Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures
La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, sera nommée ce 11 février à la tête de la Cour des comptes. Faut-il crier au scandale ?

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour Patrick Cohen, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin sera nommée aujourd'hui à la tête de la Cour des Comptes, faut-il crier au scandale ?
00:08Côté pile, une femme à l'un des plus beaux postes de la République, une première depuis 1807, compétente, nul ne le conteste, jeune, 40 ans et inamovible.
00:19Elle est donc là pour longtemps, ce qui est un gage d'indépendance.
00:22Côté face, un pur produit du macronisme qui va statuer sur le budget qu'elle vient de conduire et donner des leçons de rigueur au gouvernement qu'elle vient de quitter.
00:30Propulsée dans un fauteuil en or jusqu'à ses 68 ans, c'est l'âge limite, donc en théorie pour les 28 années à venir, davantage que le mandat de Poutine.
00:39C'est pour cela qu'à ce poste, il est d'usage de nommer un vieux routier plutôt qu'une jeune pilote et qu'Emmanuel Macron se voit naturellement reprocher une nomination politique.
00:47Alors quoi, ce serait le fait du prince ?
00:49Mais le fait du prince, De Gaulle l'avait fait inscrire dans la Constitution, c'est l'article 13 qui donne au président le pouvoir de désigner préfet, ambassadeur, procureur, recteur, directeur de musée, chef de la police et de l'armée,
01:00officier généraux, président d'établissement public, quelques 5000 postes, 5000 !
01:05Mais personne n'en connaît le nombre exact, nous dit le journaliste Michael Moreau dans un livre qui vient de sortir, Sa Majesté nomme, enquête sur un pouvoir présidentiel exorbitant,
01:15chez Robert Laffont, qui nous raconte des dizaines d'histoires de nominations et nous rappelle qu'en 1993, François Mitterrand avait fait scandale en installant l'un de ses proches à la tête de la Cour des Comptes,
01:25déjà Pierre Jox, parce qu'il l'avait fait à quelques jours des législatives qui devaient ramener la droite au pouvoir.
01:30« Noyautage de l'État », hurlait alors l'opposition.
01:33Et c'est la même accusation de vouloir tout verrouiller avant 2027 qui est porté aujourd'hui contre Emmanuel Macron.
01:38Et ce n'est pas fini, en mai c'est la tête du Conseil d'État qui sera vacante, le premier des contre-pouvoirs,
01:42et en juin, le poste de gouverneur de la Banque de France après la démission de François Villeroy de Gallaud.
01:47En réalité, un flashback de 20 à 30 ans nous montre que les soupçons s'estompent assez vite
01:51et qu'aucun grand commis de l'État n'a été accusé de vrai en sous-main en faveur de celui qui l'a nommé.
01:56Et beaucoup, à la tête d'institutions indépendantes, ont fait l'heure la phrase de Robert Valinter lors de son investiture le 4 mars 1986.
02:04« Monsieur François Mitterrand, mon ami, merci de me nommer président du Conseil constitutionnel,
02:09mais sachez que dès cet instant, envers vous, j'ai un devoir d'ingratitude. »
02:14Alors là, il faut, si les personnalités sont respectables et compétentes, il faut faire confiance au devoir d'ingratitude.
02:20Allez, un bonus Patrick.
02:21Oui, c'est l'une des drôleries du livre de Mickaël Moreau sur la fébrilité des impétrants.
02:26C'était il y a un an, alors que le nom de l'ancien patron du Conseil d'État, Bruno Lasser,
02:29circule pour la présidence du Conseil constitutionnel.
02:32Un numéro inconnu s'affiche sur son téléphone.
02:35Un numéro qui rappelle et qui insiste.
02:37Et si c'était l'Élysée, le président lui-même, Bruno Lasser, rappelle en vitesse le cœur battant.
02:43« Bonjour, c'est le BHV pour votre livraison de tapis brosse. »
02:47C'est Richard Ferrand qui a eu le poste.
02:49Merci Patrick Cohen.

Recommandations