00:00Et si je vous disais que les Affranchis, la Cité de Dieu, Snatch et même Snowfall doivent tout
00:05aux trois premières minutes d'un film d'amour français des années 60 ?
00:08Un film poétique, intime, tragique et pourtant un film qui a inventé la grammaire visuelle des films de gangsters modernes.
00:16On ne s'y attendait pas à celle-là, ça paraît un peu improbable.
00:18Alors installez-vous confortablement parce qu'aujourd'hui on va parler de Jules et Jim de François Truffaut.
00:24On est en 1962, la nouvelle vague a déjà secoué le cinéma français et le monde avec.
00:29François Truffaut lui a triomphé avec les 400 compris de la mise en scène à Cannes.
00:33Puis il a pris tout le monde à revers avec son deuxième film Tirer sur le pianiste
00:36où un jeune Aznavour incarne un pianiste brisé.
00:39Un échec commercial comparé au succès éclatant de son premier film.
00:43Alors pour son troisième long métrage, Truffaut est attendu au tournant.
00:46Et il choisit d'adapter un roman méconnu, Jules et Jim d'Henri Pierre Rocher.
00:50Un texte autobiographique écrit à plus de 60 ans où l'auteur raconte ses amitiés, ses passions
00:55et l'amour incandescent qui a lié deux hommes, Jules et Jim, à la même femme, Catherine.
01:02Une histoire somme toute banale mais que Truffaut va sublimer.
01:05Le film devient une explosion d'idées de mise en scène.
01:08On y retrouve beaucoup des inventions que Godard avait conceptualisé dans A bout de souffle.
01:11La voix off, le montage nerveux, l'arrêt sur image, la vitesse du récit.
01:15Mais là où Godard cultivait le chaos, l'ironie et la désinvolture, Truffaut transcende ce style avec une maîtrise envoûtante.
01:21Chez lui tout devient fluide, musical, poétique et le résultat, c'est du jamais vu.
01:27Même Scorsese s'en souviendra.
01:29Il dira, pour les affranchis, je voulais que le style du film tienne deux heures et demie sur le rythme des trois premières minutes de Jules et Jim.
01:36Parce que oui, ces trois premières minutes de Jules et Jim, c'est un cas d'école.
01:40Une voix off torrentielle qui condense des années de vie en quelques secondes, des images qui s'entrechoquent comme des éclats de mémoire.
01:46Une musique qui porte tout vers l'ivresse.
01:48En trois minutes, Truffaut invente une manière nouvelle de raconter.
01:53Accélérer le temps, transformer une vie en énergie pure.
01:57Et c'est exactement cette énergie que Scorsese reprend pour les affranchis.
02:00Henry Hill qui nous guide dans son monde, les coupes rapides, la voix off qui devient une drogue.
02:05La vie condensée en séquence fulgurante.
02:07À partir de là, un tout nouveau langage naît.
02:10Un langage qui va bouleverser le film de gangsters, le faire passer du classicisme majestueux du parrain à une forme nerveuse, électrique, collée à la subjectivité des personnages.
02:19Et c'est ce langage qu'on retrouvera dans La Cité de Dieu qui condense l'histoire d'une favela brésilienne comme un feu d'artifice narratif.
02:25Dans Snatch, où Guy Ritchie multiplie les accélérations, les arrêts sur image et les voix off, et les séries ne sont pas en reste.
02:31Snowfall, Narcos partagent avec Jules et Jim ce même mélange de narration biographique, de montage effréné et de voix off qui donne l'impression de vivre l'histoire en direct.
02:40Tout ça, tout ce langage visuel, il vient de là.
02:44D'un film d'amour français.
02:46D'un poème intime, tragique, qui par accident a donné naissance à la grammaire moderne du film de gangsters.
02:53Et qui est entré dans la légende.
02:55Merci.
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