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  • il y a 18 heures
Depuis les années 1970, l’histoire de France est devenue un champ de bataille intellectuel. Récit national accusé d’être dépassé, continuité historique remise en cause, figures fondatrices relativisées, frontières culturelles diluées : une partie de l’historiographie contemporaine revendique désormais une lecture fragmentée, décentrée, parfois explicitement déconstructiviste de notre passé.
L’Histoire mondiale de la France, dirigée par Patrick Boucheron, les approches post-nationales ou mémorielles ont ainsi profondément modifié la manière de raconter l’histoire, au risque, selon leurs critiques, de dissoudre la cohérence historique française dans une juxtaposition d’événements, de thèmes et de points de vue.
À l’heure où l’histoire est de plus en plus instrumentalisée dans le débat public, une question centrale se pose : peut-on encore écrire une histoire de France cohérente, sans la dissoudre dans le mondial ou la déconstruire au nom du présent ?
Pour répondre à cette question Passé/Présent donne la parole à Éric Anceau, auteur et directeur d'une "Nouvelle Histoire de France" (Passés/Composés, 2025) un ouvrage monumental réunissant une centaine d’historiens, ouvrage qui entend replacer l’État, les institutions, les conflits, les héritages culturels et les dynamiques sociales au cœur de l’analyse, sans repentance ni célébration artificielle.

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Éducation
Transcription
00:00Générique
00:01Générique
00:02Bonjour à tous.
00:21Depuis les années 1970, l'histoire de France est devenue un champ de bataille intellectuelle.
00:26Récits nationaux accusés d'être dépassés, continuités historiques remises en cause, figures fondatrices relativisées, frontières culturelles diluées,
00:35une partie de l'historiographie contemporaine revendique désormais une lecture fragmentée, décentrée, parfois explicitement déconstructiviste de notre passé.
00:44L'histoire mondiale de la France, dirigée par Patrick Boucheron, les approches post-nationales ou mémorielles,
00:50ont ainsi profondément modifié la manière de raconter l'histoire au risque, selon leur critique, de dissoudre la cohérence historique française
00:58dans une juste apposition d'événements, de thèmes et de points de vue.
01:02C'est précisément en réaction à cette tendance qu'a été conçue la nouvelle histoire de France,
01:06un ouvrage monumental réunissant une centaine d'historiens dirigés par Éric Anceau.
01:11Sans ignorer les apports récents de la recherche, ce travail collectif revendique un retour à une histoire rigoureuse,
01:17structurée, incarnée, attentive à la longue durée et aux continuités comme aux ruptures,
01:22et surtout soucieuse de redonner sens et intelligibilité aux récits français.
01:27Moins d'une histoire militante ou culpabilisatrice, cette nouvelle histoire de France entend replacer l'État,
01:32les institutions, les conflits, les héritages culturels et les dynamiques sociales au cœur de l'analyse,
01:38sans repentance ni célébration artificielle.
01:40À l'heure où l'histoire est de plus en plus instrumentalisée dans le débat public,
01:44une question se pose, une question centrale.
01:47Peut-on encore écrire une histoire de France cohérente sans la dissoudre dans le mondial
01:51ou la déconstruire au nom du présent ?
01:54Pour revenir sur la genèse de ce projet, ses choix méthodologiques, ses lignes de fractures assumées
01:58et les débats qu'il suscite dans le monde intellectuel,
02:01j'ai le plaisir de recevoir aujourd'hui Éric Anceau.
02:04Éric Anceau, bonjour.
02:05Bonjour Guillaume, merci de me recevoir dans votre belle émission.
02:08Je vous en prie, c'est toujours un plaisir.
02:10Que je rappelle pour nos téléspectateurs que vous êtes professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Lorraine,
02:16auteur de plus d'une quarantaine d'ouvrages.
02:18Alors je vais citer les derniers pour lesquels je vous ai reçus.
02:21Donc vous aviez Laïcité, un principe de l'antiquité au temps présent.
02:26J'ai passé composé en 2022.
02:28Une histoire mondiale des impôts, co-écrit avec Jean-Luc Bordron,
02:35chez Passé composé, toujours cette fois-ci en 2023.
02:38N'impôt Léon III et l'économie, co-dirigé avec Pierre Brandat, CNRS édition en 2024.
02:47Gambetta, fondateur de la République, au PUF en 2025.
02:50Alors vous n'êtes pas encore venu nous en parler, ça sera pour la prochaine fois.
02:53Une histoire de la nation française, du mythe des origines à nos jours, chez Talandier en 2025.
02:58Et donc là, aujourd'hui, la nouvelle histoire de France.
03:02Chez Passé composé en 2025.
03:06Alors lorsque j'ai reçu le livre, je vous ai appelé,
03:09j'ai dit que ce serait mon livre de chevet pour les 25 premières années.
03:12Et que ma table de nuit allait s'écrouler.
03:16Donc je disais que c'est...
03:17Mais en même temps, il est léger.
03:191,640 kg, le journaliste de La Croix l'a pesé.
03:21Et il fait 1098...
03:251104 pages.
03:291104 pages.
03:30Non, c'est vraiment un pavé, mais on va en parler.
03:33On va le décortiquer.
03:36Alors dans la préface, vous dites qu'écrire une histoire de France est un exercice difficile.
03:44C'est vrai, je crois que c'est Bernanos qui dit ça,
03:46que l'histoire de France est un magasin rempli de vieilles rancunes.
03:50Et il avait raison.
03:51Donc c'est un exercice difficile et plus difficile encore depuis les années 70.
03:55Pourquoi ?
03:56Et oui, parce que pendant très longtemps, on a vécu,
03:58non pas dans le récit national, mais dans le roman national.
04:01On ne donnait à voir de l'histoire de France qu'une image ultra positive.
04:05Il s'agissait de faire nation, comme je l'ai montré dans un livre précédent que vous avez rappelé.
04:11C'est l'histoire à la Lavis, les pères fondateurs de la Troisième République.
04:15Et vous l'avez dit à l'instant, dans les années 1960,
04:18eh bien on est passé à la déconstruction complète des nations.
04:22Les nations, c'est mal.
04:24Les nations sont les responsables des guerres mondiales.
04:27Il faut les dissoudre, les dissoudre dans des organisations internationales.
04:32C'est ce qu'on appelle la déconstruction.
04:34C'est ce qu'on appelle le post-modernisme qui n'a pas de pensée historique.
04:38On vit dans l'instant présent et on se projette dans l'avenir,
04:41un avenir qui n'est plus un avenir national.
04:44Alors ça fait énormément de mal.
04:45Et vous avez en réaction aujourd'hui ce que j'appellerais le néo-roman national
04:50que présentent un certain nombre d'historiens.
04:55Alors c'est très estimable, mais on est quand même très éloigné de la vérité.
04:59Et j'estimais avec les collègues qui m'ont fait l'honneur de participer à ce livre
05:03qu'il y avait la place, eh bien, entre les deux, pour proposer une voie médiane
05:08qui est la voie de la vérité et une voie, et j'insiste là-dessus,
05:12de la réconciliation.
05:12Il s'agit de se projeter vers l'avenir.
05:16Oui, la nation française a un avenir.
05:18Et nous la proposons avec ce livre d'histoire.
05:21Alors c'est un projet ambitieux.
05:24Vous n'êtes pas comme Michel Michel.
05:25Je crois qu'il a mis 36 ans à écrire son histoire de France.
05:28Vous n'êtes pas le Michelé du XXIe siècle.
05:31Non, pas pour la nouvelle histoire de France en tout cas.
05:34C'est quand même un projet ambitieux.
05:35Vous avez mis combien de temps ?
05:37Alors, en tout trois ans, parce que je pense à ce projet.
05:40Et parallèlement…
05:40Michel l'a écrit tout seul, vous, ce n'est pas le cas.
05:42Non, mon éditeur passait composé aussi.
05:44Et ils m'ont dit, ça serait bien de faire un collectif sur l'histoire de France.
05:49Alors, j'aurais dit, d'accord, mais attention, je suis très ambitieux.
05:52Il faudra qu'il y ait une centaine d'auteurs.
05:54Alors là, j'ai vu mon éditeur un petit peu pâlir.
05:56J'ai dit qu'il faudra…
05:57Il faudra composer pour…
05:58Voilà, il faudra mettre les moyens.
06:00Et ils m'ont suivi sur ce projet.
06:02Et on l'a fait en trois ans.
06:04Alors, on l'a fait en trois ans.
06:05Pourquoi ? Parce qu'il y a les meilleurs spécialistes dans le livre.
06:07Et je donnerai cette anecdote, si vous voulez, d'Oras Vernet, le grand peintre.
06:11Un jour, il y a des amis qui visitent son atelier.
06:14Il est en train de peindre la bataille d'Iéna.
06:16Nous sommes dans les années 1830, 30 ans après les faits.
06:19Et le tableau est à peine commencé.
06:22Et ses amis reviennent 15 jours plus tard.
06:24Et le tableau est fini.
06:25Oh, maître, comment avez-vous fait ?
06:28Eh bien, Oras Vernet, le grand peintre, répond.
06:31Parce que c'est le travail d'une vie.
06:34Mais quand on a tout dans la tête, eh bien, 15 jours suffisent.
06:39Et mes auteurs et moi, on a travaillé extrêmement vite,
06:42conscients de l'urgence, à publier cette nouvelle histoire de France
06:45pour réconcilier les Français.
06:47Oui, parce que finalement, réconcilier les Français,
06:49c'est un peu votre data.
06:50J'ai l'impression que vous êtes très...
06:51Non, non, mais vous êtes très attaché à la division.
06:55Enfin, à ce que vous considérez comme une division,
06:57une division aujourd'hui des Français.
06:59Cher Guillaume, on ne n'ira pas que notre France est en crise.
07:02Vous n'avez pas tort, mais quel est le rôle de l'histoire,
07:04finalement, dans cette division et dans cette réconciliation ?
07:07Marc Bloch va bientôt entrer au Panthéon.
07:09Et j'ai donné l'éclairage sur Marc Bloch dans le livre.
07:12Notre premier historien qui va y entrer.
07:14Et Marc Bloch était à la fois un très, très grand savant.
07:17était également préoccupé par la France.
07:19Et on était en 1940.
07:21Et il va donner ce livre qui s'appelle L'étrange défaite
07:23et qui sera publié après avoir été fusillé pour avoir résisté.
07:28Et ce livre est lumineux.
07:29Et j'ai publié un livre sur les élites
07:31qui reprend un peu le constat de Marc Bloch.
07:34Et si vous voulez, Marc Bloch disait,
07:35ben voilà, ce sont nos divisions et picro-collines
07:37qui ont fait que nous en sommes là où nous sommes arrivés.
07:40Et j'estime qu'aujourd'hui, toutes choses égales par ailleurs,
07:42bien évidemment, on n'est pas envahi par une puissance étrangère.
07:46Mais malgré tout, tout le monde constate
07:48qu'il y a une crise politique, une crise géopolitique,
07:51une crise économique, sociale et identitaire.
07:53Et le but, c'est de proposer une voix aux Français.
07:56Et je la propose en historien.
07:58Et moi, ce que je sais faire, c'est des livres.
07:59Donc je fais non pas de la politique, mais de la métapolitique.
08:03– Mais on a quand même l'impression que vous l'écrivez,
08:06c'est même la première phrase de votre préface,
08:10écrire l'histoire de France a toujours été un exercice difficile,
08:13ça je l'ai dit, c'est un pays profondément divisé.
08:16Vous pensez que c'est véritablement quelque chose qui est très français ?
08:19– Ah ben oui, et d'ailleurs,
08:21dans l'histoire de la nation française, je l'ai montré.
08:24Et dans ce livre-là, on prend en fait nos compatriotes par la main
08:28avec 250 pages d'un grand récit.
08:31C'est la première partie.
08:33pour leur donner les repères et en montrant que, en fait,
08:36ce récit est scandé par des régimes politiques et par des guerres.
08:40– Le titre est quand même aussi, enfin, je ne vais pas dire bizarre,
08:44mais c'est la première partie, donc je voulais parler de la structure
08:46de l'ouvrage après, mais il y a une partie effectivement chronologique.
08:51Les autres parties sont en cyclopédie, on va y revenir.
08:54Et vous l'intitulez, c'est la première partie, régime et violence.
08:57– Et bien évidemment, regardez, nous avons eu la guerre de Cent Ans
08:59avec une guerre civile.
09:00Alors bien évidemment, on était envahis par l'étranger.
09:02– La Navarre et l'Angleterre, mais Armagnac et Bourguignon se sont divisés
09:08et le royaume a failli éclater.
09:11Et il a fallu Jeanne d'Arc, qui est dans le livre,
09:13comme tous les moments forts de notre histoire.
09:15Et puis nous avons eu les guerres de religion, et les guerres de religion ont failli de nouveau
09:20faire éclater le royaume.
09:23Périodiquement, nous avons ces grandes guerres, nous avons des changements de régime,
09:26alors accélérés depuis la chute de la monarchie, imaginez, 14, 15, 17 régimes différents
09:32depuis 1789.
09:33Et donc, alors je ne dis pas que j'ai les solutions pour éviter tout ça,
09:38mais en comprenant, on va dire, nos apories, nos problèmes,
09:42on peut peut-être essayer d'éviter de les reproduire à l'infini.
09:46– Alors vous voulez une histoire, vous le dites, une histoire qui parle à tous les Français
09:49et qui inclut les voix oubliées et les marges négligées.
09:53Alors qui sont ces voix oubliées et ces marges négligées ?
09:56– Eh bien c'est tout, j'ai eu un débat, on en reparlera peut-être,
10:00de même deux débats, on en reparlera peut-être tout à l'heure,
10:02avec Patrick Boucheron, et il me dit, Patrick Boucheron,
10:06« Ah, vous avez voulu m'effacer de l'histoire ! »
10:08Ce qui ne manque pas de sel d'ailleurs dans sa bouche,
10:11parce qu'il n'est pas dans le livre, il s'est précipité à l'index
10:14pour voir s'il y était.
10:16Eh bien, je n'ai pas cité Patrick Boucheron, je ne voulais pas polémiquer
10:19dans le livre avec lui, parce que c'est un livre qui est appelé à durer
10:22et ses petites querelles d'historien n'ont pas leur place, à mon avis,
10:26dans un livre comme celui-ci.
10:28Mais en revanche, dans l'introduction, il y a Pierre Gaxot.
10:32Et alors il me dit, « Ah, vous ne m'avez pas mis moi,
10:33mais vous avez mis Pierre Gaxot. »
10:35Eh bien, Pierre Gaxot, il faut le faire redécouvrir,
10:39il a écrit une histoire de France très intéressante,
10:41mais attention, il faut le recontextualiser, bien évidemment,
10:44je ne suis pas partisan à effréné de Gaxot,
10:47mais Gaxot a sa place dans notre livre,
10:50parce qu'il a écrit une histoire de France,
10:52de même que Lavis en a écrit une,
10:54de même que Brodel en a écrit une, etc.
10:57Donc ils avaient leur place dans cet ouvrage.
11:01Alors les oubliés, c'est qui ?
11:02Eh bien, c'est les femmes pendant très longtemps qu'on a négligées,
11:04les femmes sont très présentes dans le livre,
11:07ce sont les immigrés qui se sont intégrés
11:10et qui ont fait la France d'aujourd'hui,
11:12ceux qui ont accepté de jouer le rôle de l'intégration.
11:16Et, ah, c'est un gros mot,
11:17mais moi qui ne me fais pas peur, de l'assimilation.
11:20Ce qui est quand même dans notre code civil,
11:21il faut le rappeler.
11:22Oui.
11:24Donc maintenant, on reparlera de Boucheron après.
11:28J'aurais parlé de la structure de l'ouvrage.
11:30Donc je l'ai dit, une première partie chronologique.
11:32Donc là, on a, je vais très rapidement...
11:37250 pages.
11:38250 pages.
11:38Donc on commence par les francs, avec Bruno Dumézil.
11:42Donc ça, c'était Dumézil, c'était incontournable.
11:45Et on finit sur les violences contemporaines,
11:48Aurélien, Ligne Heureux.
11:50Et la Ve République, Jean-François Cyrinelli.
11:52Et voilà, Cyrinelli.
11:53Bon, je ne vais pas tous les citer, c'est impossible.
11:55Vous avez combien de contributeurs ?
11:56Alors, 100 piles.
11:57100 auteurs.
11:58Il y a 100 entrées.
12:00Il y a 100 chapitres et 100 contributeurs.
12:02Mais certains auteurs, moi-même, je me suis servi un petit peu,
12:06ont donné plus d'un chapitre.
12:08Simplement, j'ai demandé à des grands spécialistes des éclairages.
12:11Car à côté des 100 chapitres, vous avez 340 éclairages.
12:14Certains sont des biographies, d'autres des œuvres, des objets.
12:18L'histoire matérielle.
12:19Je vais vous faire parler de la structure du chapitre.
12:20Des idées, etc.
12:22Et après, ce que je trouve très intéressant et très novateur,
12:26c'est que les 2e, 3e et 4e parties ont une structure
12:30qu'on va qualifier d'encyclopédique.
12:31C'est ça.
12:32Ce sont des entrées.
12:35Alors, il y a 3 parties.
12:37Les 3 dernières parties.
12:38Donc, 2e partie, politique et spiritualité.
12:40Oui.
12:41Donc là, on parle de l'État, on parle du catholicisme,
12:45on parle des médias, on parle de l'école.
12:46Toutes les grandes politiques publiques
12:48et toutes les croyances et spiritualités
12:50qu'a connues la France au fil du temps,
12:52en commençant tout seigneur, tout honneur,
12:54par le catholicisme, bien évidemment.
12:56Mais vous avez le judaïsme, l'islam, le protestantisme,
12:58la franc-maçonnerie, tout ça est présent
13:01et a droit à un chapitre.
13:03Troisième partie, que je trouve passionnante,
13:07maintenant on parlera de la place de la géographie après,
13:09espace et société.
13:10Et oui, parce qu'on joue sur les échelles.
13:11Ce n'est pas une histoire France recroquevillée sur elle-même.
13:15On se balade dans le monde entier.
13:17Il y a un chapitre sur le monde,
13:18un chapitre sur l'Europe,
13:19sur tous les autres continents,
13:21un chapitre sur l'Algérie,
13:22car nous avons une relation, bien évidemment,
13:23étroite et douloureuse avec l'Algérie.
13:26Mais l'infra, c'est-à-dire que moi,
13:27je suis un partisan de la France des clochers,
13:29les clochers sont là, on les verra dans l'index,
13:31les départements, les régions,
13:33tout ça est présent dans le livre.
13:34Justement, la place de la géographie,
13:36c'est important pour vous ?
13:37Cette discipline qu'on peut appeler la géo-histoire ?
13:40C'est fondamental, mais pas seulement la géographie,
13:42la sociologie.
13:43Moi, je travaille en interdisciplinarité,
13:46la science politique, la philosophie.
13:48Nous avons Marcel Gaucher,
13:50qui est l'un de nos auteurs,
13:51qui nous donne le chapitre intellectuel.
13:54Toutes ces disciplines doivent travailler avec l'histoire.
13:57La condition sine qua non,
13:58c'est que tous les contributeurs qui ne sont pas historiens,
14:01je leur ai demandé de travailler en profondeur historique.
14:04Parmi les géographes, Jean-Robert Pitt, bien évidemment.
14:07Il fallait faire appel à lui pour le vin,
14:09il fallait faire appel à lui pour les paysages.
14:11Et la quatrième partie, patrimoine et identité.
14:17Donc là, on parle de l'Antiquité, on parle des Gaulois.
14:19Oui, parce que les Gaulois sont présents.
14:20On me dit, vous commencez au Franc.
14:22Mais les Gaulois sont présents, mais dans le chapitre.
14:25Le sport, l'humor, la mode même, le loisir, le tourisme,
14:29et puis même le tour de France.
14:31Oui, et le savoir-vivre, et la mode,
14:34et tout ce qui fait, je dirais, l'identité française.
14:37Donc on est, et tout ça fait presque 1000 pages.
14:421104 pages.
14:43Et donc, les contributeurs, on va en parler.
14:46D'ailleurs, il y a l'index des contributeurs avec une mini bio à chaque fois.
14:53Comment c'est, il y en a 100, comment les avez-vous, je dirais, recrutés, si je puis me permettre ?
15:00Eh bien, c'est très simple.
15:01Je ne suis pas parti des contributeurs.
15:03J'ai fait beaucoup de collectifs.
15:04Alors, parfois, on veut avoir des noms.
15:06Je n'ai pas fait comme ça.
15:07J'ai fait une liste de 100 chapitres que je voulais pour ce livre-là,
15:11de manière, vous avez utilisé le terme tout à l'heure,
15:13à ce que le livre soit encyclopédique.
15:16Tout y est.
15:16Mais on le constatera en regardant les deux indexes,
15:19l'index des noms de lieux et l'index des noms de personnes,
15:21qui font 100 pages.
15:22Imaginez, on n'a oublié personne ou quasiment.
15:26Et puis, après, eh bien, j'ai fait une équipe de rêve.
15:29En face de chaque technique.
15:30Déjà, le choix de vos 100 entrées, ça a dû être un travail.
15:34Ah oui, ça a dû être cornelien.
15:36Il a fallu s'abrer, j'imagine.
15:37Non, parce qu'il y a les entrées, il y a les chapitres.
15:40Et puis, on complète par ce que j'évoquais tout à l'heure,
15:42c'est-à-dire les éclairages.
15:44Et donc, ce sont des éclairages biographiques
15:45ou des éclairages thématiques.
15:47Je vous donne un exemple.
15:48Comme je vous laisse ce chiffre de 100,
15:49qui est un chiffre qui claque pour les chapitres
15:52et pour les auteurs.
15:53Eh bien, je me suis un petit peu sacrifié.
15:55Vous l'avez donné tout à l'heure.
15:56J'ai publié une histoire des impôts.
15:58Donc, il n'y a pas un chapitre sur les impôts.
16:00Mais les impôts sont ultra présents dans notre livre.
16:02Quand on pense à France, on pense à fiscalité très lourde.
16:05Et donc, vous avez un éclairage sur la fiscalité
16:08que j'ai moi-même rédigé.
16:09Et puis, la laïcité.
16:10Alors, on a eu une recension dans Le Point.
16:13Ça a été l'une des premières.
16:14Et l'auteur qui avait mal lu, il disait
16:16« Ah, mais voilà, on ne comprend pas.
16:17Éric Anso, grand spécialiste de la laïcité.
16:19Il n'a pas fait un chapitre sur la laïcité.
16:21Au départ, j'en avais prévu un.
16:22Et comme je vous laisse 100 chapitres,
16:24il n'y a pas laïcité en chapitre.
16:25Mais le plus gros éclairage du livre,
16:27c'est l'éclairage de la laïcité que j'ai rédigé.
16:29Donc, tout y est.
16:30Simplement, il a fallu faire des arbitrages.
16:32Et face à cette liste de chapitres et d'éclairages,
16:37j'ai mis une liste d'auteurs.
16:38Et ce qui est fascinant, c'est que j'avais une équipe B,
16:42si j'ose dire.
16:43Je n'ai quasiment...
16:44Métaphore footballistique ou de basket,
16:47je n'ai pas eu à recourir à l'équipe B ou quasiment pas
16:50parce que les auteurs ont été tellement motivés,
16:52les meilleurs, qu'en fait, ils sont venus,
16:54ils sont tous là.
16:55– Mais vous n'avez jamais hésité entre deux auteurs ?
16:56Je prends celui-ci, je prends celui-là.
16:58– Quasiment pas.
16:58Parmi les rares refus, il y a eu Pierre Nora
17:00parce que Pierre Nora, quand je l'ai contacté,
17:02était très fatigué.
17:04Je lui ai proposé commémoration.
17:05Il m'avait dit commémoration, Eric,
17:07je crois avoir tout dit sur cette thématique.
17:11Et il est mieux que je n'y sois pas.
17:12Je vous souhaite le meilleur.
17:14Vous allez, je pense, avec votre livre,
17:16mettre tout le monde d'accord
17:17en empruntant cette voie médiane que vous m'évoquez.
17:20Et l'un des grands regrets,
17:22c'est qu'il est mort six mois avant la publication du livre.
17:24Nous avions énormément échangé sur le livre.
17:27Je lui rends hommage dans l'introduction.
17:29– Et donc, c'est 100 contributeurs.
17:31Donc, quand je dis, vous avez hésité,
17:32parce qu'il y en a des spécialistes sur un sujet donné,
17:36il peut y en avoir trois ou quatre.
17:38Donc, comment vous avez choisi ?
17:40– Alors, le seul petit biais que je vais vous dire,
17:44c'est que j'ai longtemps enseigné à la Sorbonne,
17:46à Sorbonne Université.
17:47Je connais très bien mes collègues des deux universités,
17:50des deux, enfin il y en a trois, attention,
17:51je vais me faire des ennemis dans la troisième.
17:53Sorbonne Université et Panthéon-Sorbonne,
17:55Paris 1 et Paris 4,
17:56pour parler un langage peut-être plus trivial.
17:59Et puis, aujourd'hui, je suis à l'université de Lorraine.
18:01Donc, bien évidemment, parmi les spécialistes,
18:04quand un arbitrage devait se faire,
18:05j'ai fait appel à mes collègues de la Sorbonne,
18:08de ces deux universités, de la Lorraine.
18:09Mais en dehors de ça, non,
18:11je crois vraiment que vous avez les meilleurs.
18:14Voilà, et puis je vous dis,
18:15je suis un petit peu sorti du chanclos de l'histoire.
18:17Vous avez, par exemple, sur Chanson populaire,
18:20je tenais à ce qui est Chanson populaire,
18:21j'aime beaucoup dans l'histoire.
18:23Je lui ai fait appel à Florian Baraco.
18:24Oh, horreur !
18:25C'est le biographe de Michel Sardou.
18:28Les gens vont bondir.
18:29Mais moi, j'aime aussi beaucoup la Chanson populaire.
18:31Et donc, c'est un chapitre qu'on a fait un petit peu
18:33main dans la main,
18:34pour être sûr qu'il n'oublierait personne.
18:35– Alors, parmi le choix de ces contributeurs,
18:40est-ce que, j'allais dire,
18:41leur sensibilité politique a compté ?
18:46Vous avez eu dans toute la presse,
18:49hormis Libération, je crois.
18:51– C'est ça.
18:51– Même si vous avez d'ailleurs des contributeurs
18:53qui sont collaborateurs…
18:54– Ah, ben j'ai eu des trois recenseurs historiques
18:55de Libé qui sont là.
18:56– Ils ne vont pas juger bon…
18:57– Ben non, vous voyez, peut-être sont-ils secteurs,
18:59je ne sais pas.
18:59– Je ne sais pas, c'est un peu…
19:00– Vous, non, parce que finalement…
19:02Alors, sur 100 contributeurs,
19:03il y en a combien d'une sensibilité de gauche, à peu près ?
19:05– Alors, c'est compliqué, oh là là, vous me demandez.
19:07Et surtout, je dirais, la majorité ne font pas de politique.
19:11Je ne sais pas, peut-être 60 sur les 100,
19:13je serais bien en peine moi-même,
19:15alors que je les connais bien,
19:15de vous dire quelle est leur sensibilité politique.
19:19Pour différentes raisons, ils ne veulent pas s'impliquer,
19:21ce sont des grands savants en politique.
19:23Mais, du côté de l'histoire contemporaine,
19:25on a tendance souvent à plus s'impliquer,
19:26donc là, c'est plus facile à voir.
19:28Allez, je dirais que les deux tiers des contributeurs
19:30qu'on peut estampiller sont de droite,
19:32et un tiers de gauche.
19:34Vous voyez ?
19:34– Je ne suis pas sectaire, tout le monde est là.
19:36– Justement, pour vous,
19:38est-ce qu'il y a vraiment une histoire de gauche,
19:40une histoire de droite ?
19:41– Il peut y avoir, quand on est partisan,
19:43mais dans ce livre-là,
19:44c'est un peu la condition sine qua non.
19:46J'ai dit aux auteurs, bien évidemment,
19:48on ne peut jamais être complètement objectif,
19:50c'est impossible, objectivité,
19:52on est en sciences humaines et sociales.
19:53Mais je leur ai dit de mettre leurs idées
19:55sous leur mouchoir,
19:56et de proposer quelqu'un qui se lise
19:58par des lecteurs qui soient de gauche,
20:00qui soient de droite, qui soient politiques.
20:02Tout le monde a joué le jeu.
20:03Je vais vous faire une confidence.
20:05Sur la totalité du livre,
20:06j'ai dû sortir mon gros bâton de directeur
20:10à deux reprises.
20:11Un auteur de droite et un auteur de gauche
20:14sont sortis des clous.
20:15Et ils ont accepté de rectifier le tir,
20:17c'était quand même des chapitres très partisans
20:19qu'ils avaient rédigés,
20:20donc on les a repris.
20:21Mais en dehors de ça,
20:23je cautionne la totalité du livre.
20:25– Mais déjà, pas bien,
20:25vous faites une histoire centriste, quand même.
20:26– Un peu du tout ?
20:27– Non, parce qu'il y a un extrême-centre.
20:29Je crois avoir d'ailleurs été l'un des premiers en 2017
20:32à qualifier Macron de dangereux
20:33parce que de l'extrême-centre.
20:34– Un extrême-centre.
20:36– Non, non.
20:36– Non.
20:37– Ah, il y a des auteurs du centre,
20:38mais qui ne font pas un gloubi-boulga
20:41idéologique, centriste, tiède.
20:43– Mais je veux quand même revenir
20:44à cette histoire de gauche ou de droite.
20:48D'une manière, enfin, on sort un peu de votre bouquin.
20:51Est-ce que vous pensez que,
20:52comment la gauche s'est accaparée de l'histoire ?
20:56J'ai hier des gens, des petits gens,
20:57des mouvements sociaux, une histoire vue d'en bas.
21:00Est-ce que ça n'a pas été un tort des historiens de droite
21:02de ne pas s'y intéresser ?
21:03– Je pense.
21:04Vous avez entièrement raison, entièrement raison.
21:06Il y a Gérard Noiriel dans le livre.
21:08Certains me reprochent d'avoir mis Gérard Noiriel.
21:10Il vient de publier, moi je publie
21:11une histoire de la nation française,
21:13et lui publiait une histoire du peuple français en même temps.
21:17Alors, les deux termes ne sont pas équivalents.
21:18Et je renvoie à notre livre,
21:20puisque j'ai demandé à Gérard de nous faire peuple.
21:23Et je fais nation.
21:25Et j'ai placé les deux chapitres à côté.
21:27Ça n'est pas la même chose.
21:28Gérard ne le cache pas, il est très très à gauche.
21:31Dans son histoire du peuple français,
21:33on a une histoire du peuple français un peu anglais à gauche.
21:37Mais là, il a fait l'effort de rédiger un chapitre
21:40qui n'est pas partisan.
21:41Et on verra, et c'est très très intéressant,
21:44que je crois qu'effectivement,
21:45un grand tort de la droite a été de négliger
21:48cette histoire des petits gens, des humbles.
21:51Il faut que tous les historiens sérieux se l'approprient.
21:55Et ça a été d'ailleurs des renouvellements historiographiques
21:57très très importants des 40 dernières années
21:59de donner la parole à ces humbles.
22:02Donc, de renverser, je dirais, la perspective.
22:04Il faut une histoire par le haut parce que ce sont nos rois,
22:07ce sont nos puissants, nos chefs d'État
22:09qui ont contribué à faire l'histoire de France.
22:11Mais c'est aussi le peuple qui l'a faite.
22:13Et tout est dans la nouvelle histoire de France.
22:15Alors, est-ce que cette nouvelle histoire de France
22:17change la manière d'écrire l'histoire
22:20par rapport aux tendances actuelles ?
22:22Alors, écoutez, ça serait prétentieux de dire
22:24qu'elle va changer les choses, je l'espère.
22:26Mais en tout cas, nous donnons la parole
22:28à tous les derniers renouvellements de l'historiographie.
22:31On vient d'évoquer l'histoire du peuple, l'histoire des femmes.
22:34Encore une fois, jamais dans un volume de ce type-là,
22:37les femmes ne sont si présentes.
22:39Je vous donne quelques exemples.
22:40Dans le chapitre sur les ouvriers et l'industrie,
22:42mon collègue Pascal Radji donne une grande place aux ouvrières.
22:45Dans le chapitre sur les paysans et l'agriculture,
22:48Jean-Marc Morisseau, le pape de l'histoire de l'agriculture en France,
22:52donne une grande place aux paysannes.
22:54Donc, vous voyez, on a cette sensibilité.
22:56On a un chapitre sur l'histoire de l'environnement et de l'écologie.
22:59Donc, essayons de faire bouger les lignes.
23:01En donnant la parole à tous les historiens
23:03qui acceptent de travailler ensemble.
23:05Ils sont venus, encore une fois, ils sont tous là.
23:07– Et pour d'ailleurs, environnement et écologie,
23:09et vous parliez tout à l'heure de Jean-Robert Pitt qui parle du paysage.
23:12– Tout à fait.
23:12– On arrive parfois, d'un chapitre à l'autre, de voir des oppositions.
23:16– Pas des oppositions.
23:17– Entre Pitt qui dénonce avec raison le massacre du paysage par les éoliennes,
23:22mais en même temps, dans le chapitre environnement,
23:24on dit qu'on parle des énergies renouvelables, du solaire et des éoliennes
23:28d'une manière plutôt favorable.
23:29– Alors, plus pondérées, on va dire, que forcément favorables.
23:34Oui, je pense que l'histoire nous montrera que le renouvelable, c'est l'avenir,
23:39mais encore une fois, faut-il le faire avec discernement.
23:42– Et le fait d'avoir placé effectivement les éoliennes dans les paysages,
23:47Jean-Robert Pitt s'est un petit peu lâché, nul ne niera que les éoliennes,
23:52toutes les personnes censées, ça peut gâcher les paysages.
23:56J'habite en Bretagne, on nous a mis des éoliennes dans la baie de Saint-Brieuc,
24:00c'est à 30 kilomètres, mais on ne voit que ces éoliennes, c'est catastrophique.
24:04– Sans parler du, vous évoquiez le renouvelable et le recyclage,
24:09le recyclage des pales d'éoliennes, c'est un véritable problème.
24:12– Autre sujet.
24:12– Et la plus-value énergétique est quand même assez dérisoire par rapport à d'autres énergies.
24:17– Et discutable, c'est clair.
24:18Alors, j'en ai parlé dans mon introduction d'autres historiens,
24:26d'ailleurs vous parlez souvent d'historiens habités par des certitudes
24:30qui passent plus de temps sur les plateaux de télévision
24:34que finalement à faire leur travail.
24:36À qui faites-vous allusion ? Vous avez le droit de citer des noms, Eric Anso ?
24:39– Écoutez, non, parce que, non pas, je ne veux pas me faire d'ennemis,
24:41vous savez que j'ai mon franc à parler.
24:42– Vous en avez déjà.
24:43– Et il y a un mot que j'adore dans votre chaîne, c'est le mot liberté.
24:46Il se trouve que, pour moi, c'est le mot le plus important de la langue française.
24:50Donc, ce n'est pas pour ça, c'est parce que je ne veux pas, si vous voulez,
24:52de veines polémiques là-dessus.
24:54Grand bien leur fasse s'ils sont sur les plateaux de télévision
24:56pour parler d'histoire.
24:57Moi, ce qui me gêne, c'est les toutologues.
24:59Des gens qui viennent sur les plateaux télé
25:02et qui viennent diffuser, parce qu'ils sont estampillés, grands historiens,
25:07leur savoir sur des sujets qu'ils ne maîtrisent pas du tout.
25:10Et d'ailleurs, moi, je vais, hors promotion de mes livres,
25:12m'infliger une cure d'austérité et une cure de non-présence sur les plateaux.
25:16Je l'ai indiqué hier, parce que nous avons une grande échéance
25:20qui est l'élection présidentielle de 2027.
25:22Et je veux m'inviter dans le débat avec des livres d'histoire politique.
25:26Donc, voilà.
25:27Alors, par contre, sur des questions d'histoire,
25:29je vous attends au tournant, je pense qu'il va y avoir des questions là-dessus.
25:32Je suis prêt à vous répondre.
25:33Oui, parce que je disais, votre projet, il ne faut pas le cacher,
25:36est quand même souvent présenté comme une réponse implicite ou explicite
25:40à l'histoire mondiale de la France, dirigée par Patrick Boucheron.
25:44Alors, je sais que vous avez discuté avec Boucheron,
25:47vous avez eu un débat chez Marianne.
25:50Dans Marianne.
25:51Dans Marianne.
25:52Au journée d'histoire de Bois.
25:55Au débat auquel j'ai assisté, c'était assez croustillant.
25:58Oui, et un petit peu violent et un petit peu choquant.
26:01J'étais un peu décontenté parce que le modérateur,
26:04vous pourrez le regarder en ligne,
26:05était quand même un petit peu de parti pris.
26:07Oui, normalement, quand vous me direz un débat.
26:08Vous étiez seul contre tous.
26:10Seul à peu près contre tous.
26:11J'adore.
26:12Contre tous, mais vous en êtes très bien.
26:15Il est en ligne sur le site des rendez-vous de l'histoire.
26:17Exactement.
26:17Alors, malheureusement, Marianne n'a pas mis le débat avec Patrick Boucheron en ligne.
26:22Donc, vous avez le verbatim dans un numéro de Marianne et sur le site de Marianne,
26:25mais vous n'avez pas l'intégralité du débat.
26:28Alors déjà, qu'est-ce qui scientifiquement vous sépare le plus de l'approche boucheronesque ?
26:33Alors, on va être très clair.
26:35Boucheron, pour moi, choquez peut-être certains de vos auditeurs, de vos téléspectateurs, est utile.
26:43En ce sens qu'il a permis de poser sur la table, y compris dans sa nouvelle Histoire du monde,
26:47des angles que nous n'abordions pas.
26:50Évoquer la révolte de la Kanaki pendant la Première Guerre mondiale, c'est utile
26:53parce qu'en dehors d'un petit cénacle d'historien, c'était très peu connu.
26:57Le gros problème, c'est que dans l'Histoire mondiale de la France de Boucheron,
27:01c'est le seul angle pour présenter la Première Guerre mondiale.
27:04C'est extrêmement choquant.
27:05On ne parle pas de la bataille de la Marne, on ne parle pas de Verdun,
27:09on ne parle pas de la bataille de la Somme, on ne parle pas du traité de Versailles et de ses conséquences.
27:13Alors, il a rectifié le tir car il a réédité sa nouvelle Histoire,
27:17parce qu'il y a eu beaucoup de critiques, bien sûr.
27:19Donc, c'est une histoire très anglais.
27:22Le seul angle de Boucheron dans ce livre-là, c'est montrer ce que le monde a apporté à la France.
27:27Alors nous, on l'évoque ça, mais on indique également tout ce que la France a apporté au monde.
27:33Et également ce que la France se doit elle-même et que le monde n'a pas copié.
27:37Donc, il y a les trois angles dans notre livre.
27:39Et d'ailleurs, est-ce qu'il l'a fait bondir ?
27:41Vous ne le citez pas, mais vous le citez, il faut que je retrouve, vous le citez, j'irais, implicitement,
27:47parce qu'il met en exergue, je crois, dans son bouquin, une citation de Michelet.
27:57Ce ne serait pas trop de l'histoire du monde pour expliquer la France, c'est bien ça.
28:01Exactement.
28:01Et vous vous dites qu'il explique tout le contraire.
28:05Patrick Boucheron n'est pas un historien de la France.
28:07Bon, mais il s'est entouré quand même d'historien de la France.
28:10Oui, c'est un spécialiste de Venise, il faut bien le dire.
28:11De Venise, et à l'époque médiévale.
28:13Donc, le gros problème, moi je veux bien qu'on cite Michelet, au contraire,
28:16mais encore faut-il le recontextualiser et lire l'ouvrage d'où est tiré cette phrase.
28:20Parce qu'il se trouve qu'on lui fait dire exactement son contraire.
28:24Que dit Michelet dans ce livre ?
28:25La France a à donner un message au monde.
28:29Et là, on a l'impression que c'est la France qui va devoir recevoir le message du monde.
28:34Alors, soyons très honnêtes, Michelet va évoluer au cours de sa vie.
28:37Là, il écrit ça dans les années 1830.
28:39Et il évoluera dans un sens un petit peu plus modéré dans les années 1850-1860.
28:45Et en particulier, justement, avec son histoire de la France.
28:49Mais dans ce livre-là, qui est un ouvrage sur le monde,
28:52il dit au contraire, l'apport de la France au monde est essentiel.
28:56Je suis désolé, mais dans le livre de Boucheron, c'est l'inverse qui est montré.
29:00Donc, c'est quand même très très gênant, vous en conviendrez.
29:01Alors, il n'a pas aimé, que je rappelle, ce point d'évidence.
29:06Et alors, derrière ce débat, est-ce que c'est un vrai débat ?
29:08Est-ce que c'est un faux débat ?
29:09– C'est un micro-débat, mais quand même, quand on met en exergue de son ouvrage
29:15une citation qu'on détourne de son sens, c'est quand même un petit peu choquant.
29:18Je n'ai pas mis son nom.
29:19Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas que ça tourne.
29:20Moi, mon livre, il veut dépasser tout ça, autour d'une polémique en saut-boucheron.
29:24Ou boucheron en saut.
29:25Voilà.
29:25Simplement, bien évidemment, dans un débat avec Patrick Boucheron, c'est ressorti.
29:28C'est lui qui l'a ressorti, ou Emmanuel Laurentin, celui qui a animé le débat à Blois.
29:33– Sorti tout de suite, même.
29:34– Voilà, tout de suite, on est attaqué comme ça au bazooka là-dessus.
29:37Et quasiment tout le débat a tourné là-dessus.
29:39Mais il y a bien d'autres choses à dire, et merci Guillaume de m'inviter pour le dire,
29:43dans la nouvelle histoire de France.
29:44– Mais sinon, derrière ce débat, est-ce qu'il y a une divergence philosophique
29:48sur ce qu'est une nation, ou est-ce que c'est simplement un désaccord de méthode ?
29:51– Moi, je pense, vous savez, je suis très ronanien dans mon approche de la nation,
29:56et je l'ai montré dans l'histoire de la nation française,
29:58du mythe des origines à nos jours.
30:00Je pense comme Ronan, et c'était son point de départ,
30:04qu'il y a une identité française qui vient d'un passé très long,
30:08et Ronan assumait le passé monarchique,
30:10comme d'ailleurs il l'assumait, la Révolution française.
30:13Et c'est pourquoi il a été tiré à Hu et à Dia par les uns,
30:16un certain nombre de républicains disant, ah, c'est un républicain absolu,
30:20et un certain nombre de monarchistes disent, ah, il tape sur la République.
30:24Ben non, Ronan, il veut réconcilier tout le monde.
30:26Mais Ronan, il dit aussi, c'est un plébiscite de tous les jours, la nation,
30:30à un instant T, il faut que nous voulions continuer à faire nation,
30:34et puis il se projette, et il tire la sonnette d'alarme,
30:37attention, dans un avenir plus ou moins lointain,
30:39on peut se dissoudre si on perd ce sens de la nation.
30:42Et c'est aussi pour ça qu'il a donné cette conférence.
30:45Ben c'est un petit peu ce que je veux faire avec mes livres.
30:47Je tire la sonnette d'alarme en disant, voilà, on a un passé glorieux,
30:51appuyons-nous sur ce passé, ne cachons rien, dépachons de notre histoire,
30:54pour essayer d'aller de l'avant.
30:57– Et vous pensez que vraiment, donc, raconter l'histoire de France
30:59peut expliquer, enfin, va servir à expliquer le présent,
31:02enfin, pas expliquer le présent, mais à conduire le présent ?
31:04– Cher Guillaume Ascoupe, je prépare un livre sur qu'est-ce qu'un homme d'État ?
31:09Nous manquons aujourd'hui d'hommes d'État, et je pense qu'on manque d'hommes d'État
31:11parce que nos hommes d'État actuels, enfin, nos hommes d'État, non,
31:14nos hommes politiques actuels et nos femmes politiques
31:16ne regardent pas assez le passé.
31:19Tous nos grands hommes d'État du passé, à commencer par le général de Gaulle,
31:23se sont imprégnés de l'histoire de France
31:25pour mener leur politique à un instant T,
31:28et pour projeter nos compatriotes et le pays vers l'avenir.
31:31Et c'est, nous en manquons cruellement aujourd'hui.
31:34Et donc, je veux, voilà, donner quelques éléments.
31:37– Vous n'aurez plus d'historiens dans les cabinets ministériels ou en politique ?
31:41– Mais bien évidemment, on en a eu dans le passé,
31:43des historiens tiers, Guizot, pour ne citer qu'eux,
31:46Édouard Hériot, le général de Gaulle,
31:48qui a publié des ouvrages d'histoire, donc, sur l'armée,
31:51Napoléon III, qui a beaucoup travaillé.
31:54Alors, on va me dire, ah, Napoléon III, la guerre de 70,
31:56mais il faut regarder aussi tout ce qu'il a fait.
31:57– Je vais revenir à votre livre.
32:00Alors, comment doit-on l'utiliser ?
32:04Alors, déjà, je félicite Passé Composé,
32:08parce que c'est un livre énorme, vous voyez,
32:10mais il s'ouvre super bien.
32:11– Oui, alors je ne dirais pas jusqu'à dire
32:13qu'on peut l'emmener sur la plage.
32:14– Non, mais je l'avais dans le métro tout à l'heure.
32:17– Dans le métro, dans le zombie, on lit un petit chapitre.
32:20Je vais vous donner les prescriptions du docteur Enceau dans un instant.
32:23– Oui, il s'ouvre très bien, donc déjà, il ne faut pas que ça fasse peur,
32:26il est agréable à lire, mais comment doit-on s'en servir ?
32:29– Alors, prescription, on connaît très bien l'histoire de France,
32:32on va picorer dedans d'emblée.
32:34Ou, alors on est passionné, j'ai des lecteurs qui le sont,
32:37on lit tout d'une traite.
32:38J'ai un journaliste qui a lu les 1100 pages pour préparer l'émission.
32:41– D'accord.
32:41Deuxième possibilité, eh bien, c'est un peu loin l'histoire.
32:47Et donc, qu'est-ce qu'on fait ? On lit les 250 premières pages qui sont le grand récit.
32:51Et après, on utilise l'index et on ouvre ses oreilles pour écouter l'actualité.
32:56Regardez le vol des bijoux au Louvre.
32:58Eh bien, on avait eu le nez creux, puisque Dominique Poulot,
33:01notre plus grand spécialiste des musées qui donne le chapitre,
33:04avait donné un éclairage sur le vol de la Joconde au Louvre.
33:08Et donc, j'ai été invité sur les plateaux télévisés.
33:10Imaginez, pour, je dirais, la promotion du livre, c'est extraordinaire.
33:13Le livre était sorti depuis trois semaines.
33:15Et j'ai dit, mais on a tout dans le livre.
33:17On annonçait quasiment le vol du Louvre qui vient d'intervenir.
33:20Donc, on va picorer à l'aide de l'index qui est là pour se lire.
33:23– Alors, il y a un index qui est très bien fait.
33:26– Deux index.
33:27– Avec les auteurs, deux index, un index de lieu, un index de personnes.
33:31– Oui.
33:32– Une liste thémato-chronologique des éclairages.
33:35Je trouve, là, il manquerait une pagination quand même.
33:37– On aurait pu, mais je ne voulais pas rajouter trop de chiffres.
33:40– Mais voilà, donc ça se lit bien.
33:42Alors, est-ce que vous pensez qu'un livre…
33:45D'abord, qu'est-ce que vous souhaiteriez qu'un lecteur retienne
33:47en refermant, dans quelques années, ce livre ?
33:53– Qu'il se fasse cette idée de la France
33:55que, encore une fois, j'ai présentée au début de votre émission.
33:58C'est-à-dire une France qui, à mon avis,
34:00si on met dans un plateau de la balance le pour et le contre,
34:03le pour domine, mais qu'on n'occulte pas le contre.
34:06Et c'est ce que certains ont tendance à faire.
34:08Parce que c'est comme ça qu'on emmènera tout le monde
34:10dans un grand récit national.
34:12Moi, je revendique le terme de récit national.
34:14Encore une fois, le roman, non.
34:16Le récit, oui.
34:17Donc, c'est ce que je voudrais qu'on retienne.
34:19Vous savez, dans les séances de signature et les salons du livre,
34:21et j'en fais beaucoup autour de ce livre,
34:22ce livre, il s'est déjà vendu à 30 000 exemplaires.
34:24Donc, vous voyez, les gens ne sont pas rebutés
34:26ni par le prix, ni par le volume.
34:28J'ai des jeunes de 12 ans qui viennent acheter le livre
34:31pour papa ou pour grand-papa ou maman et grand-maman.
34:34Attention, vous voyez, je vais donner un équilibre.
34:36Ou pour eux-mêmes, j'ai un jeune qui va me dire
34:38sur ce, j'avais lu votre biographie de Napoléon III
34:40et maintenant, je vais me lancer.
34:42Il est 12 ans, le jeune, dans la lecture de ce livre.
34:44Et puis, j'ai la personne de 90 ans ou 95 ans
34:47qui vient l'acheter pour lui-même
34:49et pour la postérité, 16 ans,
34:51parce que ça sera dans la bibliothèque.
34:53On fait mieux que le journal de Tintin,
34:557 à 77 ans.
34:56Le journal de Tintin, nous, c'est jusqu'à présent
34:5912 ans à 99 ans.
35:01J'espère aller au-delà.
35:02– Eh bien, écoutez, je vous le souhaite.
35:05Donc, je rappelle cet ouvrage,
35:06la Nouvelle Histoire de France,
35:09dirigée par Éric Anceau,
35:11aux éditions passées, composées.
35:13En plus, c'est un livre qui, je donne son prix,
35:15parce qu'il vaut le coup, 36 euros.
35:17– Un éditeur a cassé sa tirelire.
35:19– Il y a une très petite marge.
35:21– Et de cette qualité, surtout.
35:25Donc, je dirais que c'est un…
35:25Voilà, tous ceux qui aiment la France
35:27devraient avoir ce livre dans leur bibliothèque.
35:31– Merci, Guillaume.
35:32– Éric Anceau, merci infiniment.
35:34C'était Passé Présent,
35:35l'émission historique de TVL,
35:38réalisée en partenariat
35:39avec la Revue d'Histoire européenne.
35:42Nous allons nous quitter,
35:44mais vous n'oubliez pas, bien sûr,
35:45de cliquer sur le pouce levé sous la vidéo
35:46et de vous abonner à notre chaîne YouTube.
35:49Merci, à bientôt.
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