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00:00Bonjour Séverin Kouamé.
00:01Oui, bonjour Cédric.
00:02Ce week-end, le PPACI a annoncé la tenue de son premier congrès en mai prochain.
00:06Mais surtout, ses cadres ont maintenu Laurent Gbagbo à la tête du parti,
00:10malgré son âge et son état de santé fragile,
00:13et malgré l'éviction de plusieurs figures comme Stéphane Kipré, Armand Wénien ou même Awadon Melo.
00:18Est-ce qu'on peut déjà dire que l'ère de l'opposant historique Gbagbo est en train de s'achever ?
00:23Je pense qu'il y a toute la question, comme vous l'aviez bien mentionné, de son état physique.
00:28Maintenant, dire que c'est une ère qui est en train de s'achever,
00:32il faut peut-être approfondir un peu mieux la réflexion.
00:36Dans tous les cas, il est en demande lui-même d'un peu plus de repos.
00:39Il a eu son temps, il a été l'opposant historique à Awad Boigny,
00:43il a été de ceux-là qui ont concouru au retour du multipartisme, etc.
00:48Il a été de tous les grands combats, d'une certaine façon.
00:51Mais il est clair que physiquement, il est arrivé à un moment où il lui faut passer la main.
00:56Et toute la problématique, c'est qui, au niveau du PPACI, est en capacité de prendre ce lourd héritage
01:01et de continuer la lutte que ce monsieur a engagée depuis plus d'une trentaine d'années.
01:06Toujours au sein de la gauche ivoirienne, disons historique,
01:08Simone Eivet et son mouvement des générations capables n'ont remporté aucun siège à l'Assemblée nationale.
01:14Et ça, malgré la coalition formée avec le COGEP de Charles Blegoudet et le PDCI.
01:19Selon vous, pourquoi ces grands noms de l'opposition peinent à se faire entendre aujourd'hui ?
01:22Pour répondre à cette question, je vais reprendre un peu à mon compte ce que Laurent Gbagbo lui-même disait à une certaine époque.
01:28Quand quelqu'un marche, il laisse des traces.
01:30Une offre politique laisse des traces.
01:32Elle se construit sur le temps long.
01:34Je crois que beaucoup plus que qui est là, il y a aussi l'idée que comment on a construit l'adhésion des populations à l'offre politique.
01:43Et c'est là où je crois que des mouvements comme l'UMGC ou d'autres sont encore dans une phase juvénile.
01:49Parce que c'est sur le temps long que se construit cette adhésion.
01:52Et surtout que, voilà, aujourd'hui on a une population électorale qui a complètement changé.
01:58On a des jeunes gens de 18-35 ans qui sont dans une forme de désenchantement pour toute la chose électorale et politique.
02:05La grande question, c'est comment on les intéresse à cela ?
02:07Qu'est-ce qui leur parle ?
02:08Et je crois qu'aujourd'hui, la gauche, comme toutes les autres parties, on le voit, ce n'est pas exclusivement une problématique de gauche.
02:14C'est une problématique de la classe électorale politique.
02:16C'est une problématique qui concerne l'ensemble des appareils politiques.
02:20C'est comment on construit cette forme de réenchantement pour la chose électorale.
02:24Mais en travaillant sur les populations, en travaillant sur les plus jeunes, comment on les intéresse.
02:29Qu'est-ce qui leur parle ? Quelles sont leurs attentes ? Quelles sont leurs demandes sociales de Côte d'Ivoire ?
02:33Je crois que là, notre personnel politique semble être dans une forme d'incapacité à comprendre cela.
02:40Et donc, quand c'est comme ça, il faut prendre justement le temps de parcourir ameaux, villages et campagnes sur cinq ans, sur dix ans,
02:49amener les gens à ne plus se mobiliser essentiellement autour de leur peur.
02:53Parce que vous voyez, pendant de longues années, on a démarché les gens sur leur peur, sur leurs identités et sur leur peur.
02:58On est convaincu que tant qu'on n'a pas quelqu'un dans le secte de pouvoir, on ne bénéficie pas.
03:02Et donc, tant qu'on n'a pas un cadre qui est dans le parti au pouvoir, qui gouverne, on n'est pas sûr d'avoir une route, on n'est pas sûr d'avoir une école.
03:10Et c'est même le marketing qui est fait de ces choses-là.
03:12Que ce soit la droite ou les autres, tout le monde a déjà exercé d'une certaine façon le pouvoir.
03:16Et les populations ont eu le temps de voir les faiblesses et les limites des uns et des autres.
03:20Même le parti au pouvoir a montré aussi ses limites dans certaines localités où il y a une forme de désenchantement,
03:26où les gens ne croient plus en cette possibilité que, voilà, tant que c'est nous qui sommes là, c'est nous qui avons le sentiment de jure de l'État.
03:31Vous l'avez bien dit, le constat est similaire du côté libéral de la scène politique,
03:35puisque les divisions au sein du PDCI et surtout l'absence prolongée de son nouveau président, Idiane Cham,
03:41ont fait perdre à l'ancien parti unique la moitié de ses députés en seulement cinq ans.
03:46La preuve, selon vous, que le parti peine à se remettre de la mort de son ancien chef charismatique, Henri Conan Bédier ?
03:51Est-ce que le parti a une capacité de se réinventer, de se structurer un électorat ?
03:56Donc la grande question c'est, qu'est-ce qu'on propose aux gens ?
03:58Est-ce qu'on part sur cette forme de division ethnique de l'électorat,
04:03où on part du principe qu'il y a un électorat à camp, captif ou alors ailleurs, etc.
04:07Je crois qu'aujourd'hui ce n'est plus la même chose.
04:10Les gens sont en demande d'autres choses.
04:11Et c'est là où je crois que, voilà, le PDCI a tout un travail à faire.
04:16Vous voyez, on a toute cette jeunesse-là.
04:17On dit qu'elle représente 70% de la population.
04:20Mais dans une sorte d'angle mort, on est sur l'idée d'héritage historique,
04:25on est sur l'idée qu'il suffit d'un nom pour que les gens sortent.
04:28Cela ne suffit plus.
04:29On peut aussi parler du parti au pouvoir RHDP qui n'a jamais été aussi puissant.
04:34Mais là aussi, et malgré l'âge avancé du président Alassane Ouattara,
04:38aucune figure ne semble faire pour l'instant en tout cas l'unanimité
04:40pour incarner un nouveau leadership.
04:42C'est vrai, Kouamé, est-ce que ce n'est pas là une page qui se tourne dans l'histoire politique ivoirienne
04:47qui, depuis 30 ans, tourne essentiellement autour de Ouattara, Bagbo et Bédier ?
04:51Au-delà de ces figures, c'est même un système politique.
04:55Et je crois que c'est beaucoup plus qu'une page qui devrait se tourner.
04:59C'est plutôt un système qui rentre en crise.
05:01On voit toute la difficulté que, de part et d'autre, on a à trouver une nouvelle figure.
05:06Donc pour moi, c'est véritablement, aujourd'hui, la crise de ce modèle de gouvernance,
05:10de ce modèle de fonctionnement politique,
05:12qui appelle à une autre démarche.
05:14Sinon, la sanction, elle sera là et on le voit.
05:18C'est des taux de participation complètement faibles.
05:20C'est des taux de participation complètement étriqués
05:23dans des espaces qui sont supposés être des espaces bastions.
05:27Mais c'est vrai, Kouamé, est-ce qu'il n'y a pas, justement,
05:29vous parlez d'un système politique en crise,
05:31mais quel héritage pourrait-il laisser à la jeune garde politique ivoirienne
05:37quand on sait qu'eux-mêmes ont été baignés dans ce système,
05:40aujourd'hui en crise, comme vous le définissez ?
05:42Quand on parle de jeunes gardes, ça me fait rigoler.
05:44C'est les mêmes qui, depuis 30 ans, sont autour des mêmes figures.
05:47On a des octogénaires, on a des gens qui, presque tous, sont entre 70 ans.
05:53C'est les mêmes.
05:54Donc il n'y a pas de jeunes gardes.
05:55Il y a certainement, entre guillemets, des jeunes loups,
05:58mais il faut encore avoir une bonne définition de ce que c'est qu'être jeune loup
06:01dans ces environnements où presque tout le monde est octogénaire.
06:06Voilà, donc le gros défi, c'est ça, quoi.
06:09Maintenant, est-ce que ces mouvements-là, ces partis ou ces groupements politiques
06:13font de la place à ceux qu'on appelle jeunes, les vrais jeunes ?
06:17C'est qui les jeunes de ces partis ?
06:18On est dans des situations où les présidents de jeunesse de ces partis ont 50-70 ans.
06:24Est-ce que c'est ça, les jeunes ?
06:25Donc il y a véritablement aussi un travail intérieur à faire sur, justement,
06:28est-ce qu'on ouvre l'espace ?
06:30On n'a jamais vu autant de candidats indépendants se présenter à des législatives.
06:33Bon, même s'il n'y a pas eu vraiment de miracle,
06:35ils n'ont pas non plus pris plein de sièges à l'Assemblée.
06:37Mais est-ce que finalement, ça ne viendrait pas de cette jeunesse
06:41qui veut s'affirmer par ses propres idées à la marge des partis
06:44et aussi peut-être par une société civile qui peine à s'imposer en Côte d'Ivoire quand même ?
06:50Je crois que ces jeunes gens ont le mérite d'avoir essayé.
06:52C'est presque par frustration que ces jeunes gens-là sont sortis
06:55et sont allés faire battre campagne en tant qu'indépendants.
06:59Donc il y a cela.
07:00L'autre chose, quand on regarde le profit des quelques personnes
07:02qui ont été élues en tant qu'indépendants,
07:06c'est des gens qui, en dehors du séril politique, ont fait leur preuve.
07:10On a des jeunes entrepreneurs, vous voyez les jumeaux suprêmes au niveau de Divo,
07:15c'est des jeunes gens qui sont dans l'entrepreneuriat,
07:17qui ont fait leur preuve au part de la population,
07:19qui ont su répondre à une demande sociale,
07:21qui ont su répondre à des attentes de population.
07:23Il y a la question de, est-ce que les gens sont en capacité de prendre des risques
07:26lorsqu'on est en capacité de se construire par la marge
07:29et qu'on laisse des traces ?
07:31Sur 10 ans, sur 15 ans, il y a de bonnes chances qu'on soit la personne
07:35que les populations adourent à la fin par travers leur vote.
07:38Donc voilà, je crois qu'aujourd'hui, même si la moisson semble maigre,
07:42elle est quand même l'idée que...
07:44Elle est la preuve de ce qu'il y a quand même de l'espoir.
07:46Il y a quand même de l'espoir qu'un personnel politique émerge.
07:50Et à travers justement un discours qui est alternatif,
07:52parce que le discours traditionnel, c'est de dire
07:54« c'est le chef de l'État qui m'envoie, c'est le chef du parti qui m'envoie ».
07:57Ces personnes ont démontré que, sans être des envoyés,
08:01pour parler comme les Ivoiriens,
08:02ils sont en capacité de s'envoyer par eux-mêmes.
08:04Merci d'avoir répondu à RFI, Séverin Kouamé.
08:06Merci, Cédi, et puis c'était un plaisir.
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