00:00Maïa, on passe d'un roi à un président.
00:02Oui, avec un pouvoir méconnu du grand public que les présidents de la République utilisent avec délectation.
00:08Héritage direct de la monarchie, d'où le titre de votre livre, Michael Moreau,
00:11« Sa majesté nomme chez Robert Laffont ». Bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Et merci d'être avec nous ce matin.
00:16Les présidents ont en effet la possibilité de nommer des personnalités à des postes stratégiques.
00:22Déjà, juste pour qu'on comprenne bien, on parle de quel type de poste
00:25et combien de nominations sur un mandat, par exemple.
00:28C'est un pouvoir qui est assez méconnu, mais c'est le pouvoir auquel ils tiennent le plus,
00:34parce que c'est le pouvoir de nommer des gens.
00:38Chaque année, le président de la République nomme des milliers de personnes.
00:42Le chiffre est très conséquent.
00:44En gros, c'est ceux qui dirigent l'État, mais qui ne sont pas élus,
00:47mais qui doivent appliquer la feuille de route du président.
00:49On parle des hauts fonctionnaires.
00:51Le champ est très vaste. Dans la culture, il y a beaucoup de nominations.
00:54Énormément, oui. Ils sont à la tête de Versailles, du Louvre.
00:56Exactement. Il y a beaucoup de directeurs de musées ou de théâtres
00:59qui sont nommés par le président de la République.
01:00Il y a aussi, à la tête de la police, à la tête des renseignements,
01:03les recteurs, les procureurs, les ambassadeurs.
01:06C'est énormément de postes qui sont donc nommés par le président de la République,
01:10sur lesquels, très souvent, il n'y a pas vraiment de critères imposés.
01:14Donc, ça a pu provoquer tout au long de la cinquième quelques abus, parfois.
01:18Par exemple, on peut citer quelques exemples.
01:21Par exemple, au Quai d'Orsay, on se rappelle encore que, sous François Mitterrand,
01:26François Mitterrand avait nommé ambassadeur l'un de ses amis médecins,
01:29qui était l'un de ses médecins.
01:31C'est Hubert Védrine qui m'avait raconté, qui était très proche de François Mitterrand,
01:34l'un de ses chargés de ses affaires diplomatiques,
01:37qui m'avait raconté la blague qui circulait au Quai d'Orsay sur
01:39« Si on doit nommer des nuls, on a tout ce qu'il faut ici ».
01:42C'est une blague qui circulait.
01:44Mais donc, du coup, c'est un pouvoir auquel, au sein même de l'État,
01:50on qualifie de monarchique, qui peut provoquer des phénomènes de cour,
01:53parce que c'est un pouvoir aussi sur les gens,
01:55des gens qui veulent être nommés à ses postes.
01:59Et pour quelles raisons ?
02:00C'est-à-dire, est-ce que les présidents vont aller chercher la personne compétente
02:04ou vont aller nommer des proches ?
02:07Et en particulier, peut-être Emmanuel Macron,
02:08qui, vous le dites, apprécie particulièrement cette fonction-là ?
02:11Alors, on peut parfois...
02:14Le fait de choisir, de pouvoir choisir souvent qui on veut,
02:18amène souvent des choix sur des critères de proximité, parfois.
02:22Mais après, choisir de nommer, ça ne veut pas forcément dire
02:24choisir des gens qui ne sont pas compétents.
02:27Mais ça a pu arriver de choisir des gens sur des critères de proximité
02:30plutôt que sur des critères de compétence.
02:32Il y a même, par exemple, des patrons du renseignement
02:34qui ont été nommés sous Jacques Chirac au début des années 2000,
02:36qui m'ont raconté eux-mêmes qu'ils ne connaissaient pas,
02:40qu'ils n'étaient pas très au fait de ces dossiers
02:41et qu'ils ont alerté Jacques Chirac en disant
02:44« Le renseignement, je n'y connais rien ».
02:46Et Jacques Chirac leur a répondu
02:49« Mais c'est pour ça que je vous nomme ».
02:51Il préférait, il se méfiait des services d'espionnage
02:53à tel point qu'il préférait nommer, en fait, finalement, des proches
02:55que le critère le plus important pour lui,
02:58c'était de nommer des proches.
02:59On découvre dans votre livre que le président Macron procrastine beaucoup.
03:03Il prend beaucoup son temps.
03:04Ça, c'est une de ses particularités ?
03:06Alors, voilà.
03:06Le président actuel, Emmanuel Macron, a plusieurs particularités,
03:10notamment qu'il prend son temps pour nommer
03:12parce qu'il s'y implique aussi énormément.
03:14C'est le président de la 5e République
03:16qui s'implique le plus dans les nominations,
03:18à savoir que très souvent, sur beaucoup de postes,
03:21il reçoit lui-même en tête à tête les candidats.
03:24Il dirige les castings.
03:25Oui, c'est ça.
03:26Il dirige les castings.
03:27Par exemple, la présidente actuelle du Louvre,
03:29Laurence Descartes, c'est lui qui a fait le casting,
03:31qui a reçu dans son bureau à l'Elysée
03:34les différents candidats et qui a choisi seul.
03:39Donc, il s'y implique vraiment énormément
03:41parce que pour lui aussi, c'est pouvoir donner une feuille de route.
03:45C'est finalement les gens qui vont appliquer sa politique,
03:48sa feuille de route.
03:48Mais avec, du coup, des situations assez particulières,
03:52avec des candidats potentiels qui attendent
03:53le fameux coup de fil de l'Elysée.
03:55Exactement.
03:56Parce qu'en plus, toutes les personnes qui ont été reçues
03:59par Emmanuel Macron pour des nominations
04:01racontent qu'ils en ressortent absolument convaincus
04:04qu'ils vont être nommés.
04:06Ils ont été totalement séduits,
04:07ce qui peut provoquer des énormes désillusions,
04:11des déceptions.
04:12Et ça arrive.
04:14Et surtout que le président met du temps, en fait, à choisir.
04:17Il y a même des postes où ça prend tellement de temps
04:21qu'il y a eu des vacances de pouvoir
04:23ou des intérims sur des postes très importants.
04:26avec des symboles aussi.
04:28Versailles, la succession de Catherine Pégar,
04:30ça a duré énormément de temps.
04:32Ça a été presque un vaudeville avec des gens
04:35qui ont cru entendre de l'Elysée qu'ils allaient être nommés
04:37et qui, finalement, ne l'ont pas été.
04:39Celui qui a été nommé, Christophe Le Reboux,
04:42a été choisi, alors qu'il n'était même pas candidat.
04:44Il a été choisi personnellement par Emmanuel Macron.
04:47Mais ce pouvoir-là,
04:49donc il est vraiment discrétionnaire.
04:51Mais est-ce que quelqu'un peut, je ne sais pas, protester ?
04:55Est-ce qu'il doit être validé ?
04:56Il y a aussi beaucoup de tous ces postes
04:57qui passent en Conseil des ministres.
04:59Donc, officiellement, il faut la contre-signature du gouvernement.
05:03Même si, en fait, dans les faits,
05:05les ministres ont des rôles un peu...
05:07Mais peut-être en cohabitation, dans ce cas-là.
05:08C'est déjà arrivé.
05:09Alors, en cohabitation, il y a des deals.
05:11Mais même récemment, par exemple,
05:12c'est déjà arrivé, c'est très rare,
05:14qu'un ministre se rebiffe.
05:15Il y a eu, par exemple, Gérald Darmanin,
05:17ministre de l'Intérieur, à l'époque,
05:19en juillet 2024.
05:21C'était la fin du gouvernement Attal.
05:23Le matin même du Conseil des ministres,
05:25il a refusé de signer.
05:26Il y avait tout un tas de nominations
05:28qui étaient prévues,
05:29un énorme mouvement de nominations,
05:31notamment beaucoup de préfets, etc.
05:33Le matin même,
05:34il n'était pas d'accord avec certains noms.
05:37Et puis, il trouvait qu'il n'avait pas été impliqué.
05:39Il a refusé.
05:40Il a tout envoyé vers le C.
05:42Alors que certains des nommés
05:43avaient été prévenus la veille au soir
05:45par l'Elysée,
05:46qu'ils allaient être nommés.
05:47Et vous diriez qu'Emmanuel Macron
05:48a fait des choix étonnants ?
05:51Alors Emmanuel Macron,
05:51il essaye, lui,
05:52il essaye de revendiquer,
05:54enfin il revendique,
05:55d'avoir un peu ce qu'il appelle
05:56casser des côtes,
05:57choisir des noms,
05:58parfois,
05:59de l'international dans la culture,
06:01d'avoir essayé de casser des chasses gardées,
06:03parce qu'il y a aussi des postes
06:04qui sont réservés
06:06à des grands corps de l'État,
06:07à des conseillers d'État,
06:09à des inspecteurs des finances.
06:10lui revendique d'avoir essayé
06:12de casser ça.
06:14Y compris recaser des ex-ministres aussi,
06:17puisque ça peut être également...
06:18Après, il y a la question du recasage,
06:20qui va beaucoup se poser,
06:21parce que dans les mois à venir,
06:23dans les semaines à venir,
06:23parce que les recasages
06:25se sont beaucoup faits en fin de règne
06:26des présidents de la République.
06:28Est-ce qu'Emmanuel Macron
06:28va faire la même chose ?
06:30Il a déjà recasé des gens.
06:32Après, statistiquement,
06:34il faut reconnaître
06:34que ce n'est pas forcément
06:35le président qui recase le plus.
06:37François Mitterrand ou Jacques Chirac
06:38le faisaient beaucoup plus.
06:39Il y a même des ministres
06:39qui en veulent à Emmanuel Macron
06:41de ne pas avoir été recasés.
06:44Mais ça va être très intéressant
06:45de suivre ce qui va se passer
06:47dans les semaines
06:48et dans les mois à venir,
06:49après la lecture de ce livre,
06:50qui nous donnera sans doute
06:51une nouvelle façon
06:52d'appréhender les futures nominations.
06:55Merci, Mickaël Moreau.
06:56Merci beaucoup.
06:56Sa Majesté nomme
06:58enquête sur un pouvoir présidentiel
06:59exorbitant.
07:00C'est chez Robert Laffont.
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