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00:00Bonjour Charles Michel. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Il y a un an, tout juste, Donald Trump faisait son retour à la présidence des Etats-Unis.
00:08Depuis, il n'a de cesse de taper sur l'Europe jusqu'à menacer d'annexion le Groenland. Est-ce que les Européens ont aujourd'hui un ennemi à la Maison-Blanche ?
00:17Je ne parle pas d'un ennemi, je pense qu'il faut simplement être lucide. La relation transatlantique telle qu'on l'a tenue pendant des décennies est fondée dans le sang de la Deuxième Guerre mondiale.
00:28Cette relation-là, elle est morte. Et on va devoir donc construire une nouvelle relation. Et pour cela, il va falloir sans doute passer par un moment de confrontation,
00:36un moment qui sera peut-être dur sur le plan politique, sur le plan diplomatique. Mais c'est le moment pour l'Union Européenne de bomber le torse et de dire maintenant ça suffit,
00:43maintenant nous devons être respectés.
00:44Maintenant ça suffit, nous devons être respectés, dites-vous. L'affaire du moment, c'est évidemment la volonté d'annexion du Groenland par les Etats-Unis.
00:52Et Donald Trump en a rajouté une couche il y a quelques minutes. Je ne pense pas que les dirigeants européens vont résister beaucoup à mon projet.
01:00Est-ce qu'il a tort, Charles Michel ?
01:02J'espère de tout mon cœur qu'il a tort. Je pense que c'est un moment de vérité pour l'Union Européenne et pour le leadership européen.
01:09Il y aura dans quelques heures à Bruxelles un conseil européen initié par mon successeur, Antonio Costa.
01:16Et c'est le moment de faire la clarté, de faire l'unité de l'Union Européenne. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, depuis quelques années maintenant,
01:22et ça s'est accru depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, son retour plus exactement,
01:26tous les piliers qui ont fondé le projet européen sont attaqués.
01:29D'une part, la guerre déclenchée menace la paix sur le continent européen, cette guerre déclenchée par la Russie.
01:34En termes de compétitivité, la guerre commerciale déclenchée contre le reste du monde, y compris par l'Union Européenne,
01:40est évidemment une menace pour notre avenir en termes de prospérité.
01:44Et puis on voit bien que même sur le plan démocratique, on voit des tentatives d'interférence
01:48dans un certain nombre de débats démocratifs sur le plan européen qui ne sont pas acceptables.
01:53Et donc moi je pense que c'est le moment de la lucidité, le moment de la force.
01:58Et ça veut dire par conséquent qu'on doit être extrêmement clair et utiliser les moyens à notre disposition.
02:04Nous ne sommes pas sans moyens.
02:05On entend trop souvent que l'Union Européenne ne peut pas résister, n'a pas la force, n'a pas les capacités.
02:10Si, je prends par exemple le marché européen, 450 millions de consommateurs est vital pour les grandes entreprises.
02:16On va y venir Charles Michel.
02:17On va venir aux possibilités de répliques, aux possibilités de réponses.
02:23Mais dans votre réponse, vous venez de me dire, j'espère qu'il aura tort en parlant de Donald Trump,
02:28en disant que les dirigeants européens vont résister beaucoup.
02:31Est-ce que ça veut dire que vous avez tout de même un doute sur, non pas la capacité de résistance,
02:37mais la volonté de résistance des dirigeants européens aujourd'hui ?
02:40Si j'ai un sentiment mitigé, et j'espère que les bonnes décisions seront prises,
02:48c'est parce que j'ai observé les derniers mois trop peu de résistance.
02:51Et au contraire, j'ai observé, et je pense que c'est une erreur majeure qui a été commise par certains de mes anciens collègues,
02:56il y a eu le développement de ce que j'appelle la diplomatie de la flatterie,
03:00la diplomatie de la complaisance et de l'apaisement.
03:03Et en vrai, ça ne fonctionne pas.
03:04C'est même contre-productif.
03:05Et on voit bien qu'au plus, il y a eu ces compliments parfois lâches, il faut bien le dire,
03:11et cette flatterie parfois lâche, il faut bien le dire,
03:13au plus, ça a accentué la gourmandise de la Maison-Blanche,
03:17et au plus, ça a aggravé et déséquilibré cette relation entre les États-Unis et l'Union européenne.
03:25Notre souhait, évidemment, et mon souhait aussi, c'est d'avoir une relation respectueuse, équilibrée, efficace,
03:30entre les États-Unis et l'Union européenne.
03:31Vous nous décrivez une Europe qui a été immensément molle, lâche face aux États-Unis.
03:39Je pense que les derniers mois, et en réalité, la dernière année,
03:42l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche n'a pas été l'occasion, malheureusement,
03:46juste ici pour l'Union européenne, de révéler sa puissance, de révéler sa force,
03:50et de révéler aussi sa capacité à défendre notre vision de l'Europe dans le monde,
03:55que ce soit sur le plan économique.
03:56Vous avez vu, lorsque nous avons été menacés dans le cadre de cette guerre commerciale,
04:01et lorsqu'à la fin, on nous impose 15% de tarifs et que l'on a un pouce levé et un sourire en réponse,
04:08ça fait preuve, à mon avis, d'une très grave naïveté, si pas d'une faute coupable.
04:11C'est un élément qui a enclenché une aggravation et, effectivement, une tentation d'aller toujours plus loin
04:17dans la volonté de menacer, d'intimider et, à la fin, de faire mal.
04:21Oui, menace, intimidation. Hier encore, on a entendu le porte-parole adjoint de la Commission européenne
04:26appeler à la retenue face aux menaces de Trump.
04:28Notre priorité est le dialogue, pas l'escalade, a-t-il dit.
04:32Ça veut dire que la Commission européenne a acté qu'ils ne feront rien.
04:36Vous savez, il y a une formule latine qui dit
04:38l'erreur est humaine, mais s'entêtait et diabolique.
04:42Oui, on s'entête de tout évident, Jean-Michel.
04:44Un âne ne trébuche pas deux fois sur la même pierre.
04:48J'espère que les leaders européens vont tirer les leçons des derniers mois.
04:52Que faut-il de plus ?
04:53Que faut-il de plus dès lors qu'il y a devant nous une grave ambiguïté des États-Unis,
04:58sinon une complaisance vis-à-vis de la Russie ?
05:00Que faut-il de plus dans le cas d'une guerre commerciale qui nous affecte durement ?
05:04Et que faut-il de plus lorsque, maintenant, nous sommes confrontés à des menaces directes
05:08sous la souveraineté d'un de nos États membres ?
05:11À qui la faute de cette faiblesse, Charles-Michel ?
05:14Les dirigeants européens dans leur ensemble ?
05:16La Commission européenne ? Ursula von der Leyen ?
05:18Est-ce qu'il y a quelqu'un en particulier qu'il faudrait blâmer ?
05:22Moi, je ne veux pas personnaliser le débat à ce stade, en tout cas.
05:26Simplement, j'observe que depuis les derniers mois,
05:29un certain nombre de moments extrêmement importants ont été manqués.
05:34Ça a été le cas certainement durant l'été, au moment où les négociations ont été finalisées
05:41entre la Maison-Blanche et la Commission européenne.
05:43Sur les droits de douane ?
05:44À mon avis, c'était un moment très triste pour l'Union européenne, à mon avis.
05:48C'est un premier point.
05:49Mais il n'y a pas que ça.
05:50Vous savez, nous n'étions que quelques-uns, il y a quelques années,
05:53avant la guerre contre l'Ukraine,
05:55à plaider pour ce qu'on a appelé l'autonomie stratégique de l'Union européenne,
05:59la souveraineté de l'Union européenne.
06:00Le président français était très clairvoyant sur le sujet.
06:03J'étais clairement, et je suis de son côté,
06:05sur cette ambition d'indépendance et de souveraineté pour l'Union européenne.
06:08Mais à ce moment-là, c'est vrai que nous, Emmanuel Macron, moi, d'autres,
06:11nous faisions face à beaucoup de vents contraires sur le plan de l'Union européenne,
06:16y compris de la part de la Commission européenne.
06:18On l'a vu précédemment, même avec l'administration de Joe Biden,
06:21lorsque des décisions ont été prises qui faisaient mal à la compétitivité européenne.
06:25On a eu chaque fois une tentative de complaisance.
06:28– Un endormissement collectif.
06:30– Qui est une forme de léthargie, de léthargie facile.
06:35– L'Europe telle qu'on la connaît depuis des années, Charles Michel.
06:38– Parce que la confrontation, non pas depuis quelques années,
06:40lorsqu'il y a eu la crise contre le Covid, nous avons réagi en quelques mois,
06:43nous avons réussi à contrer cette pandémie,
06:45et à initier des emprunts communs qui ont montré la solidarité européenne
06:49sur le plan économique.
06:51lorsque Vladimir Poutine a envahi…
06:54– Donc on peut le faire, vous nous dites qu'on peut le faire.
06:57– Mais évidemment, et l'histoire de l'Europe a montré que dans des moments difficiles,
07:01les leaders européens ont été capables d'être visionnaires et d'être courageux.
07:05– Donc c'est le moment de le faire.
07:06– Depuis quelques mois, ce que nous voyons est triste,
07:09mais je pense qu'il n'est pas trop tard.
07:10Je pense que dans les prochains jours, nous verrons s'il y a ce sursaut qui est indispensable.
07:15– Alors le sursaut et les mesures, il nous reste à peine une minute malheureusement,
07:18mais que doit faire l'Europe face à cette menace d'annexion,
07:21doublée, on le rappelle, de menace de surtaxe douanière ?
07:24De quel levier dispose l'Union européenne pour dire à Trump,
07:27ben non, ça ne passera pas ?
07:28– Nous disposons de différents leviers économiques,
07:32et en particulier des mesures contre la coercition,
07:35c'est le moment d'activer ces mesures, et il faut être clair.
07:38Alors évidemment que nous espérons tous qu'il y ait un dialogue
07:40qui puisse soudainement mener un apaisement,
07:44mais je ne sais pas ce que je vois de mon côté,
07:46on voit bien qu'au contraire, s'il n'y a pas un acte qui est posé,
07:49et pas seulement des discours de langage agréé, d'appel à la retenue,
07:54ça effectivement, ça doit faire sourire du côté de la Maison-Blanche.
07:57Ce qu'il faut, c'est montrer que nous avons des instruments,
07:59nous sommes prêts à les utiliser.
08:00Si par exemple on dit demain, les entreprises américaines
08:02n'ont plus accès au marché public européen,
08:04si on dit demain, les investissements stratégiques américains
08:07sont stoppés, sont gelés sur le sol européen,
08:10nous avons une panoplie de mesures qui peuvent être stratégies
08:13avec une intensité qui peut aller relativement loin.
08:17Il faut agir, si je vous entends, Jean-Michel.
08:19Il faut agir, arrêter de parler.
08:21Vous savez, je vais être un peu trivial.
08:25Si on vous donne une baffe en diplomatie,
08:28vous rendez une baffe et puis vous parlez.
08:30Mais on ne peut pas simplement prendre une baffe,
08:31et puis une deuxième, et puis une troisième.
08:32Pour l'instant, j'ai le sentiment que la Maison-Blanche
08:35met des baffes à l'Union européenne,
08:36avec en retour un pouce levé et un sourire,
08:38voire au sein de l'OTAN, un sourire général
08:40qui appelle le président d'Adi, papa.
08:43Merci, Charles-Michel.
08:43Ça, c'est la compléhension, c'est la flatterie,
08:44ça ne fonctionne pas.
08:45Ça ne fonctionne pas, ça ne marche pas.
08:46Merci à vous, Charles-Michel.
08:48Merci d'avoir été en ligne avec nous ce matin sur RFI.
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