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00:00Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette édition d'Actuelle consacrée à la colère des femmes.
00:15En anglais, elle porte un nom particulier, female rage, la rage féminine.
00:20Mais bien souvent, cette colère est associée aux termes hystériques, folles,
00:24quand chez les hommes, elle est plus fréquemment exprimée et pourtant bien davantage acceptée par la société.
00:30Alors, d'où vient cette rage ? Comment s'exprime-t-elle ? Et quelle évolution a-t-elle dans nos sociétés ?
00:37On en parle avec notre invitée Marion Olité. Bonjour !
00:40Bonjour !
00:41Vous êtes journaliste, spécialiste de la pop culture et vous signez cet ouvrage,
00:45Female Rage, la revanche des hystériques dans la pop culture, c'est aux éditions Le Duc.
00:50Merci d'être avec nous.
00:51Première question, la colère des femmes est souvent perçue comme honteuse, embarrassante.
00:56Pourquoi cette rage contre la colère des femmes ?
00:59Je pense que la colère est en effet une émotion un peu interdite aux femmes
01:03et que ça trouve ses racines dans les stéréotypes de genre.
01:08Quelles sont les qualités qui seraient intrinsèquement féminines d'un côté et masculines de l'autre ?
01:12Et en fait, on attend beaucoup des femmes, qu'elles soient des créatures douces,
01:16qui évoluent dans le registre de la passivité, qu'elles prennent soin des autres,
01:19en gros qu'elles soient belles et tais-toi.
01:22Et donc tais-toi, donc n'exprime pas ta colère.
01:25Alors que du côté des hommes, la colère va même être quelque chose de plutôt presque récompensé.
01:30Quand je pense aux hommes politiques dans notre société française, par exemple,
01:34Emmanuel Macron a été élu après un tonitruant, c'est notre projet !
01:38Voilà, il a mis en avance sa colère et il a été élu président de la République !
01:42On a aussi à gauche Jean-Luc Mélenchon qui a fait toute sa carrière sur sa colère,
01:45Nicolas Sarkozy aussi, quand il est attaqué, il réagit en parlant d'indignité.
01:49Et effectivement, il y a quelque chose presque de noble dans la colère masculine,
01:52alors que tout de suite, la colère féminine, elle est perçue comme une instabilité en fait de la personne
01:57et c'est profondément injuste.
01:59Mais ces stéréotypes de genre, les féministes les combattent depuis pas mal de temps,
02:03mais on doit encore continuer.
02:05Alors ça reste effectivement rare de voir l'expression de la colère féminine en public.
02:10Il y a quand même quelques opportunités de le faire, mais Lina Huet a enquêté pour nous.
02:16Vous en avez peut-être rêvé, particulièrement si la période est compliquée.
02:24Tout détruire de vos propres mains.
02:33Sans pour autant commettre d'infractions, ni blesser qui que ce soit.
02:38Vous pensez à quoi quand vous faites ça ?
02:43À tout ?
02:44Tout qu'on n'a pas ?
02:46Ne oubliez pas que vous êtes à tout !
02:48Oui ?
02:49Un, deux...
02:56On a tout passé.
03:01Ici, la majorité des clients sont des clientes.
03:05Faites attention.
03:06C'est super pour les femmes.
03:11Il faut pour les femmes.
03:12Pour toutes les femmes.
03:13On a tous des problèmes.
03:15Ça, meilleure solution.
03:17Autant taper sur des écrans, des radiateurs, que sur des têtes.
03:22Donc voilà.
03:23Et ce n'est pas Ava qui dira le contraire.
03:26Cette psychologue organise parfois des séances de thérapie mixte.
03:30Et regardez la transformation.
03:33Vous avez vu ?
03:33Des sessions qui mêlent paroles et des fouloirs.
03:39Comme aujourd'hui avec une patiente adolescente et sa mère.
03:42On a complètement dissocié les femmes de leur colère parce qu'une femme, ça doit être douce, ça doit être fragile.
03:50Et du coup, je pense que dans une société où la colère féminine n'est jamais accueillie, jamais comprise, au moins il y a un endroit où on a le droit.
03:57C'est fait pour ça.
03:58J'ai beaucoup plus de femmes patientes avec qui je suis venue.
04:02Les hommes, ils y vont tout de suite.
04:04C'est tout de suite.
04:06Alors que les femmes, il faut que je leur montre.
04:10Même si on paye, même là, elles n'osent pas parce que ce n'est pas féminin.
04:15Parce que c'est transgressé.
04:17On transgresse le système patriarcal, le conditionnement féminin.
04:20On transgresse tout, en fait.
04:24Cet enseignement tiré, il est temps pour nous aussi de transgresser dans les limites imposées par la loi, bien entendu.
04:33Marion, il y a un petit côté jouissif quand même à se laisser aller, à tout détruire pour les femmes.
04:37Oui, c'est sûr que c'est tellement interdit.
04:40On nous apprend depuis qu'on est toutes petites à ravaler notre colère.
04:44Et en fait, on l'emmagasine, on l'emmagasine, on l'emmagasine.
04:46Parce que dans notre vie, on rencontre en tant que femmes, à cause du fait qu'on est des femmes, beaucoup d'injustice,
04:51qu'à force, on est déconnecté de notre colère.
04:55Et moi, j'ai rencontré beaucoup de femmes qui la nient.
04:58Et ce n'est pas bon parce qu'à force, à force, à force, ça finit peut-être par sortir de manière complètement spectaculaire.
05:05Et c'est vrai que cette idée de se réunir éventuellement entre femmes et de pouvoir lâcher sa colère et en même temps parler,
05:12ça fait un peu rêver.
05:13Il y a une forme de catharsis.
05:15Parce que la colère rentrée en soi, ça peut créer aussi derrière des problèmes physiques pour les femmes.
05:21Parce que tout est lié.
05:23Quand elles n'expriment pas leur colère, du coup, c'est des émotions qu'elles peuvent retourner contre elles-mêmes.
05:28D'ailleurs, vous mentionniez les explosions de colère incontrôlée quand on a trop accumulé.
05:33Ça a beaucoup été représenté de cette manière-là dans les films, les livres, les séries, etc.
05:38Et d'ailleurs, ces personnages féminins, pendant très longtemps, c'était les méchantes.
05:42Oui, totalement. Parce qu'il ne faut pas oublier qu'en gros, la majorité de la culture de ce qu'on voit, les films et les séries, ont été imaginées par des artistes masculins.
05:50C'est un regard masculin qui irrigue toute la pop culture.
05:55Des débuts du cinéma, dans les années 40, on a des archétypes de méchantes comme la femme fatale, la vamp,
06:01et puis qui sont eux-mêmes héritées de la mythologie grecque, avec des femmes fatales comme Circé, comme Médée, comme Méduse aussi.
06:09Et en fait, c'est des personnages qui ont quand même évolué avec le temps.
06:13Et en fait, moi, j'ai grandi avec des personnages féminins qui ont un peu plus le droit à la rage.
06:17Mais c'est vrai que ça reste extrêmement rare.
06:20Et ils ont toujours été un peu racontés de la même manière.
06:23Et on a vu enfin un changement un petit peu ces dernières années,
06:26parce que des artistes féminines ont eu le droit de, enfin, de prendre la caméra un peu plus
06:31et de raconter une rage féminine qu'elles, elles ont vécu de l'intérieur, en fait.
06:35Et justement, parmi ces artistes, il y en a qui le disent et qui l'expriment et qui appellent d'autres à le faire.
06:40Je vous propose qu'on écoute la chanteuse Imani sur ce sujet.
06:44Son dernier album s'intitule Women Deserve Rage.
06:47Les femmes ont le droit à la rage.
06:48Elle est au micro de Valérie Fayol et Pauline Hellman.
06:52J'ai l'impression que la colère des femmes, elle n'est jamais adressée,
06:55parce que c'est vraiment une émotion auxquelles on n'a pas le droit.
06:57On n'a pas le droit d'être en colère, parce que dès qu'on est en colère,
06:59on se connecte à notre part d'ombre et les femmes doivent être parfaites,
07:03lisses, pas dérangeantes.
07:05Et quand on est en colère, c'est qu'on dit non, c'est qu'on dit je ne veux pas,
07:09c'est qu'on dit qu'on n'est pas contents.
07:10Et à ce moment-là, on dérange un peu l'ordre établi.
07:13Donc, ça s'adresse aux femmes qui devraient adresser leur colère pour aller mieux
07:18et faire en sorte qu'elles n'en meurent pas, qu'elles ne soient pas consommées par elle.
07:23Moi, ça me fait penser, ce qu'elle dit, notamment au personnage de June dans La Servante écarlate,
07:27qui est une femme en colère, qui se dresse contre le patriarcat dans son expression la plus radicale
07:32et qui entraîne d'autres femmes avec elle.
07:35Oui, c'est vrai que c'est aussi ce que dit une grande féministe, afroféministe,
07:40Audre Lorde en 1981 dans un discours.
07:43Elle explique que la colère est un carburant des luttes féministes
07:46et que la colère est chargée d'informations.
07:49Elle nous donne en fait la force de se battre pour la justice.
07:54Et en fait, dans End Men's Tale, on assiste à une trajectoire de June qui est hyper intéressante.
07:58C'est que dans cette série, au départ, elle se bat pour elle-même
08:01parce qu'elle est victime de violences horribles dans cette société,
08:05dans ce régime autoritaire de Gilead qui a pris le pas sur les États-Unis
08:09où elle a perdu le droit à disposer de son corps, où elle est violée de manière rituelle.
08:14Et puis en fait, on la voit petit à petit, il y a une trajectoire collective.
08:17Elle va réussir à s'en sortir de ce régime grâce aux autres femmes, pas juste grâce à elle.
08:24Et c'est ça qui est assez beau.
08:25Et en fait, on assiste à des scènes de rage féminine dans cette série qui sont vraiment très rares.
08:30À un moment donné, on voit June, dans la saison 4, se venger de son bourreau
08:33avec d'autres femmes, pareil, réduites en esclavage sexuel en vérité.
08:38Et elle court après cet homme dans la forêt.
08:40Et ça, c'est vraiment des images assez subversives
08:43qu'on n'a vues que dans des films qui ont fait des grandes polémiques
08:46comme dans « Baise-moi » de Virginie Despentes au début des années 2000
08:50ou dans « Tell my Louise », ce genre d'imagerie en fait
08:52de femmes qui sont ensemble, qui sont déchaînées.
08:55Ça, ça fait très très peur au patriarcat.
08:56Pourtant, cette série, elle a été très bien acceptée par les femmes comme par les hommes.
09:01Est-ce que le fait que Me Too soit arrivé entre-temps, ça a pu jouer un rôle là-dedans ?
09:05Oui, bien sûr. « End Men's Tale », c'est un peu la série étendard Me Too.
09:10Elle arrive, je crois, en 2017 et là, elle s'est terminée l'année dernière.
09:14Donc, elle a vraiment accompagné les deux mandats de Trump.
09:16Et en fait, dès qu'elle arrive, il y a une énorme colère aussi
09:18suite à tous les témoignages de violences sexistes et sexuelles à travers le monde
09:22et en particulier aux États-Unis.
09:24Et en fait, on le répète, mais Margaret Atwood,
09:27qui est l'écrivaine qui a écrit ce roman, qui a ensuite été adaptée en série,
09:31elle l'a expliqué plusieurs fois que, en fait,
09:33pour créer ce régime autoritaire horrible de Gilead,
09:36elle ne s'est inspirée que de faits historiques.
09:38Donc, ils sont arrivés à des femmes dans différents pays du monde.
09:41Donc, c'est ça aussi qui, je pense,
09:43qui fait que « End Men's Tale » est aussi forte.
09:45Après, si elle a été acceptée, je pense aussi,
09:48et ça, c'est un peu le revers de la médaille,
09:50mais que c'est parce que c'est une série qui fait souffrir beaucoup
09:52les femmes aussi, malheureusement.
09:54Donc, c'est toujours difficile de marcher,
09:55enfin, de dénoncer les violences faites aux femmes
09:57sans tomber dans le sensationnalisme non plus.
10:00On a l'impression que le couvercle de la cocotte
10:02est en train de se soulever pour les femmes,
10:03pour qu'elles puissent justement exprimer cette colère,
10:05mais que ce n'est pas forcément égalitaire
10:07partout et par tous, ou pour toutes.
10:11Je pense, par exemple, à l'expression « angry black woman »,
10:14« femme noire en colère »,
10:15qui a l'air de faire des femmes noires
10:19une catégorie particulière de colère.
10:21Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
10:23En fait, globalement, c'est très mal vu
10:25qu'une femme soit en colère,
10:26mais si, en plus, elle est racisée,
10:28elle est d'origine, enfin, elle est noire,
10:31elle est d'origine arabe,
10:32ou elle appartient à une minorité,
10:34c'est encore pire.
10:34Et le trope de la femme noire en colère, par exemple,
10:37il trouve son origine, en fait,
10:38dans la période de la colonisation, tout simplement.
10:40C'est un héritage raciste,
10:43qui, donc, un préjugé envers les femmes
10:45qu'on perçoit, en fait, à l'époque de l'esclavage,
10:49on les percevait comme des femmes agressives,
10:52masculines, parce qu'elles travaillaient
10:54dans les champs avec les hommes noirs.
10:57Et, en fait, elles étaient perçues
11:00comme agressives.
11:02Et ensuite, on a perpétué ça
11:03à travers des caricatures
11:04dans les Mistrell Show aux États-Unis
11:06au XIXe siècle.
11:07Et aujourd'hui, on voit des personnalités publiques
11:10encore souffrir de ce stéréotype.
11:13On a notamment la tenniswoman Serena Williams,
11:16qui, dès qu'elle demande à revoir un point,
11:18à l'arbitre, on a tout de suite des photographes
11:21qui la prennent avec le visage en colère
11:23et on tombe dans ce stéréotype.
11:26Et c'est vraiment une façon
11:28de faire taire les femmes noires.
11:30En tout cas, ce qui ressort de ce que vous dites,
11:32c'est que la colère est pleine de vertus
11:34parce qu'elle fait peur au patriarcat
11:36et qu'elle pourrait le renverser.
11:37En tout cas, elle fait bien bouger les choses
11:38et le cocotier parce qu'à chaque fois,
11:40les représentations culturelles,
11:41elles bougent à chaque nouvelle vague féministe, en fait.
11:44Donc, autant les artistes masculins
11:46que les artistes féminines,
11:47finalement, voient,
11:50enrichissent en fait la manière
11:52dont ils représentent les femmes,
11:53apportent de la nuance.
11:54Elles sont moins diabolisées.
11:55On voit tout un nuancé,
11:58une palette de femmes en colère.
12:00Donc oui, je pense clairement
12:01que la colère féminine,
12:03petit à petit,
12:04grignote clairement le patriarcat.
12:05Merci beaucoup, Marion Olité,
12:07pour ces explications, cet éclairage.
12:09Je rappelle le titre de votre livre,
12:10« Female Rage, la revanche des hystériques
12:12dans la pop culture ».
12:14Le message, c'est, mesdames,
12:16acceptez votre colère,
12:17exprimez-la, c'est sain.
12:18Merci beaucoup, Marion Olité,
12:20et merci à vous de nous avoir suivis.
12:22À très bientôt sur France 24.
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