00:00Dans notre édition spéciale, c'est l'heure d'accueillir notre invité. Bonjour Général Michel Yacovleff.
00:06Bonjour.
00:07Merci à vous de prendre quelques minutes pour répondre à nos questions aujourd'hui sur France 24.
00:11Vous êtes ancien vice-chef d'état-major pour l'OTAN.
00:14On voulait donc aborder l'aspect militaire, naturellement, avec vous, de cette opération américano-israélienne,
00:20de cette riposte iranienne, de cette guerre, qu'il faut bien l'appeler ainsi, qui a donc débuté.
00:23Première question avec vous. Aucun appareil, ni américain, ni israélien, n'a été abattu lors de cette opération massive.
00:32Ça montre la supériorité militaire, aérienne, américano-israélienne ?
00:38Oui, bien sûr. Et le fait que l'Iran est dépourvu de défense, en pratique.
00:46En juin, l'année dernière, les Israéliens ont quand même démoli une grosse part de leur rideau anti-aérien.
00:55Les Russes, malgré les objurgations des Iraniens, les Russes n'ont pas remplacé le matériel détruit, pour deux raisons.
01:05La première, c'est qu'ils le gardent pour eux, à cause des Ukrainiens.
01:09Et la deuxième, c'est que, vu la démonstration d'incapacité de leur matériel face aux moyens américains et israéliens,
01:18à la limite, si on peut éviter d'en rajouter, pour la réputation du système, c'est quand même mieux.
01:26Donc, les deux armées de l'air se promènent dans l'espace aérien iranien.
01:30Le seul risque, a priori, est un risque technique.
01:34Je veux dire, par là, un avion qui a une panne moteur.
01:36Mais en dehors de ça, effectivement, ça explique aussi pourquoi ils ont pu attaquer en plein jour.
01:44Ce qui a surpris les Iraniens, il est peut-être à l'origine de la surprise de la mort de
01:52Khamenei.
01:53Tout le monde s'attendait à ce qu'ils bombardent la nuit, parce que, depuis une trentaine d'années, c
01:57'est ce qu'ils font.
01:58Ils commencent la campagne la nuit.
02:00Là, avec ce degré de supériorité technique, ils ont pu bombarder deux jours.
02:04Parce qu'en fait, malgré tout, ces appareils bombardent plus facilement deux jours.
02:09Et on voit mieux le résultat dans la foulée, quand c'est des photos deux jours, etc.
02:15Voilà, donc, ils n'ont pas perdu d'avion pour l'instant.
02:19Ok, je suis content pour eux.
02:21En tout cas, on vient de voir que ce matin, les frappes américaines et israéliennes se poursuivent de manière très
02:28intense sur Téhéran.
02:29En particulier, vous évoquiez les moyens dont dispose l'Iran.
02:33De quels moyens de riposte crédibles la République islamique dispose encore aujourd'hui ?
02:40On a beaucoup vu ces drones Shahed.
02:42Est-ce que les missiles balistiques en font également partie ?
02:47Tout ce qu'ils peuvent jeter, les missiles et les drones.
02:52Et la crédibilité de leur riposte, elle va se jouer dans le temps.
02:58Je veux dire par là que les frappes israéliennes et américaines,
03:04quoi qu'ils en disent, ça peut durer à ce rythme-là quelques jours.
03:10Après, si jamais ça se prolonge, ça ne sera pas au même rythme.
03:13Pour des raisons mécaniques de recyclage des avions, pour des raisons de munitions,
03:18pour aussi des raisons de cibles.
03:20Parce que je pense qu'il y a un moment où ils vont arriver à court de cibles.
03:24Et là, la théorie de la victoire pour le régime iranien,
03:35c'est de dire, quand vous serez calmés, nous, il nous en restera encore.
03:40La bête est encore vivante.
03:43Et on en fera la démonstration avec quelques frappes à gauche et à droite.
03:47Et il suffit de quelques images comme ça, des panaches de fumée à Bahreïn, par exemple.
03:54Donc, la théorie de la victoire du régime iranien,
03:59c'est que les attaques s'essoufflent avant eux.
04:05Est-ce que, du coup, avec ces opérations qui vont donc, si on l'a compris avec vous,
04:10perdre en intensité, inévitablement, avec le temps, les appareils, le manque de cibles,
04:16est-ce qu'une intervention au sol est envisageable, selon vous ?
04:22Absolument pas.
04:23Absolument pas, ni pour l'un, ni pour l'autre.
04:26D'ailleurs, les commentateurs américains notent que,
04:29dans l'armada qu'a déployée Trump,
04:32il n'y a pas de marines, il n'y a pas un bateau amphibie.
04:35Les forces spéciales sont en très petite quantité, en réalité.
04:40Donc, en gros, les seuls gars présents sur le terrain en Iran,
04:44ça doit être les agents du Mossad, en gros, enfin, les Israéliens.
04:50Mais les Israéliens, eux-mêmes, n'ont absolument pas l'intention
04:53de déployer qui que ce soit en Iran au sens de force.
04:57Donc, depuis le début, c'est clairement pas envisagé.
05:00Et même si Trump changeait d'avis aujourd'hui,
05:05et qu'il se retournait vers son État-major en disant,
05:07bon, alors, dans combien de temps on peut mettre des gars sur le terrain ?
05:10Les gars vont lui dire, mais trois mois, cinq mois.
05:15Donc, personne n'y croit.
05:17Et les Iraniens n'y croient pas non plus.
05:19En d'autres termes, on va voir une tempête de bombes et de missiles.
05:26Je pense, pendant plusieurs jours,
05:29et après, ça va être la décrue.
05:32Et les Iraniens diront, bon, et on fait quoi maintenant ?
05:36– Justement, on fait quoi maintenant ?
05:38Est-ce que ça pourrait ressembler, pourquoi pas ?
05:40Vous l'avez évoqué avec l'asymétrie des forces en présence.
05:44Ça pourrait ressembler, pourquoi pas ?
05:46C'est un atout dans la manche des Iraniens,
05:48un blocus du détroit d'Ormuz, notamment,
05:50par les gardiens de la Révolution.
05:52Là encore, est-ce qu'ils en ont vraiment les moyens ?
05:55– Alors, je ne sais pas.
06:00Mon sentiment est qu'ils ont des moyens asymétriques navals,
06:06des mines, des drones qu'on n'a pas encore vus.
06:12Voilà, ça, c'est mon sentiment.
06:13Mais si ça se trouve, en réalité, ils n'ont plus grand-chose,
06:18ils sont à l'os et ils font ce qu'ils peuvent avec les derniers restes.
06:21Mais, par exemple, la campagne de missiles
06:25montre que même face à la domination totale du ciel H24
06:31des Américains et des Israéliens,
06:35ils peuvent encore tirer des missiles
06:38qui sont des objets quand même assez lourds,
06:41encombrants, visibles, tirés du sol.
06:46Donc, ce contrôle total, il est sur l'ensemble du territoire,
06:52mais il n'est pas dans le détail de nature
06:55à frapper toutes les petites cibles que proposent les Iraniens.
06:58Donc, bloquer le détroit d'Ormuz,
07:01ils ont déjà tenté le coup pendant la guerre à Iran-Irak,
07:05là, 80-88.
07:07Ce qui est clair, c'est que si jamais ils y arrivent,
07:10il suffit qu'ils induisent le doute.
07:12Il suffit qu'un pétrolier pète sur une mine
07:16et là, on crée un bouchon,
07:18même s'il n'y avait pas de deuxième mine, en réalité.
07:23Donc, je ne sais pas si les Iraniens ont cette intention-là
07:27ni s'ils en ont la capacité,
07:29mais ça serait de nature à faire monter les enchères sérieusement
07:33au niveau mondial.
07:37Michel Yakovlev, vous évoquiez justement au début de notre intervention
07:40le soutien, en tout cas militaire, de la Russie,
07:43allié traditionnel du régime.
07:45On l'a vu beaucoup très timide, la Russie,
07:48depuis le début de cette opération.
07:52Ah oui, là, timide.
07:54Là, on forget.
07:56Poutine, il fait tout pour se faire oublier, là.
07:58Les Iraniens l'ont beaucoup aidé en 2022.
08:02Ils attendaient quand même le retour.
08:06Ils n'ont pas eu les missiles et les radars demandés
08:09à Coréa Cri en juin dernier.
08:12Ils avaient un contrat pour acheter 40 Su-35
08:16qui devaient être livrés en 2026.
08:19On attend encore la queue du premier.
08:23Puis, il n'arrivera pas maintenant.
08:25Non, très franchement,
08:27quoi qu'en dise le régime russe,
08:31en dehors des protestations d'amitié
08:34et, je suppose, le soutien au Conseil de sécurité des Nations Unies,
08:38le soutien russe est une fiction pénible
08:42pour le régime iranien aujourd'hui.
08:45et la mesure, non seulement des capacités,
08:48mais de l'égoïsme stratégique de Poutine.
08:54Il ne lève pas un petit doigt
08:56pour aider les Iraniens aujourd'hui.
08:58Ce sera le mot de la fin.
08:59Merci beaucoup pour votre éclairage,
09:00Michel Yacovleff, ce midi,
09:02dans notre édition spéciale,
09:03ancien vice-chef d'État-major pour l'OTAN.
09:06Général, bien sûr, militaire, vous l'avez compris.
09:08Merci.
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