- il y a 8 heures
Après son restaurant Livingston à Marseille, Valentin Raffali, devient le chef du Bus Palladium, à Paris, qui rouvrira ses portes en mars 2026. Le chef marseillais raconte son parcours fait de résilience et d'angoisse face à la maladie qui l'a touché très jeune.
Retrouvez "Le Grand portrait" avec Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-17-fevrier-2026-7084131
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NewsTranscription
00:00France Inter
00:03La grande matinale
00:07Sonia de Villers
00:09Valentin Rafali écoute de la musique fort, très fort.
00:12Il s'est fait des tatouages, il dévale les skateparks sur une planche à roulettes
00:16depuis qu'il est tout minot.
00:18Il a frôlé la mort, il a connu les hôpitaux, il a beaucoup bougé, beaucoup flippé
00:22et finalement il s'est réfugié dans la cuisine d'un resto.
00:25Il s'y sent bien, il s'y sent protégé.
00:28A 24 ans, il ouvre son bistrot, le Living Stone, à Marseille.
00:32Une petite grotte avec des graffitis, une taverne qui sert des plats d'un tel niveau
00:37que c'est la déflagration à Marseille.
00:40Alors attention, M. Rafali a été depuis invité dans plein d'endroits très chics
00:45et maintenant qu'il a 30 ans, il s'installe à Paris, dans une boîte de nuit
00:49où moi j'allais danser quand lui il était petit.
00:53Portrait numéro 91.
00:56Bonjour M. Valentin Rafali, approchez-vous du micro, ne soyez pas timide.
01:03Voilà, vous allez prendre la tête du bus Palladium,
01:05boîte de nuit mythique, on va en reparler, où j'allais danser quand vous, vous étiez petit.
01:11Boîte de nuit mythique qui devient un hôtel 5 étoiles.
01:13On va le raconter parce que vous allez créer plusieurs cartes, y compris un petit déjeuner, du coup,
01:19puisque les gens avalent quelque chose le matin.
01:22Mais d'abord, quand on est chef à Marseille, la journée, elle commence par faire ses sardines.
01:26Et moi, je voudrais savoir en quoi ça consiste, faire ses sardines.
01:30L'exercice de faire nos sardines, déjà il y a quelque chose de culturel chez nous autour de la sardine
01:34ou des anchois.
01:37Il y a plusieurs raisons de pourquoi est-ce que je l'ai fait.
01:39C'est que moi, j'avais un besoin d'économie.
01:40D'abord, on est sur un produit qui est ultra accessible.
01:43Et toute l'idée, en fait, de cette cuisine chez Livingston, c'était de faire quelque chose de très humble,
01:49quelque chose de très beau et en grande quantité, en fait, parce qu'on faisait beaucoup de monde, tu vois.
01:54Donc ça fait beaucoup de sardines.
01:56Ouais, donc ça fait beaucoup de sardines.
01:57Alors, qu'est-ce qu'on fait quand on fait ses sardines ?
01:59Ce que je fais, en fait, c'est l'exercice de les lever le mieux possible, donc parfaitement si c
02:04'est le cas.
02:05Et après, c'est une opération...
02:06Donc on l'ouvre, on enlève l'arête ?
02:08Exactement.
02:09Alors, ça part de notre couteau d'abord, donc tu fais en sorte que ton couteau coupe-toi très bien
02:13et on va l'ouvrir en portefeuille.
02:14En fait, l'idée, c'est de pouvoir retirer l'arête, mais de garder tout le corps de la sardine.
02:18On détache juste la tête, on la met au sel, au sucre, un petit peu de vinaigre, on rince et
02:24après on les garde dans l'huile d'olive.
02:25Et dans l'idéal, c'est une huile d'olive des Baux-de-Provence ou un truc très bon, quoi.
02:28Oui, donc en fait, il y a un peu toute la Méditerranée qui se joue là tous les matins.
02:35C'est très humble, en fait, c'est toute la technique qu'on lui apporte, toute la délicatesse.
02:39Et vous qui avez déjà tant voyagé, Valentin Rafali, à Paris, elle va vous manquer, cette Méditerranée ?
02:48Pour être sincère, oui, parce que je suis arrivé il y a trois mois, maintenant à Paris.
02:52Et ce qui peut me manquer, en tout cas, de la Méditerranée, c'est juste la chance de pouvoir y
02:55aller,
02:56de pouvoir démarrer ma journée face à la mer ou de la terminer comme je le faisais quand j'étais
02:59chez Livingston.
03:00Maintenant, j'y suis né, donc j'ai mes amis, j'ai ma famille, donc je peux toujours y retourner,
03:04quoi.
03:04Et maintenant, tout l'exercice, c'est un nouveau chemin, que je sois à Paris, c'est un nouveau voyage
03:11pour moi.
03:11Et j'aime tellement la mer que maintenant, on est plus au niveau de la Bretagne, quoi.
03:15Donc je suis, non, mais du coup, je suis ultra curieux.
03:17Et à savoir que la plus belle lumière que j'ai vue en France, elle est en Bretagne, je trouve.
03:23Donc je suis ultra content de la découvrir.
03:25Et pour moi, c'est un très bel exercice parce que là, je suis dans une zone où j'écris
03:28mes menus pour le bus palladium, du coup.
03:31Et il y a des poissons que je n'ai pas forcément l'habitude d'utiliser.
03:34Donc pour moi, c'est un nouveau terrain, tu vois.
03:35Mais la Méditerranée, si tu la connais, elle te manquera forcément.
03:38Il n'y a pas de parole à ce qu'on va entendre.
03:42C'est un film américain de 1973, dont vous n'étiez pas nés, moi non plus.
03:53Et c'est un film qui raconte l'histoire de Jonathan Livingston, le goéland.
03:57Vous l'avez vu, ce film ?
03:58Oui, je l'ai vu, mais en fait, je l'ai...
03:59Moi, quand j'étais petite au cinéma.
04:01En fait, c'est un cadeau de mon papa, en fait.
04:03De mon grand-père.
04:04Le livre ?
04:04Oui, le livre.
04:05Et en fait, j'ai grandi un peu derrière l'éducation de ce livre.
04:07Je suis même tatoué sur le ventre.
04:09Mais avant...
04:10Vous avez un goéland sur le ventre ?
04:11Non, mais j'ai écrit Livingston sur mon ventre.
04:13Ah ouais.
04:14Ah, il y a un oiseau en tout.
04:15Il vient de me montrer son ventre.
04:17Je l'ai tatoué avant d'avoir le restaurant.
04:18Et en fait, tout le message, c'est un message de résilience.
04:20L'idée, c'est d'accepter son individualité, de l'assumer.
04:23Oui, mais il faut raconter qui est ce goéland, Jonathan Livingston.
04:26Moi aussi, c'était mon livre de chevet quand j'étais petite.
04:28Oh wow.
04:28Oui, vraiment.
04:29Alors, ce que moi j'ai compris de ma traduction de Livingston, de Jonathan,
04:33c'est que dans un groupe de goélands, il y en a un qui est différent
04:36et qui décide de voler parce qu'il aime ça, non pas parce qu'il veut uniquement se nourrir.
04:40Et en fait, il y a toute une introspection autour du fait de ne pas être compris,
04:44de déranger.
04:45On fait la même chose que tout le monde dans ce groupe-là,
04:48mais on le voit légèrement différemment.
04:50Donc Jonathan, c'est comme s'il avait été exclu par sa différence.
04:53Et lui, il décide d'assumer son individualité en partant.
04:56C'est l'histoire d'un goéland qui veut voler toujours plus haut,
04:59toujours plus vite, toujours plus fort,
05:01qui veut perfectionner sa technique.
05:03Exactement, mais ce qu'il y a de beau, c'est que sa technique,
05:04elle se perfectionne avec les rencontres qu'il fait sur le chemin.
05:08Et ma relation au voyage, finalement, elle est un peu pareille
05:10parce que j'ai des amis qui sont exceptionnels.
05:12Et dans mon métier, en tout cas en cuisine,
05:13mes inspirations viennent surtout d'eux.
05:15J'ai un ami qui est incroyable à Montréal, par exemple,
05:19Sydney à Londres.
05:20Et du coup, l'histoire de Jonathan, finalement, je vis à travers ça.
05:23Et dans le Livingston, donc, ce tout petit restaurant
05:26qui est le vôtre et qui est en travaux en ce moment,
05:29qui va rouvrir à la fin de la semaine.
05:31Voilà, avec un chef invité, un chef en résidence,
05:34pendant que vous, vous cuisinerez à Paris,
05:37où il y a eu, juste avant les travaux,
05:39un immense goéland.
05:42Il restera là, le goéland, il sera toujours là.
05:44Il sera toujours là, il ne bouge pas.
05:45Vous avez une toute petite cuisine dans ce restaurant.
05:48Moi, ça m'a frappé, cette toute petite cuisine.
05:50Parce que Guy Savoie est venu à ce micro,
05:53Valentin Raffali, l'immense Guy Savoie,
05:55trois étoiles Michelin, etc.
05:56Et lui, il a raconté qu'il a appris à cuisiner
05:58dans la buvette de sa maman,
06:00qui tenait une buvette dans un jardin public.
06:02Qu'est-ce que c'est qu'une toute petite cuisine ?
06:04Quand on fait de la cuisine de si haut niveau.
06:07Alors, de si haut niveau, je ne sais pas.
06:08Mais en tout cas, le niveau qu'on s'impose,
06:09c'est de faire au mieux avec ce qu'on a.
06:11Et je conseille à tous les jeunes cuisiniers
06:13de démarrer petit.
06:15Parce que toute l'intelligence d'une cuisine,
06:17c'est d'écrire ses menus
06:20uniquement basés sur ce qu'on a de disponible autour de nous.
06:22Donc, en fait, l'intelligence d'un menu
06:24qui est correctement écrit,
06:25c'est d'avoir conscience de ce qui nous entoure.
06:26Si l'espace est petit,
06:27alors on est sur une réflexion qui est compacte,
06:29sur une cuisine qui est tranchante,
06:31sur une cuisine qui n'accueille que trois, quatre éléments,
06:33uniquement parce qu'on n'a pas le stockage
06:35et parce qu'il faut que ça sorte vite.
06:36C'est une cuisine où on apprend à se déplacer,
06:38parce qu'on est quatre ou cinq dedans.
06:40Donc, le déplacement, le rapport au corps,
06:42il est ultra important.
06:43Et je conseille de démarrer sur un petit format,
06:45une petite cuisine,
06:45parce qu'on apprend tous les basiques
06:47qui font de nous
06:48un cuisinier qui est plus accompli plus tard.
06:50Ce n'est pas qu'une question
06:50de choisir des bons produits
06:51ou d'être créatif.
06:52Il y a des besoins techniques
06:53qu'on ne voit pas quand on ne fait pas de cuisine
06:55qui sont le rapport au déplacement
06:57et la compréhension de notre espace.
06:59Et vous voici arrivé à Paris,
07:01Valentin Rafali,
07:02dans une grande cuisine au bus Palladium.
07:06Paris, Marseille, en foot,
07:07ça s'appelle un classico.
07:09Et la semaine dernière...
07:11Ah oui, je sais.
07:12Je sais, je suis au courant.
07:14Allez, ça !
07:15C'est un jour très important pour nos supporters.
07:18Je pense qu'on a marqué encore l'histoire
07:21parce que jamais on n'avait gagné
07:235-0 à Marseille
07:26et dans un centre classique
07:28et nos supporters,
07:30ils méritent.
07:32Arrive le meilleur moment de la saison
07:35et ce résultat,
07:36c'est important,
07:38je me répète,
07:39en termes de confiance.
07:41Je suis très content à Paris.
07:42Ici, c'est Paris.
07:43Ici, c'est Paris.
07:44Et lui, c'est Luis Enrique.
07:45C'est le PSG
07:47qui a écrasé l'OM.
07:49La semaine dernière,
07:50vous étiez où ?
07:50Vous étiez au parc ?
07:51Non, jamais de l'église.
07:53Jamais de l'église.
07:54En plus, on me l'a proposé.
07:56Je reste quand même fidèle
07:59à mes racines.
08:00C'est ça.
08:00On a parlé d'un naufrage,
08:02on a parlé d'un désastre,
08:03on a parlé d'une humiliation
08:04de Marseille à Paris.
08:06Donc, quand on est Marseillais
08:08et qu'on s'installe à Paris,
08:09qu'est-ce qu'on fait ?
08:10On change de camp ?
08:10On s'achète un maillot du PSG ?
08:12Non !
08:13Ah oui, mais moi, j'ai mon camp.
08:14C'est-à-dire qu'en fait,
08:14moi, je ne change pas de camp.
08:19Je me présente en tant que Marseillais,
08:20mais j'ai tellement bougé
08:21que finalement,
08:21je ne suis associé
08:23à rien d'autre
08:24que ce que j'aime.
08:25En revanche,
08:25quand vous êtes arrivé à Paris,
08:26vous êtes entré dans le Louvre.
08:28Oui.
08:29Et le Louvre,
08:30ça a été un choc.
08:31Oui.
08:32Mais en fait,
08:32j'ai été accueilli même par le Louvre
08:33parce que je suis arrivé à Paris,
08:34je n'ai pas...
08:35Enfin, tu sais,
08:35c'est la vie normale,
08:36tu cherches un imparte.
08:37Le seul lieu que j'avais,
08:38c'était le Louvre.
08:39En fait, on a été mis en contact
08:41de façon ultra organique,
08:43mais le seul lieu
08:44où je pouvais circuler simplement,
08:46c'était là-bas.
08:48Et qu'est-ce qu'on ressent
08:49quand on est dans le Louvre
08:51la première fois ?
08:52C'est cool que tu me poses la question
08:53parce qu'il y a plusieurs ressentis,
08:55mais que d'être seul dedans,
08:56déjà, c'est une chance incroyable.
08:57Jamais je ne me serais imaginé
08:58ça de ma vie.
08:59Mais il y a un sentiment
09:00d'apesanteur.
09:02Il y a les sons
09:02qui font que tu sens
09:04tous tes pas
09:04sur le parquet
09:05qui peut grincer parfois.
09:07Et moi, pour être très sincère,
09:09j'avais un sentiment
09:10qui était presque désagréable.
09:13Pourquoi ?
09:14Parce que je trouvais ça dingue
09:16que de...
09:16Tu sais, en fait,
09:17j'avais idée
09:18de ce que je voulais aller voir,
09:18genre des tableaux
09:19d'Harry Schaeffer
09:19ou des choses comme ça.
09:20Mais il y a un chemin à parcourir
09:21et je trouvais ça dingue
09:22que de marcher à travers l'histoire
09:24et en fait,
09:25de ne même pas regarder
09:26certains tableaux
09:26qui ont potentiellement
09:28bouleversé le temps,
09:29tu vois.
09:29C'est incroyable.
09:31C'est un moment...
09:32Parce que là,
09:33vous entamez une collaboration
09:34avec le Louvre
09:35et donc vous cuisinez
09:37en fonction des tableaux.
09:38Exactement.
09:38Vous publiez des vidéos
09:39qui sont hyper vues,
09:41hyper partagées.
09:42Et vous vous retrouvez
09:43en face d'un tableau
09:46qui représente
09:46les enfers
09:47par John Martin
09:48et puis vous inventez
09:49des coquilles Saint-Jacques
09:50avec des champignons,
09:52avec une sauce magnifique d'ailleurs.
09:54Où est-ce que vous avez appris
09:55à faire des sauces magnifiques ?
09:57Les sauces,
09:58en tout cas,
09:58c'est par mimétisme surtout
10:00et j'ai appris
10:00avec un chef-mère
10:01ouvrier de France
10:02qui s'appelle Serge Chenet
10:03et finalement,
10:04après,
10:04je les ai appris
10:04sur toute ma carrière
10:05parce que j'ai appris
10:06des bases avec lui
10:06qui est maire ouvrier de France
10:07mais après,
10:08j'ai ouvert le restaurant
10:09très tôt Livingston
10:10donc il y a un rapport
10:10à être autodidacte aussi.
10:12à manger dehors
10:13et à se poser des questions
10:14sur les bonnes techniques
10:15et finalement,
10:16il y a un répertoire
10:17de sauces qui existe
10:18mais il n'y en a pas tant que ça.
10:19Il y a beaucoup de variations
10:20mais les techniques
10:21qu'on aime,
10:22finalement,
10:22il y en a une dizaine.
10:23Donc,
10:24moi,
10:25je cherchais un sentiment
10:25qui était un peu gratiné,
10:27quelque chose de feu
10:28un petit peu
10:28et je sais que les sabayons
10:29réagissent très bien à ça,
10:31poser sous une résistance
10:31de four à la maison.
10:33C'est pour ça que j'ai eu
10:33le sabayon de l'enfer.
10:35Oui,
10:35le sabayon de l'enfer,
10:35exactement.
10:36Le bus palladium,
10:37le bus palladium,
10:38il a ouvert dans les années 60.
10:40Ouais.
10:40Rue Fontaine
10:41à Pigalle.
10:43Toute nuit,
10:44on entend un fac-arme
10:45formidable.
10:46Je crois que ça vient
10:47du palladium, là.
10:49Je n'ai jamais été au palladium.
10:50Je ne sais pas
10:51comment qu'on y danse.
10:54Ceux qui sont ici
10:55se jouent un peu la comédie.
10:56Non,
10:57ils ne jouent pas la comédie.
10:58Ils ont un idéal.
10:59Ils ont des problèmes.
11:01Ce sont pour la plupart
11:02des garçons
11:03issus de familles pauvres
11:04et leur paye,
11:05il fallait la donner
11:05à leurs parents.
11:06Alors,
11:07ils en ont eu marre un jour.
11:08Ils ont voulu
11:09voir la rue,
11:10voir la liberté.
11:12C'est une discothèque mythique,
11:14le bus palladium,
11:15où il y a eu des concerts
11:16de Johnny Hallyday,
11:18des Beatles,
11:19la reformation de téléphone,
11:20il y a eu Gloria Guénor,
11:22il y a eu tout le monde,
11:22ça devient un hôtel.
11:23Très chic.
11:24Vous allez donc concevoir
11:25la carte du bar,
11:26celle du restaurant,
11:27du petit déjeuner.
11:28C'est un lieu
11:29empli de musique.
11:30Donc,
11:31comme vous.
11:32Comme vous.
11:32Merci.
11:33Oui, c'est vrai.
11:34Oui, oui.
11:34Vous êtes empli de sons.
11:36Je le suis, oui.
11:38Je t'avoue que le projet,
11:39il est grand quand même.
11:39C'est la première fois
11:40que je suis chef d'un hôtel.
11:41Donc, en fait,
11:42j'ai le besoin de cadre.
11:43Donc, la partie musicale,
11:44je l'admire.
11:45Et en fait,
11:45j'admire l'histoire
11:46qu'il y a eu derrière,
11:47bien que je ne l'ai pas connue.
11:48Mais là,
11:49je suis tellement dans le concret.
11:50Même hier soir,
11:50j'étais encore là
11:51avec une partie de mon équipe
11:52qui arrangait tout le matériel
11:53et tout,
11:54que j'essaye de rester
11:56là où,
11:58j'essaye de rester à ma place
12:00qui est en cuisine,
12:01tu vois.
12:01Et je fais très attention,
12:02justement,
12:03à ne pas en sortir.
12:04Déjà,
12:04parce que je suis une nature
12:05ultra concentrée,
12:06donc je suis en cuisine.
12:08Mais...
12:08Il y a quand même
12:09quelque chose chez vous
12:10qui vise à maîtriser l'angoisse,
12:13à ne pas se laisser déborder
12:14par l'angoisse.
12:15Oui,
12:16même aujourd'hui.
12:17Pourquoi ?
12:17Même aujourd'hui.
12:19Ça,
12:20c'est arrivé après Top Chef.
12:21Justement,
12:22le sentiment d'angoisse,
12:22je ne l'ai jamais connu avant ça.
12:24Mais ça,
12:24je pense que c'est la médiatisation
12:25et c'est...
12:26Je pense que le sentiment d'angoisse,
12:27il est...
12:28Le fait d'aller très vite,
12:30de se retrouver médiatisé très vite.
12:32Complètement.
12:32Et c'est dans une vie,
12:34en fait,
12:34où j'ai toujours été très spontané.
12:35Je le suis toujours.
12:36Mais je ne me suis jamais posé
12:37la question de...
12:38Je n'ai jamais anticipé
12:39ce que j'allais dire.
12:40Et je ne sais pas parler
12:42autrement
12:43qu'avec mon cœur,
12:44tu vois.
12:45Et du coup,
12:45parfois c'est bien,
12:46parfois ce n'est pas bien.
12:47Et du coup,
12:51il est très contrôlé maintenant.
12:52Et du coup,
12:52il y a un gros travail d'introspection
12:54et qui me sert en cuisine.
12:55Et du coup,
12:56il faut rester...
12:56Tu sais,
12:57il faut canaliser son énergie
12:58au beau endroit.
12:59Alors,
13:00c'est quand même l'histoire
13:01d'un garçon
13:02qui a vécu
13:03quelque chose d'absolument fou.
13:05Parce que vous avez
13:06été frappé par un cancer
13:08quand vous étiez tout petit.
13:09Vraiment tout petit.
13:10Le rétinoblastome.
13:11C'est-à-dire un cancer de l'œil.
13:12Oui, exactement.
13:13Ce n'est pas vraiment
13:13un cancer de l'œil.
13:14En fait,
13:14c'est un cancer
13:15qui va toucher nos sens.
13:17Et donc moi,
13:17la métastase a été située
13:18au niveau de ma rétine.
13:19Et c'est un cancer
13:20qui est encore plus dur que ça.
13:21Parce que s'il est mal contrôlé,
13:23alors il touche notre ouïe.
13:24Il touche notre odorat.
13:26Et on peut en mourir, quoi.
13:28Vous,
13:28vous avez perdu un œil.
13:29Oui, exactement.
13:30L'œil droit.
13:32Et le...
13:32Et donc voilà.
13:33En fait,
13:33je pense que déjà,
13:34j'ai toujours été
13:34quelqu'un d'angoissé.
13:35Parce que quand on tombe malade,
13:36et c'est ce que j'explique
13:37dans le TEDx
13:37que j'ai fait l'année dernière
13:39à Marseille,
13:39c'est qu'en fait,
13:40on rentre forcément
13:40dans l'anticipation des choses
13:42parce qu'on vit au conditionnel.
13:44Et très souvent,
13:44on va nous dire
13:46bon ben,
13:46on espère que la rentrée
13:47sera capable de faire ça,
13:48de faire de la moto,
13:49de faire du skate.
13:50Et puis on attend des analyses,
13:51et puis on attend des scanners,
13:52et puis on attend des IRM,
13:53et puis on attend des résultats médicaux.
13:55Voilà.
13:55On est sous le temps suspendu.
13:57Oui, exactement.
13:57Il y a toujours quelque chose
13:58où on se dit
13:59bon, on espère que ça va le faire.
14:00Tu vois.
14:01Et donc on est obligé
14:02de vivre en fonction
14:02et de faire preuve de courage.
14:05Parce que
14:06le courage qu'on a
14:06quand on est malade,
14:07c'est de se dire
14:08tu sais quoi,
14:10et du coup j'ai grandi autour de ça.
14:12Et si je me retrouve aujourd'hui
14:13chef du Palladium
14:14ou si je lui dis Livingston,
14:16c'est pas une question de talent,
14:17c'est une question de travail
14:17et de culte,
14:18de ce courage-là,
14:19de se dire tu sais quoi,
14:20je sais pas comment ça va terminer,
14:23mais j'y vais quand même.
14:24Qu'importe l'issue.
14:25Qu'importe l'issue.
14:26Voilà.
14:26Qu'importe l'issue.
14:27Exactement.
14:28Vous avez raconté aussi
14:30sur la scène de ce TEDx,
14:32de cette conférence
14:32que vous avez donnée
14:33l'année dernière à Marseille,
14:34vous avez raconté
14:35que votre père est mort d'un cancer
14:37quand vous étiez petit,
14:38quand vous aviez 8 ans.
14:40Alors que vous,
14:41vous aviez été malade d'un cancer.
14:42Ouais.
14:43Complètement.
14:44Mais ça, ça a été double coup quoi.
14:45Et lui il en est décédé.
14:46Lui il en est mort.
14:47Parce que quand on est enfant
14:48et quand on est malade,
14:49on est ultra protégé
14:50par les médecins,
14:52par nos parents.
14:53Et en fait,
14:54moi j'ai grandi avec le petit prince
14:55avec une image un peu,
14:57un imaginaire invincible.
14:59Un peu.
15:00Et on essaie de protéger l'enfant
15:02pour créer en lui une croyance,
15:03tu vois, un truc fort.
15:04Et c'est celui qui t'a protégé ?
15:06Et ouais,
15:06il a fait partie des gens
15:07qui m'ont protégé.
15:08Mais le problème,
15:08c'est que quand je suis sorti de l'hôpital
15:09et que j'ai commencé à grandir,
15:10du coup je l'ai vu décéder.
15:12Enfin, je l'ai vu mourir.
15:12Je l'ai vu partir
15:13et en fait j'ai réalisé
15:14que l'invincibilité finalement
15:15elle n'existait pas.
15:17Et donc en fait,
15:17j'ai perdu beaucoup d'insouciance
15:18à ce moment-là.
15:19Et c'est là où l'introspection
15:21a commencé dans ma vie.
15:22Où je me suis dit
15:22ok, en fait les adultes
15:23ils sont surtout gentils avec moi.
15:25Ils me rassurent.
15:25Mais j'ai compris
15:26cette mécanique, tu vois.
15:30Mais je ne change rien
15:31paradoxalement.
15:32Parce que je ne sais pas
15:33à qui j'aurais été...
15:36Je n'ai jamais manqué
15:36d'un oeil de ma vie,
15:37tu vois.
15:38De mon père, oui.
15:41Oui, parce que tu as un oeil de verre.
15:43Oui, exactement.
15:43Je pense qu'une prothèse.
15:46Et justement,
15:47la surmédicétisation,
15:48ça m'a aidé aussi
15:49à accepter le sujet aussi.
15:52Parce qu'en fait,
15:52si tu veux,
15:53et ça c'est ce que j'ai dit
15:54à un moment à quelqu'un d'autre,
15:55c'est qu'il y a deux cancers.
15:56Il y a celui qu'on vit,
15:57mais il y a le cancer
15:59où on dit
15:59l'enfer c'est les autres.
16:00En fait,
16:00c'est d'être scolarisé,
16:02d'arriver à l'école
16:02et d'être regardé différemment.
16:04Et finalement,
16:05la singularité
16:05que j'ai en cuisine aujourd'hui,
16:07j'ai du mal à l'expliquer
16:08parce qu'elle n'est pas née en cuisine
16:09mais elle est née
16:09dans la cour de l'école en fait.
16:11En fait,
16:11la singularité,
16:12je l'avais parce que
16:12soit c'était des moqueries,
16:14soit c'était juste un regard,
16:15tu sais,
16:16où on se dit
16:16où il y a quelque chose de bizarre.
16:20Donc cette singularité,
16:21je l'ai cultivée
16:21à travers le malheur
16:22que j'ai eu de ce complexe-là,
16:23tu vois.
16:24Et ça a fait de moi
16:24quelqu'un de singulier aujourd'hui.
16:25Donc pas étonnant
16:26que je sois quelqu'un de créatif,
16:27tu vois.
16:28Blink,
16:29182,
16:30c'est ça ?
16:30Ouais,
16:30exactement.
16:31Ah ouais,
16:31c'est bien avec ça.
16:34Pourquoi on se sent si bien
16:36dans un skatepark ?
16:38Ah ouais,
16:39c'est une trop belle question.
16:40C'est le...
16:41C'est la dernière.
16:42Mais j'adore cette question.
16:43Pourquoi est-ce qu'on se sent si bien ?
16:44Parce que
16:46un skatepark,
16:47c'est une bande d'amis,
16:47c'est une culture,
16:49il y a un vœu de liberté,
16:51il y a un vœu
16:52de se retrouver tous ensemble
16:52et on partage beaucoup de choses.
16:54C'est les premiers...
16:56Ce qui va être interdit,
16:57on va potentiellement le faire là-bas,
16:59c'est nos temps livrés à nous,
17:00on se dépense,
17:01il y a de la musique.
17:01C'est la première fois qu'on fume
17:02quand on est adolescent,
17:03en tout cas,
17:03moi,
17:03c'est ce qui s'est passé.
17:05C'est la première...
17:06C'est un peu,
17:07tu sais,
17:07le sentiment des colbutionnaires,
17:08tu vois.
17:09Et là,
17:10récemment,
17:10j'ai pu reconnecter avec Element,
17:12du coup,
17:12l'année dernière,
17:12c'est une marque de skate
17:13qui m'ont accueilli
17:14lors d'un trip en Suède.
17:15Le skate,
17:16ça a changé ma vie
17:17parce qu'au même titre
17:18que la cuisine,
17:18il y a un besoin d'individualité,
17:20un besoin de style.
17:21Donc,
17:21il y a beaucoup de créativité
17:22autour de ça.
17:23Il y a surtout le culte du courage
17:24parce qu'un très bon skateur,
17:25c'est quelqu'un
17:25qui a essayé
17:26dix mille fois quelque chose.
17:28Qu'importe l'issue.
17:29Qu'importe l'issue.
17:30Qu'importe l'issue.
17:30Qu'on se blesse ou pas,
17:31tu vois.
17:31L'histoire de Valentin Ravalli
17:33qui se retrouve à cuisiner
17:35pendant les Oscars
17:36à Los Angeles.
17:36Là,
17:37vous avez vu des grands skateurs ?
17:38Écoute,
17:38là,
17:39je n'ai pas vu,
17:39non,
17:39mais les stars du cinéma
17:41et tout,
17:41tu vois.
17:42Là,
17:42je n'en ai pas vu,
17:43mais les plus grandes stars,
17:45parfois,
17:46on ne les connaît pas.
17:47Tu vois,
17:47elles ne sont pas...
17:48Mais ouais,
17:49Oscar,
17:49là,
17:50c'était pour Oppenheimer.
17:51Voilà.
17:52Cuisiné
17:54pendant le festival de Cannes.
17:56Avec Damso,
17:57par exemple.
17:57Avec Damso.
17:58Ça,
17:58c'était l'année dernière
17:59et justement,
18:00c'est le...
18:03Je suis riche de ça
18:04que d'avoir accès
18:05à des créatifs
18:06comme ça,
18:06c'est incroyable.
18:07Et s'il y a une question
18:08qu'on ne pose pas
18:09à Valentin Ravalli,
18:10c'est qu'est-ce qu'on va manger
18:11au mois de mars
18:12quand le bus Palladium
18:13va ouvrir
18:13parce qu'il ne le sait pas ?
18:15Ouais,
18:15mais juste,
18:16je sais qu'on est sur la fin
18:17mais ça,
18:17c'est important
18:17parce que je représente
18:18ma génération
18:19quand je dis ça.
18:19C'est qu'on est sur
18:21une génération
18:21qui est tellement fragile,
18:22on travaille sur des saisons
18:24qui sont très très courtes
18:25et en fait,
18:26ce serait problématique
18:27de te répondre aujourd'hui.
18:28J'ai beaucoup de gens
18:28qui vont me dire
18:29« Ah,
18:29qu'est-ce que tu vas faire ? »
18:30Eh bien,
18:30j'en sais rien
18:30parce que je ne sais pas
18:31ce qui est encore disponible
18:32et ma génération,
18:33on se doit d'écrire
18:34nos menus
18:35uniquement basés
18:36sur ce qu'il y a de disponible.
18:37Donc ça,
18:37c'est du travail,
18:38c'est du temps au téléphone,
18:39c'est des échanges
18:40sur WhatsApp
18:40avec nos fournisseurs
18:41et la composition
18:42d'une assiette,
18:43elle se veut
18:45tributaire en fait
18:46de ce qui se passe
18:46autour de nous.
18:48Voilà.
18:49Valentin,
18:49Raffailly,
18:50il a 30 ans.
18:51Je vais lever les bras comme ça.
18:51Voilà,
18:52voilà,
18:53le goéland vient
18:54de déployer ses ailes.
18:56Il s'installe
18:56au bus Palladium
18:57à Paris
18:58dans trois semaines.
19:00Ouais,
19:00ben là,
19:01j'y suis,
19:01donc je ne peux pas
19:02me voir,
19:02je nettoie.
19:03le Livingstone
19:04on réhove ce week-end.
19:05Merci Valentin.
19:06Merci Sonia,
19:07trop bien.
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