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  • il y a 16 heures
Blanche Gardin n’a plus de travail après son sketch controversé.
Sa liberté d’expression a-t-elle été discriminée ?

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Éducation
Transcription
00:00« Bonjour, vous vous souvenez de moi ? Je suis Blanche Gardin. Vous ne m'avez pas vu depuis un petit moment ? C'est normal, car je n'ai plus de travail. »
00:09Depuis la mise en ligne d'un sketch interprété avec Emeric Lomprey le 1er juillet 2024 à l'Olympia, lors de la soirée Voice for Gaza, l'humoriste et comédienne Blanche Gardin affirme ne plus avoir de travail.
00:22Plus de travail ? Voilà qui correspond pile à la thématique de la chaîne. Nous allons apporter la situation actuelle de Blanche Gardin via le droit du travail. Et vous verrez, vous ne serez pas au bout de vos surprises. Alors, que dit-elle exactement ?
00:38Après, la mort sociale, elle concerne aussi le travail. C'est-à-dire qu'en fait, moi, du jour au lendemain, je n'ai plus du tout eu d'offres de rôle au cinéma.
00:47Et même pire que ça, on t'a retiré des propositions, si j'ai bien compris.
00:50On m'a retiré une proposition officiellement. Alors, c'était vraiment la cerise sur le gâteau.
00:57Raconte.
00:58Ah ben, je reçois une proposition. La seule proposition, c'était quand ? Je ne sais plus, il y a peut-être un an. Je reçois une proposition de Valérie Donzeli.
01:09On me fait passer le scénario. Proposition ferme pour un rôle. Et donc, je commence à me lire le scénario.
01:20Et j'ai un message de mon agent qui me dit « Est-ce que tu as eu Valérie ? » Je dis « Non, non, mais je suis en train de lire. Je n'ai pas encore fini. »
01:28Et elle me dit « Ah non, mais elle va t'appeler. » Et donc, Valérie Donzeli me laisse un message en me disant qu'elle est vraiment désolée, qu'elle sait que ça ne se fait pas du tout parce qu'il y a une proposition ferme sur le rôle.
01:39Mais en fait, elle voulait faire le rôle elle-même et qu'elle est vraiment désolée, etc.
01:43Donc, elle aurait reçu une proposition ferme de rôle, ce qui peut s'apparenter à une proposition de contrat de travail avec les conséquences juridiques en découlant.
02:05Elle ajoute que son agent, qui joue le rôle d'intermédiaire avec les professionnels du cinéma, a souhaité ne plus travailler avec elle.
02:13Je me suis idéré, à mon tour.
02:15Ah non, mais je veux dire, personne n'imagine que Blanche Gardin puisse en être à devoir quitter son appartement.
02:23Ah bah…
02:23Non, mais ok.
02:24Oui, oui, ça s'appelle être empêché de travailler, en fait.
02:34Blanche Gardin considère que ce qui lui arrive correspond à être empêché de travailler.
02:38Recevant Blanche Gardin pour un entretien, Daniela Schneiderman dit que le sketch incriminé a percuté toutes les limites.
02:46L'envie d'aller toujours un peu trop loin, il me semble que c'est quand même un peu ma marque de fabrique, quand même.
02:59Oui, oui, bien sûr.
02:59Parce qu'on me le reproche beaucoup d'être allé trop loin dans ce sketch, mais pardon, on m'a donné deux Molières pour être allé trop loin.
03:06Oui.
03:07Donc, je ne crois pas que c'est… Je n'ai pas fait quelque chose de nouveau dans la forme.
03:13Oui, dans…
03:14Blanche Gardin indique que l'envie d'aller un peu trop loin est sa marque de fabrique, ce qui a été loué par la profession jusqu'ici.
03:22Il aurait donc un deux poids deux mesures selon elle.
03:25Voilà, alors, t'inquiète, t'inquiète pas, Blanche, ici, tu es dans un safe place.
03:31Ici, personne ne te jugera, car ici, on est tous antisémites.
03:37Pas vrai, les copains ?
03:38Oui !
03:40C'est une réplique d'Emeric Lompré lors du sketch.
03:44Lui aussi se plaint-il de ne plus trouver de travail ?
03:47Doit-il être traité différemment de Blanche Gardin ?
03:50Le stand-up et Blanche Gardin, c'est fini.
03:53Pour elle, ce n'est plus adapté.
03:56Cela relève donc d'un choix personnel qui ne peut, a priori, être relié à sa mise à l'écart du monde du cinéma.
04:03Après, moi, j'ai une boîte de production avec une toute petite trésorerie dedans.
04:09Mais il est hors de question.
04:11Ce n'est pas un matelas, c'est un outil, c'est une boîte à outils.
04:15Et j'ai encore l'intention de, j'espère, de créer deux ou trois choses.
04:21Blanche Gardin possède une entreprise de production qui ne sert que d'outils pour la production de ses spectacles et qui n'a pas d'activité en dehors.
04:31N'ayant plus de motivation pour la scène directe, Blanche Gardin souhaite se concentrer sur le cinéma.
04:37Mais vu la situation, c'est mal parti pour le moment.
04:41Tu pourrais faire une deuxième carrière, en fait.
04:43Tu n'as jamais pensé à faire psy ?
04:45Le jour où tu seras totalement tricarde au cinéma.
04:49Moi, je me reconvertis dans le soin, c'est sûr.
04:51Dans le soin ?
04:52Oui.
04:52Ah ben, évidemment.
04:53C'est le gros débouché, là.
04:55Oui.
04:56Ah oui, il y a du taf.
04:57Et elle estime que si vraiment sa carrière artistique était terminée, elle se reconvertirait dans le soin.
05:03Il n'y a pas que le soin physique, médical ou paramédical qui puisse être envisagé.
05:09Du fait de son parcours universitaire, de ses capacités d'observation et d'analyse, de son engagement politique et sa militance envers les défavorisés,
05:18une reconversion en tant qu'intervenant en prévention des risques professionnels, notamment psychosociaux, devrait lui plaire.
05:24Alors, revenons en détail sur certains points qui sont en relation directe avec le droit du travail, à savoir
05:29la privation de travail en général, la proposition de travail retirée en particulier, a-t-elle commis une faute avec son sketch ?
05:40Aymeric Lompré peut-il être traité différemment que Blanche Gardin ?
05:44Privé de travail.
05:45D'ailleurs, gens sans emploi et certaines structures sociales, comme les organisations syndicales, préfèrent l'expression « privé d'emploi » plutôt que « chômeur ».
05:55Alors, le travail est-il un droit ?
05:57L'article 6 du préambule de la Constitution de 1946 indique que chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi.
06:07Nul ne peut être lésé dans son travail ou son emploi en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.
06:14Et la Cour de cassation a apporté une précision utile.
06:17Le droit au travail est bien un droit, mais celui-ci n'est pas un droit fondamental qui pourrait être opposé à l'État ou à tout employeur.
06:24Le droit au travail fait partie des droits économiques et sociaux et sont considérés comme relatifs.
06:31Pas d'obligation, mais juste un objectif à atteindre.
06:34Être empêché de travailler n'est donc pas une situation normale.
06:38La proposition de travail retirée.
06:41Alors, on a vu plus tôt que Blanche Gardin avait reçu une proposition ferme pour un rôle.
06:46Proposition qui lui a été retirée.
06:49Dans un tel cas, y a-t-il eu une faute de la part de la réalisatrice ?
06:53Il faut distinguer la promesse de travail et l'offre de contrat de travail.
06:58Dans les deux cas, l'employeur envoie au salarié une offre qui précise généralement le poste, la rémunération et la date d'entrée en fonction.
07:06L'unique différence réside dans le fait que, dans la promesse d'embauche, l'employeur reconnaît qu'il ne peut se rétracter avant l'expiration du délai fixé par l'employeur.
07:16Et dans l'offre d'embauche, l'employeur se réserve le droit de revenir sur son offre.
07:21Pour faire simple, c'est comme si, dans l'offre de contrat de travail, le contrat n'était pas encore signé par l'employeur,
07:28alors que dans le cas de la promesse de travail, l'employeur avait déjà signé le contrat avant de l'envoyer au salarié.
07:36Si un employeur décide de ne pas embaucher le salarié alors qu'il a envoyé une promesse d'embauche,
07:42alors il se met en faute, comme l'indique la Cour de cassation.
07:45Le contrat est rompu, sans motif, sans respecter le formalisme.
07:50Selon ce que Blanche Gardin a reçu de la réalisatrice Valérie Donzelli, une offre de travail ou une promesse de travail,
07:57l'actrice pourra ou non envisager une action devant le juge du travail.
08:01Le délai pour agir lors d'une rupture de contrat est d'un an.
08:04Sauf pour certaines situations comme celle-ci,
08:08l'action en réparation du préjudice résultant d'une discrimination se prescrit par 5 ans à compter de la révélation de la discrimination.
08:17Y a-t-il eu discrimination ?
08:19Est-ce le cas ici ?
08:20L'article L1132-1 du Code du Travail liste un certain nombre de discriminations
08:26et prévoit qu'aucune personne ne peut être écartée d'une procédure de recrutement,
08:30en raison notamment de ses opinions politiques.
08:33Interdiction réitérée dans l'article 4 de la Convention collective applicable,
08:36qui indique que les employeurs s'engagent à ne pas tenir compte des opinions politiques en ce qui concerne l'embauche
08:41et reconnaissent à chacun des salariés une totale liberté d'opinion.
08:48Les prises de position de Blanche Gardin n'ont pas plu aux décideurs du monde du cinéma.
08:52Est-ce de la discrimination liée à la liberté d'expression ?
08:56Alors que disent les juges à propos de la liberté d'expression dans l'entreprise ?
09:00Elles indiquent tout d'abord qu'il y a différents niveaux d'expression.
09:04Par exemple, cliquer sur « J'aime » sur une publication Facebook a moins d'importance que partager un contenu.
09:11Et donc encore moins que publier ce contenu.
09:14Et donc encore moins que jouer un sketch devant du public et dont un enregistrement est diffusé sur les réseaux sociaux.
09:22Il y a donc une gradation.
09:24Ensuite, il y a la publicité de l'expression.
09:26Des propos tenus en privé devant une faible audience ne peuvent être tenus comme fautifs.
09:32Les juges apprécient aussi la notoriété de l'auteur.
09:35Si celle-ci est absente ou négligeable, alors la sanction doit être proportionnée à celle-ci.
09:40Ainsi, il revient à l'employeur de prouver que l'acte déclenchant la procédure de licenciement est de nature à perturber la paix et la tranquillité du lieu de travail.
09:50Bon, la notoriété de Blanche-Gardin expose ses propos à une très large audience,
09:54relayée ensuite par les médias et réseaux sociaux.
09:57On peut donc s'attendre à des perturbations.
10:00Voyons l'avis de la Cour de cassation à propos de la liberté d'expression dans un dossier presque similaire.
10:05Un journaliste, donc une personne publique, sur une radio d'envergure nationale,
10:11avait publié un livre très critique sur la construction du mur entre territoire palestinien et Israël.
10:17Tant le contenu du livre que ses interviews sur divers médias avaient suscité des réactions négatives, y compris dans le média où il travaillait.
10:24La Cour de cassation rappelle d'abord un principe.
10:27Un fait de l'avis personnel occasionnant un trouble dans l'entreprise ne peut justifier un licenciement disciplinaire ou empêcher une embauche.
10:36Et quand il est question de propos portant sur un sujet sensible, il faut que ceci soit clairement établi et pas amplifié ou déformé.
10:44Mais lorsqu'un acte de l'avis privé crée un trouble caractérisé sur le lieu de travail, avec un retentissement sur le crédit et la réputation de l'employeur,
10:54alors le licenciement est inévitable.
10:56Et ce qui est valable pour une rupture de contrôle est tout autant pour un refus d'embauche, et autant pour une rupture de promesse d'embauche.
11:04La levée de boucliers dans le monde artistique et médiatique à la suite de la médiatisation du sketch prouve l'existence du trouble.
11:11Un trouble peut venir d'un abus de la liberté d'expression, lorsque, par exemple, des propos constituent l'imputation de faits contraires à l'honneur et à la considération de l'employeur.
11:22Donc, à la question, est-ce de la discrimination de refuser d'embaucher Blanche Gardin suite à ces propos ?
11:28Eh bien, a priori, non.
11:30Donc si Blanche Gardin n'a pas saisi la justice du travail pour la rupture de la promesse de travail, il est désormais trop tard pour le faire.
11:37Bon, bien sûr, rien ne l'empêche de le faire, pour voir ce que la réalisatrice dirait devant les juges.
11:44Les propos de Blanche Gardin, dans son sketch, ne visent pas un éventuel employeur, mais ils n'ont pas plu à beaucoup de monde.
11:50Au jour où j'écris ce texte, aucune plainte ne semble avoir été déposée contre Blanche Gardin.
11:56Peut-on considérer alors qu'elle n'aurait commis aucune erreur, aucune faute ?
11:59Car s'il y a un point à savoir, contrairement à l'idée répondue, c'est qu'on peut être fautif, même si ce que l'on a dit ou fait n'est pas interdit expressément.
12:10Vous dites simplement que toutes les opinions se valent et qu'on peut entendre absolument toutes les opinions.
12:15Toutes les opinions autorisées par la loi et en France sont défendues par la Constitution.
12:20Tout ce qui n'est pas interdit est autorisé.
12:22Il y a une barrière toute simple, c'est le pénal.
12:25Sur l'échelle de la gravité, à droite de la ligne rouge, c'est interdit.
12:30C'est une règle collective.
12:32Mais tout ce qui est moins grave n'est pas forcément autorisé.
12:36Vous avez des règlements intérieurs d'entreprise qui disent, par exemple, qu'au bout de trois retards de plus de cinq minutes, vous serez licencié.
12:42Pénalement, vous ne risquez rien.
12:44Mais dans l'entreprise, vous êtes quand même sanctionné.
12:46Alors, si vous êtes toujours là à ce moment de la vidéo, qui est, je le rappelle, sans publicité ni placement de produit, c'est que mon travail vous plaît.
12:55Alors, si vous visionnez depuis un téléphone, vous pouvez mettre un boost sur cette vidéo pour l'aider à décoller.
13:02C'est gratuit.
13:03Et si vous ne savez pas encore comment ça marche, cliquez sur le lien en haut qui vous explique tout.
13:09En plus du droit, vous avez aussi la morale.
13:12La morale désigne un ensemble de règles et de valeurs, collectives également, souvent ancrées dans la culture, la religion ou la tradition, qui distingue le bien du mal de manière intuitive et normative.
13:24Elle est plus sévère que le pénal.
13:26Dans la vie quotidienne, cela se traduit par des commérages sur des collègues, la diffusion de rumeurs, ne pas saluer régulièrement ses collègues, mentir à un partenaire sur le détail mineur, flirter ouvertement alors qu'on est déjà en couple, ignorer un ami dans le besoin, ne pas rendre une petite somme trouvée alors qu'on sait à qui c'est.
13:43L'éthique individuelle ou professionnelle intervient là où la morale ne fournit pas de réponse claire.
13:50Elle est liée au raisonnement et à la justification des actions.
13:55Elle se base sur des principes susceptibles d'être discutées et débattues.
13:59C'est une sorte de morale de secours lors de cas bien spécifiques.
14:02Les entreprises qui se présentent comme éthiques revendiquent d'aller au-delà de la morale conventionnelle en questionnant les impacts sociétaux de ces activités.
14:13En réalité, c'est souvent juste de la communication, sans dépasser le stade du vœu pieux, avec parfois une bonne dose d'hypocrisie.
14:20Alors, quel est le problème ? Le sketch de Blanche Gardin et Brick-Lompré n'a donc pas violé la loi, mais a heurté la morale, ne faisant rire que la frange de militants présents lors de cette soirée.
14:34Visionnons de nouveau la vidéo avec Daniel Schneiderman et prêtons attention aux mots qu'il emploie.
14:40Un fameux sketch qui a, on va dire, percuté toutes les limites, on regarde quelques extraits.
14:47On franchit une limite, on ne la percute pas.
14:55On viole une interdiction prévue par la loi, on ne la percute pas.
14:59Percuter une limite n'a donc pas de sens juridique.
15:01Vous tuez, vous ne tuez pas.
15:03Vous volez, vous ne volez pas.
15:05Vous empruntez un sens interdit ou pas.
15:09D'ailleurs, Daniel Schneiderman ne trouve pas de suite à l'expression « au regard de… »
15:15Et oui, au regard de la loi, aucune limite n'a été franchie.
15:21Il s'avère que la morale du public présent lors de cette soirée est en contradiction avec celle qui est très majoritaire ailleurs.
15:29La morale et le droit ne sont pas fixes.
15:32Il y a de nouvelles lois chaque jour.
15:34C'est plus facile de changer le droit que la morale.
15:37Car le droit, c'est le législateur, donc la majorité à l'Assemblée nationale.
15:41Quelques centaines de députés qui suivent les consignes du chef du pouvoir en place.
15:45C'est du haut vers le bas.
15:47Pour la morale, il n'y a pas de pouvoir qui décide.
15:50Les changements sont donc plus lents.
15:53Par exemple, en France, la dépénalisation complète de l'homosexualité a lieu le 4 août 1982.
15:59Sous l'ancien régime, c'était un crime.
16:01La première dépénalisation a lieu en 1791.
16:06Le régime de Vichy, en 1942, avait réintroduit des discriminations pénales spécifiques,
16:12aggravées sous la loi de 1960, qui qualifiait l'homosexualité de fléau social.
16:18Et on peut constater qu'encore actuellement en France,
16:22ce qui est autorisé par la loi ne l'est pas par la morale de certaines personnes.
16:27Une minorité, certes, mais agissante.
16:29Revenons au sketch et au contexte qu'il a précédé le 7 octobre.
16:36Les attentats d'octobre 2023 ont provoqué la mort de 1139 personnes, dont 766 civils.
16:43Les images ont fait le tour du monde,
16:45et n'ont pas choqué que les Israéliens ni que les Juifs.
16:491139 morts auxquelles il faut ajouter les 250 otages.
16:53En juillet 2024, au moment du sketch,
16:56ceux-ci n'avaient pas encore été libérés.
16:58Il circulait même des photos et vidéos de la captivité de certains otages.
17:05Et il s'est trouvé quand même des gens en France
17:07pour arracher les photos des otages qui étaient affichées sur les murs
17:11et affiches qui demandaient la libération de ceux-ci.
17:14Le soutien à l'État hébreu a été très fort lors de la commission des attentats.
17:19Puis il s'est érodé lors des bombardements de civils à Gaza.
17:23Mais l'opinion en France ne s'est pas complètement retournée.
17:26Pourquoi ?
17:27Déjà, les images des morts civiles, en particulier ceux qui étaient un festival de musique,
17:32ont rappelé aux Français l'épisode du Bataclan.
17:34Mais surtout, ceux qui ont toujours soutenu les Palestiniens
17:38ont parfois été flous pour qualifier les actes des 7, 8 et 9 octobre,
17:43refusant d'utiliser le mot « terrorisme »,
17:46préférant utiliser le qualificatif de « crime de guerre ».
17:50Ce n'est pas isolé, c'est devenu un élément de langage,
17:52défini notamment par les représentants de la LFI.
17:57Rima Hassan va même qualifier l'attaque, en général,
18:00comme étant légitime vis-à-vis du droit international,
18:04tout en qualifiant de « crime de guerre »
18:06les prises d'otages et les exactions commises sur les civils.
18:09Élément de langage compris et repris
18:12par les soutiens de LFI qui y revendiquent se baser sur le droit international.
18:17Au point qu'un avocat justifie l'attaque
18:19se basant lui aussi sur le droit international.
18:21Le monde diplomatique qualifie, lui, le 7 octobre
18:25comme étant une attaque militaire surprise.
18:28Là, il n'est question ni de terrorisme ni de crime de guerre.
18:33Et dans la population française,
18:35ce sont environ 8% de personnes
18:37qui qualifient les actes du 7 octobre
18:39comme des actes de résistance.
18:4292% au contraire les classent comme du terrorisme
18:45ou du crime contre l'humanité.
18:47Ah, bizarrement, la notion de crime de guerre
18:49ne figure pas parmi les items disponibles dans ce sondage.
18:53Et c'est là qu'on retrouve la différence entre le droit et la morale.
18:57Pour 8% des gens qui considèrent le peuple palestinien
19:00comme étant colonisé,
19:02une guerre dite de libération est licite, légitime, morale.
19:06Et les civils massacrés et enlevés
19:09ne sont que partie négligeable.
19:12Pas de terrorisme à l'horizon pour eux.
19:15Il n'existe pas de définition du terrorisme en droit international.
19:19Mais la notion de crime de guerre existe.
19:22La guerre, c'est un conflit armé.
19:25Quand c'est entre deux États, c'est un conflit international.
19:27Quand il n'y a qu'un seul État
19:28et une ou plusieurs autres structures non étatiques,
19:31c'est un conflit non international.
19:33Pour qu'il y ait conflit, il doit y avoir violence armée
19:36prolongée entre les forces gouvernementales
19:39et des groupes armés organisés.
19:42La violence doit atteindre un seuil minimum d'intensité,
19:45au-delà de simples troubles internes
19:48ou actes de banditisme.
19:50Les groupes armés non étatiques
19:52doivent être suffisamment organisés et structurés
19:54pour être considérés comme des partis au conflit.
19:57Quand on applique ces critères à Gaza,
20:00ça coche toutes les cases.
20:00Le conflit est ancien, donc prolongé.
20:04L'intensité est établie.
20:06Et le Hamas et ses alliés disposent d'une organisation conséquente
20:10depuis plusieurs décennies.
20:12Et il est identifiable.
20:14Donc, dans ce cas, l'article 3 commun
20:16aux conventions de Genève,
20:17qui caractérise les crimes de guerre,
20:19s'applique à ce conflit.
20:21Donc, on peut soutenir juridiquement
20:23qu'il y a eu crime de guerre.
20:24Mais il faut relativiser.
20:28Il y a eu 766 civils morts
20:31et seulement 373 morts militaires
20:34à ratio de 2 pour 1
20:35et l'attaque a débuté uniquement sur les civils,
20:38les morts militaires n'ayant eu lieu
20:40que lors de la riposte de l'armée israélienne.
20:42Donc, c'est d'abord et principalement
20:44les civils qui étaient usés.
20:46Quand l'armée qui fait la guerre
20:49commet principalement des crimes
20:51et, accessoirement, des morts militaires,
20:54on n'est plus dans les crimes de guerre,
20:56ni même dans la perfidie,
20:58mais bien au-delà.
20:59On est en plein dans le crime contre l'humanité,
21:02dont la caractéristique est
21:03la violation délibérée
21:06et ignominieuse des droits fondamentaux
21:08d'un individu ou d'un groupe d'individus
21:10inspiré par des motifs politiques,
21:13philosophiques,
21:13rations ou religieux.
21:16Le fait qu'il y ait eu plus de 700 civils tués
21:18est la preuve que ce n'était pas
21:20un crime de guerre isolée,
21:22un dérapage local,
21:23mais bien du but à atteindre.
21:25Prétendre que ce n'est pas du terrorisme
21:27en le qualifiant de crime de guerre,
21:30alors qu'il s'agit factuellement
21:31de crimes contre l'humanité,
21:33vise à atténuer les faits
21:35et à permettre à la Cour pénale internationale
21:37de s'emparer de ce conflit.
21:39Et les juges de la CPI
21:40viennent de nombreux pays,
21:42alors que le terrorisme peut être jugé
21:43simplement au niveau national,
21:45donc en Israël.
21:46Sont-ce vraiment des considérations juridiques
21:49qui guident la LFI ?
21:51Et ce n'est pas qu'à la LFI.
21:53Alors forcément, une telle proximité
21:55permet de tisser le lien
21:56entre l'antisémitisme institutionnel de LFI
21:58et celui qui se voudrait second degré
22:01de Blanche Gardin,
22:03avec les conséquences qui en découlent.
22:06Donc, quand Daniel Schneiderman
22:07dit que ce sketch a percuté
22:09toutes les limites,
22:10faut-il l'interpréter comme le fait
22:12que Blanche Gardin a transgressé
22:13la morale la plus répandue ?
22:16Ou que la morale des 8%
22:18n'est pas acceptable ?
22:19Moralement ?
22:21Ou les deux ?
22:22Ce sketch a été interprété en public
22:24lors d'une unique soirée caritative
22:27en solidarité avec les Gazaouis.
22:28Ce n'est donc pas un spectacle
22:31écrit longtemps à l'avance,
22:32rôdé sur un sujet moins sensible.
22:35Il a été joué avec un chroniqueur humoriste
22:38de France Inter,
22:38Émeric Lompré.
22:40Qui a écrit ce sketch ?
22:41Blanche Gardin, seul ?
22:42Émeric Lompré, seul ?
22:43Ou tous les deux ensemble ?
22:45Voyons un court instant
22:46Émeric Lompré dans ses œuvres
22:48afin de nous faire une idée
22:49du talent de cette personne.
22:50J'ai une patate incroyable !
22:53Je pète le feu !
22:54Prout !
22:54Regardez, c'est du feu !
22:55Prout, prout, prout, prout, prout, prout, prout !
22:58Mais c'est un feu de forêt ou quoi ?
23:00Si Blanche Gardin a été mis sur la touche,
23:04Émeric Lompré a-t-il été sanctionné ?
23:06Non.
23:06Il avait quitté France Inter au mois de juin
23:08et a été embauché sur Radio Nova en septembre,
23:12soit deux mois après le sketch.
23:14Pourtant, il n'avait pas été dans la demi-mesure.
23:16Voilà, alors, t'inquiète, t'inquiète pas, Blanche,
23:19ici, tu es dans un safe place.
23:22Ici, personne ne te jugera,
23:25car ici, on est tous antisémites.
23:28Pas vrai, les copains ?
23:29Oui !
23:31Cela n'a pas entravé sa carrière professionnelle
23:34et ce n'est pas étonnant,
23:36car il y a là un principe de droit qui s'applique.
23:38C'est que pour un même fait
23:40commis par deux salariés,
23:42l'employeur peut sanctionner l'un et pas l'autre.
23:45Ou sanctionner les deux,
23:46mais de manière différente.
23:48C'est le principe de l'individualisation des sanctions.
23:51Car la question,
23:52Emmerich Lompré,
23:53peut-il être traité différemment que Blanche Gardin ?
23:56La réponse est oui.
23:58Blanche Gardin n'a plus de travail.
24:01A-t-elle commis une erreur, une faute ?
24:03Alors, une erreur, c'est involontaire
24:05et de faibles conséquences,
24:07c'est facilement excusable.
24:08Dans la faute, il y a la transgression,
24:10consciente d'une règle.
24:11Blanche Gardin est diplômée de sociologie
24:14et elle n'aurait pas compris
24:16qu'en se proclamant antisémite,
24:18sur le ton de la blague,
24:20elle n'aurait pas à en subir des conséquences,
24:22elle n'aurait pas remarqué
24:23les innombrables actes
24:24dont sont victimes les Juifs
24:25depuis des années
24:26et, spectaculairement,
24:28depuis le 7 octobre.
24:30Aura-t-elle oublié les liens
24:31entre les filles, son candidat,
24:32qu'elle soutient,
24:33et les nombreuses communications antisémites
24:35de ses représentants ?
24:37Bien sûr qu'elle le sait.
24:38Elle aurait pu,
24:41lors de son sketch,
24:41lancer des pics
24:42à destination du Hamas,
24:44rappeler l'existence des morts
24:46côté israéliens,
24:47qui ne sont pas tous juifs d'ailleurs,
24:49pointer du doigt
24:50les contradictions
24:50de la diplomatie occidentale,
24:52railler l'antisémitisme
24:53de les filles,
24:54mais non.
24:57Plutôt que de rédiger
24:57un texte intelligent,
24:59en finesse,
25:00le sketch la fait applaudir
25:01quand elle dit être antisémite
25:03et Emmerich L'Empret en rajoute
25:05en disant que lui-même
25:06et le public sont antisémites.
25:09Ce qui pourrait être drôle
25:10dans la bouche de quelqu'un
25:11qu'il ne serait pas,
25:12mais qui devient glaçant
25:14lorsque c'est prononcé
25:15par une salle entière
25:16acquise aux thèses de la LFI.
25:19Ce n'est pas une erreur
25:20de la part de Blanche Gardin,
25:21mais une faute.
25:23Grave.
25:23Si le droit leur permet
25:26de dire ces choses-là,
25:27la morale la plus répandue
25:28ne le pardonne pas.
25:29Et c'est la raison
25:30pour laquelle pas mal de gens
25:31ne veulent plus travailler avec elle.
25:32C'est leur droit.
25:34Rappel juridique important
25:36pour les salariés.
25:37Ce n'est pas
25:38parce que ce n'est pas
25:39interdit pénalement
25:40que c'est autorisé
25:42par le droit civil,
25:44qui lui est perméable
25:46à la morale,
25:47qui elle laisse
25:47moins passer
25:49certains écarts.
25:50Et c'est le droit civil
25:51qui s'applique
25:52dans l'entreprise
25:53lors des procédures disciplinaires.
25:56On dit que le pénal
25:57est d'interprétation stricte.
25:59Et là,
25:59la morale n'intervient pas.
26:02Mais les conflits
26:03du monde du travail,
26:04ce n'est pas du pénal,
26:05sauf de très rares exceptions.
26:07C'est de la procédure civile.
26:08C'est d'ailleurs pour ça
26:08qu'il y a des tribunaux spécialisés,
26:10les conseils de prud'homme.
26:11Et que ces juges
26:12ne sont pas
26:13des magistrats professionnels.
26:15Et encore moins pénalistes.
26:16Mais c'est un collège
26:17de salariés et d'employeurs.
26:21Bonjour.
26:22Vous vous souvenez de moi ?
26:23Je suis Blanche Gardin.
26:24Vous ne m'avez pas vue
26:25depuis un petit moment ?
26:26C'est normal
26:26car je n'ai plus de travail.
26:28Alors j'ai eu du temps
26:29pour réfléchir à la vie,
26:30pour réfléchir à ma position
26:32dans la société,
26:33tout ça.
26:34Et c'était super.
26:35Et en réfléchissant à tout ça,
26:37je me suis dit,
26:38tiens, qu'est-ce que je pourrais faire
26:39pour revenir dans la société,
26:42faire plaisir à mes concitoyens
26:44en tant qu'artiste ?
26:45Oui, que pourrait-elle faire
26:47pour revenir dans la société ?
26:50Et oui, elle a bien compris
26:51qu'elle en avait été exclue.
26:53Pour être acceptée en société,
26:55il faut se comporter correctement,
26:56donc accepter les valeurs communes
26:58qui forment la morale.
27:00Blanche Gardin doit donc analyser
27:01sa morale et la comparer
27:03avec la morale commune
27:04et voir ce qui diffère.
27:07Et le faire de bonne foi.
27:09Par exemple, se demander
27:10pourquoi elle n'a jamais fait
27:12de sketch sur l'antisémitisme
27:14de l'extrême-gauche ?
27:16Elle qui a été si prompte
27:18à dénoncer les hypocrisies
27:19des bobos,
27:20arrivera-t-elle à faire face
27:21à ses propres tabous politiques
27:23et afficher une meilleure version
27:25d'elle-même ?
27:27Alors, toutes les informations
27:28présentes dans cette vidéo
27:30ne sont pas dans la description.
27:32Mais dans le premier commentaire,
27:33en effet, il y a tellement de sources
27:35que cela ne tenait même pas
27:37dans l'onglet de présentation.
27:39Alors, n'hésitez pas à les visionner.
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