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00:00Emmanuel Macron qui annonce donc une nouvelle ère dans la doctrine de dissuasion nucléaire française,
00:05celle qu'il appelle la dissuasion avancée, augmentation des ogifs, participation des Européens,
00:11complémentarité avec l'OTAN sans partage de la décision ultime.
00:15Un discours de puissance assumé qu'on va décrypter avec nos invités et spécialistes en plateau.
00:21Le demi-siècle qui vient sera un âge nucléaire.
00:24Ce sont les mots du président de la République qui n'hésitera pas, je cite, à utiliser cette force nucléaire
00:30pour protéger les intérêts vitaux de la France.
00:34Johan Baudin, spécialiste des questions de défense ici à France 24, nous a rejoint.
00:39Bonjour Johan, on assiste donc à un tournant majeur, on entre dans une nouvelle ère.
00:44Un tournant, oui, mais pas vraiment une rupture non plus, c'est une évolution majeure, comme le dit le chef
00:49de l'État, avec deux principales annonces.
00:52Tout d'abord, vous l'avez rappelé, l'augmentation du nombre d'ogives de missiles dont dispose la France.
00:59Aujourd'hui, il y en aura 296 répartis en deux forces, la force océanique stratégique et la force aérienne stratégique,
01:09c'est-à-dire à la fois les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.
01:13La France en dispose de quatre, avec un en permanence à la mer.
01:16D'ailleurs, ce discours a été fait devant le SNLE, le téméraire, qui s'apprête à prendre la mer,
01:23qui s'apprête à se diluer dans l'océan pour être prêt à effectuer, en cas de mesure défensive,
01:35une frappe qui dissuaderait, qui donnerait des dommages irréversibles et inacceptables pour un adversaire.
01:45L'autre annonce, c'est la dimension européenne.
01:49La dimension européenne de la dissuasion nucléaire française est depuis le général de Gaulle.
01:56La sécurité de la France ne peut être dissociée de celle de ses partenaires européens.
02:01Tous les présidents de la Ve République ont affirmé que les intérêts vitaux de la France ont une dimension européenne.
02:09Alors, c'est quoi les intérêts vitaux ?
02:11Eh bien, c'est là où il y a un certain flou stratégique qui est volontiers entretenu.
02:16Il n'y a pas de ligne rouge.
02:17Mais aujourd'hui, ce qu'a voulu exprimer le chef de l'État,
02:22c'est un nouveau pas en avant vers ce qu'il appelait une dissuasion avancée en mars 2025.
02:30Eh bien, le chef de l'État avait répondu à un appel historique du chancelier allemand
02:33pour ouvrir un débat stratégique sur la protection de la dissuasion de nos alliés du continent européen.
02:40Aujourd'hui, c'est une nouvelle étape, donc, avec la possibilité d'un déploiement de circonstances
02:45de cette force stratégique chez nos alliés.
02:48Les forces aériennes stratégiques pourront se disperser sur le sol européen.
02:54Tous ceux qui oseraient s'en prendre à la France savent, je cite Emmanuel Macron,
02:58savent le prix insoutenable qu'ils auraient à payer.
03:02Ludovic de Foucault, c'est un message implicite à l'Iran et à la Russie ?
03:06C'est un message implicite à tous les ennemis potentiels de la France.
03:09C'est juste un rappel de la doctrine historique de la France en matière de dissuasion nucléaire.
03:16Si les intérêts vitaux, si ce que la France décrit comme ses intérêts vitaux,
03:20le président de la République a rappelé que la définition, l'appréciation de ces intérêts vitaux
03:25resterait, même avec cette évolution de la doctrine, à la discrétion souveraine de la France.
03:31Si un pays tiers s'en prenait à ce que la France considère comme ses intérêts vitaux,
03:35alors la réplique serait immédiate et serait de nature à se prémunir contre toute attaque supplémentaire
03:46puisqu'il n'y a pas de gradation dans la réplique française.
03:49C'est ce que le président a rappelé.
03:50C'est encore une fois un fondamental de la doctrine nucléaire française.
03:56On peut adapter toute mesure en termes de riposte conventionnel,
04:02mais quand il s'agit de décider d'appuyer sur le bouton nucléaire,
04:06là on annihilie complètement la menace.
04:09Donc ça, ça a été rappelé.
04:12Ce qui est intéressant, c'est de noter l'évolution de cette doctrine.
04:17Je note quelques mots.
04:20La doctrine nucléaire française, la dissuasion, reste un intangible français.
04:24C'est un mot qui a été prononcé par le chef de l'État.
04:25Mais intangible ne veut pas dire inerte.
04:28Déjà un premier mot et une première évolution qu'il a noté.
04:31L'indépendance ne veut pas dire solitude.
04:34On comprend où il veut en venir.
04:36Et quand il commence à ouvrir un dialogue avec les Européens,
04:40il parle bien de dialogue et il refuse qu'on parle de partage.
04:43C'est-à-dire que la décision restera toujours à la discrétion
04:46et restera toujours une question de souveraineté française.
04:49C'est intangible, de même que l'appréciation des intérêts vitaux.
04:52Mais on comprend qu'Emmanuel Macron veut lever le voile
04:57et veut faire participer ses partenaires européens.
05:00Il a parlé de huit pays qui seraient intéressés par ce processus
05:04à l'architecture défensive et nucléaire française.
05:09Ça passe par la dissémination de capacités nucléaires françaises sur le continent
05:13et aussi la participation de partenaires européens à des exercices conjoints.
05:17L'Allemagne, j'énumère ces fameux huit pays.
05:19Les Royaumes-Unis, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark
05:25qui seraient potentiellement intéressés justement par cette dissuasion avancée
05:29dont parle...
05:30Voilà, et cette coopération se ferait un peu sur le modèle de ce qui existe déjà,
05:38c'est ce que le chef de l'État a dit, entre la France et la Grande-Bretagne.
05:41Il y a la différence que la Grande-Bretagne est d'ores et déjà un pays doté,
05:44contrairement aux autres pays cités.
05:46Et cette coopération serait particulièrement poussée avec le partenaire allemand.
05:51Il y a effectivement un nombre de traités très importants
05:54pour la coopération entre la France et la Grande-Bretagne.
05:58Ces deux pays, vous l'avez rappelé, dotés sur le continent européen.
06:02Mais aujourd'hui, il y a un élargissement.
06:05Eh bien, le chef d'État a parlé du concept de convergence stratégique
06:09en citant donc ces pays.
06:12Et parmi ces pays, eh bien, la plupart sont joints à ce débat.
06:16Mais pour l'instant, le pays en Europe sur lequel s'appuient,
06:21eh bien, le chef de l'État et la France pour faire évoluer sa doctrine,
06:25eh bien, c'est l'Allemagne.
06:27Il a prévenu qu'il reviendra, le chef de l'État, dans les prochains jours
06:31sur la réponse française à la guerre en Iran.
06:34Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?
06:35À quoi faut-il s'attendre ?
06:36Alors, un mot sur l'Iran.
06:39Eh bien, le chef de l'État a affirmé que l'Iran possédait encore
06:43de pleine capacité nucléaire et balistique.
06:48Et ça, c'est effectivement une annonce importante.
06:51Et dans quelques jours, il doit effectivement se annoncer,
06:55eh bien, probablement des décisions concernant ce conflit au Proche-Orient.
07:00Vous savez, eh bien, il y a une base française aux Émirats Arabes Unis
07:04qui a été d'ailleurs touchée par un tir de missile.
07:08Donc, comment la France, aujourd'hui, va réagir à cette déflagration majeure
07:13qui a lieu en ce moment au Proche-Orient ?
07:16Eh bien, c'est toute la question.
07:17Quel va être le positionnement français sur ce conflit ?
07:21On sent, pardon, Nina, on sent que le président de la République
07:24n'a pas souhaité que l'actualité au Moyen-Orient
07:26ne vienne trop se télescoper avec son discours
07:29qui était très attendu sur l'évolution de la doctrine nucléaire française.
07:32Donc, il a un peu évacué la question iranienne
07:34en disant, sur l'Iran, il faudra parler des capacités balistiques et nucléaires non détruites
07:41et je reviendrai dans quelques jours.
07:42C'est tout.
07:43Et malgré tout, le contexte international a forcément, fondamentalement changé
07:48la teneur de ce discours ?
07:49Forcément, oui.
07:51Et c'est dans ces conditions que le président de la République a inscrit son discours.
07:55Mais on sent qu'il n'a pas voulu paraître comme réagissant à chaud à cette actualité
08:01et en proposant une évolution de la doctrine française sur le temps long
08:05en l'enracinant sur le continent européen
08:08en le pensant dans la profondeur du continent européen
08:11en proposant avec cette histoire de dissémination
08:13ce qu'il a appelé un archipel de force.
08:15Et on va décrypter aussi ce discours avec Didier Chaudet, géopolitologue
08:20qui est également avec nous.
08:22Bonjour, vous avez suivi comme nous le discours d'Emmanuel Macron
08:27sur sa doctrine de dissuasion nucléaire
08:30qu'il appelle désormais la dissuasion avancée.
08:33Comment vous l'analysez ?
08:35Assiste-t-on à un tournant dans la doctrine nucléaire française ?
08:39Et à quel point a-t-elle été, selon vous, percutée par l'actualité ces derniers jours ?
08:47Je parlerai ici comme spécialiste plutôt sur l'Iran.
08:51Je pense que c'était une très bonne chose de maintenir ce discours
08:55et de ne pas laisser l'actualité l'influencer.
09:00Parce que dans cette situation, la France n'a pas véritablement eu son mot à dire.
09:05Et il s'agit, avec ce discours de l'île longue,
09:11de replacer nos intérêts les plus importants en Europe.
09:16Et c'est bien en Europe qu'il faut défendre nos intérêts avant tout.
09:23Vous n'imaginez pas que le discours d'Emmanuel Macron ait pu être modifié ces dernières 48 heures
09:29avec l'avènement d'une guerre en Iran et plus globalement d'une guerre régionale dans le Golfe ?
09:38Vous savez, si on doit parler de dissuasion nucléaire,
09:43on peut penser à un compétiteur comme la Russie éventuellement,
09:47si les tensions continuent à augmenter.
09:50Mais face à l'Iran, il faut raison garder.
09:53La IEA, il y a quelques heures, a été extrêmement claire.
09:56C'est-à-dire que l'Iran n'a pas de programme nucléaire militaire.
10:01Et ça va faire à peu près une vingtaine d'années qu'on annonce
10:04qu'en deux semaines, deux mois, six mois,
10:08l'Iran pourrait avoir l'arme nucléaire et on l'attend toujours.
10:11Donc la question nucléaire, ici telle qu'elle a été évoquée,
10:16n'a pas été contaminée par la question iranienne pour de très bonnes raisons.
10:20Le problème, ici, est en Europe.
10:24Pour la dissuasion nucléaire, doit d'abord protéger nos alliés européens et nous-mêmes.
10:29L'Iran, c'est un autre sujet.
10:33Les Européens qui n'ont pas été consultés avant que les Etats-Unis ne frappent l'Iran,
10:39il y a quand même le constat d'un unilatéralisme de la part des Américains
10:43qui a pu renforcer l'urgence d'une autonomie stratégique européenne portée par Emmanuel Macron.
10:52Totalement, d'autant plus que quand on se concentre ainsi de cette façon sur l'Iran,
10:58sur ce conflit-là, on en vient à oublier l'Ukraine,
11:02quelque chose qui commence d'ailleurs à inquiéter à Kiev en termes de soutien militaire concret.
11:10Ce qu'on utilise contre l'Iran ne pourra pas être utilisé pour protéger l'Ukraine.
11:13Il faut prendre ça en compte.
11:16Et c'est pour ça qu'à mon avis, il faut voir le discours sur cette question nucléaire,
11:22d'abord dans un cadre européen et ne pas le mélanger à une situation iranienne
11:28qui, elle, demandera d'autres types d'actions et devra amener aussi à un débat en France
11:37sur notre présence au Moyen-Orient, sur le fait d'être basé aux Émirats.
11:42Une idée qui s'est imposée en 2009 sous le président Sarkozy
11:45et qui amène à se poser des questions sur quelles politiques on pourrait avoir, nous,
11:49pour être véritablement indépendants sur place à partir de cette base.
11:54L'idée était de peser sur les événements en ayant une base dans les Émirats.
11:59Pour l'instant, nous courons derrière les événements plus que nous les influençons.
12:04En tout cas, je crois qu'Emmanuel Macron n'a pas du tout parlé des États-Unis.
12:08Et Johan Baudin, ce qu'il faut comprendre aussi,
12:10c'est que l'Europe doit apprendre à se défendre sans les Américains.
12:14Oui, effectivement. Il a parlé d'un affaiblissement des alliances.
12:19La présence américaine en Europe a été annoncée comme allant se réduire
12:26par le président Trump, une présence qui est principalement mise et installée en Allemagne.
12:35On sait que le président Trump a prévu de baisser les effectifs
12:40qui sont positionnés en Europe.
12:44Et pour l'instant, on ne connaît pas encore clairement le pourtour,
12:50le périmètre de cette baisse d'effectifs américains.
12:56Est-ce qu'il va s'agir de soldats ou alors est-ce qu'il va s'agir aussi peut
13:00-être de forces stratégiques ?
13:02Vous savez qu'il y a plusieurs pays en Europe où sont installées des bombes nucléaires
13:09mais qui ne peuvent être portées que par des F-35 américains.
13:13Donc face à cet affaiblissement de l'Alliance et face à ces discours entretenus par le président Trump,
13:21le chef de l'État depuis 2017 parle de cette autonomie stratégique sur laquelle l'Europe doit avancer,
13:28l'Europe doit prendre en compte sa sécurité.
13:32Oui parce que ce qu'il faut comprendre c'est que compter sur l'OTAN c'est compter sur les
13:36États-Unis
13:36et donc Ludovic de Foucault sur Donald Trump, sur qui on ne peut pas compter finalement ?
13:41C'est ça qu'on comprend en humain ?
13:44Emmanuel Macron a dit que la coopération sécuritaire avec les États-Unis continuera sur le sol en paire.
13:51Elle était complémentaire.
13:51Mais qu'il constatait que les États-Unis avaient un réaménagement de leurs priorités.
14:00Voilà le terme qu'il a utilisé, un réaménagement de leurs priorités.
14:04Et donc en fonction de ce que font les Américains, c'était aux Européens d'en tirer les leçons
14:10et donc de s'organiser ensemble pour prendre en main notre destin.
14:14Enfin voici encore une autre citation du président.
14:18Je pense que le chef de l'État veut proposer un discours réaliste.
14:22Il ne s'agit pas de s'en prendre aux États-Unis.
14:25Lui il parle d'autonomie stratégique européenne depuis le premier jour.
14:29Il l'a encore rappelé.
14:30Et quelque part il dit que l'évolution de la situation géopolitique internationale lui donne raison.
14:35Et que les Européens doivent s'en remettre à eux-mêmes.
14:39Et il se trouve qu'en Europe, ou en tout cas en Union Européenne, il y a un pays doté,
14:43c'est la France.
14:44– Alors on va revenir sur l'embrasement régional, le risque d'embrasement régional dont a parlé Emmanuel Macron.
14:50Je vous propose d'écouter une partie de ce discours de puissance.
14:55On en reparle avec vous juste après.
14:57Dans ces temps d'incertitude, je le redis aujourd'hui avec force, en ma qualité de président de la République,
15:07je n'hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos intérêts vitaux.
15:18L'essentiel, comme je le disais, est que tout adversaire, ou toute combinaison d'adversaires,
15:24ne puisse entrevoir la possibilité d'une quelconque frappe à l'encontre de la France
15:30sans la certitude de se voir infliger des dommages dont il ne se relèverait pas.
15:37– Didier Chaudet, vous êtes toujours avec nous.
15:41Est-ce que vous pouvez nous aider à comprendre les mots d'Emmanuel Macron, ce qu'on vient d'entendre
15:45?
15:45– En fait, ici, il joue son rôle de président de la République.
15:54Encore une fois, il s'agit d'être très clair sur le fait qu'il y aura une protection
16:00par l'arme nucléaire de la France et de ses alliés les plus proches,
16:05de ses alliés européens, ce qui, encore une fois, fait sens.
16:09Quand on se concentre sur la raison de cette dissuasion,
16:13aujourd'hui, elle est en Europe face à un autre État doté qui a envahi son voisin,
16:20la Russie, face à l'Ukraine.
16:22Et il s'agit ici de jouer le rôle que la France peut avoir en tant qu'État doté.
16:30Ici, Emmanuel Macron ne fait rien d'autre que suivre une tradition française
16:37de projection de puissance et de capacité que les autres n'ont pas
16:43et qu'il offre naturellement à nos voisins européens par bon sens.
16:48Malgré tout, il a sorti cette démonstration traditionnelle de puissance,
16:54comme vous dites, du risque de cet État de fait, qu'il y a un risque,
16:58les conflits, je le cite, franchissent un seuil nucléaire,
17:01le risque d'un franchissement plus grand.
17:04À quel point sommes-nous proches de ce seuil nucléaire aujourd'hui ?
17:07C'est toute la question.
17:10On l'a vu déjà plus loin de nous, en Asie,
17:16les dernières tensions entre l'Inde et le Pakistan
17:19auraient pu tourner au nucléaire si la guerre avait continué.
17:24Ça va faire maintenant depuis un à deux ans
17:27qu'on voit l'Inde, la Chine, le Pakistan se renforcer de ce point de vue-là,
17:33en prenant en compte le fait qu'un échange nucléaire pourrait être possible.
17:40L'Inde se prépare depuis un certain temps à une guerre sur deux fronts
17:42face à la Chine et au Pakistan
17:46et elle accepte totalement l'idée de l'emploi nucléaire.
17:51Dans un monde plus instable,
17:53utiliser l'arme nucléaire devient une possibilité.
17:56Si c'est le cas en Asie, ça peut l'être ailleurs dans le monde,
18:01notamment en Europe, encore une fois face aux compétiteurs russes.
18:06Mais cette guerre israélo-américaine en Iran,
18:09dont on ne peut pas ne pas parler,
18:12montre quand même les limites de la dissuasion ?
18:17Très clairement, Israël a 90 armes nucléaires,
18:21autant que je sache, ça ne l'a pas aidé à se protéger de ses voisins.
18:25Mais l'arme nucléaire aide à protéger d'une certaine façon.
18:30Elle aide à protéger la survie d'un État,
18:33même dans une situation de défaite au niveau conventionnel.
18:37Elle empêche les guerres d'aller trop loin.
18:40Si l'Inde pourrait vaincre le Pakistan,
18:44ça ne voudrait pas dire qu'elle irait jusqu'au bout
18:47parce que maintenant, en face d'elle,
18:48elle a un autre État nucléaire.
18:50Mais bien entendu, c'est pour ça que je voulais vraiment faire le distinguo
18:54entre ce qui se passe au Moyen-Orient et ce discours.
18:57C'est qu'au Moyen-Orient, l'arme nucléaire n'est pas suffisante,
19:02n'est pas véritablement la question si on veut arriver à une stabilisation.
19:06On a mis en avant la capacité iranienne,
19:10mais avec ce qui se passe actuellement,
19:12quand on regarde les choses d'Ankara par exemple,
19:15on peut se poser la question du besoin de se nucléariser.
19:20En fait, ce qui arrive en ce moment à l'Iran,
19:22qui n'a pas les capacités de se défendre
19:24parce qu'ils ne sont pas nucléarisés,
19:26qu'ils n'ont pas de l'arme nucléaire,
19:28pourrait pousser d'autres États dans la région à se dire
19:30que c'est peut-être le moment d'agir.
19:32Les Ukrainiens n'ont pas eu l'arme nucléaire,
19:34ils n'ont pas pu se défendre.
19:35Les Iraniens n'ont pas eu l'arme nucléaire,
19:37ils n'ont pas pu se défendre.
19:39Qui sera le prochain sur la liste ?
19:41Didier Chaudet, je vais vous poser une question.
19:43Est-ce que vous craignez un embrasement régional ?
19:45Est-ce que vous craignez que les Européens,
19:47je pense à Paris, Berlin ou Londres,
19:49soient entraînés par les États-Unis
19:50dans un conflit à plus grande échelle au Moyen-Orient ?
19:55Je vous avoue que c'est véritablement une peur
19:58que j'ai surtout en vivant à distance en Chine,
20:02donc en entendant un autre discours médiatique.
20:06On a le sentiment d'une évolution,
20:09les Européens suivent, sont obligés de s'adapter,
20:12mais n'ont pas été consultés,
20:14alors que le Moyen-Orient, c'est notre voisinage.
20:19Et peut-être que du côté européen,
20:22à Paris, à Berlin, à Londres,
20:24on n'a pas encore totalement saisi l'idée
20:26que l'indépendance allait vouloir dire
20:28travailler ensemble,
20:29accepter que les Américains ont leur propre voie,
20:31défendent leurs propres intérêts nationaux,
20:33et que nous-mêmes, au Moyen-Orient,
20:36ce dont nous avions besoin,
20:37c'est de stabilisation avant tout.
20:39Et ça va vouloir dire parfois
20:40être en opposition avec les Américains,
20:44avec les Israéliens, avec d'autres acteurs,
20:46parce qu'en fait, ce qui se passe en Iran en ce moment,
20:49le pire est à venir si le pays se fragmente,
20:54si le régime s'écroule, le pays peut se fragmenter.
20:57S'il se fragmente, on a une grande Syrie au Moyen-Orient,
21:00avec des risques sécuritaires, migratoires, énergétiques,
21:05énormes pour les Européens,
21:07et aussi pour un certain nombre de nos partenaires asiatiques.
21:09On regarde les choses avec une certaine inquiétude,
21:11à nous délier aujourd'hui.
21:13Pour s'en tenir au fait,
21:15Didier Chaudet,
21:17ces dernières heures,
21:19des drones iraniens,
21:21Shahed, ont ciblé
21:23une base britannique à Chypre,
21:26Chypre qui maintenant
21:28réclame des garanties de sécurité,
21:30en frappant cette base.
21:32Est-ce que Téhéran a franchi
21:33une ligne rouge,
21:34et projette justement le conflit jusqu'aux frontières
21:37de l'Union Européenne ?
21:40En fait, c'était quelque chose
21:41de relativement attendu.
21:42Ça a été dit et redit
21:43par les médias iraniens,
21:45par la diplomatie iranienne elle-même.
21:47S'il y a un certain nombre de lignes rouges
21:49par rapport à eux,
21:50par rapport à leur régime,
21:52étaient dépassées,
21:54ils n'auraient aucune limite
21:55dans leur réponse.
21:56Ils savent très bien que la suite,
21:58c'est la chute du régime,
22:00et c'est un certain nombre de difficultés
22:02pour ceux qui sont au pouvoir actuellement.
22:04Donc dans une telle situation,
22:06il n'y a plus rien à négocier,
22:08et on frappe de plus en plus fort.
22:09On n'est pas arrivé encore au pire du pire,
22:12mais le fait qu'il y ait des frappes
22:15jusqu'à Chypre n'est pas particulièrement
22:18choquant, entre guillemets.
22:19Les drones et les missiles iraniens
22:22peuvent frapper jusqu'en Grèce ou en Roumanie.
22:25Et très clairement,
22:26ils vont se concentrer d'abord
22:27au Moyen-Orient.
22:29Le détroit d'Hormuz,
22:32la situation pétrolière dans la région
22:35peut également être ciblée,
22:36et ça pourrait également être terrible.
22:38Mais le fait que ces frappes arrivent
22:40n'est pas particulièrement étonnant.
22:42On ne pouvait pas s'attendre
22:43que les Iraniens ne répondent pas
22:46à la situation actuelle.
22:48Ces frappes qui pourraient aussi
22:50venir du Hezbollah libanais ?
22:55Exactement.
22:56L'Iran va s'appuyer sur tous ses alliés.
22:58Je crains plus les outils
23:00que le Hezbollah libanais
23:02aujourd'hui très concrètement.
23:05Mais le fait est que le régime
23:07est dans une situation de lutte
23:09pour sa survie.
23:10Donc quand on lutte pour sa survie,
23:12on ne s'arrête pas,
23:13on ne se dit pas qu'on passe
23:14une ligne rouge.
23:15Les lignes rouges ont déjà été passées.
23:16Et il faut faire comprendre
23:18qu'être allé aussi loin
23:20dans les tensions actuelles,
23:23n'avoir pas donné sa chance
23:24aux négociations,
23:25à un prix.
23:27Si je vous comprends bien
23:30d'idée Chaudet,
23:32Téhéran pourrait donc cibler l'Europe
23:34et même la France,
23:35à ce stade.
23:36C'est ça que vous dites ?
23:38Elle n'a pas les moyens militaires
23:41de frapper la France
23:42sur le territoire national.
23:44C'est beaucoup trop loin.
23:45Elle n'a pas ses capacités.
23:47Mais très clairement,
23:49frapper encore plus fort
23:50au Moyen-Orient,
23:51utiliser tous ces réseaux possibles.
23:54Si le régime ne voit pas
23:56de porte de sortie,
23:57s'il n'y a pas de possibilité
23:58de négociation,
23:59d'apaisement,
24:01c'est hélas la réaction
24:03la plus rationnelle.
24:04S'ils se savent condamnés,
24:07pourquoi retiendraient-ils leur coup ?
24:10Vous avez évoqué le fait
24:13que vu de Chine,
24:15la lecture des événements
24:17était très différente.
24:18Est-ce que vous pouvez élaborer
24:19comment on voit la situation en Chine,
24:21comment on voit la situation en Inde ?
24:27Quand on regarde les Européens,
24:29on a véritablement du mal
24:30à comprendre leur logique
24:32parce qu'en effet,
24:32on est dans une situation
24:33de réaction complète.
24:36complète
24:36et le sentiment
24:38qu'en fin de compte,
24:39encore une fois,
24:40les Européens vont s'aligner.
24:42C'est vu comme d'autant moins
24:44compréhensible
24:45que si l'Inde et la Chine
24:47sont dépendants
24:47du pétrole moyen-oriental,
24:50les Européens aussi
24:52ont besoin de stabilité
24:53au Moyen-Orient
24:54pour leurs propres intérêts.
24:55Donc la question
24:55qu'un certain nombre
24:57de mes interlocuteurs se posent,
24:59c'est est-ce que les Européens
25:00sont encore capables
25:01de comprendre
25:01leurs intérêts nationaux réels ?
25:05C'est-à-dire qu'il est bien clair,
25:06bien sûr,
25:07qu'il faut parler
25:07avec nos alliés,
25:08qu'il faut assurer
25:11une vie meilleure
25:12pour la population iranienne
25:14éventuellement.
25:15Mais c'est vrai
25:15que ce qui m'a été dit
25:16par des contacts récents,
25:18mais quid des intérêts français,
25:20quid des intérêts allemands,
25:21quid des intérêts britanniques ?
25:22Est-ce que c'est encore inclus
25:24ou est-ce qu'on a du mal
25:25à les prendre en compte ?
25:27Et c'est vrai que parfois
25:28on peut se dire
25:29que la question
25:30se pose.
25:31Il est dans notre intérêt
25:32que les choses
25:34n'aillent pas au pire
25:36et en fait,
25:36si on veut défendre
25:37la population iranienne,
25:38il faut lui assurer
25:39que ce qui se passe
25:40en ce moment
25:41ne nous amène pas
25:42à une nouvelle série,
25:43à une nouvelle guerre civile.
25:45Didier Chaudet,
25:47géopolitologue,
25:48merci pour votre intervention
25:50sur notre antenne,
25:51merci pour nous avoir aidé
25:52à comprendre
25:53ce discours de puissance,
25:55ce discours,
25:56cette nouvelle doctrine
25:58de dissuasion avancée
26:00telle qu'elle a été
26:01présentée par le chef
26:02de l'État
26:03cet après-midi.
26:04c'est parti.
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