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00:00C'était il y a tout juste un an, le 20 janvier 2025, dans le froid hivernal de Washington.
00:06Regardez, Donald Trump prêtait serment pour un second mandat.
00:10Une cérémonie exceptionnellement à l'intérieur du Capitole en raison des moins 10 degrés à l'extérieur.
00:16Et à l'image de ces températures glaciales, certains diront un an à la Maison-Blanche, mais un temps ressenti bien plus long.
00:22Toute cette journée sur France 24, on fait le bilan de cette première année au pouvoir,
00:25notamment ce matin avec notre correspondant à Washington.
00:29Bonsoir Mathieu Mabin, on va voir passer en revue cette première année de Donald Trump.
00:36Un début de mandat en tout cas qui semble bien différent du premier.
00:41Oui absolument, et je vous confirme absolument votre formule sur le temps ressenti.
00:46Alors soyons parfaitement clairs, la différence entre les deux mandats est tout à fait nette.
00:50Si Donald Trump est bien le même homme qu'en 2017, il n'est en revanche pas du tout le même président.
00:56Lors du premier mandat, Donald Trump avançait en rupture, on s'en souvient, souvent seul d'ailleurs,
01:01face à une administration plutôt réticente et un peu surprise.
01:05Un congrès relativement instable et un appareil fédéral largement hostile, disons-le, des fonctionnaires qui ne voulaient pas de lui.
01:13La somme des sujets qu'il n'avait pas anticipés et sa faible maîtrise, il faut le rappeler, des appareils et des institutions,
01:21son manque de culture générale dans le domaine institutionnel tout simplement,
01:25et sa connaissance de la République américaine ont suscité chez lui de profondes frustrations.
01:30On s'en souvient, et le sentiment à l'époque de ne pas pouvoir avancer.
01:35Au point, souvenez-vous d'avoir même jalousé un temps les prérogatives d'un président de la République française.
01:41Aujourd'hui, il gouverne en terrain beaucoup plus balisé, tout a changé.
01:46Son équipe est préparée, idéologiquement alignée, et les priorités ont été définies en amont
01:52pendant toute la durée de son absence du pouvoir.
01:56Quatre années interminables pour Donald Trump.
01:58Le style reste offensif, ça c'est clair, mais la méthode est plus structurée.
02:02Les décrets étaient prêts à l'emploi, le jour même de l'investiture, on s'en souvient, on était ensemble il y a un an.
02:08Les nominations ont été rapides également, et la chaîne de décision raccourcie, considérablement raccourcie.
02:15Autre différence majeure, le rapport de force.
02:17Donald Trump agit désormais avec l'expérience du pouvoir,
02:21une connaissance plus fine également des leviers institutionnels,
02:24et une volonté assumée d'imprimer une transformation profonde et durable de la nation américaine,
02:31là où le premier mandat relevait davantage du choc et de l'improvidisation, il faut bien le dire.
02:36Donald Trump a sans doute été un peu surpris de gagner en 2016, comme il a été surpris de perdre en 2020.
02:43Alors en 2024, quand il a à nouveau emporté la victoire, il avait fait ce qu'il fallait pour ne plus être pris de court.
02:51Mathieu, on vient de l'évoquer, la liste est longue, mais quels sont les principaux chantiers
02:54à retenir de cette première année de Donald Trump à la Maison-Blanche ?
02:58Alors, ce qui caractérise incontestablement cette mandature, c'est le tempo tout simplement,
03:05qui est effectivement très soutenu.
03:08On l'a dit, trois grands blocs se dégagent néanmoins.
03:11Prenons d'abord l'État fédéral, la structure elle-même, la réforme de l'administration,
03:15la recentralisation de l'exécutif,
03:18la remise en cause de l'autonomie de certaines agences également.
03:22On pense évidemment à USAID et le drame qu'ont vécu ces fonctionnaires,
03:28mais également à la CIA, au FBI.
03:30Ça a clairement été une révolution qui s'est traduite par des milliers de licenciements,
03:34on s'en souvient, des licenciements de fonctionnaires
03:37et des réformes structurelles profondes, dont l'administration ne revient toujours pas d'ailleurs.
03:42Ensuite, l'économie, un protectionnisme relativement assumé,
03:45cette pression sur les partenaires commerciaux également,
03:49avec cette politique de taxes douanières à laquelle bien peu croyaient,
03:53mais qui, contre toute attente, a sans doute commencé à produire quelques effets malgré tout.
03:58Et puis, il y a la réindustrialisation et cette politique énergétique favorable aux hydrocarbures,
04:05évidemment, qui elle aussi se traduit par quelques résultats.
04:08Et enfin, la politique étrangère, comment ne pas en parler ?
04:12Cette approche transactionnelle qu'on a vue à Gaza,
04:14notamment la remise en cause des équilibres multilatéraux
04:18et les exigences accrues vis-à-vis des alliés.
04:22On est au cœur du dossier aujourd'hui avec le Groenland.
04:25L'objectif est clair, agir vite, occuper le terrain,
04:29saturer le terrain et les journalistes.
04:30Au passage, ce terrain politique saturé en permanence
04:34et imposer une lecture présidentielle du pouvoir,
04:37tout simplement quitte à bousculer les usages et les contre-pouvoirs, bien entendu.
04:42Oui, sa lecture du monde, mais aussi de son pays.
04:45D'une manière générale, en termes de politique intérieure,
04:47Donald Trump, il essaie de refaçonner la société américaine.
04:53Oui, on appelle ça la guerre culturelle.
04:55Cette guerre culturelle est centrale dans ce second mandat.
04:59C'est d'ailleurs, sans doute, avec un peu de recul,
05:02les promesses qu'il a formulées dans ce domaine
05:04qui ont participé à garantir son retour dans le bureau ovale.
05:08Elle a d'abord visé les universités, accusé de militantisme,
05:13encore une fois, durant la crise à Gaza,
05:17de militantisme idéologique, ce qui est partiellement vrai,
05:20avec des coupes budgétaires très brutales,
05:23des pressions sur les programmes également,
05:25et sur la gouvernance, sur les professeurs eux-mêmes.
05:28Elle touche aussi les institutions fédérales,
05:31la diversité, l'inclusion, tous ces sujets
05:33qui étaient si chers à la précédente administration,
05:35à Joe Biden notamment, les politiques de genre
05:39qui sont explicitement remises en cause.
05:41Dans le monde de la culture et des médias publics,
05:44le tableau n'est pas beaucoup plus joyeux.
05:47L'administration cherche encore à reprendre la main
05:49sur les financements et les lignes éditoriales.
05:52Et même si le bras de fer est engagé,
05:55les journalistes qui exercent dans ce pays
05:57n'ont sans doute encore pas vu la moitié du projet présidentiel.
06:00Les résistances sont partiellement fortes
06:05selon les domaines et les régions et les médias,
06:08selon qu'ils sont publics ou privés notamment,
06:11dans le domaine judiciaire également.
06:13Mais Donald Trump parle à son électorat
06:15en donnant le sentiment d'une reconquête culturelle,
06:18tout simplement, au-delà des seuls résultats concrets.
06:21Et concrètement, ça fonctionne.
06:23L'administration précédente n'avait sans doute pas mesuré
06:26à quel point la carte blanche libérale,
06:29parfois donnée, c'est vrai, aux enseignants,
06:31avait pu jeter le trouble chez les parents d'élèves,
06:34voire chez les élèves eux-mêmes.
06:37Mathieu, comment tout cela,
06:38comment la politique de Donald Trump pendant un an
06:40est perçue par l'opinion publique aux Etats-Unis ?
06:45Alors, malgré l'agitation,
06:47la base électorale de Donald Trump,
06:50cette base traditionnelle qui s'est consolidée avec les années,
06:53reste largement fidèle.
06:54Il n'y a pas d'autre mot.
06:56Elle perçoit Donald Trump comme un président qui agit,
06:59un président en action,
07:01comment pourrait-il voir autrement,
07:03qui tient ses promesses également
07:04et qui affronte les élites,
07:06quelqu'un qui fait ce qu'il dit et qui dit ce qu'il fait.
07:09Les indicateurs montrent une mobilisation plutôt intacte
07:12chez les électeurs les plus engagés, en tout cas.
07:15En revanche, s'il y a un risque,
07:17il se situe ailleurs,
07:19chez l'électorat modéré, notamment, indépendant,
07:22qui pourrait finir par se lasser de la conflictualité permanente
07:27qu'impose la Maison Blanche.
07:29Pour les élections de mi-mandat,
07:31le président peut compter sur un socle solide,
07:33on l'a compris,
07:34mais pas sur une victoire automatique.
07:36Il n'y a absolument rien d'acquis à ce stade, en tout cas.
07:39Tout dépendra de l'état de l'économie,
07:41de l'inflation et de la capacité de l'opposition
07:44à transformer le rejet du style Trump
07:47en alternative crédible.
07:49Pour le moment, cette opposition n'y est pas parvenue,
07:53soyons bien clairs.
07:53Pour le moment, Donald Trump a réussi le pari de la croissance.
07:58L'inflation est à peu près maîtrisée,
08:00même si les consommateurs ne le ressentent pas vraiment encore
08:03dans le prix des produits de consommation courante,
08:06en tout cas.
08:07Ils ont quand même déjà vu une différence favorable
08:09dans les prix du carburant à la pompe,
08:11la baisse des taux d'intérêt également,
08:13ou encore la santé de leur plan d'épargne retraite.
08:18Attention, ça ne garantit pas une victoire dans un an,
08:21mais c'est déjà un bilan plus prometteur
08:24que tous ses prédécesseurs avant lui,
08:26en tout cas à ce stade du mandat.
08:28Mathieu Mabin, depuis Washington, pour France 24.
08:30Merci beaucoup.
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