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  • il y a 6 semaines
Le Premier ministre et le gouvernement affrontent ce mardi 27 janvier deux nouvelles motions de censure déposées par la gauche hors PS et le Rassemblement national en réaction à l'activation du 49.3 sur le volet dépenses du budget 2026 de l'État. Devant les députés, Sébastien Lecornu a notamment regretté le manque d'efforts de certains pour trouver d'éventuels compromis, concernant le budget.

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Transcription
00:00Madame la Présidente de l'Assemblée Nationale, Mesdames et Messieurs les députés,
00:05il y a des moments où la politique cesse d'être un commentaire pour redevenir un choix.
00:10Je crois que nous y sommes. Cette motion de censure ne porte pas sur une ligne, encore moins sur une procédure.
00:17Elle porte sur une question beaucoup plus simple et beaucoup plus rude.
00:21Voulons-nous assumer la dépense publique de la France telle qu'elle est ou continuer à la dénoncer tout en refusant d'y toucher ?
00:30Depuis des semaines, un même réflexe traverse le débat.
00:34On réclame toujours plus de crédits, on réclame parfois des économies,
00:39mais personne ne veut s'accorder pour trouver une majorité pour dire lesquelles.
00:43Et dans le même temps, on feint de s'étonner de la dette, du déficit et de la fragilité de notre pays.
00:49Cette contradiction n'est pas une erreur, c'est une stratégie pour certains.
00:54Elle consiste à ne jamais décider, à ne pas vouloir travailler à un compromis
00:58pour pouvoir toujours accuser.
01:01Ce budget, lui, décide.
01:04Il décide que la France ne peut plus vivre comme si ses finances n'avaient pas de limites.
01:08Il décide que l'effort doit porter d'abord sur la dépense publique,
01:11puisque la fiscalité est stable par rapport à 2025.
01:14Il décide que l'État doit apprendre à faire mieux, parfois avec moins,
01:18sans casser ce qui tient le pays.
01:20Et c'est précisément pour cela que ce budget est attaqué ou caricaturé.
01:26Car pour la première fois depuis longtemps, les chiffres disent une chose claire,
01:31la dépense ralentit réellement.
01:34En 2026, la progression de la dépense publique hors charge de la dette en volume
01:38tombe à 0,5% contre 1,4% en 2025 et plus de 2% les années précédentes.
01:48Ce n'est pas un artifice, ce n'est pas un tour de passe-passe,
01:50c'est un choix politique, celui de rompre avec l'illusion que tout est prioritaire
01:55et que rien n'a de coût.
01:58Ce choix permet une chose essentielle.
02:01Ramener le déficit public à 5% du PIB.
02:03Pas demain, pas après l'élection présidentielle, maintenant,
02:08comme nous l'avons déjà ramené en 2025 à 5,4% du PIB
02:12avec le gouvernement de François Bayrou.
02:15Et c'est ici que la clarification devient indispensable.
02:20Celles et ceux qui refusent ce budget
02:21refusent en réalité de dire où ils feraient réellement des économies.
02:26Ils parlent d'un autre budget, mais sans jamais dire lequel.
02:29Ils parlent de justice, mais sans jamais expliquer
02:32comment ils financeraient leurs promesses.
02:34Ils parlent de sérieux, mais votent systématiquement
02:37contre toute mesure qu'ils l'incarnent.
02:40Il faut le dire clairement, il n'y a pas eu pendant ces 350 heures
02:44de débats parlementaires d'alternatives crédibles
02:46qui ne passent pas soit par plus de dettes,
02:50soit par plus d'impôts, soit par des économies qui n'existent pas.
02:55Certains moments ont même frisé la caricature.
02:58On a d'abord vu surgir des impôts imaginaires,
03:02des recettes proclamées, jamais démontrées,
03:05des milliards annoncés sans base solide,
03:08sans rendement établi, sans crédibilité économique.
03:11Quand ils ne méconnaissent pas les règles élémentaires
03:14de l'état de droit, comme le respect du droit de propriété
03:17ou l'égalité devant les charges publiques, rien que cela.
03:21Le gouvernement les a toutes repoussées,
03:24non par dogmatisme, mais par sérieux,
03:27et je tiens à remercier les groupes politiques
03:29qui nous ont aidés à le faire.
03:31J'avais rappelé devant vous à l'automne dernier
03:33ce que Georges Pompidou disait,
03:36on ne peut pas traire indéfiniment la même vache
03:38en faisant semblant d'ignorer qu'elle finit
03:41par ne plus donner de lait.
03:43Prétendre financer l'action publique par des recettes fictives,
03:47c'est exactement cela.
03:48Nous n'aurons non seulement pas touché à la vache,
03:51mesdames et messieurs les députés,
03:52mais nous aurons, je le crois, été juste
03:54dans la répartition du lait.
03:56Mais il y a sans doute pire encore
03:58que les impôts imaginaires,
04:00il y a les économies imaginaires.
04:03Celles que l'on annonce sans jamais dire où elles tombent.
04:06Celles que l'on empile sur le papier
04:08sans responsable identifié.
04:10Celles qui laissent à penser à nos concitoyens
04:11qu'au fond, tout cela serait facile.
04:13Celles qui finiront, tôt ou tard,
04:16à abîmer encore un peu plus
04:17notre contrat social.
04:19Nous l'avons vu ici même
04:21pendant les débats,
04:23mais au Sénat également,
04:25avec nos amis de la droite sénatoriale,
04:26se prétendant dans la presse plus rigoureuse
04:28et qui, au final, vote un budget
04:30à 5,3% de déficit du PIB.
04:33Plus rigoureuse comment ?
04:35Par des économies magiques, invisibles, indolores.
04:38Ce n'est pas de la rigueur,
04:40c'est une facilité.
04:41Faire la leçon ne coûte pas grand-chose,
04:43mais cet épisode doit tout de même permettre
04:45à chacun d'en tirer quelques-unes pour soi-même,
04:48ne serait-ce que par crédibilité.
04:50Un budget sérieux ne repose donc ni sur des impôts fantômes,
04:54ni sur des économies incantatoires.
04:56Il repose sur des choix assumés,
04:58chiffrés, traçables.
05:00C'est ce que nous avons fait avec les ministres,
05:02et je les en remercie.
05:03Je veux donc dire un mot des économies proposées dans ce budget,
05:06car là aussi, le débat public tourne parfois à l'incohérence.
05:09Certains font mine de ne pas les voir aujourd'hui.
05:11Ils expliquent que ce budget ne ferait pas assez d'efforts,
05:14qu'il serait trop timide,
05:15presque inexistant sur la maîtrise de la dépense.
05:18Mais ce sont souvent les mêmes qui,
05:20dans quelques semaines,
05:21pour ne pas dire quelques jours,
05:23dénonceront ces mêmes économies
05:25comme étant trop dures,
05:26trop brutales,
05:28trop injustes.
05:29Ce jeu est bien connu,
05:31il n'est pas nouveau,
05:32il est simplement de moins en moins crédible,
05:35pour ne pas dire de plus en plus lassant.
05:36La semaine dernière encore,
05:38ce budget était qualifié de socialiste par certains.
05:42Cette semaine,
05:42les mêmes commentateurs ou presse
05:44commencent à le présenter
05:45comme étant quasiment d'extrême droite.
05:48Voilà où nous en sommes rendus,
05:49dans une grande démocratie comme la France.
05:52Quand un budget n'est le texte de personne,
05:54qu'il est issu du compromis,
05:56chacun y projette ses peurs ou ses postures.
05:59Mais ce grand écart permanent
06:00dit moins de ce budget
06:01que de l'embarras politique
06:02de celles et ceux qui le commentent.
06:04Il est d'ailleurs devenu de bon ton
06:06d'affirmer que ce budget serait un mauvais budget.
06:09Ceux qui le disent sont souvent
06:10ceux que nous n'avons ni vu,
06:11ni entendu tout au long
06:12de cette séquence budgétaire,
06:14absent des discussions,
06:16absent des compromis,
06:17absent des choix,
06:19mais très présents aujourd'hui
06:20dans la dénonciation,
06:21l'ont-ils au moins lu ?
06:24Je ne ferai l'affront à personne
06:25de comparer ce budget
06:26à certains adoptés,
06:28pourtant,
06:28avec des majorités absolues,
06:30ces 20 dernières années,
06:32ce serait sans doute trop cruel.
06:33J'entends aussi
06:35beaucoup de discours anxiogènes
06:36sur les entreprises.
06:38Là encore,
06:38la vérité doit être dite
06:40calmement et fermement.
06:41Il n'y a aucune modification
06:43du cadre applicable
06:44par rapport à 2025.
06:46Aucune.
06:47La stabilité est totale.
06:49Ceux qui prétendent le contraire
06:50prennent une responsabilité
06:51pourtant considérable,
06:53celle d'affaiblir la confiance,
06:55donc l'investissement,
06:56donc l'emploi,
06:57donc la croissance.
06:59On peut s'opposer au gouvernement
07:00en l'attaquant sur ce qu'il fait vraiment,
07:02mais pas sur des décisions imaginaires.
07:05C'est aussi cela,
07:06la crédibilité,
07:07et j'ose le dire même,
07:08le patriotisme.
07:10Que certains défendent
07:10leurs intérêts personnels,
07:12y compris fiscaux,
07:13n'a rien de bien nouveau,
07:15mais la décence doit commander
07:16désormais la prudence,
07:18et il devra amener demain
07:19encore plus de transparence
07:20dans une démocratie comme la nôtre.
07:23Mais le cœur politique
07:24de ce budget
07:25est encore ailleurs.
07:27Et je veux évidemment
07:28parler de l'effort militaire.
07:29En 2026,
07:31les crédits de la Défense
07:32augmentent de 6,5 milliards d'euros.
07:35C'est un effort massif,
07:36historique.
07:37En 2017,
07:38le budget de la Défense
07:39hors pension
07:39était de 32 milliards d'euros,
07:42soit environ 38 milliards d'euros
07:43pour les euros d'aujourd'hui
07:45en 2026.
07:46En 2026,
07:47il atteindra 57 milliards d'euros.
07:48L'écart est de 19 milliards d'euros,
07:51soit 0,6 point de PIB.
07:54Disons-le sans détour,
07:56sans cet effort,
07:57le déficit public
07:58serait en 2026
07:59autour de 4,4% du PIB
08:01et non de 5%.
08:03Voilà la réalité des chiffres.
08:06Voilà le prix assumé
08:07de notre souveraineté,
08:08de notre liberté.
08:10Et pourtant,
08:11ce qui frappe
08:11dans cette séquence,
08:13et je remercie
08:13les orateurs précédents
08:14qui y sont revenus,
08:16c'est tout de même
08:16une forme d'hypocrisie collective.
08:18Beaucoup revendiquent
08:19cet effort militaire,
08:20beaucoup s'en réclament
08:21dans les discours,
08:22y compris pendant
08:23ces cérémonies de vœux,
08:24mais leurs votes,
08:26eux,
08:26ne sont pas au rendez-vous.
08:28Pire,
08:28l'Assemblée nationale
08:29a failli ne pas avoir
08:30de débat sur les crédits
08:31de la défense,
08:32pas un débat de fond,
08:33pas un vote clair,
08:34rien,
08:35et c'est pour éviter
08:35ce silence
08:36que j'avais demandé
08:37un débat suivi
08:38d'un vote de principe
08:39selon l'article 50-1
08:41de notre Constitution.
08:43Sur un tel sujet,
08:45dans de telles circonstances,
08:46avec un tel effort,
08:48il fallait que le Parlement
08:49se prononce
08:51sans ambiguïté.
08:53Mesdames et Messieurs
08:53les députés,
08:54cela restera,
08:56cela comptera.
08:58Dans l'histoire budgétaire
08:59de notre pays,
09:00il y aura une trace nette,
09:02celle d'un des rares budgets
09:04de l'après-guerre froide
09:05marquant un véritable sursaut
09:06dont certains veulent pourtant
09:08aujourd'hui la censure
09:09ou l'empêchement
09:10sans même que ces crédits
09:11aient été débattus.
09:13Entre celles et ceux
09:14qui auront permis
09:15à la défense française
09:16de s'accrocher,
09:16de se réarmer,
09:17de tenir son rang
09:18et celles et ceux
09:19qui, une fois de plus,
09:21auront choisi le blocage.
09:23Comment ne pas penser
09:24à cette phrase
09:24du général de Gaulle
09:25sur les partis politiques
09:27dans les années 60 ?
09:28Ils mijotent
09:29dans leurs petites querelles
09:30et font cuire
09:31leurs petites soupes
09:32sur leurs petits feux.
09:34Cela peut sembler
09:35abstrait aujourd'hui,
09:36mais cela ne l'est pas.
09:38Cela sera noté plus tard.
09:40La seule question militaire
09:41aurait pu,
09:42aurait dû conduire
09:43les partis politiques
09:44à traiter cette séquence
09:45budgétaire autrement.
09:46parce que la défense
09:48n'est pas un sujet
09:49comme les autres,
09:50parce qu'elle engage
09:50notre autonomie,
09:51notre sécurité,
09:53notre liberté de décision
09:54et les générations futures.
09:56Parce que nous changeons
09:57de monde
09:57et qu'il faut être inconscient
09:59pour ne pas en tirer
10:00des leçons pour nous-mêmes.
10:01La classe politique française,
10:03un peu comme pendant
10:04ces années 60,
10:06est face à ce moment
10:07de vérité.
10:08Pour le gouvernement,
10:10cet effort militaire
10:11constitue à lui seul
10:12une raison suffisante
10:14d'engager sa responsabilité.
10:16Devant le Parlement,
10:18mais aussi devant l'histoire.
10:19Pour le dire encore plus clairement,
10:21s'il n'y avait pas eu
10:22cette question militaire,
10:23j'aurais pu être tenté
10:24de laisser les débats
10:25se poursuivre encore
10:26et de ne pas engager
10:27les dispositions
10:28de l'article 49.3
10:29de la Constitution.
10:30J'assume d'autant plus
10:32cette position
10:32que cet effort
10:33n'est pas né par hasard.
10:35Il est le fruit
10:35d'un travail engagé
10:36depuis plusieurs années,
10:37d'une trajectoire cohérente,
10:39d'un réarmement méthodique
10:40de notre pays,
10:41auquel j'ai pris
10:42toute ma part
10:43comme ministre des Armées
10:44par la volonté
10:44sous l'autorité
10:45du Président de la République.
10:46On ne peut pas
10:47d'un côté
10:48se féliciter
10:48de ce réarmement
10:49et de l'autre
10:50empêcher le budget
10:52qui le rend possible.
10:53Tout cela,
10:54mesdames et messieurs
10:55les députés,
10:55n'est pas un jeu,
10:56c'est beaucoup trop grave.
10:58Et ce budget
10:59est de ce point de vue
11:00un budget de sursaut.
11:02Et cela suffit
11:03à en faire un bon budget.
11:04Car un bon budget
11:05traite l'essentiel
11:06et la défense
11:07et la protection
11:08de notre liberté
11:09et de nos intérêts
11:09font partie
11:10de l'essentiel.
11:12Mais regardons plus loin.
11:14Si nous faisons
11:14le choix collectif
11:15et c'est le bon
11:16d'augmenter chaque année
11:17de près de 6 milliards d'euros
11:19les crédits militaires,
11:20si nous voulons à terme
11:21atteindre des niveaux proches
11:22de 90 à 100 milliards d'euros
11:24de crédits militaires par an
11:25tout en réduisant le déficit,
11:27alors une vérité s'impose.
11:29Nous ne pourrons pas éviter demain
11:31des réformes
11:32de structures profondes.
11:34Pas des fausses économies,
11:35pas des promesses
11:36sans lendemain,
11:37mais une réforme de l'État
11:39recentrée
11:40sur l'essentiel.
11:41C'est là que se situe
11:42le vrai clivage politique
11:43aujourd'hui.
11:44Entre celles et ceux
11:45qui acceptent
11:46de regarder cette équation
11:47en face,
11:48en disant la vérité,
11:49et celles et ceux
11:50qui préfèrent entretenir
11:51l'illusion qu'on peut
11:51tout promettre
11:52sans jamais assumer
11:53le coup des choix.
11:55Cette motion de censure
11:56est donc
11:57un nouveau moment de vérité.
11:59Ce n'est pas un vote
12:00contre un texte
12:01ou contre un gouvernement.
12:02C'est un vote
12:03sur la capacité de la France
12:04à assumer ses priorités,
12:06à dire que la souveraineté,
12:08l'autonomie
12:08a un prix,
12:09à dire que la responsabilité
12:11n'est pas un gros mot,
12:12qu'un compromis
12:13dans un monde
12:13aussi agressif
12:14n'est pas une faiblesse.
12:16Chacun, ici,
12:17prendra ses responsabilités
12:18devant l'Assemblée,
12:20devant le pays.
12:21Merci.
12:22Merci.
12:23Merci.
12:24Merci.
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