00:00Aujourd'hui, on va parler d'un film qui avait tout pour être le nouveau parasite, le nouveau phénomène du
00:04cinéma coréen,
00:05avec la star de Squid Games en tête d'affiche, avec le réalisateur de Oldboy derrière la caméra et avec
00:09un concept complètement dingue.
00:11On suit Hugh Mansu, cadre dans une usine de papier, marié, deux enfants, une maison qu'il a réussi à
00:16racheter,
00:17à la sueur de son front, un homme heureux, un homme qui a tout et qui donne tout.
00:21Jusqu'au jour où les nouveaux propriétaires américains débarquent dans son usine.
00:25Restructuration, licenciement massif, Mansu est viré.
00:2825 ans de carrière, balayé, une fierté professionnelle à la porte.
00:32Mais il garde le moral, il postule, il envoie des CV, il passe des entretiens, il était quand même pulpman
00:35de l'année.
00:35Sa femme retourne travailler et il serre les dents ensemble.
00:38Mais les mois passent, aucune réponse est pire.
00:41Les refus polis qui font froid dans le dos, vous êtes surqualifiés ?
00:44On cherche quelqu'un de plus jeune, désolé, on n'a aucun autre choix.
00:47Alors Mansu comprend, il ne retrouvera jamais de travail.
00:51Trop vieux, trop cher, trop qualifié, trop de monde sur son poste.
00:55Et donc un soir, une idée germe, une idée folle, une idée évidente.
00:58Une idée qu'il ne devrait pas envisager.
01:00Il repère une des dernières usines du pays dans lequel il y a un poste pour lui.
01:04Théoriquement, mais ce poste est déjà occupé.
01:06Mais si cet homme disparaissait, l'entreprise devrait recruter.
01:08Mais il ne serait pas le seul à postuler.
01:10Il y a d'autres cadres licenciés qui voudront ce poste, d'autres qui sont peut-être meilleurs que lui.
01:14Alors Mansu élabore un plan.
01:16Méthodique, implacable, évident également.
01:18Il publie une fausse annonce.
01:19Un poste fictif qui correspond exactement à son profil.
01:22Et il y met tout son amour pour le papier.
01:24Les CV arrivent et il les trie, il les analyse, il les compare au sien.
01:26Et il identifie deux candidats.
01:28Deux hommes qui pourraient lui passer devant.
01:30Ils sont mieux formés, ils sont plus compétitifs, plus jeunes.
01:32Ces deux-là, il doit les éliminer d'abord, avant même de s'attaquer à l'homme en poste.
01:36Pour avoir toutes les chances.
01:37Et alors il les traque et les surveille et il les étudie.
01:40Et il commence à mettre son plan en application.
01:42Maladroitement d'abord.
01:43Puis de plus en plus méthodiquement.
01:46Parce qu'il n'a pas le choix.
01:47Parce qu'il doit garder la maison.
01:49Parce qu'il doit rester un homme.
01:50Parce que perdre son emploi en Corée, c'est comme se faire décapiter.
01:53Et Park Chan-hook filme tout ça comme une comédie.
01:56Noire, grinçante, absurde, cruelle.
01:58Lee Byung-hoon est hallucinant.
02:00A la fois pathétique et terrifiant quand il s'y met.
02:02La mise en scène est complètement flamboyante.
02:04Les plans impossibles, les transitions dingues.
02:07La superposition d'images, visuellement, c'est éblouissant.
02:10Mais, et c'est là que ça coince,
02:11Park Chan-hook ne peut pas s'empêcher d'en faire trop.
02:13Peut-être parce qu'il ne veut pas faire une redite de son inspiration coup près de Costa Gavras.
02:17Mais du coup, à travers cette adaptation, il veut tout dire.
02:19La satire du capitalisme, la critique de la masculinité toxique,
02:22le commentaire sur les classes sociales,
02:24le portrait de couple, la comédie, le thriller, le drame.
02:26Tout en même temps, et à force d'empiler les couches,
02:29le film s'essouffle sous son propre poids.
02:31Après une première partie tonitruante
02:33qui atteint son climax dans une scène
02:35mémorable qu'on va vous laisser découvrir,
02:37la seconde partie, malheureusement,
02:38on trouve père en rythme.
02:40Les scènes s'étirent, on admire la virtuosité,
02:43toujours, on respecte l'ambition profondément.
02:45Mais on ne ressent plus rien.
02:47Le film devient froid, trop intelligent,
02:49pour son propre bien.
02:50Et c'est frustrant.
02:52Parce qu'il y a un grand film là-dedans.
02:53Parler du film après le film est hautement gratifiant.
02:56Ibiungun est exceptionnel,
02:57certaines scènes sont géniales,
02:58la photo est sublime,
02:59mais Park Chan-wook a voulu faire trop de choses.
03:02Aucun autre choix reste un bon film.
03:04Mais ce n'est pas Old Boy,
03:05ce n'est pas Parasite,
03:07c'est un Park Chan-wook qui se regarde filmer.
03:09Et qui oublie, par moment,
03:10de nous embarquer avec lui.
03:12Allez le voir quand même.
03:13Parce que même Park Chan-wook imparfait
03:15vole des tours, évidemment.
03:16Mais tempérez peut-être un peu vos attentes.
03:18Et pour ceux que ça intéresserait
03:19d'avoir notre critique détaillée,
03:20vous pouvez nous écouter dans ce podcast qu'on lance.
03:22C'est nos premières tentatives,
03:23donc soyez indulgents,
03:24mais surtout dites-nous ce qui vous a plu.
03:26Et si vous avez des idées pour le podcast,
03:28il est disponible sur Spotify et Apple Podcast.
03:30Le lien est en description.
03:31C'est une description.
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