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00:00– Bonjour, il aura fait vivre une nouvelle semaine de cauchemars aux Européens,
00:12la pire peut-être depuis son retour à la Maison-Blanche il y a tout juste un an.
00:16Donald Trump a martelé sur tous les tons son intention d'annexer le Groenland
00:20avant subitement de changer d'avis, plus question d'un recours à la force ou au dollar.
00:26Washington envisage désormais un accord via l'OTAN.
00:29Est-ce vraiment la fin de l'histoire ? Et pourquoi en est-on arrivé à un tel psychodrame ?
00:34Vous nous donnerez votre point de vue d'ancien directeur du Centre des Hautes Études Militaires,
00:40vice-amiral Michel Olagaraï.
00:42Mais avant cela, revenons en image à la journée qui a tout fait basculer.
00:46C'était mercredi à Davos, dans les Alpes-Suisses,
00:48à la station qui accueille chaque année la fine fleur des politiques et des chefs d'entreprise,
00:52avec en invité vedette cette fois Donald Trump,
00:55venu dire tout le mal que lui inspirent les Européens.
00:58Luke, il y est là.
01:01En quelques heures, Donald Trump a fait volte-face.
01:05Mercredi après-midi, le président américain dit à nouveau vouloir acquérir le Groenland.
01:09Mais dans la soirée, après une rencontre avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Routte,
01:14changement de ton radical, il annonce un futur accord.
01:17C'est un accord que les gens ont accepté sans hésiter.
01:22C'est vraiment fantastique pour les Etats-Unis.
01:24Nous obtenons tout ce que nous voulons, notamment une véritable sécurité nationale et internationale.
01:29Il inclut toujours que les Etats-Unis prennent possession du Groenland comme vous le souhaitiez ?
01:35C'est un accord à long terme.
01:40C'est l'accord à long terme ultime.
01:42Et je pense qu'il place tout le monde dans une très bonne position.
01:44En particulier en ce qui concerne la sécurité, les minéraux et tout le reste.
01:51D'après CNN, ce futur accord prévoit de renégocier le traité de 1951
01:56qui donne pourtant une très grande marge de manœuvre à l'armée américaine au Groenland.
02:01Pour le secrétaire général de l'OTAN, remettre en cause la souveraineté danoise sur le Groenland
02:06n'est en tout cas plus au programme du président américain.
02:09Cette question n'a pas été abordée lors de mes discussions avec le président ce soir.
02:15Il se concentre sur ce que nous devons faire pour protéger cette immense région arctique
02:19où des changements sont en cours, où les Chinois et les Russes sont de plus en plus actifs.
02:23C'était vraiment le sujet principal de nos discussions.
02:30Amiral Olagarin, n'est-ce pas là le revirement de trop ?
02:33Est-ce que Donald Trump sur ce énième changement de pied n'a pas perdu ce qui lui restait encore de partisan ?
02:39Ici même en Europe, à savoir pour l'essentiel, les souverainistes.
02:44Vous savez, revirement de trop, je pense qu'il ne faut pas s'avancer
02:47parce qu'avec Trump, il y aura encore de multiples revirements, de multiples assauts
02:52et il continuera de déstabiliser à peu près toutes les forces,
02:55y compris ceux qui le soutenaient, que parfois il déçoit d'ailleurs.
02:59Donc revirement, non.
03:02Simplement, il faut voir que Trump avance sur plusieurs fronts à la fois
03:05et que lorsque un front s'épuise ou il subit un léger revers,
03:09il se lance sur un autre front.
03:10Donc il noie le poisson d'une façon assez extravagante,
03:13ce qui nous sidère tous.
03:15Néanmoins, c'est le chef de la plus grande puissance économique et mondiale
03:18et tout le monde est obligé de l'équipter, comme à Davos,
03:20où il a fait une OPA sur cet événement.
03:23Il y a néanmoins un problème de crédibilité désormais aux yeux de nos adversaires.
03:27Peut-on aller jusqu'à se menacer entre alliés sur des enjeux aussi essentiels
03:31que la souveraineté territoriale pour finalement faire volte-face ?
03:34Alors je crois qu'effectivement, le grand problème des Américains,
03:37des États-Unis plutôt maintenant, c'est un problème de crédibilité.
03:41Parce que d'un revers de main, Trump balaie toutes les conventions,
03:44tous les accords.
03:45Quelle crédibilité pouvons-nous avoir envers celui qui était un pays
03:49qui était notre allié, qui nous soutenait face à une Russie
03:52qui reprend peut-être un peu l'ambition de l'ancienne URSS ?
03:56Quand nous nous tournons pour nous défendre vers l'Est,
03:59et brutalement de l'Ouest nous vient une menace
04:01qui, d'une certaine façon, peut aussi faire éclater l'OTAN
04:05qui est le bras armé européen occidental, en tout cas,
04:09pour contenir les ambitions russes de Poutine.
04:11Et cet intérêt pour le Groenland devenu obsessionnel chez Donald Trump,
04:15il provoque quel type de réaction outre-Atlantique aux États-Unis
04:18où se trouve aussi le siège de l'ONU, Sarah Andersen ?
04:22Il y a d'abord un soulagement ici,
04:24après l'exclusion explicite de l'usage de la force au Groenland.
04:27Mais à New York, et notamment dans les cercles diplomatiques proches de l'ONU,
04:32l'inquiétude demeure très forte.
04:34Même si le dossier n'est pas officiellement traité dans les couloirs des Nations Unies,
04:38il alimente de nombreuses discussions en marge.
04:41La crainte porte avant tout sur la solidité des alliances américaines
04:45et plus largement sur une remise en cause des normes internationales.
04:49Alors, dans les médias américains, le ton est particulièrement sévère.
04:52Par exemple, le magazine The Atlantic qualifie cette obsession groenlandaise
04:56d'épisodes disgracieux et honteux.
04:59Et puis sur le plan politique, les ambitions de Donald Trump ont globalement suscité
05:03l'incrédulité et la consternation chez les démocrates évidemment,
05:07mais aussi au sein du camp Trump à Washington.
05:10A l'inverse, certains républicains proches du président y voient une démonstration de fermeté,
05:16fidèle à la doctrine America First.
05:18Et ils présentent l'accord évoqué par Donald Trump avec l'OTAN
05:21comme une victoire pour les intérêts américains.
05:24Ils estiment que la pression exercée par Donald Trump a contraint les alliés à coopérer.
05:30Amiral, quel intérêt présente le Groenland d'un point de vue stratégique ?
05:35Alors, son intérêt est renouvelé.
05:38Et renouvelé parce que du temps de la guerre froide, bien sûr, c'était un poste avancé.
05:42Il y avait environ 15 000 à 17 000 soldats américains au Groenland.
05:45Mais maintenant, la menace que Trump commence à bien stigmatiser,
05:52c'est bien celle de la Russie nouvelle.
05:53Bien que Poutine soit un ami intime qu'il adore, bien évidemment,
05:56bien qu'il soit un peu stupide aussi, d'après ses dire, bien sûr,
06:00quand même la Russie est désignée comme celui qui peut lancer des fusées
06:03très très puissantes sur les États-Unis et sur le monde occidental.
06:08Donc, il faut s'en prémunir et il faut donc essayer de revitaliser cette avancée
06:15tout en sachant que quand même, le territoire, la mer arctique est bordée principalement
06:21par les terres de la Russie et que les États-Unis, eux, n'ont que le bout d'Alaska.
06:25Ils aimeraient bien avoir tout le reste qui est contrôlé, qui appartient au Canada, bien sûr,
06:29et bien sûr, reprendre ce Groenland qui n'est qu'un morceau de glaçon, d'après lui,
06:34mais qui recèle bien d'autres richesses.
06:36Donc, si vous voulez, il y a cet intérêt-là, il y a aussi d'autres intérêts, bien sûr,
06:39que recèle cette mer arctique, bien sûr, et puis aussi,
06:42qu'est-ce que c'est que cette nouvelle route, les eaux froides ?
06:45La Russie a toujours été obsédée par l'accès aux eaux chaudes pendant très longtemps
06:49parce qu'on ne pouvait commercier mondialement que par les eaux chaudes,
06:52d'où son intérêt pour la mer Noire, la Méditerranée, etc.,
06:54qui est un peu contrecarré actuellement, d'ailleurs, et c'est ce qui l'agace beaucoup.
06:58Il n'empêche que maintenant, avec les Chinois,
07:00la flotte de brise-glace russe qu'ils possèdent encore
07:04et qu'ils augmentent, bien sûr,
07:07eh bien, cette route-là s'ouvre.
07:09C'est une route commerciale importante.
07:10C'est donc un atout économique majeur.
07:13Et il me semble que contrôler cette route-là
07:16est aussi un objectif de la puissance américaine,
07:19comme ce doit être également un objectif pour les Européens.
07:22L'unique base américaine, alors qu'il est au Groenland,
07:24celle de Pitufik,
07:25elle est un élément vital du système de défense antimissiles américain aujourd'hui ?
07:29Elle est un élément important.
07:31On peut le compléter.
07:32Il doit avoir envie de la compléter par d'autres bases avancées,
07:36essentiellement de détection.
07:38On peut penser peut-être qu'il y installerait quelques armes.
07:42Ça serait peut-être étonnant parce qu'il n'en a pas besoin.
07:44Les armes sont stockées sur le territoire des États-Unis
07:46et leur allonge, c'est d'ailleurs la distance à laquelle ils peuvent frapper,
07:50bien sûr, est largement suffisante.
07:51Donc moi, il me semble que l'avantage du Groenland,
07:55c'est de pouvoir rapprocher dans ce domaine-là
07:58et vers l'ouest aussi,
07:59une certaine quantité de capteurs
08:01qui pourraient prévenir,
08:03attendent bien sûr et anticiper
08:05toutes les frappes de missiles adverses.
08:07Pour mieux protéger le territoire des États-Unis,
08:09éventuellement les frappes,
08:09pour mieux protéger aussi l'ensemble de l'Occident,
08:11ou ce n'est pas l'enjeu ?
08:12Écoutez, pour Trump, c'est America first.
08:15Donc l'Occident, oui, éventuellement,
08:17si l'Occident veut bien payer.
08:18C'est en tout cas le cœur des préoccupations
08:22affichées par Donald Trump,
08:23la menace que feraient peser la Chine et la Russie
08:26sur le territoire américain
08:28via le Groenland d'Alila Gomery.
08:30Oui, selon le président américain,
08:32le Groenland serait entouré de destroyers,
08:35de sous-marins russes et chinois.
08:36Or, pour l'heure, aucun navire militaire chinois ou russe
08:40n'a été repéré autour du Groenland.
08:42Et pour cause, vous le voyez sur cette carte,
08:45le Groenland est entouré de pays de l'OTAN.
08:47Il y a ici l'Islande, le Canada ou encore les États-Unis.
08:51La Russie et la Chine sont bel et bien présents dans l'Arctique,
08:55mais plutôt dans cette zone du Grand Nord
08:58où ils s'activent grâce notamment à cette route maritime
09:02que vous voyez ici en pointillé,
09:04qui se dégage grâce à la fonte des glaciers,
09:06ce qui permet de mieux circuler,
09:08de raccourcir les parcours entre l'Asie et l'Europe
09:10et donc de faciliter les échanges.
09:13Pékin et Moscou ont des intérêts communs dans ce Grand Nord.
09:16La Russie y a particulièrement renforcé ses capacités militaires,
09:20a rouvert des bases et exporte aussi une partie de ses hydrocarbures en Asie.
09:26Quant à la Chine, elle a beaucoup investi dans les infrastructures de transport,
09:29d'énergie, de recherche et même dans le domaine militaire.
09:34Et écoutez, c'est cette coopération sino-russe qui inquiète Washington
09:39et c'est ce que Donald Trump qualifie de menaces militaires imminentes sur l'île.
09:44– Merci Dalila Gomery, on vous retrouve dans un instant.
09:47En tout cas, Amiral, l'accord auquel dit travaillé Marc Rutteux,
09:52le secrétaire général de l'OTAN, il viserait à garantir que ni la Russie
09:56ni la Chine ne puissent s'implanter économiquement ou militairement au Groenland.
10:00Ça vous semble possible, réaliste ?
10:02– C'est un peu compliqué, d'autant que, d'après ce que nous en savons,
10:06ni le Danemark ni le Groenland, qui est un territoire un peu autonome quand même,
10:11ne sont partie prenante de cet accord et que M. Rutteux
10:15n'est absolument pas mandaté pour négocier.
10:17Alors, on peut penser qu'il a sorti une épine du pied du pauvre président Trump
10:20qui s'était peut-être un peu avancé en disant qu'il voulait l'acheter
10:23ou annexer complètement le Groenland.
10:25Il n'empêche que c'est un problème quand même extraordinairement important
10:29et on ne voit pas très bien comment il pourrait faire autrement
10:33que de négocier, sans parler d'extraterritorialité.
10:39Mais l'OTAN a quand même ouvert cette route-là.
10:43Et quand on rajoute à cela qu'un exercice d'OTAN a été proposé au Groenland,
10:49avec bien sûr plus que la pluie de la France,
10:52on peut penser qu'il y a là une voie.
10:54Parce qu'avec Trump, le problème, c'est qu'il faut toujours trouver une voie
10:57dans son exercice de génie du deal.
11:00Donc, il faut que là aussi, les pays européens trouvent leur position,
11:05puissent défendre leurs valeurs, mais un peu plus que leurs valeurs,
11:08parce que c'est fondamental.
11:09Les problèmes des frontières et des possessions territoriales sont essentiels.
11:13Ça va même presque au-delà des valeurs.
11:15Et cela, l'Europe ne pourra pas accepter qu'il y ait quelques entorses,
11:21si vous voulez, dans ce domaine-là.
11:22Il est donc aujourd'hui question, on l'a compris,
11:24de revisiter l'accord de défense de 1951,
11:27par lequel les États-Unis maintiennent une présence militaire au Groenland,
11:30tout en reconnaissant la souveraineté du Danemark sur ce territoire.
11:35À Pitufik, l'accord de sécurité donne des pouvoirs importants à Donald Trump.
11:39On voit ça avec Alice Broga.
11:40C'est un territoire dont Donald Trump veut s'emparer à tout prix,
11:45au nom, dit-il, de la sécurité nationale.
11:49Actuellement, le Groenland est sillonné de navires russes et chinois.
11:52Nous avons besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale,
11:55et le Danemark ne pourra pas nous l'assurer, j'en suis certain.
11:58Et le Danemark ne pourra pas nous l'assurer, je peux vous dire.
12:01Donald Trump a pourtant déjà la possibilité d'y renforcer la présence américaine,
12:05car les États-Unis disposent d'un accès militaire garanti sur l'île depuis 75 ans.
12:11Leur présence au Groenland remonte à la Seconde Guerre mondiale.
12:14En 1941, Washington obtient le droit d'y construire des bases militaires
12:18pour défendre le territoire d'éventuelles agressions allemandes.
12:21Il y crée la base de Pitufik, toujours en activité aujourd'hui.
12:25Puis, durant la guerre froide, les États-Unis, alliés du Danemark au sein de l'OTAN,
12:29maintiennent leur présence sur l'île.
12:31C'est l'accord de 1951.
12:32Il définit des zones de défense dans lesquelles les États-Unis
12:36peuvent construire des installations et stationner du personnel pour protéger les lieux.
12:40Les États-Unis y administrent une dizaine de bases et y déploient jusqu'à 6 000 soldats.
12:45Objectif, contrer la menace soviétique et notamment le risque d'un survol de l'île
12:49par un missile se dirigeant vers l'Amérique du Nord.
12:52Après la chute de l'URSS, la plupart des bases sont fermées,
12:55mais l'accord militaire est toujours en vigueur.
12:58Le texte est même actualisé en 2004.
13:00Le gouvernement local du Groenland devient lui-même signataire de l'accord.
13:04Et les États-Unis sont tenus de consulter et d'informer le Danemark et le Groenland
13:08pour toute modification significative de leurs opérations sur l'île.
13:12Dans les faits, les autorités locales ont toujours satisfait aux requêtes américaines.
13:16Les États-Unis prétendent avoir besoin du Groenland pour leur sécurité nationale.
13:24Mais l'accord en vigueur, ainsi que la bonne volonté politique qui accompagne sa mise en œuvre concrète,
13:29font que les États-Unis pourraient probablement obtenir à peu près tout ce dont ils ont besoin au Groenland
13:34en le demandant simplement poliment.
13:36Les États-Unis pourraient donc simplement augmenter le nombre de soldats sur place en informant leurs alliés,
13:46mais sans s'emparer de ce territoire attaché à la couronne danoise depuis près de 300 ans.
13:53Amiral, si d'aventure un pouvoir moins favorable aux États-Unis s'installait un jour au Danemark,
13:59on pourrait comprendre les craintes américaines de voir leur présence remise en cause au Groenland ?
14:04Écoutez, pour l'instant, ce qu'on peut dire, c'est que c'est plutôt l'administration de Trump
14:08qui remet en cause absolument tout ce que les États-Unis ont signé depuis un certain nombre d'années.
14:13On ne compte plus le nombre de conventions au Groenland qu'il a balayées d'un revers de main.
14:17Donc, si vous voulez, la menace qu'un petit pays comme le Danemark
14:21ou une union aussi faible militairement, militairement simplement que l'Union européenne,
14:27puisse appliquer à cette convention-là le traitement qu'a fait subir Trump à toutes les autres conventions,
14:32ça n'est pas vraisemblable.
14:35En revanche, nous devons tous craindre que chaque fois qu'ils signent une convention,
14:39les États-Unis ne les respectent pas.
14:41Et cela même a dévalorisé complètement la parole des États-Unis
14:46et le mal que fait M. Trump aux États-Unis dans la confiance que peut avoir le monde
14:51dans l'action des États-Unis est absolument considérable et désastreuse.
14:56Alors, l'accord, justement, dont il est question à présent, envisagerait, de ce que l'on en sait en tout cas,
15:02de céder des parcelles de souveraineté aux États-Unis, à commencer par celle sur laquelle repose cette base de pitoufique,
15:08un peu à l'image, en s'inspirant du moins de ce que les Britanniques ont obtenu à Chypre.
15:13Cet exemple, il est réplicable ailleurs.
15:16Remarquez, on a Guantanamo aussi.
15:18Donc, les États-Unis...
15:19Sur l'île de Cuba.
15:20Voilà. Les États-Unis sont d'une plasticité extraordinaire lorsqu'il faut inventer quelque chose
15:25parce que la force le permet.
15:27Tout simplement.
15:28Le droit international, on a l'impression, a été bafoué, bien sûr, par Poutine en attaquant l'Ukraine,
15:33par bien d'autres encore, bien sûr.
15:34Mais là, il est complètement foulé au pied par Trump.
15:37Donc, inventer extraterritorialité, rachat de gigantesques territoires comme le Groenland
15:43ne le gêne absolument pas.
15:45Simplement, il a retrouvé quand même, en face de lui, une Union européenne relativement regroupée
15:49et qui a quelques arguments à faire valoir.
15:52Donc, si vous voulez, moi, il me semble qu'on devrait trouver,
15:56il devrait trouver un modus vivendi avec, comme l'a dit l'intervenant précédent,
16:03avec un peu plus de politesse, si vous voulez.
16:05S'il demandait gentiment, il aurait tout ce qu'il veut.
16:08Mais pas du territoire.
16:10En revanche, des installations, autant qu'il aura besoin,
16:13dans la mesure où il pourra prouver qu'effectivement c'est réel
16:16et s'il oublie un peu tous les mensonges qu'il prodigue à longueur de discours,
16:21parce qu'autour du Groenland, il n'y a pas des multitudes de navires chinois, russes, etc.
16:26Poutine vient de dire, d'ailleurs très poliment, on n'est pas obligé de le comprendre non plus,
16:29que, bien sûr, le Groenland ne l'intéressait pas.
16:32Oui, encore faut-il convaincre les Groenlandais eux-mêmes et les Danois,
16:35sans parler des Européens, échaudés par la multiplication des déclarations agressives de la part de Donald Trump.
16:42Les 27 ont maintenu leur sommet extraordinaire, convoqué initialement pour répondre à la menace de droit de douane supplémentaire
16:48agitée par le président américain, Alix Le Bourdon.
16:51Le sommet de jeudi avait initialement été convoqué en urgence par les Européens
16:56à la suite des menaces tarifaires de Donald Trump vis-à-vis de plusieurs pays européens
17:01après leur soutien au Groenland.
17:04Mais après le changement de cap soudain américain,
17:06les Européens sont soulagés mais ne veulent pas être dupes
17:09et se préparent déjà à la prochaine menace.
17:11Lors de ce sommet, les discussions ont beaucoup tourné autour de l'accord trouvé
17:15entre le chef de l'OTAN, Marc Rutteux, et Donald Trump au sujet du Groenland.
17:20La première ministre danoise s'est dite ouverte au dialogue,
17:24notamment en ce qui concerne la renégociation de l'accord de défense de 1951
17:29qui permet notamment aux États-Unis d'exploiter des bases au Groenland.
17:34L'OTAN, comme le Danemark, reconnaissent qu'ils doivent renforcer leur engagement dans l'Arctique.
17:40D'autres éléments s'apparentent plus pour le moment à des intentions
17:44qu'à de véritables engagements fermes,
17:46notamment un accord selon lequel les États-Unis et l'Union européenne
17:50ne s'imposeraient pas l'un l'autre de nouveaux droits de douane,
17:54mais également la création d'un organisme chargé de surveiller
17:58les droits d'exploitation au Groenland pour éviter qu'une autre grande puissance,
18:02comme la Chine ou la Russie par exemple,
18:05ne remporte la course aux ressources.
18:09Amiral, la France a proposé ces derniers jours
18:11de lancer un exercice militaire au Groenland sous l'égide de l'OTAN.
18:15Est-ce toujours d'actualité d'après vous ?
18:17Plus que jamais.
18:18Il me semble même que c'est moins risqué que le précédent exercice,
18:22Arki Kenderhans, où il y avait une trentaine de militaires français
18:25et deux Allemands qui ont été vite retirés d'ailleurs par le chancelier Mers,
18:29car cela risquait de fâcher fort M. Trump.
18:31Vous avez compris d'ailleurs cette décision ?
18:33Écoutez, ce sont les intérêts allemands,
18:36et d'ailleurs M. Mers a dit que la France et l'Allemagne
18:38n'ont pas forcément tout à fait les mêmes intérêts,
18:41parlons d'exportation de voitures, d'automobiles, etc.
18:44Donc les intérêts sont...
18:46Mais il semble bien qu'il ait insisté par la suite
18:48sur la convergence sur un certain nombre de domaines.
18:52Donc bon, si vous voulez...
18:54L'OTAN en tout cas vous semble nécessaire,
18:56plus que jamais nécessaire au Groenland.
18:57C'est une manœuvre intéressante, voire même intelligente,
19:00si je peux me permettre.
19:01Parce qu'elle met M. Trump en face de ces contradictions.
19:05Il appartient à l'OTAN, 16% du budget de l'OTAN,
19:08la colonne vertébrale de l'OTAN.
19:09Sans les États-Unis, l'OTAN n'existe pas.
19:12Et en même temps, on lui propose d'aller sur ce territoire
19:14pour le défendre, puisqu'il dit lui-même
19:15le Danemark ne peut pas le défendre.
19:17Ce qui est vraisemblable d'ailleurs.
19:19L'Allemagne, le Danemark, ça ne peut pas.
19:21Mais là, on lui dit, mais écoutez, voilà,
19:24on vous offre ceci, et surtout dans la légalité.
19:27Parce que lorsqu'on compare ce qui a été dit,
19:29cet accord, M. Root ne l'a pas négocié.
19:31M. Root n'a absolument aucun mandat,
19:33ni des Groenlandais, ni des Danois,
19:35pour négocier un accord.
19:36Donc il a offert, comme on le disait tout à l'heure,
19:39une porte de sortie relativement élégante
19:41à M. Trump, mais c'est à peu près tout.
19:43Et de toute façon, il obtiendra ce qu'il veut,
19:45à condition que ce ne soit pas du territoire.
19:47Et alors, répliquer quelconque modèle,
19:52ça n'est même pas la peine.
19:54Il peut inventer le modèle qu'il veut.
19:56Il peut dire, je vais l'acheter,
19:57et puis en définitive, se rattraper sur deux ou trois bases,
20:01simplement, mais avec des accords solidement conclus,
20:04et en particulier sur les responsabilités juridiques
20:07et de respect de la nature,
20:09auxquelles les Danois et les Groenlandais sont extrêmement attachés.
20:11L'autre motif peut-être moins avouable de Donald Trump
20:15est l'exploitation de minerais.
20:17De quelles richesses dispose le Groenland, Alila Gomery ?
20:20Écoutez, le territoire regorge de richesses naturelles
20:24comme le pétrole, le gaz.
20:26Il y a aussi de l'or, du diamant, du cuivre.
20:29Et surtout, le Groenland abrite
20:31quelques 36 millions de tonnes de terres rares,
20:35très recherchées pour les industries de haute technologie
20:38et de la défense.
20:39On estime entre 12 et 25% les réserves présentes au Groenland,
20:44un trésor qui pourrait permettre aux Américains,
20:46mais aussi aux Européens,
20:48de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine,
20:51sauf que toutes ces richesses, eh bien,
20:52sont largement sous-exploitées
20:54à cause d'une situation géographique et géologique compliquée.
21:00Le Groenland ne dispose pas non plus d'infrastructures adaptées
21:03et à ce jour, seules des licences d'exploration sont accordées,
21:08et non pas des licences d'exploitation.
21:11À cela, on s'ajoute une législation assez restrictive,
21:14puisqu'un moratoire de 2021 interdit d'exploiter les hydrocarbures
21:21et l'uranium pour des raisons purement écologiques.
21:24Il n'empêche que Donald Trump lorgne toujours sur ce trésor polaire.
21:30Reste maintenant à voir si toute cette escalade autour du Groenland
21:33n'était pas là encore un moyen d'obtenir par la négociation,
21:36in fine, l'accès à toutes ces richesses du Groenland.
21:40– Merci, Dalila Gomery.
21:42Amiral, c'est là aussi un enjeu stratégique pour le Danemark
21:45et ses alliés européens, ne pas céder aux visées américaines
21:49sur ses actifs stratégiques, sur ses richesses naturelles.
21:52– Il y a toujours un volet économique,
21:54mais ce n'est pas un volet d'enrigissement personnel
21:56dans la démarche du président Trump.
21:58Les minéraux rares, Trump l'a dit dans son discours,
22:01d'ailleurs, il a dit, mais les minéraux ne manquent pas tellement.
22:04Ceux qui manquent, ce sont les capacités d'extraction
22:07et de traitement de ces minéraux.
22:08Or, il faut savoir que le traitement de ces minéraux
22:10est extraordinairement polluant.
22:13C'est en partie pour cela, d'ailleurs,
22:14que tout cela a été un peu renvoyé vers la Chine,
22:17qui était l'usine de l'Europe et du monde entier.
22:20Ils ont les terres rares, ils savent les traiter
22:23et surtout, ils se moquent un peu de la pollution.
22:26Alors, Trump aussi s'en moque un petit peu.
22:28Je crois savoir qu'il a quand même,
22:30il a balayé là aussi quelques traités sur le climat
22:35et sur l'évolution de la pollution dans le monde.
22:37– Nous en savons quelque chose.
22:39– Voilà, nous en savons quelque chose.
22:40Donc, si vous voulez, lui, son problème, c'est aussi,
22:42il voudrait implanter vraisemblablement des unités
22:46de traitement au Groenland.
22:48Or, nous savons que là, c'est peut-être une ligne rouge
22:51pour les Groenlandais.
22:52Ils vivent en communion avec la nature.
22:54D'après ce qu'on m'a dit, je suis peu allé au Groenland.
22:57Mais la Marine nationale y envoie très souvent des bâtiments.
23:00Nos bâtiments modernes, et j'en finirai par là,
23:02font tous, dans leur traversée de longue durée,
23:04avant d'être acceptés par la Marine,
23:05de grands séjours dans les zones froides.
23:07Et ce, depuis longtemps.
23:08Ce qui signifie quand même que la France et sa Marine,
23:12bien évidemment, s'intéressent depuis très longtemps
23:13à ce qui se passe dans ces mers-là,
23:15qui sont aussi des routes de passage,
23:18des bâtiments sous-marins nucléaires et autres russes
23:21qui partent de moursements, qui font le tour.
23:23Donc, ce sont des zones que l'on connaît,
23:25ce sont des zones dont on entretient la connaissance,
23:30mais ce sont des zones qui sont très préservées.
23:32Et ça, je crois que là, les Danois et les Groenlandais
23:36sont très attachés à cette préservation.
23:38Est-ce qu'ils pourront résister aux pressions extraordinaires
23:42que va faire peser Trump sur eux ?
23:43Ça, c'est une autre question.
23:44Nous le verrons à l'avenir.
23:45Oui, un milieu très préservé,
23:47où la présence américaine n'a pas laissé que de bons souvenirs.
23:50En 1968, en pleine guerre froide,
23:53un bombardier B-52 transportant des bombes à hydrogène
23:55s'est écrasé sur la banquise,
23:57à proximité de la base aérienne de Pitoufik,
23:59autrefois culé.
24:00Les travailleurs danois appelaient à nettoyer les débris
24:02ont par la suite développé des cancers et des maladies chroniques
24:05attribuées à leur exposition au plutonium.
24:08Retour sur ce drame longtemps occulté.
24:12C'est un B-52, comme sur ce film d'amateurs de l'époque,
24:16qui s'est écrasé le 21 janvier 68.
24:18Les 4 bombes atomiques qui étaient à bord se sont disloquées.
24:22La neige, la glace, les débris de l'appareil
24:25sont contaminés par la radioactivité.
24:28Des centaines d'ouvriers danois et groenlandais
24:30sont alors chargés de récupérer tout sans aucune précaution.
24:3450 000 tonnes de débris et de neige contaminés
24:37seront expédiées aux États-Unis dans des containers.
24:41Dans l'année qui va suivre,
24:4298 personnes sur 1202 employés de la base vont mourir.
24:47Un taux de mortalité de 40% supérieur à la normale.
24:51Dans quelques jours, cette affaire tombera sous le coup de la prescription,
24:5420 ans après.
24:56Alors, une vingtaine de personnes,
24:58employées à l'époque par l'armée américaine,
25:00pour certaines atteintes de leucémie,
25:02témoignent, portent plainte et demandent des dommages et intérêts.
25:05Amiral, on comprend en visionnant ces images
25:10la méfiance d'une partie des Danois et des Groenlandais
25:13envers les États-Unis.
25:14Oui, on le comprend tout à fait envers cette arme
25:16qui est quand même très polluante, difficile à maîtriser.
25:20On le voit bien en Ukraine avec tous les centrales
25:24qui, bien sûr, dont certaines ont explosé,
25:27dont d'autres sont exposées.
25:29Dans le sud de l'Espagne, il y a eu aussi un accident de ce type-là.
25:32Et il a fallu récupérer, je crois que toutes les armes ont été récupérées,
25:35je ne suis pas tout à fait certain.
25:36Mais dans nos pays développés, cela peut se produire aussi.
25:39On n'en entend plus parler, je pense qu'on va à nouveau
25:42en entendre parler dans très peu de temps
25:44parce que là, il y aura peut-être une réaction espagnole également.
25:48Encore que l'Espagne soit un très bon élève de l'OTAN jusqu'à présent.
25:52Justement, l'OTAN, elle ressort comment de cette semaine
25:54à rebondissement, mise à mal par Donald Trump
25:57ou au contraire, replacée sur le devant de la scène par Mark Rutte ?
26:01L'OTAN a connu une évolution de son histoire extraordinairement rapide
26:04depuis son état de mort cérébrale déclaré par le président Macron
26:07et il n'avait pas tort.
26:08Bien sûr, M. Poutine y est pour beaucoup
26:10puisqu'il a à faire se resserrer les rangs, bien sûr, des Occidentaux.
26:16Donc là, nous avons repris un peu d'organisation, d'allant dans ce domaine,
26:21battu bien sûr en brèche par le président Trump,
26:23mais aussi poussé en nous demandant de dépenser 5% de nos PIB pour la défense,
26:28ce en quoi il n'avait pas tort.
26:29Parce que tout le monde, ou à peu près, sauf peut-être la France
26:32qui a développé sa dissuasion, tout le monde se protégeait tranquillement
26:36sous le parapluie américain.
26:37Il n'avait pas forcément tort, et heureusement même qu'il l'a fait
26:39lors de son premier mandat, parce que maintenant,
26:42l'élan est déjà un peu donné.
26:45Élan qui va s'accélérer, bien sûr, parce que l'OTAN, maintenant,
26:49a une place tout à fait centrale, dans la mesure où les États-Unis
26:52resteront dans l'OTAN, ou dans la mesure où les États-Unis
26:55ne mesureront pas chichement leur appartenance à l'OTAN,
26:59ou n'auront pas des demandes extraordinaires vis-à-vis de leurs alliés,
27:03qui sont, pour certains d'entre eux, et nous en sommes au quelque chose,
27:06dans des situations financières délicates.
27:08Merci beaucoup, vice-amiral Michel Olagaraï,
27:11ancien commandant de l'école naval, ancien directeur du Centre
27:14des Hautes Études Militaires, d'avoir été avec nous.
27:16C'est la fin de cette émission, vous pouvez la retrouver
27:18sur notre site internet, france24.com, évidemment,
27:21la semaine prochaine, pour un nouveau numéro du Monde dans tous ses États.
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