
05:42On les voit déjà de toute façon sur les marchés.
05:44Donc encore une fois, ça va impacter les prix de la nourriture, mais probablement beaucoup plus tard.
05:50Et quels produits du quotidien pourraient être impactés, vous croyez ?
05:54– L'alimentation, donc en fait tout ce qui va être, comme vous le voyez là…
06:00– Tout ce qui est produit par les agriculteurs.
06:01– Exactement.
06:02– Et ça, ce n'est pas seulement en France pour le coup, c'est une tension mondiale.
06:05– Malheureusement, ça va être une tension mondiale qui va impacter tous les fermiers.
06:09Et ça a vraiment des conséquences totalement dramatiques pour des régions
06:12qui sont en fait importatrices d'engrais.
06:15– Merci beaucoup Anne-Sophie Corbeau.
06:17C'est toujours plus clair quand vous nous expliquez si bien les choses.
06:20– C'est très clair, super.
06:20– Vous êtes chercheuse, je le rappelle, au Centre de politique énergétique de l'Université de Columbia.
06:25Merci d'être venue sur le plateau de Télématin.
06:27– Sous-titrage ST' 501
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