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  • il y a 8 mois
Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Lundi 5 janvier 2026, l'actrice et réalisatrice Joséphine Japy. Son premier film, "Qui brille au combat", est sorti au cinéma, mercredi dernier.

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Transcription
00:00Bonjour Joséphine Jappie.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes cette actrice que nous avons parfois pu voir dans des pubs,
00:07c'était il y a très très longtemps, au cinéma.
00:09Ça c'est sûr, avec notamment ce rôle de Marie dans le film
00:11« Neuille sa mère » de Gabriel, Julien Laferrière, en 2009.
00:15Après, il y a eu ce rôle fort d'Antonia dans le film franco-espagnol
00:19de Dominique Molle et les moines,
00:21au côté de Vincent Cassel, adapté du roman éponyme de Matthew Lewis.
00:27Ce qui a marqué les esprits, c'est lorsque vous vous êtes vus confier le rôle de France Gall,
00:31fiancée à Claude François, dans le film « Clos-Clos »,
00:34le film autobiographique de Florent Emilio Ciri.
00:37Évidemment, votre rôle de cette lycéenne de 17 ans, Charlie,
00:40dans le film de Mélanie Laurent « Respire en 2014 »,
00:43qui vous a valu d'être nommée dans la catégorie du meilleur espoir féminin au César en 2015.
00:47Aujourd'hui, vous signez votre premier film derrière la caméra,
00:50en tant que réalisatrice, qui brille au combat avec Mélanie Laurent.
00:53Ce n'est pas une fiction, mais un film qui vous raconte,
00:56vous et votre famille, qui vous raconte aussi au sein d'un quotidien parfois très compliqué.
01:01C'est le quotidien des familles qui ont l'un des leurs touchées par le handicap.
01:06Vous nous racontez les difficultés d'émancipation,
01:08absorbées par la responsabilité et l'amour de l'autre,
01:11avec Mélanie Laurent qui, évidemment, incarne brillamment le rôle de votre mère.
01:16À l'écran, ce film, c'est une main tendue,
01:18non pas larmoyante, mais juste de la réalité de la vie impactée par ce quotidien
01:23vécu par des familles qui, somme toute, se sentent souvent abandonnées par le système lui-même.
01:30J'ai l'impression que c'est d'abord un cri du cœur, du coup, Joséphine, ce film.
01:33Un cri honnête, en tout cas, un cri intime.
01:41Il n'y avait pas cette notion douloureuse de devoir sortir quelque chose de moi comme un exutoire.
01:45Au contraire, moi, je commence à écrire ce film quand j'ai moins de colère,
01:48quand ça commence à aller mieux dans ma vie.
01:51Après, à la fin de l'errance du diagnostic de ma sœur, en fait, qui a duré 25 ans.
01:54Mais il y a évidemment une pulsion intime et sincère à l'origine du projet.
02:00Je voudrais que vous me racontiez cette enfance, du coup, Joséphine,
02:04parce qu'on la comprend, à l'image.
02:06Mais moi, je voudrais que vous me la racontiez avec vos mots à vous.
02:09Effectivement, il y a cette sœur qui évolue à vos côtés.
02:12Vous sentez que, d'ailleurs, tout le monde comprend qu'il y a un problème.
02:16Et le but du jeu, c'est de l'aider.
02:18Il y a cette incapacité parce que vous n'avez pas les armes, vous n'avez pas les mots,
02:23vous n'avez pas un diagnostic réel pour affronter tout ça et la soulager.
02:27Je voudrais que vous me racontiez comment ça s'est passé, enfant,
02:29et comment vous avez appris ce diagnostic, effectivement, qui a duré plus de deux décennies ?
02:35C'est très, très juste, en fait.
02:37En vous écoutant en parler, il y a un grand sentiment qui revient,
02:42qui était très profond, c'est le sentiment d'impuissance.
02:45C'était ce sentiment où j'entendais ma sœur la nuit,
02:50parce qu'il y avait des grosses crises de douleur, par exemple,
02:52et être réveillée par votre sœur qui va mal et ne rien pouvoir en faire,
02:57ne rien pouvoir faire pour la soulager, pour l'aider.
03:00Ce sentiment d'impuissance, il m'a accompagnée longtemps.
03:03Et c'est peut-être d'ailleurs pour ça qu'à côté, dans le reste de ma vie,
03:06j'ai tant essayé d'avancer, de maîtriser les choses,
03:10de maîtriser mon travail, de maîtriser ma vie de comédienne.
03:12Aujourd'hui, peut-être que, d'une certaine manière, réaliser ce film,
03:15c'est remaitriser mon histoire aussi un petit peu.
03:17Mais voilà, c'est une enfance ponctuée de ça,
03:21et en même temps, évidemment, d'une grande richesse liée à la différence.
03:27Moi, très tôt, j'apprends que les mots qu'on s'échange dans la vie
03:30ne valent pas grand-chose par rapport à tout ce qu'on se dit de non-verbal au quotidien.
03:35Ma sœur m'apprend ça, elle m'apprend le langage du silence.
03:39Et ça, c'est un grand cadeau,
03:41parce qu'après, je l'ai utilisé à plein d'autres endroits dans ma vie,
03:44à commencer par ma vie de comédienne.
03:46Moi, je ne suis jamais aussi heureuse que quand, sur un plateau,
03:49on ne me donne pas de dialogue et juste, on me laisse parler avec les yeux, la situation.
03:54Donc, elle m'a appris plein de choses.
03:56Vous avez d'ailleurs pris soin de filmer des moments de complicité,
04:00sous les draps, sous la couette, où effectivement, il y a des éclats de rire.
04:04Ce qui est très difficile, en tant que spectateur,
04:06c'est de se rendre compte à quel point c'est lourd sur les épaules de la sœur d'eux.
04:11C'est lourd sur les épaules des parents d'eux.
04:15Parce que, même si vous n'êtes pas atteint de ça,
04:18l'idée, c'est aussi de trouver votre propre place.
04:21C'est très difficile de trouver sa propre place sans ce sentiment de culpabilité,
04:25qu'on ressent, de se dire, pourquoi elle est touchée et pas moi ?
04:27Le sentiment de culpabilité, c'est au-delà de pourquoi elle et pas moi,
04:32c'est comment je fais pour être moi, sans l'abandonner elle ?
04:36Comment je fais pour aller vivre ma vie, pour aller vivre ma vie d'adolescente ?
04:40Pour aller à des anniversaires, pour faire des boums ?
04:42Exactement.
04:43Et ne pas la laisser sur le côté, ne pas l'abandonner,
04:48ne pas la laisser sur le carreau de la vie,
04:52parce que moi, en fait, je vais aller vivre la mienne à 120 à l'heure.
04:54C'est une question que se posent beaucoup de frères et de sœurs, je le sais.
05:00J'ai eu beaucoup de témoignages depuis le début de cette promotion.
05:02Je suis particulièrement émue à chaque fois que je la reçois.
05:05Il y a évidemment la question de la parentalité,
05:06mais peut-être qu'on l'avait un peu plus vue déjà au cinéma,
05:09autour du handicap ou de la maladie d'un enfant.
05:11J'avais l'impression que c'était un sujet qu'on avait déjà un peu plus évoqué, peut-être.
05:15Les frères et les sœurs, peut-être un petit peu moins.
05:18Et voilà, j'avais cette tentation, évidemment,
05:21parce que c'est l'histoire que je connais peut-être aussi la mieux.
05:25Il y a cette maman qui, à un moment donné, pose la question au médecin
05:28de savoir si sa fille va pouvoir avoir un enfant
05:32en n'ayant pas cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.
05:36Vous êtes enceinte aujourd'hui, comme vous l'avez annoncé.
05:40C'est un sujet douloureux, ça aussi ?
05:41Ça a été un sujet douloureux pour votre maman ?
05:43La crainte ?
05:44Oui, je pense que c'est un sujet fort de maman,
05:48de lever cette crainte chez moi et chez ma plus petite sœur,
05:53parce que dans la vraie vie, on est trois filles.
05:55Donc, en fait, je pense qu'il y avait ce questionnement pour nous aussi,
05:59de se dire, est-ce que mes filles sont destinées à avoir le même chemin que moi ?
06:04Est-ce qu'elles devront prendre ce risque-là ?
06:06Et évidemment, quand j'écris le film, je viens d'être débarrassée de ce poids-là,
06:10parce que littéralement quelques mois avant, ma mère m'a dit qu'en fait,
06:13je n'étais pas porteuse du gène.
06:15J'écris le film, je tourne ce film,
06:18et quand je le sors, je suis enceinte.
06:21Ça fait, je pense que n'importe quel psy, vous direz que tout ça est assez parlant quand même.
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