- il y a 2 jours
De moi à nous réseaux sociaux et sexpositivisme
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00:01...
00:14Et bien ça y est, nous sommes de retour.
00:16On est bien sûr en direct de cette dernière journée pour Vivatech.
00:19J'espère que vous allez bien.
00:20Je vous invite naturellement à contribuer à cet événement
00:23en nous envoyant vous aussi vos photos sur les réseaux sociaux.
00:26Hashtag Vivatech.
00:27Soyez nombreux, soyez nombreux.
00:28On poursuit, si vous le voulez bien, avec un prochain sujet.
00:31On est en plein Love Tech.
00:33Et qui dit Love Tech dit autre sujet avec celle qui va justement nous parler du digital.
00:37Comment le digital et les réseaux sociaux sont finalement des outils indispensables
00:42à la condition d'une révolution sexuelle.
00:45Et bien pour en parler justement, on va partager avec elle toutes ses lumières,
00:49toutes ses connaissances pendant 20 minutes.
00:51Je vous demande, s'il vous plaît, d'accueillir celle qui est CEO de Je m'en bats le clito.
00:55Il s'agit de Camille Aumont-Carnel.
01:18Bonjour.
01:22Merci.
01:25Comment allez-vous ?
01:27Ça va ? Super.
01:31Je vais mettre ma gourde même par terre.
01:34Je suis contente d'être là.
01:35Je suis contente d'être là.
01:36On va parler de...
01:37Mais j'adore.
01:38Mais non.
01:40Mais merci pour ça.
01:41Merci pour cet encouragement.
01:42Donc on a des vulves en live.
01:44C'est magique.
01:45En fait, c'est ça l'introduction à mon sujet.
01:47Je pense que je n'ai plus rien besoin.
01:48Je ne dis plus rien.
01:49Merci mesdames.
01:52Je me présente.
01:53Je m'appelle Camille Aumont-Carnel.
01:54Je suis leadeuse d'opinion, entrepreneuse, autrice, chroniqueuse.
01:58Je suis la fondatrice d'un compte Instagram qui s'appelle Je m'en bats le clito.
02:03qui est aujourd'hui un véritable média, qui aborde les thématiques de sexualité,
02:07qui abale les tabous sur toutes les thématiques autour de l'intime
02:10et tous les sujets où on peut se dire
02:12c'est quand même un petit peu honteux.
02:13Est-ce que je suis normale ?
02:15Est-ce que je peux parler de règles ?
02:16Est-ce que je peux parler de poils ?
02:17Moi, j'y vais franco en mettant les deux pieds dans le plat.
02:20Et je pense que ça fait du bien.
02:22Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un des grands enjeux du digital aujourd'hui,
02:25notamment quand on s'attaque à des sujets qui sont si tabous,
02:27c'est d'avoir une véritable charte graphique,
02:30une direction artistique qui soit vraiment très très forte et impactante.
02:33Et c'est tout l'enjeu aussi de la façon dont j'ai voulu aborder les sujets sur Je m
02:37'en bats le clito,
02:37c'est-à-dire que je fais des punch.
02:38Et les punch aujourd'hui, c'est des phrases courtes, très très impactantes,
02:42qui peuvent se lire en moins de 8 secondes,
02:43qui est ni plus ni moins que le temps en moyenne d'attention sur les réseaux sociaux.
02:48Donc c'est vraiment rien du tout.
02:50Ne partons pas sur des chartes graphiques très compliquées.
02:52Partons juste sur des chartes graphiques qui vont être identifiables
02:55parmi des milliers d'autres postes.
02:58Je fais partie des femmes qui ont lancé ce qu'on appelle la révolution sexuelle post-MeToo en France.
03:03Et je m'inscris donc historiquement dans ce qu'on appelle le féminisme de la quatrième vague,
03:08qui est lui-même déterminé par l'utilisation des réseaux sociaux, du digital, du numérique.
03:12Ça a commencé sur Facebook, ensuite on allait sur Twitter, Instagram est né,
03:16et maintenant vous connaissez aussi bien que moi l'impact colossal qu'à TikTok.
03:21J'échange avec en moyenne 200 personnes par jour,
03:24250 personnes par jour depuis 5 ans sur les réseaux sociaux,
03:28avec des messages qui commencent tous par
03:30« Bonjour Camille, j'ai un problème, ce que je m'apprête à te dire,
03:33je ne le dirai jamais à ma gynéco, je ne le dirai jamais à ma sage-femme,
03:35je ne le dirai jamais à ma sexologue,
03:37mais toi je sais que tu ne vas pas me juger,
03:38je sais que je peux y aller franco et te parler comme j'ai l'habitude de parler,
03:42donc voici mon message. »
03:44Je pense qu'aujourd'hui je peux librement et concrètement assumer
03:47que j'ai en ma possession les archives internationales
03:50de l'insatisfaction sexuelle française.
03:52Et très sincèrement, je ne m'avance pas du tout en disant ça,
03:54c'est très très concret,
03:55et je trouve que c'est quand même pas mal comme data,
03:57je suis quand même assez fière de ce titre.
04:01L'enjeu avec « Je m'en bats à te clito »,
04:02le premier c'est déjà la phrase,
04:04ce compte Instagram est né vraiment d'un élan de colère,
04:07je vous raconte l'anecdote,
04:08j'étais chez un de mes meilleurs amis en train de décuver en lendemain de soirée,
04:12et j'ai mes quatre potes masculins qui parlent de sexualité
04:14et de comment faire jouer à une femme.
04:16Autant vous dire qu'ils racontaient n'importe quoi.
04:19Et donc on avait droit à des phrases,
04:20« Mais si, tu vas voir, c'est hyper simple,
04:22tu fais comme ci, tu fais comme ça avec tes doigts,
04:23c'est sûr qu'elle a genre 15 orgasmes. »
04:25Ok, d'accord.
04:26Là je leur expliquais que même moi en me connaissant par cœur,
04:28en un week-end je n'avais pas 15 orgasmes.
04:30Donc clairement il fallait se détendre.
04:32Et là arrivaient tout un tas d'autres injonctions
04:34qui moi me paraissaient complètement disproportionnées.
04:37Et donc j'essaye de trouver sur les réseaux sociaux et sur internet
04:40du contenu pour leur dire,
04:41« Écoutez les gars, en fait juste nos réalités, la vie c'est ça. »
04:44Et je ne trouve pas.
04:45Et donc je me dis « Bon bah ok, c'est parti. »
04:47Et à ce moment-là je commençais à réfléchir justement à la langue française
04:50et aux expressions qu'on utilise.
04:52Et je me suis rendu compte qu'une des premières violences
04:53qu'on se prend à peu près toutes dans la tronche,
04:55c'est à 6 ans.
04:56Et quand on nous apprend à lire, à écrire et à conjuguer,
04:58on nous dit « Le masculin l'emporte sur le féminin. »
05:01On s'attend quoi après ça en fait ?
05:04On s'attend qu'on soit des femmes empouvoirées,
05:06qu'on ait confiance en nous,
05:08qu'on monte des boîtes,
05:09qu'on fasse partie du top 30 des licornes françaises,
05:12qu'on prenne de l'espace.
05:13Alors qu'en fait on avait à peu près 6 ans
05:14quand on nous a expliqué qu'il y a la moitié de la planète
05:16qui comptait plus que nous.
05:18Sur un coup de tête j'ouvre Instagram et je dis « Vous savez quoi ?
05:20Vous m'avez saoulée, je m'en baille clito. »
05:22Et j'ouvre cette page et je m'en baille clito.
05:25Ça vient réveiller beaucoup de choses.
05:26Déjà une vraie volonté d'avoir une place dans la société française
05:29parce que finalement une langue qui ne nous considère pas,
05:32est-ce que c'est une langue,
05:33est-ce que c'est une société qui nous considère juste en tant qu'individu ?
05:35Je ne suis pas sûre.
05:37Et donc j'utilisais au quotidien les expressions
05:38« Non mais en fait, va te faire foutre, je m'en baille les couilles »
05:41qui étaient quand même très très très très phallocentrées.
05:44Et je me suis dit « En fait, je ne vais pas attendre que la langue change,
05:48je ne vais pas attendre que le sujet de la féminisation des métiers avance,
05:51je vais tout simplement utiliser les expressions
05:53dans lesquelles je me sens considérée, visible, calculée. »
05:57Et j'ai commencé à dire « Je m'en baille clito ».
05:58Il y avait un vrai sujet avec le clito
05:59parce que je pense que vous le saurez aussi bien que moi
06:01les deux petites vulves là-bas.
06:03J'appelle ça la règle de trois.
06:04Soit tu ne sais pas à quoi ça ressemble,
06:05soit tu ne sais pas comment t'en servir,
06:06soit tu ne sais pas à quoi ça sert.
06:08Je me suis dit « En parlant de clitoris, on peut parler d'excision.
06:11En parlant de clitoris, on peut parler de plaisir,
06:12on peut parler de masturbation »
06:14qui sont des sujets qui jusque-là n'étaient pas du tout abordés
06:16sur le digital et sur les réseaux sociaux.
06:18Je lance le compte Instagram, c'est ce qu'on appelle un buzz.
06:20À ce moment-là, je prenais 1500 abonnés par jour.
06:23Et un buzz, ça veut dire quoi ?
06:24Ça veut dire qu'en fait, finalement, on répond à un besoin
06:26qui était là, qu'on n'avait pas forcément identifié.
06:28Donc c'était un besoin déjà d'avoir un ton hyper décomplexé,
06:32le besoin d'avoir des sujets qu'on n'aborde pas
06:35et permettre à ces personnes-là finalement,
06:37via le prisme des réseaux sociaux et donc de l'anonymat
06:40et donc de la consommation comme chacun et chacune veut,
06:44d'entamer un processus de déconstruction, d'intime,
06:46mais vraiment, step by step et chaque personne,
06:50comme elle le voudra, au niveau qu'elle voudra
06:52et de jamais être dans quelque chose de pushy.
06:55Parce que ça vient réveiller quand même beaucoup,
06:56beaucoup, beaucoup de choses quand on commence
06:58un processus de déconstruction.
06:59Et vous savez aussi bien que moi que surtout,
07:00ce processus ne s'arrête jamais
07:01et qu'on a toujours besoin de déconstruire
07:03et de comprendre encore d'autres choses.
07:06« Je m'en bats le clito », c'est aussi la volonté
07:07de passer du « je » au « nous » à un moment donné.
07:10C'est-à-dire que je prends l'initiative de me dire
07:13« Écoutez, moi, je m'en bats le clito »
07:15et j'assume complètement de ne jamais incarner
07:18cette figure de honte et de tabou
07:20dans ce que je suis, même moi, dans mon essence,
07:22pour que petit à petit, d'autres personnes puissent se dire
07:25« Ah, mais en fait, je suis d'accord avec elle. »
07:27« Ah, mais en fait, moi, je pense comme elle. »
07:28Et « Je m'en bats le clito », c'est ça.
07:29C'est le fait de se dire « Je fais l'exercice »
07:31pour que derrière, vous disiez
07:32« Ah, mais en fait, moi aussi, je m'en bats le clito ».
07:34Et donc, cette transformation du « je » au « nous »,
07:37c'est quelque chose aussi qu'on peut faire sur les réseaux sociaux
07:39dès lors qu'on arrive à fédérer une véritable communauté.
07:42Moi, sur « Je m'en bats le clito », au départ,
07:44j'ai décidé de ne pas du tout incarner.
07:45C'est-à-dire que personne ne savait qui c'était.
07:47Je savais juste que toutes les personnes se disaient
07:49« Mais en fait, c'est qui cette espèce de petite souris
07:51qui est dans nos culottes, qui est dans nos conversations,
07:53qui est dans nos rapports sexuels,
07:54qui est absolument partout avec nous ? »
07:56Et comment ça se fait que ce qu'elle raconte ?
07:57J'ai l'impression de m'y reconnaître.
07:59En fait, c'est ça dont je vous parle.
08:01Quand je vous dis « Je m'en bats le clito »,
08:02et l'enjeu avec les tabous, c'est de faire comprendre
08:04à toutes ces femmes-là qu'en fait, on vit la même chose.
08:07Et donc, la question que je me pose, c'est
08:09« Qu'est-ce qui est tabou quand finalement,
08:11on est toutes en train de vivre la même chose
08:13et on a toutes le même pattern de réalité ? »
08:16Et je pense que ça fait vraiment partie des enjeux
08:17de détabouisation, de se dire « En fait, on est pareil ».
08:20Et je pense qu'il y a un des grands outils du patriarcat,
08:23ça a été d'essayer de nous faire croire
08:24qu'on était bizarres, qu'il n'y avait que nous,
08:26que ça n'arrivait qu'à nous,
08:27qu'on était singulière dans ce sens-là,
08:30alors que non, finalement.
08:33La mise en commun de nos réalités,
08:36c'est aussi un espace et c'est aussi
08:38un véritable outil que permettent les réseaux sociaux.
08:40Aujourd'hui, moi, sur « Je m'en bats le clito »,
08:41je vous dis, je reçois entre 200 et 250 messages
08:44par jour depuis 5 ans.
08:46Ça n'a pas baissé, ça n'a pas augmenté,
08:48c'est considérable.
08:49Ça reste aujourd'hui des messages que n'ont pas
08:51tous les sexologues, tous les gynécos de France.
08:53Et c'est en ça que je leur dis, on est compatibles.
08:55Ce n'est pas une guéguerre entre les professionnels
08:57de la santé sexuelle qui arrivent ou non
08:59à faire leur place sur leur digital
09:00et les leaders d'opinion qui veulent tout simplement
09:03avoir une voix.
09:04On est compatibles.
09:06Et moi, ce que je prône véritablement,
09:07c'est une sexualité positive.
09:09Ce que j'entends par sexualité positive,
09:11c'est vraiment, à un moment donné,
09:13on est conscient et on est conscient des risques
09:15de sexualité.
09:16On est conscient et on est conscient
09:18que le sexe reste politique
09:19et que ce qui se passe dans nos pieux est politique
09:22et qu'il faut absolument le voir comme ça.
09:25mais dans le seul et unique but
09:27d'accéder à un moment donné à une sexualité
09:29qui est vraiment la genèse de la sexualité
09:31et on l'oublie beaucoup.
09:32Et je pense que moi, pour en parler
09:34avec des milliers et des milliers d'ados,
09:36ce qu'ils me disent, c'est vraiment,
09:37aujourd'hui, la sexualité,
09:38c'est un des sous-tiroirs de la charge mentale.
09:40C'est-à-dire que quand on pense à sexualité,
09:41on pense à c'est compliqué, c'est galère,
09:43il faut faire attention.
09:44Et moi, ce que j'essaie véritablement d'apporter,
09:46c'est ramener un prisme
09:48dans lequel la sexualité rime avec plaisir,
09:51avec désir, avec consentement.
09:53Et à la base, c'est quand même censé être ça,
09:54la sexualité.
09:57J'aimerais finir quand même
09:58sur un petit point purement historique.
10:02Parce que ce qu'il faut savoir,
10:02c'est que moi, mes haters sur les réseaux sociaux
10:04sont des femmes.
10:06Donc on a tendance à...
10:07Je vois vos têtes, là.
10:07On a tendance à être surpris et surprise.
10:10Mes haters ne sont pas du tout des hommes.
10:11Bien au contraire.
10:12En général, les messages que je reçois masculins,
10:15c'est plutôt, ah, enfin une meuf qui parle comme nous.
10:17Et ce que je reçois d'un point de vue
10:20des messages qui sont plutôt féminins,
10:21c'est, mais pourquoi tu racontes tout ça ?
10:24Une femme n'a pas à se comporter comme ci.
10:26C'est vraiment des sujets qui restent dans l'intime
10:28et c'est très bien.
10:28Pourquoi d'un seul coup,
10:29est-ce que tu fous un énorme coup de lumière
10:31et tu fous un spotlight
10:32sur ce qu'on a toujours essayé et réussi à cacher ?
10:35Et j'ai fondamentalement essayé de comprendre pourquoi.
10:38Parce qu'au départ, ça reste quand même
10:40d'une grande violence
10:40et on s'attend quand même à un élan de sororité
10:42face à tant de dévoilements
10:45et tant de vulnérabilités.
10:46Et en fait, pas forcément.
10:48Moi, j'ai 26 ans
10:49et je vous le disais tout à l'heure,
10:51je m'inscris dans ce qu'on appelle
10:52la révolution sexuelle post-mytho,
10:55la quatrième vague du féminisme.
10:57Avant ça, la dernière révolution sexuelle,
10:59elle date de mai 68.
11:02Entre les deux, il ne s'est rien passé.
11:04J'appelle ça la génération Q entre deux chaises.
11:07La génération Q entre deux chaises,
11:09c'est toute une génération
11:09qui n'a pas eu tous ses posts,
11:12toutes ses campagnes de pub marketing,
11:13toutes ses maisons d'édition,
11:15tous ses podcasts
11:16où en fait, on leur a parlé de sexualité,
11:18de féminisme,
11:18de déconstruction à longueur d'une journée.
11:20En fait, ces personnes-là n'ont pas eu ça.
11:22Et quand on le retrace historiquement,
11:23ma mère a 66 ans,
11:24donc ma mère s'inscrit plutôt
11:26dans la génération mai 68.
11:28Et en fait, on est d'accord,
11:29on a les mêmes patterns.
11:30Quand je lui parle de moi,
11:31ce qui se passe aujourd'hui,
11:33ça ne vient rien réveiller en elle.
11:35Et toute cette génération
11:36qui sont du coup des femmes
11:37qui sont plutôt entre 40 et 45 ans aujourd'hui,
11:41me disent,
11:42mais en fait,
11:42ça nous renvoie à un truc hyper violent
11:43parce que j'ai l'impression
11:44que ce que tu décris,
11:45c'est une sexualité
11:45à laquelle moi,
11:46je n'ai jamais eu droit.
11:47Il n'y a jamais personne
11:48qui m'a appris par la main
11:49et qui m'a dit
11:50que ça pouvait se passer autrement.
11:51Il n'y a jamais personne
11:52qui m'a dit qu'à un moment donné,
11:53moi aussi,
11:54j'avais le droit de jouir,
11:55que oui,
11:55je pouvais me masturber
11:56pendant la pénétration,
11:57que non,
11:57ce n'était pas sale
11:58d'avoir ces règles.
11:59En fait,
11:59on ne m'a pas appris tout ça
12:01et ce dont me font par ces femmes,
12:03c'est vraiment d'un sentiment
12:04vraiment de cruauté,
12:05d'en fait,
12:05on est la génération
12:06qu'on n'a pas calculée
12:07et qu'on a vraiment laissée tomber.
12:10Et je pense qu'avec les réseaux sociaux
12:12et du moins avec Instagram
12:14et moi,
12:14ce que j'essaie vraiment de faire
12:15et encore une fois,
12:15je l'inscris dans quelque chose
12:16de global,
12:17donc en fait,
12:18c'est vraiment un mouvement
12:18où on est plusieurs
12:19et c'est le fait
12:20que ce soit la pluralité
12:21de livres,
12:22de prises de parole,
12:23de médias qui se créent,
12:25de marques qui se créent,
12:25de campagnes qui sont pensées ainsi
12:27qui fait que ça marche.
12:28Il y a vraiment
12:28à un moment donné
12:29une responsabilité
12:30face à l'avenir
12:30et face au futur
12:32et moi,
12:32j'ai un vrai travail d'archive
12:33qui commence
12:35et qui existe depuis le début
12:36qui est vraiment
12:37il faut absolument créer des postes,
12:39il faut absolument écrire
12:39des newsletters,
12:40il faut absolument écrire des livres,
12:41il faut qu'à un moment donné
12:42la prochaine révolution sexuelle
12:44n'arrive pas dans 50 ans
12:45et que ça soit plus facile
12:46pour ces personnes-là
12:47de s'organiser.
12:48Nous, par rapport à mai 68,
12:49et c'est pour ça
12:50que je vous parle
12:50de l'importance du digital,
12:51on manque cruellement
12:52de méthodes.
12:54En fait,
12:54on a manqué à un moment donné
12:55de notre capacité
12:56à se poser tous autour
12:57d'une table
12:58et dire,
12:58ok,
12:59bon,
12:59les femmes de mai 68,
13:00elles ont fait comment ?
13:01C'est quoi la méthode ?
13:02C'est quoi la technique ?
13:03Parce que c'est aussi
13:04une des seules solutions
13:04pour ne pas ramener ça
13:06à,
13:06ouais,
13:07ok,
13:07en fait,
13:07c'est quatre meufs vénères
13:08qui ont leurs règles
13:09qui ont essayé de faire chier.
13:10Non,
13:11c'est pas ça,
13:11c'est autre chose.
13:12Et donc,
13:12créer de la matière,
13:13archiver des choses,
13:14pouvoir se dire,
13:15ah ok,
13:16en fait,
13:16bon,
13:16je m'en bats qu'il tôt,
13:17j'ai compris,
13:17c'est comme ça
13:25si on compare ça
13:26à des études,
13:27elle n'est pas sur
13:28le doctorat du féminisme,
13:29elle est plutôt sur
13:29le CAP post-bac
13:30où en fait,
13:31elle va récupérer
13:31tout un tas de personnes
13:32et leur expliquer
13:33un petit peu
13:33la base de la base.
13:35Et si on arrive
13:36à le concevoir comme ça,
13:37le digital reste,
13:38comme il le disait
13:38en introduction,
13:39un véritable outil
13:40qui permet aussi
13:41de connecter
13:41avec des personnes
13:42qui sont à des dizaines
13:43de kilomètres.
13:44Moi,
13:44quand je regarde
13:44dans mes statistiques,
13:45la plus grande partie
13:46de ma communauté
13:47est en France,
13:48ensuite en Suisse,
13:49ensuite en Belgique
13:50et ensuite en Martinique.
13:51Et pour vous dire,
13:52ces messages arrivent là-bas,
13:54ces messages arrivent en Suisse,
13:55ces messages arrivent au Canada.
13:57Lorsque j'ai interrogé
13:581200 adolescents
13:59pour leur parler de sexualité
14:00pour écrire un livre ensemble,
14:02c'était aussi hyper intéressant
14:03de se dire,
14:04mais aujourd'hui,
14:05je suis capable
14:05de mapper
14:06et d'avoir des propos
14:09qui sont inhérents
14:10à chaque pays
14:11en disant,
14:11en fait,
14:11les ados entre 14 et 18 ans
14:13au Canada,
14:14voici leurs interrogations.
14:15En France,
14:15voici leurs interrogations.
14:16En Suisse,
14:17voici leurs interrogations.
14:18Et ça,
14:18c'est des choses
14:18qu'on ne pouvait pas faire
14:19quand on n'avait pas le digital.
14:22Vous connaissez mon amour
14:22de la langue,
14:23mon amour des punchs,
14:24mon amour des choses
14:25qui dérangent un petit peu.
14:26Et donc,
14:27je me suis amusée
14:27à un moment donné,
14:28au tout début,
14:29pour essayer de comprendre,
14:29justement.
14:30Ce n'est pas parce que
14:31ce n'est pas archivé,
14:31ce n'est pas parce que
14:32ce n'est pas processisé,
14:33ce n'est pas méthodologisé
14:34que moi,
14:35je ne peux pas essayer
14:35de comprendre un petit peu
14:37quel a été l'héritage
14:38que j'ai eu de mai 68.
14:40Et donc,
14:40je me suis renseignée
14:42et il y a un sociologue
14:43qui s'appelle
14:43Jean-Pierre Le Goff
14:45qui avait la citation suivante.
14:46Les slogans de mai 68
14:48sont parqués
14:49par la provocation,
14:50l'humour
14:51et l'insolence.
14:52Sur les murs
14:53s'affiche une parole provocatrice
14:55qui dévoile
14:56par un humour corrosif
14:57et surréaliste
14:58l'insignifiance
14:59du discours technocratique.
15:01La puissance du digital
15:03et du numérique
15:03m'a permis justement
15:04et nous a permis
15:05de transposer
15:07leurs propos,
15:08leurs pancartes
15:09qui étaient sur des murs
15:10à désormais des murs,
15:12ce que j'appelle
15:12des murs digitaux
15:13qui sont tout simplement
15:14nos feeds
15:14et on se rend compte
15:15que le mot est d'ailleurs
15:16le même.
15:17Et sur mon feed,
15:18on retrouve des punchs,
15:19on retrouve des slogans.
15:21Alors,
15:21il y a 50 ans,
15:23on faisait scandale
15:24quand on avait l'audace
15:25de porter un pantalon
15:27et aujourd'hui,
15:28je pense que vous avez suivi
15:29ce qui s'est passé
15:29un petit peu dans la presse,
15:30c'est le cas
15:31quand on porte un crop top.
15:33Il y a 50 ans,
15:34le slogan,
15:35c'était
15:36« Sois jeune,
15:37étais toi »
15:38et aujourd'hui,
15:39j'entends plus
15:39« Sois toi,
15:40échange le monde ».
15:42Il y a 50 ans,
15:43on entendait
15:44« Il est interdit
15:45d'interdire »
15:46qui faisait partie
15:47des grands slogans
15:48iconiques de ces années-là
15:49et aujourd'hui,
15:50mon corps,
15:51mon choix résonne
15:51encore très très fort.
15:54Et enfin,
15:55vous l'aurez compris,
15:57exagérée,
15:58voilà l'arme
15:59et c'est une arme,
16:00moi,
16:01que je récupère au sol
16:02et que je brandis
16:03à grands coups
16:04de « Je m'emballe
16:05Clito ».
16:08Merci beaucoup.
16:13Il nous reste
16:14quatre petites minutes
16:16juste comme ça,
16:17à main levée.
16:18Combien de personnes
16:19aujourd'hui pourraient dire
16:20« Moi, je suis à l'aise
16:21avec le fait
16:22de parler de sexualité. »
16:23ce n'est pas un sujet tabou,
16:24ce n'est pas un sujet
16:24qui me met dans l'embarras.
16:29Ok, super.
16:31Une autre question.
16:32Combien de personnes
16:32aujourd'hui sont capables,
16:33si je vous donne une feuille,
16:34de me dessiner
16:35l'anatomie d'un pénis ?
16:41Ok.
16:43Et combien de personnes
16:44sont capables,
16:44comme ça,
16:44à main levée,
16:45de me dessiner
16:45l'anatomie parfaite
16:46d'un clitoris ?
16:49Oui, vous, forcément.
16:52Pas mal.
16:52Franchement, on avance.
16:54Je pose ces questions
16:55à chaque fois
16:55à la fin de mes interventions
16:56et on se rend compte
16:56que ça avance
16:57et que c'est de mieux en mieux.
16:58Moi, j'ai commencé
16:59il y a cinq ans,
16:59il y avait 100% de l'Assemblée
17:01qui levait la main
17:02pour le pénis
17:02et zéro pour le clitoris.
17:03Ou alors,
17:04lever la main
17:04et quand je leur donnais
17:05une feuille
17:05il me dessinait une vulve.
17:07Et ça, c'est hyper important
17:08parce que moi,
17:09je fais partie de ces femmes
17:10et je pense que pour beaucoup,
17:11la deuxième violence
17:12qui arrive après
17:13le masculin l'emporte
17:14sur le féminin,
17:14c'est la vision
17:15et le prisme
17:16qu'on a de cet organe.
17:17Et jusque-là,
17:18on a toujours essayé
17:19de comparer pénis et vulve.
17:20Et je pense que c'est une erreur
17:21parce qu'on se retrouvait
17:24avec des définitions
17:25de l'ordre du grand pénis
17:27qui se gorge de sang,
17:28majestueux,
17:28qui prend beaucoup de place
17:29et la vulve
17:30qui est cette espèce
17:30de petite chose mignonne,
17:34rose, berlingot,
17:34petite pêche
17:35qui doit être vraiment
17:37dans la délicatesse.
17:38Dès lors où on oppose
17:40et on met sur un même pied
17:41d'égalité
17:41le pénis et le clitoris,
17:43on peut revenir
17:44à leur définition.
17:45Et ça, pour moi,
17:46c'est un véritable enjeu
17:47d'empouvoirment
17:47qu'on peut faire
17:48sur les réseaux sociaux.
17:49C'est revenir
17:49à la langue.
17:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
17:51Un pénis,
17:52c'est un organe érectile
17:53qui se gorge de sang
17:54lors de l'excitation
17:55et qui mesure en moyenne
17:56entre 13 et 17 centimètres.
18:00Un clitoris,
18:01c'est un organe érectile
18:02qui se gorge de sang
18:03lors de l'excitation
18:04et qui mesure en moyenne
18:05entre 11 et 13 centimètres.
18:06Vous attendez quoi
18:07pour nous le dire ?
18:08Que moi aussi,
18:09entre les jambes,
18:10j'avais un organe
18:11qui pouvait se gorger de sang,
18:12qui pouvait être majestueux,
18:13qui pouvait prendre de la place
18:14et qui pouvait,
18:15pour certains,
18:16être plus grand
18:17qu'un pénis.
18:18Ça fait partie des choses
18:19qui, moi,
18:20m'auraient beaucoup aidée,
18:21qui m'auraient fait sentir
18:22un petit peu plus puissante,
18:23qui m'auraient fait sentir
18:24comme une personne
18:24qui peut aussi
18:25prendre de la place
18:26et pas du tout
18:27comme une chose à moindrir.
18:28Le champ lexical
18:29est hyper important.
18:30Donc aujourd'hui,
18:31je suis ravie de savoir
18:31que vous savez à peu près
18:32tous et toutes
18:34dessiner un clitoris
18:34autant qu'un pénis.
18:36Et voilà,
18:37je suis très contente
18:37d'avoir passé
18:38ce petit moment avec vous
18:39en espérant
18:40que ça vous a plu également.
18:43Applaudissements
18:47Et n'hésitez pas à rester
18:49parce que derrière,
18:49il y a encore
18:50d'autres interventions.
18:51À très bientôt.
18:52Je reste pas très loin
18:53si jamais vous voulez
18:54qu'on parle de clitoris,
18:55de sextoy,
18:56de masturbation
18:57et de jouissance.
18:58À bientôt.
18:59Au revoir.
19:01Applaudissements
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