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00:00Et l'analyse en plateau d'un autre spécialiste, Michel Fayad, bonjour.
00:04Bonjour.
00:04Vous êtes analyste politique, vous enseignez la géopolitique à l'Institut français du pétrole et des énergies.
00:11L'invité d'Elisabeth Alain dans Paris Direct parlait d'une possible implosion de l'intérieur.
00:15Est-ce que c'est ce que vous pensez aussi ?
00:18C'est un scénario qui est envisageable.
00:19Il est possible qu'il y ait certains gardiens de la révolution qui, pour préserver leurs avantages économiques,
00:26puisqu'ils contrôlent deux tiers de l'économie du pays, tentent une sorte de coup d'État.
00:30Pour renverser les mollahs, mais conserver le pouvoir.
00:33Ce serait une sorte de république islamique sans mollahs, un peu comme sur le modèle pakistanais ou un peu sur le modèle turc.
00:40C'est-à-dire un pouvoir militaire fort qui détient l'économie, mais sans les religieux.
00:45Mais ça resterait quand même islamique.
00:47C'est un scénario qui serait très mauvais pour la population, qui en réalité rejette à la fois, si vous voulez, les conditions économiques actuelles du pays.
00:5590% de la population vit sous le seuil de pauvreté, mais aussi qui rejette aujourd'hui l'idéologie homéiniste.
01:02On sait qu'aujourd'hui les mosquées sont vides.
01:04Il y a un rejet vraiment non seulement de l'idéologie homéiniste, mais de plus en plus un rejet de l'islam en tant que tel.
01:10Donc par rapport à tout ça...
01:12Mais l'élément concret, excusez-moi, si on parle d'implosion du régime, ça voudrait dire quoi ? Une capture du guide suprême ?
01:19Une capture ou un assassinat du guide suprême.
01:21Ça serait l'élément phare déterminant ?
01:23Bien sûr, et puis peut-être aussi d'autres assassinats ciblés.
01:27Mais il faut voir, parce que jusqu'à maintenant, le scénario dont je viens de parler, ça fait longtemps qu'on en parle.
01:34En fait, qu'il y ait une possibilité d'un coup d'État à l'intérieur des gardiens de la Révolution contre les molas.
01:40On en parlait déjà en juin.
01:41Exactement. Donc rien n'a été fait.
01:44Et en fait, je pense que Trump, pour le moment, essaye de temporiser pour mettre une pression maximale pour que ça se fasse.
01:51Et si ça ne se fait pas, alors là, il passera à la deuxième étape qui serait assassiner, je pense, Khemenei ou le capturer
01:59et d'autres personnes clés du régime pour provoquer la chute.
02:02Ça veut dire qu'il n'y aura pas de statu quo ?
02:04Là, les Américains sont allés trop loin dans le déploiement de cette armada dans le golfe du Persique,
02:09dans le golfe Persique, pour qu'il ne se passe rien ?
02:11Oui, vous savez, avec 300 millions de dollars de coups par jour, on a déjà dépassé le milliard
02:16depuis le commencement du déploiement de l'armada de Donald Trump.
02:19Donc je pense qu'aujourd'hui, les Américains, effectivement, vont faire quelque chose.
02:23Donc soit ils utilisent cette armada pour faire pression en vue d'un coup d'État en interne,
02:27sachant qu'il y aura des conditions que les Américains poseront, comme par exemple la fin du nucléaire,
02:33par exemple la vente du pétrole peut-être aux Américains.
02:38Il y a le gaz...
02:39C'est un vrai revirement historique, oui.
02:40Bien sûr, vous savez aussi que l'Iran, en plus d'être les quatrièmes réserves de pétrole au monde,
02:45sont les premières réserves de gaz au monde.
02:47Et ils disposent également, comme le Groenland ou le Venezuela, de métaux également stratégiques,
02:52comme le lithium et d'autres minerais et métaux qui sont très importants pour la transition énergétique
02:56et pour la transformation digitale.
02:59Et donc qui intéressent Donald Trump.
03:00Et peut-être qu'ils lâcheront du lest sur le voile des femmes.
03:04Ils lâcheront peut-être le programme des missiles balistiques.
03:08Mais ça, c'est un scénario dont on n'est pas encore optimiste.
03:12Mais optimiste dans un sens.
03:14Parce que, comme je le dis, la population ne souhaite vraiment se débarrasser de tous ces vestiges de la République islamique.
03:19Pas seulement du guide suprême, mais aussi de ce pouvoir des gardiens.
03:24Parce que les gardiens de la Révolution, vous savez, avec les bassides, font de la répression.
03:28Il y a aussi une police des mœurs qui, soi-disant, a été annulée, mais qui continue d'exister.
03:33Donc il y a cette pression quand même sur la population et qu'il y en a vraiment assez.
03:37Donc il y a cette possibilité.
03:38Mais pour Donald Trump, si jamais ce scénario ne voit pas le jour, ce scénario, en fait, il ressemble un peu à ce qui s'est passé au Venezuela.
03:47Vous savez, on a enlevé Maduro.
03:48Et Donald Trump fait la comparaison avec des navires qui sont envoyés au loin, des menaces et puis une attente interminable.
03:53C'est ça.
03:54Est-ce que cette comparaison est à propos ?
03:57Elle est à propos, oui.
03:57Parce que si jamais il y aurait une sorte d'entente avec quelques personnes après la chute de Khemenei, oui, ce serait un scénario identique à la vénézuélienne.
04:08Maintenant, l'autre scénario, c'est qu'il n'y ait pas d'entente possible avec des gens du régime.
04:13Et là, ça voudrait dire que Donald Trump doit aller vraiment assassiner de manière ciblée non seulement Ali Khemenei, le guide suprême,
04:20mais peut-être d'autres personnalités clés. Je pense notamment à Morsen Rezaï, à Mohamed Ali Jafari.
04:26Pour que vos téléspectateurs comprennent, ce sont deux des anciens chefs des gardiens de la Révolution qui sont restés chacun plus d'une dizaine d'années à la tête de ce corps des gardiens de la Révolution iranienne
04:34et qui sont, même s'ils n'ont plus les titres officiels de commandants de ces gardiens, ce sont vraiment les deux piliers du corps des gardiens de la Révolution.
04:41Il y a également Ali Larijani, qui est le conseiller militaire du guide et qui est aussi à la tête du Conseil national de sécurité, qui est aussi proche des gardiens.
04:52Lui aussi pourrait être une cible, même si c'est un interlocuteur régulier des Occidentaux.
04:56Dans ce cas-là, ce serait une campagne beaucoup plus longue et beaucoup plus sur le long terme pour les Américains ?
05:01Tout dépend en fait du renseignement sur place, parce que rappelez-vous les Israéliens, quand ils ont commencé à tuer des personnes de manière ciblée du Hezbollah au Liban,
05:11c'est allé finalement assez rapidement. En quelques jours, simplement, vous vous souvenez, Hassan Nasrallah a été tué, puis son successeur et puis d'autres personnes clés.
05:19Et d'ailleurs, à ce sujet, il est important de dire que parallèlement au déploiement de l'armada américaine dans le Golfe,
05:26il y a en ce moment même des assassinats ciblés et des frappes ciblées de la part d'Israël au Liban contre le Hezbollah.
05:32En plus, il y a quelques mois, l'assassinat ciblé du chef d'état-major du Hezbollah, qui n'était même pas libanais, d'ailleurs, qui était iranien,
05:42là, hier ou avant-hier, le chef de l'artillerie du Hezbollah, donc c'est quand même une personne clé, a été tué.
05:49Et il y a des frappes très ciblées de la part d'Israël, non seulement au sud-Liban, mais également dans la BK,
05:54parce que lors de la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah, le Hezbollah n'a pas utilisé les missiles dont il dispose dans la BK.
06:01Et donc je pense qu'Israël est en train de aussi se préparer à écraser le plus possible le Hezbollah
06:07pour qu'il ne soit pas en mesure de combattre Israël si jamais il y avait une guerre contre l'Iran,
06:12pour pas qu'il y ait à la fois le front iranien et le front Hezbollah.
06:16Donc elle essaye de neutraliser le Hezbollah en vue d'avoir un seul front qui serait l'Iran.
06:22Sachant que si Israël réussit cette stratégie, ça voudrait dire qu'en cas de chute du régime en Iran,
06:29le Hezbollah serait en situation d'effectivement baisser les bras et désarmer.
06:33Ils seraient aux abois.
06:34Les Iraniens en tout cas sont fatalistes, ils n'ont pas d'autre choix que d'attendre de connaître les plans de Trump.
06:40Internet dans le pays pourrait bientôt revenir après 18 jours de coupure,
06:43un blackout qui empêche de connaître l'ampleur réelle de la contestation.
06:47Certaines images ont néanmoins pu être envoyées par nos observateurs ici à France 24.
06:51Elles sont d'une violence inouïe.
06:52Regardez, c'est commenté par Noemi Roche.
06:57Ils étaient venus réclamer des changements économiques et politiques.
07:03Violemment réprimés, ces manifestants tentent de fuir les coups de feu des forces de l'ordre.
07:08Certains sont gravement blessés.
07:10Ici à Rashid, dans le nord-ouest de l'Iran, les corps enroulés dans des sacs mortuaires s'amoncèlent alors que des Iraniens recherchent leurs proches.
07:22Vérifiées par les observateurs de France 24, ces images ont été tournées lors des manifestations des 8 et 9 janvier derniers.
07:29Elles n'ont pu être publiées que la semaine dernière par des internautes qui ont réussi à contourner la censure d'Internet.
07:37Elles témoignent de la répression sanglante orchestrée par les forces du régime iranien.
07:43Des vidéos qui arrivent au compte-gouttes.
07:46Alors qu'à de rares exceptions près, le régime maintient la coupure totale d'Internet depuis plus de deux semaines.
07:53Pendant ce temps, le décompte macabre se poursuit.
07:57L'ONG Rana a pour l'heure identifié 6126 morts liées à la répression.
08:04Elle affirme être en train d'examiner plus de 17 000 autres possibles décès.
08:09Les blessés sont également très nombreux, comme en témoigne ce médecin à la tête d'un service d'ophtalmologie dans un hôpital de Téhéran.
08:19Au total, environ 1000 patients se sont présentés à l'hôpital.
08:22Il s'agissait de patients nécessitant une intervention chirurgicale urgente et souffrant de rupture de la cornée.
08:28Je n'ai pas pris en compte les ruptures des paupières ni les patients ne nécessitant pas d'intervention immédiate.
08:34Selon certaines sources, jusqu'à 30 000 personnes auraient été tuées dans les rues du pays, les 8 et 9 janvier seulement.
08:41La rapporteuse spéciale de l'ONU sur l'Iran évoque elle aussi des dizaines de milliers de victimes.
08:45Des milliers de manifestants auraient également été arrêtés au cours de ce mouvement de contestation du pouvoir.
08:53Les autorités judiciaires ont promis contre elle des procès rapides et des punitions sans la moindre clémence.
08:59Michel Fayyad, Donald Trump disait il y a quelques jours, aux grandes heures de la contestation, qu'il regardait ce qui était en train de se dérouler en Iran.
09:09Il regardait de près aussi la répression en cours. Il parlait de lignes rouges en gros.
09:15Est-ce qu'il peut lier son intervention au nombre de morts ? On parle de 30 000, 40 000 morts selon les sources.
09:21Oui bien sûr et puis il y a les images aussi qui commencent à arriver. On sait que, vous savez, lui a annoncé comme quoi le régime lui avait promis de ne pas procéder à de nouveaux assassinats.
09:33Mais des images sont en train d'arriver jusqu'à lui. Il est interrogé par des journalistes américains.
09:39Donc on sent la pression monter et lui pourrait effectivement à un moment donné dire qu'il prend acte, qu'en réalité sa parole n'a pas été respectée.
09:47Mais qu'est-ce qui a empêché Donald Trump d'intervenir pendant les contestations ?
09:51Justement parce que sans cette armada, il n'était pas en position suffisante pour vaincre la république l'islamique.
09:58Bien sûr que ces Unis sont très puissants. Mais il y a une chose qu'il faut bien comprendre, c'est que les bases militaires américaines qui sont présentes dans la région,
10:04notamment au Qatar et ailleurs, sont toutes exposées.
10:08Et même Israël est exposé puisque Israël n'avait pas été livré pour son dôme de fer suffisamment pour faire face à de nouvelles frappes iraniennes.
10:16Donc il faut du temps pour que ces bases militaires ne soient plus des cibles potentielles, qu'Israël ne soit plus une cible potentielle,
10:23sachant qu'il y aura forcément des cibles qui pourront être visées.
10:25Ne serait-ce que par exemple au Liban, vous avez la plus grande ambassade des Etats-Unis au monde,
10:29elle a coûté un milliard de dollars pour être construite.
10:31C'est une cible très simple pour le Hezbollah.
10:33Il y a également l'ambassade, le consulat américain en Irak.
10:36Vous savez, ils avaient déjà été attaqués lors du premier mandat de Trump, ce qui avait conduit Trump à assassiner Soleimani.
10:43L'autre menace, c'est peut-être aussi la fermeture du détroit d'Hormuz.
10:46En cas d'intervention américaine, 20% du commerce, la consommation mondiale qui transite par ce détroit,
10:52ça, ça pourrait être une menace pas seulement pour les Etats-Unis.
10:56Oui, ça serait une grande menace aussi pour la Chine.
10:58Parce que là, vous parlez du pétrole, mais il y a aussi le gaz.
11:01Parce que le gaz Qatari, 77 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, en sorte également du détroit d'Hormuz.
11:08Et vous savez que les Chinois, depuis maintenant un an, ont déployé eux-mêmes des bateaux de guerre,
11:12des navires de guerre dans le golfe Persique, au cas où justement le détroit d'Hormuz venait à être fermé.
11:18Donc c'est quelque chose qui ne serait pas acceptable, ni pour les Américains, ni même pour les Chinois.
11:22Les Chinois avaient mis en garde en juin dernier les Iraniens de ne pas utiliser cette arme-là,
11:27parce que cela toucherait à la souveraineté vitale de la Chine.
11:33Parce qu'encore une fois, beaucoup du pétrole et du gaz de cette région sortent du détroit d'Hormuz.
11:38Et donc la Chine en dépend énormément.
11:40Quand même, aujourd'hui, la Chine est en partie coupée du Venezuela, en partie coupée de l'Iran en termes de pétrole.
11:48Et donc la Chine a besoin du pétrole saoudien, la Chine a besoin du gaz Qatari, sinon elle dépendrait complètement de la Russie.
11:57Donc on sent quand même que la Chine, en fait, ne souhaite pas du tout la fermeture de ce détroit d'Hormuz.
12:02Ça veut dire que les Iraniens ont toutefois des moyens de pression contre cette intervention américaine.
12:07On sait quoi de leur défense, leur moyen de défense ?
12:10Est-ce qu'elle a été affaiblie après la guerre des 12 jours avec Israël et les Américains ?
12:14Bien sûr qu'ils ont été affaiblis. Le programme nucléaire a reçu quand même une grosse frappe, si vous voulez.
12:22Mais en termes de missiles balistiques, ils sont capables de produire très rapidement des missiles balistiques.
12:27Ils sont capables également de construire très rapidement des drones, les drones Shahed et autres.
12:32Et on sait qu'en fait, cette intelligence iranienne, vous savez, cette compétence, cette qualité qu'est les sciences, le côté technique, les ingénieurs iraniens,
12:41malheureusement, avec le régime islamique, depuis 1979, l'a mis essentiellement au service du secteur de la défense.
12:47Donc ils produisent énormément, ils sont très compétents, ils développent des armes extrêmement sophistiquées et en cela, ils sont dangereux.
12:53Mais il y a une chose, il y a un maillon faible dans tout ça pour l'Iran aujourd'hui, c'est qu'il y a cette double faillite,
12:59à la fois, si vous voulez, économique et sociale et idéologique, islamo-religieuse, politico-religieuse.
13:06Et parce que, et ce double, si vous voulez, cette double faillite, ce double échec, rappelle beaucoup la fin de l'Union soviétique en 1991,
13:16où l'Union soviétique avait tenu pendant des décennies et des décennies, parce que ces deux aspects n'étaient pas réunis aujourd'hui.
13:22Et puis finalement, elle était tombée donc en 1991 avec ces deux aspects qui étaient réunis.
13:25Aujourd'hui, en Iran, les deux aspects sont enfin réunis. Et il y a une chose qui a changé aussi par rapport à juin,
13:31c'est qu'en juin, Reza Pallavi n'était pas majoritaire sur le terrain, n'était pas réclamé par tous les Iraniens.
13:37Le fils de l'ancien chat.
13:38Le fils de l'ancien chat. Mais aujourd'hui, force est de constater qu'il est réclamé par une majorité de gens dans la rue,
13:44qui, je pense, n'est pas forcément devenu monarchiste, mais a compris qu'aujourd'hui, pour convaincre les Occidentaux d'intervenir,
13:50il faut se réunir à travers une figure alternative, quitte à ensuite, au moment de la transition, faire d'autres choix,
13:57mais pour qu'il y ait clairement une proposition faite aux Occidentaux.
14:01Merci infiniment, Michel Fayad, de nous avoir expliqué, éclairé enseignant à l'Institut français du pétrole et des énergies.
14:09Donald Trump qui sort.
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