00:00Bonsoir chers internautes et bienvenue sur JMT TV.
00:03Ce soir nous parlons de langue maternelle à l'occasion de la journée internationale de la langue maternelle
00:07célébrée dans le monde entier et le Gabon n'est pas en reste.
00:10Déjà il faut savoir une chose, la langue maternelle est très différente de la langue vernaculaire
00:14et ça, vous comprendrez pourquoi.
00:16Parce que ce soir nous recevons Dr Warren Banda, il est docteur en sociolinguistique et didactique des langues
00:22à l'école normale supérieure.
00:24Bonsoir docteur.
00:25Bonsoir madame.
00:25Comment vous allez ?
00:26Ça va très bien merci.
00:27Déjà, langue maternelle, langue vernaculaire, il y a une différence.
00:30Pouvez-vous nous dire laquelle ?
00:32Alors, la différence entre langue maternelle et langue vernaculaire, c'est juste de façon notionnelle.
00:39Dans le fond, on peut faire allusion à la même chose.
00:42Le concept de langue maternelle est un concept qui en soi pose beaucoup de problèmes
00:46parce qu'il peut être défini sous quatre angles.
00:49Ça peut être la langue de la mère, la langue de première socialisation, ça peut être la langue la plus
00:54maîtrisée.
00:55Donc, il y a quatre critères de définition.
00:57Donc, ça dépend.
00:58Le français peut être la langue maternelle, l'allemand peut être la langue maternelle.
01:01Et la langue vernaculaire, c'est ce qui est, en fait, c'est l'endogène, c'est la langue autochtone.
01:06Donc, dans le fond, c'est à ce niveau qu'on peut percevoir la différence.
01:10Donc, s'il fallait retenir la chose très simplement, on peut dire que la langue maternelle, c'est la langue
01:13du premier contact.
01:14La langue maternelle, oui, effectivement, on peut dire que la langue du premier contact, c'est une des approches définitionnelles
01:20sur les quatre, effectivement.
01:22D'accord. Donc, vous l'avez compris, il y a une différence, mais dans le fond, c'est littéralement la
01:26même chose.
01:27Docteur, on va poursuivre.
01:29Pourquoi une langue maternelle est-elle essentielle au développement intellectuel et identitaire d'un enfant?
01:34Alors, ce qui m'intéresse beaucoup, vous dites le développement identitaire.
01:38Effectivement, la langue maternelle, c'est un outil de transmission des valeurs.
01:43Lorsqu'on parle de l'identité, il y a la culture, il y a des valeurs.
01:47Et la langue maternelle est le moyen.
01:50Donc, on est d'accord lorsqu'on parle de langue maternelle dans ce contexte, on fait avise en langue autochtone.
01:55Alors, c'est un outil de transmission des valeurs.
01:58Et donc, ce sont ces valeurs-là qui constituent l'identité de la personne.
02:02Et le développement intellectuel, on ne peut connaître l'autre que lorsqu'on se connaît très bien soi-même.
02:08Malheureusement, le système éducatif est conçu de sorte à ce qu'on ne connaît pas trop sur nous-mêmes, mais
02:13on ne connaît plus sur les autres.
02:14Justement, qu'est-ce que le Gabon risque concrètement de perdre si certaines de ces langues venaient à disparaître?
02:20Alors, qu'est-ce que le Gabon risque si certaines de ces langues venaient à disparaître?
02:24Déjà, il faut d'abord le dire, déjà en 2002, le professeur Daniel Franck-Igata, qui a mis un ouvrage
02:29intitulé « Il était une fois les langues du Gabon ».
02:32« Il était une fois », ça veut dire « c'est au passé ».
02:34En fait, il prophétisait déjà la perte des langues matinelles sur la base d'un constat.
02:39Et ce que le Gabon risque, c'est quoi?
02:41C'est déjà la perte de l'identité culturelle, effectivement, parce que c'est notre identité.
02:46C'est un véhicule identitaire.
02:48Donc, si on perd ces langues, on perd une partie de notre identité et on perd par-dessus tout le
02:54moyen, n'est-ce pas, de véhicule et de transmission de cette identité culturelle.
02:59C'est l'une des choses.
03:00Est-ce qu'aujourd'hui, on peut réussir aussi bien à l'école que dans la vie professionnelle en usant
03:05de nos langues maternelles?
03:07Oui, on peut réussir aussi bien à l'école, dans la vie professionnelle en usant de nos matinelles.
03:11Tout dépend.
03:12Il y a beaucoup d'exemples.
03:13On a l'exemple du Congo, avec le Lingala.
03:15On a l'exemple des pays de l'Ouest avec notamment le Wolof, au Sénégal et autres.
03:20On a l'exemple de la Chine, qui n'a pas embrassé pour autant les langues occidentales, qui a développé
03:28le mandarin.
03:29Et la Chine est un exemple de réussite à partir de leur langue maternelle, qui aujourd'hui, maintenant, s'impose
03:34comme langue étrangère à partir de sa géopolitique.
03:38Est-ce que vous pensez qu'au Gabon, on pourrait faire de certaines de nos langues maternelles des langues officielles
03:44à la langue?
03:45Oui, au Gabon, on pourrait. Le seul bémol, c'est que les recherches ont démontré que les pays colonisés par
03:53la France ont gardé la même structure constitutionnelle.
03:57Ça veut dire qu'en matière de langue, la langue officielle, c'est un concept attribué pour le français.
04:04Et les langues autochtones sont des langues nationales. C'est comme ça dans la plupart des constitutions.
04:08Et lorsqu'on parle de langue nationale, c'est juste pour des fonctions identitaires.
04:12Donc, si on veut faire des langues officielles, il va falloir repenser la structure même idéologique sur laquelle s'appuie
04:19la constitution et le cadre normatif irrelatif.
04:22On le constate pour le déplorer que la journée de la langue maternelle n'est pas quelque chose de festif.
04:29Comment est-ce que vous vous appréciez cela?
04:33Effectivement, on le déplore. Effectivement, on le déplore parce que déjà hier, on a organisé une journée de réflexion du
04:40côté de l'EMS.
04:42Le centre de recherche appliqué aux anglo-langues. Et lorsque je demandais aux gens, ils me disaient qu'ils ne
04:47savent pas de quoi il s'agit.
04:49Alors, comment on peut expliquer ça? Ça manque déjà de vulgarisation.
04:52Ça manque de politique. Il n'y a pas une politique de vulgarisation de cet événement auprès des populations.
04:57Mais cette vulgarisation s'explique par le désintérêt de la part de la sphère glottopolitique en charge justement de ces
05:07langues.
05:08Et je pense que pour y remédier, il va falloir suivre la politique engagée par le chef de l'État
05:16qui consiste à promouvoir les langues nationales.
05:19Et je l'ai dit, depuis 1959 jusqu'en 2024, cette constitution, celle-ci de la Ve République, est la
05:32meilleure en termes de politique linguistique.
05:34Parce que si vous faites l'histoire, vous allez voir que de 1999, 60 parce que c'est la reproduction,
05:41jusqu'en 1990, on a expérimenté une invisibilisation de ces langues dans la constitution.
05:48Après la conférence nationale en 1990, maintenant on les a intégrées par la loi 3 bar 91.
05:54Sauf que là, on est quitté de l'invisibilisation à la minorisation.
05:58On entend par minorisation d'une langue le fait de priver, du point de vue juridique, des sphères d'intervention.
06:03Et jusqu'en 2023, on était dans la minorisation.
06:06Donc cette constitution, après à la transition, on a fait un petit peu un récule idéologique avec la charte qui
06:13ne prévoyait rien sur langue maternelle.
06:14Mais la constitution qui annonce la Ve République, elle prévoit bien sûr l'enseignement de ces langues.
06:21Donc c'est la meilleure maintenant, il faut mettre en place des politiques.
06:24Le chef d'aliment, lui-même peut par exemple déjà faire un disco en langue maternelle.
06:31Ça, ça donnerait du poids.
06:33Donc le sommet de l'État peut commencer parce qu'aujourd'hui, c'est dans les bureaux, c'est pas
06:37vulgarisé.
06:39D'accord, si on quitte les bureaux, on va dans nos maisons.
06:42Comment est-ce que nous, à la maison, on pourrait arriver à transmettre ces notions de langue maternelle, nos langues,
06:49que ce soit au quotidien ou de façon passagère à nos enfants, comment le transmettre ?
06:54L'importance d'une langue, c'est de communiquer, on est d'accord ?
06:57Donc pour mesurer l'importance d'une langue, il faut qu'il y ait un besoin de communication.
07:03Exact.
07:03Donc si dans nos maisons, on doit communiquer et que le besoin, n'est-ce pas, nous impose d'avoir
07:09recours à notre langue,
07:11en ce moment-là, on aura besoin.
07:12Or, dans la plupart des foyers, on n'a pas, enfin ces langues ne sont pas obligatoires, elles ne sont
07:17pas nécessaires.
07:18Donc il faut d'abord qu'il y ait un besoin.
07:19Et l'un des besoins serait par exemple le fait que les parents seraient dans l'obligation d'accompagner leurs
07:27enfants
07:28dans l'apprentissage des langues maternelles en vue de leur faire valider, n'est-ce pas, des modules dans ces
07:34langues nationales
07:35lorsque celles-ci seront, leur intégration dans l'éducation sera effective.
07:40Mais avant cela, est-ce qu'on ne veut pas, on ne pourra pas quand même dire que nos parents,
07:45aujourd'hui,
07:45ne sont pas très attachés eux-mêmes à leur langue maternelle.
07:49Parce qu'aujourd'hui, même si nos aînés ont des connaissances en langue maternelle,
07:53ils éprouvent une certaine difficulté, on va le dire, à retransmettre cela à leurs descendants.
07:59Comment est-ce qu'on peut justifier ça ?
08:00Vous l'avez dit vous-même en posant la question, parce que ce qui permet la survie d'une langue,
08:07c'est ce qu'on appelle la transmission intergénérationnelle.
08:10Et effectivement, on a eu un gros problème de transmission intergénérationnelle des langues maternelles.
08:16C'est ce qui peut justifier cela.
08:18D'accord. C'est une question quand même que j'aimerais poser.
08:21Cette année, les Nations Unies ont mis l'accent sur le multilinguisme
08:25parce que 40% de la population mondiale n'a pas accès à une éducation dans une langue maternelle
08:30pour une raison ou pour une autre.
08:31Comment est-ce que vous, vous pensez que le Gabon pourrait adopter ou adapter le multilinguisme à son système ?
08:38Alors, la question du multilinguisme, effectivement.
08:42Alors, la semaine va m'amener à parler des idéologies, parce qu'en linguistique, il y a deux idéologies.
08:47Il y a l'idéologie de l'homogénéité, donc du monolinguisme, et l'idéologie du plurilinguisme, de la pluralité linguistique.
08:54Et aujourd'hui, les débats sont, n'est-ce pas, pour la prise en compte de la diversité linguistique et
09:00culturelle.
09:00Donc, le multilinguisme a longtemps été perçu comme un frein à l'unité nationale.
09:06Et des chercheurs, à l'instar du DEP, affirment que les pays colonisés par la France et l'Espagne
09:16ont hérité de cette idéologie de l'homogénéité.
09:21Donc, dans cette perspective du mythe de Babel, on perçoit le plurilinguisme comme une phobie.
09:26On parle de glottophobie, on parle, en fait, de la peur de la diversité.
09:30Donc, il faut d'abord déconstruire l'idéologie de l'homogénéité sur laquelle le Gabon a été longtemps, n'est
09:37-ce pas, construit,
09:38pour ensuite construire l'idéologie du plurilinguisme.
09:41Et en ce moment, on va comprendre que le plurilinguisme n'est pas une faiblesse, mais une force.
09:46Parler plusieurs langues, c'est une force.
09:48On rentre par une langue A, on sort par une langue B, effectivement, et pour terminer,
09:52l'âge dont on parle, effectivement, lorsque l'UNESCO la promulgue,
09:57c'est dans la perspective de célébrer la diversité, linguistique et culturelle, effectivement, le plurilinguisme.
10:04Merci beaucoup, docteur. Nous sommes arrivés à la fin de notre échange.
10:07Quel serait à vous votre mot de fin ?
10:09Alors, mon mot de fin, c'est que, autant vous que moi, et je pense ce qui me suit,
10:15vous savez que tous les Gabonais sont pour que les langues soient enseignées dans le système éducatif,
10:21qu'elles soient valorisées.
10:22Mais la question que je pose souvent, c'est pourquoi, à quelle fin ?
10:26Pourquoi apprenons-nous l'espagnol, le français, l'anglais et ces langues dans notre système éducatif ?
10:30Pourquoi aujourd'hui, on parle du mandarin ?
10:32Pourquoi le mandarin ?
10:33C'est parce que l'enseignement d'une langue est fonction de la géopolitique de celle-ci.
10:39On entend par géopolitique d'une langue l'ensemble des réussites culturelles,
10:44politiques et économiques qui accompagnent la langue.
10:46Donc, l'une des choses qu'on devrait faire, ce serait d'abord de donner,
10:50de créer une géopolitique des langues maternelles.
10:53En ce moment-là, on verra la nécessité de les parler.
10:57On va, en fait, avoir ce qu'on appelle une motivation instrumentale pour,
11:01non seulement leur apprentissage, mais aussi leur enseignement.
11:04D'accord. Merci beaucoup, docteur.
11:06Je rappelle que vous êtes docteur en sociolinguistique et didactique des langues
11:10à l'École Normale Supérieure.
11:12Chers internautes, nous étions avec le docteur Warren Mbandai
11:14qui nous a donné son point de vue sur la journée de la langue maternelle
11:19célébrée ce samedi 21 février 2026.
11:22Alors, chez vous, qu'est-ce que je pourrais vous dire ?
11:24Apprenez vos langues, transmettez-les, parce que ce n'est que comme cela
11:27qu'elles pourront vivre assez longtemps.
11:31Le docteur Franck Diata a écrit, comme notre docteur nous l'a rappelé,
11:36il était une fois nos langues.
11:38Vous n'aimerez pas que le fond disparaisse d'ici 50 ans.
11:41Vous n'aimerez pas que le bacaninghi disparaisse d'ici 50 ans.
11:44C'est l'occasion ou jamais de prendre une minute et vous dire,
11:47tiens, et si j'apprenais ma langue maternelle, enfin.
11:50Voilà, c'est la fin de ce numéro.
11:52Merci beaucoup, docteur.
11:53Merci beaucoup.
11:53Quant à moi, je vous dis au revoir sur GMT TV.
12:01Reveal.
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