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  • il y a 2 jours
Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mardi 17 février 2026, l'actrice et scénariste Fida Bizri. Elle apparaît dans le documentaire "Green Line" de Sylvie Ballyot.

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Transcription
00:00Bonjour Fida Bizry. Bonjour. Vous êtes actrice et scénariste. Vous avez été adoptée par le public grâce à votre rôle
00:05et votre implication aux côtés de Sylvie Balliot dans le drame « Moi tout seul ».
00:09C'était en 2012 et aujourd'hui vous êtes à l'affiche du documentaire « Récit Green Line » qui
00:13retrace 15 ans de guerre que vous avez connue et subie à Beyrouth au Liban en tant qu'enfant.
00:18Vous avez connu ce que votre grand-mère a appelé d'ailleurs l'enfer rouge, la banalisation de la mort.
00:23Cette période vous a marqué à vie, vous plongeant dans un doute permanent du sens et de l'importance de
00:29rester en vie.
00:30Alors vous êtes allé rencontrer certains, des combattants, des historiens qui ont eux aussi vécu cette guerre avec en guise
00:36de dialogue des photos, des statuettes, des immeubles en papier et une feuille sur laquelle la zone de combat était
00:41dessinée.
00:42Vous établiez un dialogue avec eux pour comprendre et mettre des mots sur ce que vous avez vécu.
00:47Ce film démarre sur la genèse de ce film qui parle de votre pays et de la mort. Un petit
00:51personnage, une figurine avec un t-shirt rouge vous représente et la première image est associée à un son qui,
00:58même derrière l'écran, nous émeut.
00:59C'est celui d'une bombe qui explose. Je voudrais que vous me racontiez comment est né ce film.
01:05Ce film est né dans la tête de Sylvie Baglio avant de n'être dans la mienne. On s'est
01:11rencontrés et elle a eu envie d'essayer de comprendre les guerres du monde un peu à travers moi.
01:18On s'est rencontrés à l'occasion d'une guerre au Liban en 2006 et elle a eu envie de
01:23faire ce film avant moi.
01:28Moi, je ne viens pas du cinéma, donc j'ai mis du temps à comprendre ce que ça signifiait, mon
01:35implication.
01:36Dans un premier temps, on parlait, donc je racontais mon enfance.
01:40Et aller voir les milicins, ce n'est venu que dans un deuxième, troisième temps.
01:45Avec ce documentaire, on comprend évidemment mieux les choses.
01:49Vous les mettez en exergue. On est un matin de 1975.
01:52Il y a une ligne verte qui coupe Beyrouth en deux.
01:57Avec d'un côté les musulmans, c'est Beyrouth Ouest, avec comme tag sur les murs Israël et le mal
02:02absolu.
02:03Et de l'autre, il y a les chrétiens, Beyrouth Ouest, avec des snipers qui tirent et leur slogan à
02:08certains.
02:09Chaque Libanais doit tuer un Palestinien.
02:11On comprend à quel point, encore aujourd'hui, avec les événements actuels, rien n'est terminé.
02:16D'ailleurs, une femme vous l'explique.
02:18À quel moment on peut considérer que la guerre est terminée ?
02:21C'est un moment qui est très, très fort du film.
02:24C'est aussi ça que vous vouliez raconter, que la guerre finalement continue, qu'elle perdure ?
02:29Tout à fait. Pas que au Liban. La guerre continue. L'état de guerre continue.
02:35Et faire ce travail de mémoire, c'est très difficile quand la guerre n'est pas terminée, quand sa propre
02:41guerre n'est pas terminée.
02:43Moi, peut-être, le fait d'être sortie du Liban me permet de me dire que, dans toutes mes guerres,
02:50j'ai peut-être eu une pause dans laquelle j'ai pu m'engager dans ce film ou dans une
02:55réflexion.
02:56Mais quelqu'un qui vit tout le temps sous les bombes, c'est très difficile.
03:00Parce qu'en plus, ce travail, ça donne une certaine détente, ce travail de mémoire.
03:06Une fois on a nommé certaines choses, on est un peu plus rassuré, on est un peu plus en confiance.
03:13Et c'est cette confiance-là qui n'est pas productive en temps de guerre.
03:18Parce qu'on n'est plus alerte.
03:22Des images de cette époque apparaissent, des archives montrant des hommes armés, longeant les bâtiments.
03:28Et le désastre apparaît avec des personnages en terre cuite.
03:31Vous apercevez une femme morte, à un moment donné, c'est un moment très fort du film, qui est au
03:34début du film d'ailleurs.
03:35Et vous vous allongez à côté d'elle en vous disant peut-être que moi aussi, il faut que je
03:38disparaisse pour ne plus rien sentir.
03:40C'est fou de penser ça à cet âge-là.
03:47Vous, peut-être vous l'appelez mort dans ma tête, je l'appelais une pause.
03:55Une pause de cette incompréhension.
03:58Comment vous expliquez que même les adultes de votre famille, même votre grand-mère, n'arrivaient pas à mettre des
04:04mots pour vous expliquer la situation ?
04:07En quelque sorte, j'ai beaucoup de gratitude pour mes parents et ma famille de ne pas avoir mis des
04:12mots.
04:12Même si quand j'étais petite, j'étais jalouse de mes camarades à l'école qui, eux, tous avaient une
04:18version très claire sur qui avaient raison et qui avaient tort.
04:21Et du moment que ma famille n'était pas dans un bord précis à tout prix, c'est sûr que
04:29c'est plus compliqué à gérer.
04:31Mais en grandissant, c'est plus intéressant de ne pas être d'un bord aveuglément.
04:37Ce que ça met aussi en exergue, et c'est très important, c'est à quel point les guerres n
04:40'épargnent absolument pas les enfants.
04:42À quel point la guerre ne tient pas compte des enfants qui, eux, vont devenir adultes finalement.
04:49Et de ce qu'ils peuvent vivre, vous représentez ça pour le coup, Fida ?
04:54À la projection du film au Liban, la première fois, il y avait les miliciens.
04:59Et il y en a un parmi eux qui a dit qu'il n'avait jamais pensé à la version
05:07d'un enfant de ce qui se passait.
05:08Il avait pensé à la version d'autres camps ennemis, comment, eux, ils pourraient redire son geste, le redéfinir.
05:17Mais il n'avait pas pensé à comment un enfant pourrait le redéfinir.
05:20Comment vous gardez quoi de cet enfant, ça, là, Fida ?
05:24Aujourd'hui, j'ai envie de garder la poésie.
05:29Je garde aussi que j'ai eu peur.
05:31J'ai mis longtemps à me dire que ça s'appelait de la peur, ce que je ressentais.
05:36C'était plusieurs années après la guerre que j'ai appelé ça peur.
05:41Mais que la chose la plus forte que je garde du film, en tout cas, c'est que la peur,
05:47c'est un matériau vivant qui se travaille.
05:51Ce n'est pas une malédiction.
05:53Ça se travaille.
05:55220 000 personnes sont mortes dans ce conflit, en 15 ans.
06:00L'un d'entre eux dit quelque chose de très fort et dit qu'il savait qu'il ne tirait
06:04pas des fleurs de l'amour, mais des balles qui servaient à tuer.
06:09Vous espérez quoi ?
06:10On vous voit à la fin du film, dans une manifestation, le peuple lutte pour faire tomber le système, faire
06:17tomber le régime.
06:19Et il y a à la fois de l'espoir et du désespoir.
06:23Quelle est votre vision de l'avenir ?
06:29Je préfère répondre à ce que j'espère.
06:32J'espère moins de manichéisme et plus de sensibilité et un vrai travail pour chercher des mots à mettre sur
06:43les choses.
06:44Parce qu'une douleur, ce n'est pas la bombe qui a tué mon fils, par exemple, autant que ce
06:53que cette bombe m'a fait à l'intérieur, la trace qu'elle a laissée à l'intérieur de moi.
06:56Et pour ça, on a très peu de mots. Donc peut-être commencer une histoire plus intérieure, plus corporelle, plus
07:04sur les traces, de dire ce que ça me fait.
07:07Pour terminer, est-ce que ce documentaire vous a permis de vous alléger, de vous faire du bien ?
07:12Absolument. Absolument. Alors que je ne m'attendais pas à ça, je ne demandais pas à ce documentaire de m
07:19'alléger.
07:20Mais sans doute, c'est sûr. Et il m'a donné du vocabulaire personnel.
07:27Il m'a obligée à chercher mon propre vocabulaire pour parler de ce que je ressentais.
07:32Et il m'a donné du vocabulaire pour parler de ce que je ressentais.
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