Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 heures
Sébastien Czernichow, professeur à l’université Paris Cité et chef du service de Nutrition de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, invité Ma France du 04/03/2016

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Il est 13h15, vous écoutez Ma France et nous sommes le mercredi 4 mars, journée mondiale de l'obésité.
00:06La deuxième partie de l'émission y est consacrée. Quelles clés pour se soigner ? Comment s'en prémunir ?
00:12Y a-t-il des profils plus vulnérables ? Avec nous pour répondre à ces questions, le professeur Sébastien Tchernikoff.
00:18Bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Vous êtes chef du service de nutrition de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris.
00:23J'aimerais commencer avec vous par un état des lieux. L'étude la plus récente sur le sujet publiée en
00:302024 estime que la moitié de la population française est en surpoids ou en obésité, dont 18% en obésité.
00:39Pour celles et ceux qui nous écoutent, à partir de quel poids ? Quand on parle d'obésité, professeur ?
00:44On parle d'obésité à partir d'un seuil de 30 kg par mètre carré.
00:48C'est un indicateur qui s'appelle l'indice de masse corporelle, qui est le rapport du poids en kg
00:54sur la taille en mètre au carré.
00:56On rappelle comment on calcule son IMC ?
00:58Avec ce petit ratio, il y a plein de calculateurs que vous pouvez trouver sur Internet.
01:04Ça vous permet de vous positionner par rapport au reste de la population.
01:09Mais c'est aussi un seuil qui a été longtemps utilisé, parce qu'on sait que plus cet IMC augmente,
01:15plus le risque de différentes maladies va augmenter de manière conséquente.
01:21Un outil qui est parfois un petit peu critiqué aussi, l'IMC, non ?
01:24Ce n'est pas tellement qu'il est critiqué, c'est que c'est un indicateur initialement statistique
01:28qui était utilisé par les assurances pour calculer les primes de ces différents groupes assurantiels.
01:35Il y a des années et des années, des dizaines d'années, mais qui a été très, très bien validé
01:40en médecine
01:41comme augmentant, par exemple, le risque de diabète, de maladies cardiovasculaires, de cancers.
01:47Donc, ça reste malgré tout quelque chose qui est un peu basique, mais qui est très fiable.
01:51Un bon indicateur.
01:52Alors, est-ce qu'il y a un profil type, professeur Tchernikoff,
01:57les obèses qui viennent vous consulter, plutôt des femmes, plutôt des jeunes ?
02:01Alors, les termes qu'on préfère utiliser aujourd'hui, c'est les personnes avec une obésité,
02:07puisqu'on n'est pas défini par son obésité.
02:10Les personnes avec une obésité.
02:10Donc, on est très attentif à ces terminologies aussi, parce que, comme vous l'avez souligné,
02:16cette notion de stigmatisation est très présente chez les personnes qui vivent avec une obésité
02:21et qui nous le rappellent d'ailleurs en consultation.
02:24Alors, il faut distinguer un peu qui est le plus fréquemment touché ou non par cette maladie,
02:31peut-être sur le territoire français.
02:33On sait qu'il y a un gradient nord-sud, par exemple.
02:35Le nord de la France est un peu plus touché que le sud,
02:38même si ce gradient s'est un peu estompé au cours des années.
02:41Donc, il y avait des différences régionales très marquées qui maintenant s'atténuent.
02:46On sait que les personnes qui ont des niveaux de revenus les plus faibles
02:50ont une fréquence de l'obésité qui est plus importante.
02:54Et ça, ça s'explique facilement, parce qu'on achète des produits ultra-transformés ?
02:59Alors, spécifiquement ultra-transformés, non.
03:02Des produits transformés, oui.
03:05Et puis, des produits qui sont peut-être plus facilement accessibles
03:09avec des densités en calories les plus importantes.
03:12Donc, je m'explique.
03:14Plus votre produit va contenir des matières grasses,
03:18moins il va être potentiellement cher.
03:20Et vous pouvez acheter des plus gros volumes pour moins d'argent, si je résume.
03:24Quel produit ?
03:26Alors, un produit en particulier, non.
03:28C'est un peu tous les produits transformés que vous trouvez dans les rayonnages.
03:35Alors, on parlait un peu du recoupement de la carte de France
03:38entre les départements les plus précaires et l'obésité.
03:41Je vous propose d'écouter un reportage tourné dans le 15e arrondissement de Marseille,
03:45qui est l'une des deux communes les plus dotées en fast-food de France.
03:4975,5% des restaurants qui ont un pas de porte dans cet arrondissement des quartiers nord
03:54est une enseigne de restauration rapide.
03:57Ça veut dire plus de 7 sur 10.
04:00On écoute ce reportage de Laurent Grolet pour Ici Provence.
04:02Les fast-foods, c'est devenu un réflexe chez Aaron et Salud.
04:05Pas deux, trois fois par semaine.
04:07Tous les midis et trois soirs par semaine.
04:09Avec un péché mignon pour Salud.
04:11Ah bon, c'est les tacos.
04:12Tu peux en manger combien de tacos ?
04:14Par jour ?
04:14Ouais.
04:14Deux, trois.
04:16Non, moi je dis, on peut manger des fast-foods, ça ne dérange pas tant qu'on fait du sport
04:19à côté
04:20et qu'on s'entretienne bien, ça ne dérange pas.
04:22À deux pas de la 7, avenue de Saint-Antoine, le paradis de la restauration rapide.
04:26Pizza ?
04:26Un bol.
04:27Pokéball ?
04:28Non, un bol.
04:29C'est un tacos sous forme d'assiette.
04:32T'as sucre aussi.
04:32C'est du riz avec des tannes de heurts.
04:34Voilà, c'est un repas simple en vrai.
04:36Mais ça va, c'est bon.
04:37En revanche, ne cherchez pas dans l'assiette d'Atoumani la moindre feuille de salade.
04:41Moi, principalement, je ne mets que de la viande.
04:43Pas de salade ? C'est pas bon la salade ?
04:44Si, c'est bon, mais je vais au snack, je peux me prendre de la salade.
04:48Devant le bar PMU, Gérard Fulmine.
04:50En mon époque, à Vagne, il n'y en avait pas un.
04:52Où sont les restaurants d'antan, s'indigne cet ancien du quartier.
04:55Mes parents, mes grands-parents, ils habitaient là.
04:57On avait des boucheries.
04:59Il n'y a plus rien pour nous.
05:00Comme des goûts.
05:01Un choix de restauration désormais réduit pour Gérard dans ce 15e arrondissement de Marseille
05:06où plus de 7 restaurants sur 10 sont des fast-foods.
05:10Voilà, reportage signé Laurent Gourlet pour Ici Provence.
05:13Professeur Tchernikoff, professeur de nutrition.
05:15Votre réaction comme ça, toute première à ce reportage qu'on vient d'entendre ?
05:18Oui, ma réaction, c'est celle de l'offre alimentaire.
05:21Elle va vers une simplification des repas, vers une simplification de l'offre.
05:26Et cette offre, visiblement, dans ce reportage, montre qu'il y a une absence totale de légumes
05:31ou de crudités, par exemple.
05:32Alors qu'on va conseiller aux patients qui viennent nous consulter d'utiliser ou de
05:39consommer, par exemple, de façon très visuelle, la moitié de l'assiette sous forme de légumes,
05:44un quart plutôt sous forme de féculents, pâtes, riz, pommes de terre ou du pain, et un
05:49quart viande, poisson ou oeuf.
05:50Donc vous voyez que cette répartition, elle est assez éloignée de ce qu'on vient de
05:55nous décrire parce que c'est une alimentation qui peut être débitée à gros volume, faible
06:00qualité nutritionnelle et à forte densité en calories.
06:03Mais les tacos qu'on entend dans le reportage, ça c'est à bannir ?
06:06À bannir, c'est un événement, une occasion, entre amis.
06:12Mais ce n'est pas plusieurs fois par jour, pas plusieurs fois par semaine.
06:15Ça n'a aucun intérêt nutritionnel.
06:17Les personnes en situation d'obésité qui viennent vous consulter, professeur, quelles
06:23sont les solutions pour elles ? On entend parler de nouveaux traitements qui agissent
06:27directement sur le cerveau.
06:29Vous pouvez nous expliquer tout ça ?
06:31Oui, je pense qu'il faut revenir au point de départ.
06:33Le point de départ, c'est qu'il faut changer le mode de vie.
06:36Et quand les patients viennent nous voir en consultation, on va aborder des aspects
06:39de diététique, on va apporter des solutions sur l'activité physique.
06:44Certains patients ont des troubles du comportement alimentaire et vont faire appel à des psychologues
06:49ou des psychiatres.
06:50Et ça, cette base-là, elle va exister, elle va devoir exister, même avec des médicaments,
06:56même avec de la chirurgie de l'obésité.
06:58Et ça, ça a été bien démontré dans toutes les études cliniques.
07:01Un traitement ne suffit pas.
07:02Il faut, à côté, adopter de nouvelles habitudes.
07:04Exactement.
07:05Et ces habitudes, il faut les modifier.
07:06Ces traitements doivent être prescrits en deuxième intention.
07:09C'est rappelé dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé.
07:12C'est six mois de prise en charge avant d'envisager ces traitements.
07:15Pourquoi ?
07:16Parce que l'obésité est une maladie chronique.
07:18Et c'est une journée mondiale de l'obésité, pour le rappeler.
07:22On essaie aussi de lutter contre cette stigmatisation.
07:25Les gens qui viennent en consultation, ils viennent parce qu'ils ont un problème de santé.
07:29C'est pour ça qu'ils consultent un médecin.
07:30Ils ont une douleur au genou, un essoufflement, une douleur dans la poitrine.
07:34Donc, quelque chose qui va les motiver pour essayer de modifier leur mode de vie.
07:38Parce qu'ils ont atteint un stade où ils se sentent trop gênés.
07:41J'aimerais revenir sur ces nouveaux médicaments.
07:43Est-ce qu'ils sont dangereux ?
07:45On a entendu, c'est vrai, plusieurs sujets dans les journaux qu'on a diffusés d'ailleurs ici.
07:50Quand ils sont mal utilisés.
07:52Alors oui, en fait, votre question contient la réponse.
07:55S'ils sont mal utilisés, ils sont dangereux.
07:57C'est des médicaments qui ont une balance bénéfice-risque, comme on le dit en médecine.
08:04Et ça, c'est valable pour tous les médicaments.
08:05Donc, autrement dit, ils doivent être prescrits par des médecins.
08:08Les médecins vont organiser un parcours de soins qui va impliquer plein d'intervenants,
08:13des diététiciens, le médecin généraliste, des centres d'activité physique, des maisons sport santé.
08:19Donc, vous voyez tout un parcours dans lequel les patients vont s'engager.
08:22Parce que ces traitements, il ne faut pas les prescrire à la légère.
08:25Ils vont être utilisés sur le long cours, puisqu'on parle bien d'une maladie chronique,
08:30pour laquelle on espère que ces traitements vont être bien accessibles.
08:34On redonne les noms de ces médicaments.
08:36On les a beaucoup cités dans l'actualité.
08:39Oui, il y a plein de noms, mais à la limite, franchement, peu importe.
08:43Il y en a plein actuellement.
08:45Il va y en avoir plein plus tard.
08:46Je pense que l'enjeu, c'est vraiment que les patients qui se posent des questions sur ces traitements
08:50aillent voir leur médecin traitant pour les interroger.
08:53Et on a d'ailleurs, avec toute une série de collègues en France,
08:56mis des recommandations sur le site obésitéfrance.fr,
08:59qui sont des recommandations pour les patients, mais aussi pour les médecins non spécialistes de la nutrition
09:04et pour les aider, finalement, à utiliser ces médicaments dans le cadre d'un vrai parcours de soins
09:09dans lequel ils vont engager les patients sur probablement plusieurs années.
09:12Je reviens sur cette stigmatisation, parce que cette journée mondiale de l'obésité est là aussi pour lutter contre les
09:21clichés.
09:22Rappelez les causes de cette maladie.
09:25Ce n'est pas forcément parce qu'on mange mal.
09:27Ça peut venir de plusieurs manières.
09:30Effectivement, le premier point, c'est l'offre alimentaire.
09:33On en a parlé tout à l'heure, les aliments ultra transformés.
09:37On peut d'ailleurs inciter les auditeurs à utiliser le Nutri-Score sur les emballages
09:42pour pouvoir choisir au mieux les groupes d'aliments.
09:45Je vous rappelle que le Nutri-Score, il va vous permettre de choisir au sein d'un groupe d'aliments.
09:50Par exemple, vous achetez une pizza dans un supermarché.
09:54Au sein du groupe appelé pizza, vous allez pouvoir choisir celle qui est la plus ou moins bien.
10:00Et puis ensuite, l'activité physique.
10:02On voit des patients qui ont une alimentation tout à fait adaptée, réglée, organisée
10:07et d'ailleurs de bonne qualité nutritionnelle,
10:09mais qui, pour X raisons, ont eu une baisse importante de l'activité physique.
10:14D'autres patients ont pris du poids parce qu'ils ont arrêté de fumer.
10:18D'autres parce qu'ils prennent des médicaments qui les font grossir,
10:21comme des corticoïdes par exemple.
10:22Donc, il y a toute une série de raisons qui amènent les patients
10:25dans cette maladie chronique qu'est l'obésité.
10:27Puis à un moment, ils sont stabilisés dans leur maladie chronique
10:30et c'est là où ils vont pouvoir faire appel à des équipes pluridisciplinaires pour les aider.
10:35Et votre avis de professeur de nutritionniste sur les applications
10:39pour compter les calories qu'on peut installer sur son smartphone ?
10:43Oui, alors il y a plein d'outils digitaux qui vont se développer.
10:46D'ailleurs, ce qu'on appelle les thérapies digitales sont très, très développées en Allemagne, par exemple.
10:51Elles sont largement remboursées par l'assurance maladie
10:53parce qu'elles montrent toute une série de bénéfices dans plein de maladies chroniques.
10:57Donc, ces outils, en fait, ils sont utiles dans le sens où ils nous aident
11:01à faire notre travail de médecin nutritionniste,
11:04à garder un contact avec le patient potentiellement.
11:08De là à compter spécifiquement les calories, ça n'a franchement...
11:11Ça peut être dangereux.
11:12Ça n'a aucun intérêt en réalité.
11:13Ah oui, carrément.
11:14Oui, ça n'a aucun intérêt.
11:16Mais si déjà on change la répartition dans l'assiette,
11:19qu'on élimine les sodas, qu'on élimine des jus de fruits,
11:22des prises tout au cours de la journée de grignotage,
11:25je pense qu'on peut aider les patients de manière très simple.
11:28Eh bien, on va retenir ces trois derniers conseils
11:30qui sont essentiels pour se prémunir aussi du surpoids, de l'obésité.
11:35Merci beaucoup, professeur Sébastien Tchernikov,
11:38d'avoir été avec nous ce midi.
11:39Je rappelle que vous êtes chef du service de nutrition
11:42de l'hôpital européen Georges Pompidou à Paris.
11:45Votre livre, Arthrose, Arthrite, c'est un autre sujet.
11:48Je me soigne en mangeant, rhumatisme,
11:50ce qui marche vraiment pour soulager vos articulations.
11:53Ça peut intéresser aussi nos auditeurs, auditrices,
11:55est disponible en librairie.
11:57Merci beaucoup.
11:58Merci.
Commentaires

Recommandations