00:00Bonjour Tristan Cabello, merci d'être là. Vous êtes historien, maître de conférence à l'université John Hopkins.
00:05On va découvrir votre ouvrage, La victoire de Zohra de Mamdani à New York.
00:09Un laboratoire pour la gauche est paru le 11 février dernier.
00:13Avant d'entrer dans le vif du sujet sur les annonces,
00:16quelle place, quelle importance à ce discours sur l'état de l'union pour les américains ?
00:20C'est un moment très attendu ?
00:21C'est un moment très solennel pour les américains qui arrivent peut-être une ou deux fois par an.
00:26Donc c'est très rare, c'est très suivi à la télévision, c'est en prime time, c'est à
00:308h, à 20h le soir.
00:33Et puis il se passe toujours quelque chose, il y a soit des annonces, soit un moment un peu iconique
00:37dont les gens se souviennent.
00:40Par exemple, moi je me souviens très clairement du premier discours de l'union de Donald Trump
00:46où la speaker démocrate Nancy Pelosi avait ostensiblement déchiré le discours de Donald Trump
00:55et avait refusé de lui serrer la main.
00:56Il se passe toujours quelque chose, il y a toujours un moment historique qui se passe,
01:01il s'en est passé aussi beaucoup là, mais en tout cas c'est quelque chose qui est très suivi
01:05par les américains.
01:071h47 de discours, c'est donc un record. Est-ce qu'il y a un moment en particulier que vous
01:11retenez ?
01:12Oui bien sûr, moi c'est le moment où Ilan Omar, la démocrate de Minneapolis, lui dit, donc c'est
01:22une femme voilée, c'est une femme musulmane.
01:24Elle est régulièrement prise pour cible par Donald Trump.
01:26Oui, tout à fait, d'origine somalienne et qui lui dit, vous, vous avez tué des gens.
01:31Elle lui crie ça dans l'Assemblée alors que Donald Trump, bien sûr, accuse les démocrates de tous les maux
01:37du monde comme il le fait assez souvent.
01:39Ça c'était vraiment un moment très très fort.
01:41Et puis un deuxième moment, là aussi qui s'est passé dans le public, c'est ce député du Texas
01:46qui s'appelle Al Green et qui a brandi une pancarte en disant,
01:50les noirs américains ne sont pas des singes.
01:52Et là c'est vraiment un rapport à la vidéo que Donald Trump avait postée sur Twitter où les Obama,
02:00Michel Obama et Barack Obama, étaient caricaturés en singes.
02:04Donc il y avait vraiment deux moments très intéressants et qui se sont passés en confrontation avec l'opposition démocrate.
02:08On retiendra notamment les louanges faites par Donald Trump sur son bilan économique.
02:12L'Amérique est de retour à l'âge d'or. Est-ce le cas ? C'est une autre question.
02:17Oui, alors bon, c'est-à-dire que tous les fact-checkers ont bien sûr checké les fameux chiffres qu
02:21'ils donnent à chaque fois.
02:22Bon alors là, toutes les attentions sont portées sur le prix du galon d'essence.
02:27Alors il dit, bien évidemment, le galon d'essence est maintenant à 2 dollars partout aux Etats-Unis.
02:31Bon, tout le monde sait que c'est faux. C'est-à-dire que tout le monde sait que le
02:35prix de l'essence est en augmentation.
02:37Alors elle n'augmente pas autant qu'elle augmentait avant, ça c'est tout à fait vrai.
02:40Mais le galon d'essence n'est pas à moins de 2 dollars aux Etats-Unis.
02:45Donc il y a eu beaucoup de fact-checking, il y a eu beaucoup de mensonges, c'est vrai, de
02:48la part de Donald Trump.
02:49Mais on est un peu habitués maintenant au fait qu'ils brandissent comme ça un bilan qui finalement n'est
02:54pas aussi bon qu'ils le prétendent.
02:57Mais les journalistes ont fait leur travail et bon, et dès le lendemain, on a eu les vrais chiffres.
03:00Mais ça nous interpelle à chaque fois cette volonté chez Donald Trump d'imposer son propre récit au mépris, parfois
03:06souvent, de la réalité.
03:08Oui, oui, oui. Il l'a fait par exemple sur la fraude électorale.
03:12Alors c'est son nouveau cheval de bataille.
03:14Bon, alors il est en avance par rapport au mid-term.
03:17Il va peut-être essayer de détourner le résultat des mid-terms.
03:20En tout cas, il plante les graines en ce moment.
03:22Et là, il dit, bon, il y a beaucoup de fraude.
03:24Alors c'est vrai qu'aux Etats-Unis, ça choque toujours en Europe, mais on ne présente pas sa carte
03:29d'identité pour voter.
03:32Quand on est français, c'est vrai qu'on entend ça. On se dit, on peut voter sans sa carte
03:35d'identité.
03:35C'est vrai que ça paraît fou.
03:36Oui, et ça c'est tout à fait vrai.
03:38C'est-à-dire, en général, on reçoit un QR code dans le courrier et on le présente au bureau
03:43de vote.
03:44Et donc, il y a des fraudes, ça c'est tout à fait vrai, mais c'est des fraudes qui
03:48sont tout à fait mineures et à la marge.
03:50Mais Donald Trump les dénonce sans proposer vraiment de solution.
03:54Et là, aux Etats-Unis, bon, c'est tout à fait vrai qu'il faudrait peut-être un système de
04:00carte électorale, peut-être comme celui que l'on a en France,
04:03qui permettrait d'avoir une identification pour chaque électeur qu'on pourrait présenter au bureau de vote et qui faciliterait
04:10vraiment les tâches pour tout le monde.
04:11Et ce qui est dingue, ce qui paraît dingue, c'est qu'il n'a toujours pas digéré sa défaite
04:16de 2020.
04:17Il pense avoir gagné l'élection toujours.
04:19Oui, oui, oui, tout à fait.
04:20Et ça, c'est vraiment un serpent de mer.
04:22Ça revient vraiment dans tous les discours.
04:25Il pense très clairement qu'il a perdu en 2020.
04:27C'est pour ça d'ailleurs qu'il veut réformer le code des élections.
04:33Et puis, c'est pour ça aussi qu'il dit très clairement, je ne veux pas qu'on me vole
04:37l'élection.
04:39L'élection qui va arriver, là, d'Emitterme, qui arrive en novembre.
04:42Alors, on est d'accord, c'est un rendez-vous traditionnellement lié aux affaires intérieures.
04:46Sauf que cette fois-ci, il y a un peu plus d'internationales finalement qui s'est glissé dans le
04:49discours.
04:50Avec notamment l'Iran menace sur Téhéran alors qu'un deuxième porte-avions américain fait route vers le golfe Persique.
04:57Il fallait dire aux Américains qu'il est en contrôle de la situation.
05:02C'est sa crédibilité qui est en jeu dans cette affaire internationale.
05:04Oui, oui, oui. Et puis, je crois aussi qu'il faut préparer l'opinion américaine à une possible intervention.
05:12C'est-à-dire que les Américains ont voté majoritairement pour « Make America Great Again »,
05:18pour ne plus avoir de guerre à l'étranger.
05:21Or, Donald Trump se mêle beaucoup des affaires extérieures, des affaires internationales.
05:27C'est vrai qu'aux États-Unis, vous savez, vraiment tous les ans, on a des nouvelles menaces,
05:31alors vraies ou fausses, qui viennent de l'Iran, en général elles sont utilisées pour un peu, j'allais dire,
05:38cacher un résultat, des résultats intérieurs qui ne sont pas là.
05:42Et donc là, comme d'habitude, il utilise cette menace extérieure pour cacher un bilan intérieur qui n'est vraiment
05:49pas bon.
05:49Vous qui suivez la politique américaine au quotidien, on a l'impression que lors de ce deuxième mandat,
05:53Donald Trump, finalement, parle beaucoup plus d'internationales et moins des affaires intérieures américaines.
06:00C'est peut-être ce discours, le reflet de ce virage de Donald Trump.
06:04Oui, oui, oui, et c'est très surprenant parce que ce n'est vraiment pas les sujets sur lesquels il
06:09a fait campagne.
06:09Il a fait campagne exactement sur l'inverse.
06:12Et on voit bien que sa base, là, se délite, se divise sur ces sujets-là et sur beaucoup d
06:18'autres.
06:18On dit souvent que le clan démocrate est très divisé, et c'est vrai qu'ils sont très divisés.
06:22Mais le camp républicain, il est tout autant, même peut-être plus.
06:25Et on voit que même au sein du clan Maga, il y a des dissensions.
06:29Il y a des gens qui partent.
06:30Marjorie Taylor Greene, par exemple, est une des personnes qui s'en est en allée.
06:35Et on voit que là, il y a beaucoup de tensions, en fait, dans ce camp.
06:39Merci, Tristan Cabello, d'avoir accepté aujourd'hui l'invitation de France 24.
06:42Et à très vite sur notre entère.
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