00:008h51, elle est place à votre seconde signature européen du vendredi.
00:04Bonjour Eugénie Bastier.
00:05Bonjour à tous.
00:06Vous attirez notre attention ce matin sur une tribune,
00:08paru il y a quelques jours de cela, dans le New York Times,
00:10le grand quotidien de la gauche américaine,
00:12signé par Pedro Sanchez, le premier ministre espagnol.
00:16Tribune intitulée « Pourquoi l'Occident a besoin d'immigration ? »
00:19Oui, comme vous le savez, le premier ministre socialiste de l'Espagne
00:22a décidé de régulariser 500 000 migrants clandestins
00:25actuellement présents sur son sol,
00:26après un accord entre son parti socialiste
00:28et la formation de gauche radicale Podemos.
00:31Dans cette tribune, parue opportunément dans le grand journal de la gauche américaine
00:35en pleine polémique sur la politique migratoire de Donald Trump,
00:38Sanchez justifie son choix.
00:40Selon lui, l'ouverture à l'immigration, non seulement de l'Espagne,
00:43mais de tout l'Occident,
00:44créera non pas des sociétés fermées et appauvries,
00:47mais des sociétés ouvertes et prospères.
00:49Il avance deux grandes raisons.
00:51La première est morale, nous dit-il,
00:52parce que l'Espagne, autrefois une nation démigrée,
00:55accueille aujourd'hui de nombreux étrangers.
00:5719% de la population en Espagne est immigrée.
01:01C'est notre devoir de devenir la société accueillante et tolérante
01:05que nos propres proches auraient espéré trouver de l'autre côté de nos frontières.
01:09Alors je ne sais pas si c'est une allusion à l'accueil qu'aurait dû trouver Christophe Colomb,
01:12parti découvrir l'Amérique pour les rois catholiques d'Espagne,
01:15mais peut-être devrait-il demander aux Indiens d'Amérique,
01:17aujourd'hui disparus,
01:18ce qu'ils pensent de l'immigration massive venue du vieux continent à l'assaut du nouveau.
01:22Ensuite, Sanchez évoque une raison pragmatique.
01:26L'immigration serait bonne pour l'économie.
01:28En effet, l'Espagne affiche un des plus forts taux de croissance de la zone euro
01:32et c'est vrai qu'à court terme, l'immigration peut permettre de doper l'économie.
01:36Mais est-ce que ça n'est pas un peu cynique d'ailleurs de considérer
01:38l'émigrant comme simplement du carburant économique ?
01:41Vous savez, souvent la gauche à propos de l'immigration emploie la logique du chaudron de Freud
01:46qui consiste à empiler plusieurs raisons contradictoires pour justifier un argument.
01:49Il n'y a pas d'immigration massive, nous dit-on.
01:52Il y a une immigration massive et c'est une tragédie humanitaire, nous dit-on.
01:55Il y a une immigration massive et c'est une aubaine économique et financière.
01:58L'immigration est à la fois un devoir et un besoin.
02:02Il est extrêmement cynique de bâtir une économie sur l'importation continue de main-d'oeuvre étrangère bon marché.
02:07C'est sans fin, car une fois que ces migrants seront régularisés et auront les mêmes droits que les espagnols,
02:12il faudra en faire venir d'autres pour travailler à bas coût.
02:15Pedro Sanchez l'admet, l'immigration suscite d'énormes défis.
02:19Mais ces défis, assurent-ils, je le cite,
02:20« n'ont rien à voir avec l'origine ethnique, la race, la religion ou la langue des migrants,
02:24mais tout à voir avec la pauvreté ».
02:27Dire que la religion, la langue et la culture n'ont rien à voir avec l'intégration est insensé,
02:31mais surtout très hypocrite, car en Espagne, l'écrasante majorité des migrants qui vont être régularisés
02:36sont d'origine latino-américaine.
02:38Ils partagent donc avec des espagnols de souche une langue, une culture et une religion, la religion catholique.
02:43Mais il y a aussi une part de plus en plus significative d'immigration musulmane venue du Maghreb.
02:47L'Espagne, qui avait moins de 1% de musulmans dans les années 2000, a basculé à 5% récemment.
02:54Ce qui est frappant, c'est le décalage entre la politique menée par Pedro Sanchez en Espagne
02:57et celle des autres pays européens.
02:59Oui, tout à fait. Sanchez est l'exception et l'Espagne devient, avec la France d'Emmanuel Macron,
03:03le talon d'Achille de la politique migratoire européenne.
03:05C'est le monde à l'envers, puisque la Commission européenne,
03:08qui, souvenez-vous, il y a quelques années encore, fustigée Orban pour sa politique migratoire trop restrictive,
03:13a dit son désaccord avec cette politique d'ouverture et de régularisation de Sanchez.
03:18Le Premier ministre espagnol reproduit dix ans plus tard l'erreur d'Angela Merkel.
03:22« Nous y arriverons », avait dit la chancelière allemande en 2015,
03:25lors de la crise des réfugiés, où elle avait ouvert grand les frontières de l'Allemagne.
03:28Aujourd'hui, la majorité des Allemands pensent que le pays a mal géré cette crise.
03:32Le Muezzin appelle à la prière à Cologne,
03:34et le parti d'extrême droite AFD a doublé son score.
03:38Il y a fort à parier que l'immigrationnisme de Sanchez
03:41donnera les mêmes résultats de l'autre côté des Pyrénées.
03:44Signature Europe 1, Eugénie Bastier.
03:45Merci beaucoup Eugénie.
03:46Je vous souhaite une excellente journée.
03:48Dans un instant, l'heure des pros sur Europe 1.
03:50Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires