00:00Mathieu Mabin, vous êtes à Washington pour France 24, vous avez suivi également cette prise de parole.
00:04On s'attendait à autre chose, on s'attendait à des précisions, des indications sur le projet du président américain,
00:12notamment en ce qui concerne la paix et la reconstruction de Gaza.
00:14Force est de constater qu'on n'y est pas, il est allé dans tous les sens.
00:17On a eu même parfois l'impression, avec Gauthier Rabinsky qui a suivi cette prise de parole à mes côtés,
00:21que le président américain était somme toute dans une autre dimension.
00:27Oui, mais ça c'est parce que vous n'êtes pas encore bilingue en Trump,
00:30mais je vous conseille de venir habiter à Washington et vous verrez qu'on acquiert finalement son dialecte personnel assez
00:38rapidement.
00:39Il ne m'aura fallu qu'une petite dizaine d'années en réalité, puisque c'est vrai,
00:44on a assisté à un enterrement de première classe de ce que fut le dialogue international, ni plus ni moins,
00:50on en est là.
00:50C'est vrai que Donald Trump invente une organisation à son image, comme il invente une communication.
00:56Le sujet de Gaza, c'est vrai, a été rapidement évoqué, alors qu'on s'attendait à ce que ce
01:01soit le point central,
01:02mais c'est vrai que l'impression globale que nous donne ce discours de Donald Trump,
01:05c'est qu'il n'y a plus de filtre entre ce que le président américain peut dire à ses
01:10collaborateurs dans l'intimité
01:12et ce qu'il dit désormais à la tribune, devant le monde.
01:15Et je crois, dans le fond, que c'est un bon résumé de la méthode Trump, tout simplement.
01:21Même si, comme on l'a vu à Munich, un travail de service après-vente sera fait par Marco Rubio
01:29ou plusieurs de ses conseillers, comme Steve Witkoff, par exemple, dont il a beaucoup prononcé le nom lors de cette
01:35allocution.
01:35Car ça reste une allocution.
01:37C'est pour ça qu'il ne faut pas prendre tout cela à la légère, pas au pied de la
01:41lettre, mais pas à la légère non plus.
01:42Donald Trump se fiche éperdument des commentaires des observateurs sur le style et la pertinence de son discours,
01:49au point qu'il deviendrait grotesque aujourd'hui de prendre des notes en écoutant le président américain.
01:54Puisque lui-même arrive sans notes.
01:56Et si vous vous demandez pourquoi Donald Trump parle de politique étrangère,
01:59quand on s'attendrait à ce qu'il parle de politique intérieure et vice-versa,
02:03c'est tout simplement parce que pour lui, la composition du public importe assez peu, dans le fond.
02:09Personne n'écrit pour Donald Trump, ou en tout cas rarement, à l'exception du discours sur l'état de
02:14l'Union peut-être.
02:15C'est aussi l'analyse que vous partagez, Gauthier, le président américain, en roue libre totale.
02:19C'est vrai qu'il n'était pas en train de lire un discours pensé, réfléchi, structuré.
02:24Il est allé dans tous les sens.
02:25Il a commencé par présenter en leur demandant de se lever.
02:28Les chefs d'État et de gouvernement qui ont répondu présents.
02:31Les ministres des Affaires étrangères aussi pour certains États qui ont préféré envoyer leur chef de la diplomatie.
02:36On n'avance pas en fait.
02:37Il a expédié Gaza alors qu'on s'attendait, comme le disait Mathieu Mabin,
02:41à un peu plus de précisions sur ce qu'il envisageait.
02:44Si ce n'est une indication, la levée de 7 milliards pour l'enclave.
02:46Mais on ne sait pas comment est-ce qu'il compte dépenser cet argent.
02:52Il vous a laissé sans voix aussi.
02:53Oui. Si vraiment il fallait être conforme et fidèle à ce qu'on ressent.
03:00Tout ça pour ça ?
03:02Oui, tout ça pour ça ou pauvre type.
03:06Ce qui me frappe, moi, dans cet exercice qui n'en est pas un, c'est, vous l'avez dit,
03:11le caractère décousu.
03:12À un point, même d'ailleurs, qu'on s'est demandé, vous disiez à juste titre, il n'y avait
03:16pas de discours.
03:18Je ne sais pas s'il avait un prompteur, parce qu'il a encore parlé du coup du prompteur qui
03:22avait été cassé aux Nations Unies,
03:25en y trouvant la preuve de l'indigence et de la faiblesse des Nations Unies.
03:29Mais c'est surtout, moi, l'assistance qui est là, qui me frappe.
03:33Ils sourient tous.
03:35Alors, indonésiens, pakistanais, kosovars, roumains...
03:40Arméniens, président de l'Azerbaïde, Jean, qu'il a d'ailleurs appelé à se lever en même temps,
03:44comme la démonstration d'un conflit qu'il a réussi à régler.
03:47Oui, alors on semble, pour y revenir, d'une phrase,
03:50le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a été réglé parce que l'Arménie était exsangue
03:55et qu'on lui a dit, c'est ça ou rien.
03:57C'est accepter les conditions de l'Azerbaïdjan.
03:59Alors, effectivement, si vous trouvez une solution au conflit de cette manière-là,
04:03d'ailleurs, rien ne le prouve.
04:04D'autres conflits que Trump prétend avoir résolus sont, en fait, des cessez-le-feu à peine améliorés.
04:10Mais là, vous voyez tous ces responsables qui ont une bonne mine, réjouis, et qui sourient.
04:17Alors, on leur dit, levez-vous, comme si c'était les lauréats d'une université.
04:22Vous allez recevoir une médaille et vous avez été formidables.
04:26Et tous ces gens-là rient, sourient.
04:28Vous avez le Vietnam qui était là.
04:30On peut se dire, regardez cette histoire du Vietnam.
04:33Ce Vietnam qui a fait la guerre aux Etats-Unis, en dénonçant l'impérialisme, et à juste titre, l'impérialisme
04:40américain.
04:40Aujourd'hui, depuis probablement la guerre du Vietnam, l'impérialisme américain n'a jamais été aussi florissant.
04:47Eh bien, le Vietnam est là.
04:48C'est justement le résultat de la démonstration de la force.
04:53Donald Trump, aujourd'hui, c'est dans sa logique, vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi ?
04:58Là, dans toute cette assemblée, effectivement, on les a vus sourire.
05:00On n'est pas dans leur tête, mais on ne sait pas qui est là par pragmatisme, par adhésion, par
05:05conviction, peur de la riposte ou du chantage.
05:07Vous avez raison, mais le pragmatisme, est-ce que c'est ça qui fait avancer l'histoire ?
05:12Quatre heures, vous avez.
05:13Parce que, soyons sérieux, quand on dit, effectivement, il y a un ordre du monde qui est tel que certains
05:20sont obligés de s'y plier.
05:22Mais si tout le monde s'y plie, ça donne, ce que disait Mathieu, ça donne, cet exercice-là, une
05:27idée très précise
05:28de la manière dont Donald Trump voit l'ordre international.
05:32C'est-à-dire comme une classe, une classe où on distribue des bons points.
05:36Et puis, il y en a qui sont très aînés aussi.
05:38Gianni Infantino, de la FIFA, qui était là.
05:41Qui était là et qui, lui, était allé plus loin puisqu'il avait fabriqué un prix de la paix pour
05:46Donald Trump.
05:46Il n'y avait pas d'autres concurrents.
05:48Tout ça est assez pitoyable.
05:50C'est presque.
05:52On en a parlé tous les deux hors antenne.
05:55Il y avait en France autrefois un programme de distraction qui était de cet ordre-là où il y avait
06:00des petits-enfants
06:00et on leur demandait de chanter des chansons et on les flattait comme ça.
06:04Mais vous vous rendez compte que ça, c'est du sérieux.
06:07Ce n'est pas une émission de distraction.
06:09Que là, vous avez en face quelqu'un qui prétend avoir, régir un ordre et qui le dit d'ailleurs.
06:14Il le dit, si vous n'êtes pas d'accord, vous allez voir les droits de douane,
06:18vous allez voir que moi, je ne vais pas engager des fonds dans le développement de votre pays.
06:22Donc, vous avez raison de dire que certains sont pris à la gorge.
06:25Mais soyons conscients, sans peut-être trop les brocarder, j'ai peut-être été trop méchant,
06:30mais sans trop les brocarder, soyons conscients que l'ordre à la Trump,
06:35la paix Trumpiana, je ne sais pas quoi, la Pax Campana,
06:38c'est quelque chose qui est un asservissement, une servitude terrible pour les peuples.
06:43C'est ça, le fond de l'affaire.
06:46Et quand on dit, vous voyez qu'on risque des ingérences dans les processus électoraux,
06:50c'est aussi ça, la question.
06:52C'est de se dire, au fond, qu'il peut y avoir, à travers les menées de Trump,
06:57à travers l'attitude de Trump, un asservissement, même parfois volontaire,
07:02de certains pays qui, comme vous le disiez, par pragmatisme.
07:05Le pragmatisme, vous savez, c'est comme quand on est un peu pacifiste Béat ou Bélan,
07:10on renonce visoirement à quelque chose de sa souveraineté ou de son indépendance intellectuelle
07:15et on le paie, on le paie toujours.
07:17Et c'est pour ça que je trouve dramatique, au-delà du numéro de Trump,
07:23je trouve dramatique tous ces chefs d'État ou représentants de gouvernement
07:27qui sourient ou bien, allez, allons-y, tout doucement, ils sont contraints.
07:33Mathieu, vous êtes toujours avec nous, c'est au tour du vice-président des États-Unis,
07:37J.D. Vence, de s'exprimer au moment où on se parle.
07:41Mathieu, il y a tout de même une phrase qui a peut-être été noyée
07:45sous les commentaires, les allers-retours décousus, je le dis encore, du président américain,
07:50c'est cette phrase autour de l'Iran.
07:52Alors, encore une fois, Gaza a été très rapidement expédié.
07:54On parle d'un conseil de la paix, techniquement, faire la paix.
07:57Le président américain s'est même auto-congratulé en se vantant d'avoir résolu à ce jour huit guerres.
08:04En ce qui concerne l'Iran, il a juste eu cette phrase, vous en saurez plus dans une dizaine de
08:08jours.
08:08Qu'est-ce qu'il faut comprendre, de votre point de vue, de ce que vous observez sur place ?
08:13Bonne chance.
08:16C'est très difficile de répondre à cette question.
08:19Et pour une raison simple, c'est qu'il a déjà formulé cette phrase un nombre incalculable de fois.
08:25Depuis que Donald Trump est retourné à la Maison-Blanche, il y a un peu plus d'un an maintenant,
08:30même si ça peut nous paraître une éternité, tant l'activité a été dense depuis son retour dans la Maison
08:36-Blanche.
08:37Les déclarations ont également été extrêmement denses.
08:40Et les actions, on est obligé de le reconnaître.
08:43Regardez la somme des opérations, ne serait-ce que militaires et économiques,
08:47menées par le président américain depuis janvier 2025.
08:53C'est absolument considérable, croyez-moi.
08:57Notre rythme de travail, d'ailleurs, en témoigne.
09:02Je ne peux pas répondre à cette question.
09:04Qu'est-ce que ça veut dire quand Donald Trump dit « vous verrez dans dix jours » ?
09:08On se pose la question, Mathieu, parce qu'au moment...
09:11Le président américain, jamais réuni, est en route pour les côtes iraniennes en ce moment.
09:16Est-ce que ça veut dire qu'il va y avoir une intervention militaire ?
09:19Est-ce que c'est de l'intimidation ?
09:21C'est ça.
09:22Et au moment où, encore une fois, il tient la première réunion d'un conseil de paix,
09:26on ne peut pas être offensif, agressif, au moment où on se vante, encore une fois,
09:30de régler les conflits à travers le monde.
09:32D'où la question, on a compris en tout cas toute la difficulté de décrypter les mots du président américain.
09:40Ce qu'on retiendra de cette première réunion, de ce conseil de paix, en un mot, Mathieu Mabin,
09:45c'est qu'on ne sait toujours pas quelle est cette instance.
09:49Ça reste toujours aussi flou qu'avant cette première réunion, cette prise de parole ?
09:52Non, j'ai envie de dire que la première chose, c'est que regardons la salle.
09:58Cette première réunion du Board of Peace se tient ici à Washington sous l'impulsion de Donald Trump.
10:04C'est donc évidemment une initiative américaine assumée comme telle.
10:08Plus d'une vingtaine de pays, quand même, c'est pas rien.
10:10On confirmait leur participation et sont bien là à écouter le président américain.
10:15Du côté du Moyen-Orient, on retrouve les acteurs directement concernés par le dossier de Gaza.
10:19Il devait être question de Gaza.
10:22Avec peut-être, Mathieu, une sorte de hiérarchie ?
10:25Je ne sais pas si vous m'entendez, Mathieu.
10:27Et peut-être, avec une sorte de hiérarchie, les pays qui ont adhéré à ce Conseil sont autour du président
10:32américain sur cette estrade.
10:34Et ce sont les observateurs qui sont en face, là aussi, sur l'organisation de cette salle, l'aménagement, l
10:38'installation.
10:39Il y a du sens ?
10:42Oui, vous avez raison de faire la distinction.
10:44Il y a les pays contributeurs.
10:46Autrement dit, ceux qui vont financièrement contribuer à la reconstruction de Gaza.
10:50Parce que la colonne vertébrale de cette organisation, le prétexte, c'est quand même la reconstruction de Gaza.
10:56Là où il y a du business à faire.
10:58Donc, effectivement, les pays contributeurs, une vingtaine de nations, bon gré, mal gré.
11:03Les pays du Golfe sont évidemment partie prenante.
11:05La Jordanie, l'Arabie Saoudite, avec une forme d'ensemble commun de ces nations qui contribuent aux accords d'Abraham
11:13également.
11:13Tout ça est le même sujet dans l'esprit de Donald Trump.
11:15C'est pour ça que je parlais, sur le ton de l'humour, au début de mon intervention, du fait
11:20qu'il fallait être un traducteur du discours de Donald Trump pour tenter de deviner son intention.
11:27Son intention, elle est relativement claire.
11:29L'Amérique ne veut plus des Nations Unies comme arbitre des Nations.
11:34En tout cas, pas si les Nations Unies sont un obstacle.
11:37Comme ça a pu être le cas, selon la vision trumpienne, dans la résolution des crises au Proche et au
11:43Moyen-Orient.
11:44Merci beaucoup Mathieu, merci pour cette tentative de décryptage de la prise de parole du président américain.
11:50Merci beaucoup Gauthier, on vous retrouve dans quelques instants.
11:52Courte pause et on se retrouve.
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