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  • il y a 2 mois
Un accident de trains s'est produit dans le sud de l'Espagne, ce dimanche 18 janvier, en fin de journée. Un premier train a déraillé, avant d'être percuté par un autre train, qui a lui-même déraillé. Au moins 39 personnes ont été tuées et de nombreuses autres ont été blessées, selon un bilan provisoire.

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Transcription
00:00Le bilan est donc effroyable en Espagne, au moins 39 morts après la collision entre deux trains, un chiffre qui n'est hélas que provisoire.
00:10Les autorités locales insistent bien là-dessus. La tragédie s'est produite hier en fin de journée dans le sud du pays.
00:17Et vous voyez ici sur cette image particulièrement impressionnante que les opérations de sauvetage, elles, se poursuivent.
00:25Mathieu de Taillac est avec nous depuis l'Espagne. Dites-nous, Mathieu, est-ce qu'il y a encore, malgré tout, des espoirs de retrouver des survivants ?
00:33Non, il n'y a pas d'espoir de retrouver des survivants, à en croire le ministre des Transports.
00:38Tous les survivants ont été pris en charge. Donc maintenant, les services de secours ne recherchent plus que des victimes décédées.
00:46On rappelle les faits. Un train de la compagnie italo-espagnole Irio a déraillé hier vers 19h50.
00:53Il a envahi la voie opposée, percutant un train de la compagnie publique espagnole Renfe, qui voyageait en sens inverse.
01:02Et donc, il a projeté deux wagons dans un talus de 4 mètres. L'impact a été très violent.
01:08C'est ce qui explique les images de ces wagons détruits, transformés en amas de ferraille, dont les équipes de secours essaient d'extraire les victimes.
01:16Yuri, une passagère du train Irio, a témoigné sur la radio Cadenaser.
01:21Toutes les valises ont commencé à nous tomber dessus. Les vitres, tout. J'ai vu des gens blessés.
01:26Une fille s'est ouverte la tête et puis des morts.
01:30Une autre passagère, voyageant dans la cabine arrière du train, raconte avoir été projetée dans son wagon, perdant connaissance après avoir ouvert une porte avec sa tête.
01:40Le ministre des Transports, Oscar Puente, a avoué son incompréhension totale quant aux causes de la tragédie.
01:47L'accident est, je cite, extrêmement étrange, a-t-il jugé, survenu sur une ligne droite et sur une infrastructure récemment rénovée.
01:56Pendant que vous nous parlez, Mathieu, on voit ces images, on voit cette ligne droite.
01:59Il y a énormément de questions qui se posent. On va vous dire quelles sont toutes les pistes possibles.
02:04Merci beaucoup, Mathieu. D'abord, en vous écoutant, on ne peut qu'imaginer l'ampleur de l'impact, cette scène terrible qui s'est déroulée en une fraction de seconde.
02:13On va aller plus loin et prendre les images dont on dispose pour tenter de retracer plus précisément le fil des événements grâce à nos éclaireurs.
02:24Et c'est vous, Fanny Weck-Shider, qui avait ce matin rassemblé les images les plus fortes.
02:28Oui, voici un diaporama, des images vraiment arrêtées pour vous figurer la violence de ce qui s'est passé.
02:35On voit des voitures éventrées, des wagons retournés, renversés, qui ont donc déraillé des vitres, vous le voyez, complètement brisées, soit par les passagers, soit par les secouristes.
02:48Des amas de tôles, de vitres brisées avec ces évacuations un peu catastrophes.
02:52Ça vous illustre vraiment ce choc qu'il y a eu à cet endroit, on va le voir sur cette carte, dans le sud de l'Espagne, hier soir.
02:59On est entre Malaga, au sud, ici en Andalousie, en direction de Madrid, au niveau de la gare de Adamus.
03:07C'est là que la collision a eu lieu entre ces deux trains.
03:10Regardez dans le détail ce qu'il s'est passé.
03:13Un premier train part, on va le voir dans le déroulé, à 18h40 de Malaga.
03:18Il doit se rendre à Madrid, ce premier train de la compagnie Irio.
03:22Il avance et quand il arrive vers Adamus, ses derniers wagons sortent du rail, sans raison connue encore pour l'instant,
03:29et rencontrent le train qui arrive en face, cette fois-ci un train de la compagnie Renfe, avec une centaine de personnes à son bord,
03:34qui lui rentre dedans et qui, dont les deux premiers wagons, déraillent également.
03:39Voilà le choc qui a eu lieu sur ce site d'Adamus, hier soir, aux alentours de 19h45.
03:48On le disait, cela pose beaucoup de questions, évidemment, puisque le ministre des Transports le disait,
03:52et comme Mathieu Detaïek l'a rappelé, la situation est assez inédite.
03:56Les experts se posent des questions, puisque, en l'état actuel, le premier train accidenté, Irio, était un train assez neuf.
04:03Il a été fabriqué en 2022.
04:05Il a été rénové à peine jeudi dernier.
04:07Et puis, surtout, cette portion de ligne grande vitesse où l'accident a eu lieu,
04:12c'était une portion rectiligne, donc sans difficultés majeures, et qui avait été aussi récemment rénovée.
04:17Et oui, merci beaucoup, Fanny.
04:18C'est vrai que cet accident, il est étrange.
04:21C'est l'expression employée ce matin par les autorités espagnoles, en attendant d'en savoir plus.
04:25D'abord, Patrick, cette dernière info que nous donnait il y a quelques instants, Fanny,
04:31le train avait été révisé jeudi dernier seulement.
04:34Oui, et pour tout vous dire, je connais un petit peu cette région de l'Andalousie.
04:39Et ça fait plusieurs années qu'il y a des rénovations, à la fois des trains, mais surtout des infrastructures.
04:43C'est très visible depuis les autoroutes.
04:44On est dans une région qui est montagneuse, avec notamment la Sierra Nevada.
04:48Et vous avez de longs, très longs viaducs qui sont posés et construits dans cette région.
04:54Et encore une fois, oui, il n'y a pas besoin d'être très fort dans les infrastructures pour comprendre qu'il y a des lignes droites
05:01et que ça nous paraît totalement incompréhensible pour l'instant.
05:04Mais ce secteur-là, vraiment dans toute l'Andalousie, et notamment sur un trafic extrêmement dense entre des grandes villes de l'Andalousie,
05:12Séville, Malaga, Cordoue et Madrid, il y avait assez peu de chances pour que cet accident arrive.
05:19Et pourtant, les derniers wagons d'un des deux trains ont déraillé à des vitesses de plus de 200 km heure.
05:25Et on va mettre les différentes hypothèses sur la table, évidemment.
05:28D'abord, Ludovic Pingano, évidemment, une catastrophe de ce niveau-là.
05:31On n'a pas l'habitude, c'est rarissime, heureusement.
05:34Il y a des précédents, d'ailleurs, qui sont de même ampleur.
05:39Vous avez déjà vu ce genre de choses arriver ou pas ?
05:41En France, il faut se souvenir déjà de l'accident de Bretigny-sur-Orge.
05:44C'était en 2013, le 12 juillet 2013, qui avait fait 7 victimes et de très nombreux blessés, presque 70 blessés.
05:54Là, on avait clairement identifié la cause de l'accident, puisque c'était une éclisse,
05:59donc une barre de fer, en fait, qui avait cédé et qui avait provoqué à la fois le déraillement
06:05et le fait que des voitures, quatre voitures, s'étaient couchées sur les voies.
06:08Je rappelle également, on n'en a pas beaucoup parlé à l'époque,
06:10qu'on avait échappé à une catastrophe, puisqu'un RER arrivait à contresens et a pu s'arrêter à temps,
06:15sans quoi il venait, lui aussi, percuter les voitures qui étaient couchées sur les voies.
06:18Donc oui, il y a des précédents, mais il faut rappeler que le transport ferroviaire reste particulièrement fiable.
06:23Les accidents sont extrêmement rares.
06:25Et là, j'écoutais avec attention Patrick, qui nous expliquait qu'effectivement,
06:30les causes sont assez difficiles à identifier.
06:32On peut très souvent imaginer que ça puisse être un problème technique,
06:36soit une éclisse, pardon, un problème d'aiguillage, etc.
06:39Et là, il semblerait que sur une droite, ce soit effectivement beaucoup plus surprenant.
06:43J'imagine que l'enquête pourra nous en dire plus.
06:45Il y avait eu, en 2013, 80 morts déjà en Espagne, dans une précédente catastrophe ferroviaire.
06:50C'est vrai, Arnaud Aimé, que quand on voit ce qui s'est passé,
06:52et quand on entend que le train a été révisé il y a trois jours,
06:54on se dit que ça n'est vraisemblablement sans doute pas un problème lié au train,
06:58mais plus lié au rail, au ballast.
07:01À l'infrastructure, effectivement.
07:03Alors cela dit, le ministre espère des Transports a dit que c'était étonnant
07:07que ça se produise dans cette zone-là,
07:08parce que justement cette infrastructure,
07:10elle est toute rectiligne à cet endroit-là.
07:13contrairement au terrible accident ferroviaire qu'avait connu l'Espagne en 2013,
07:18c'est-à-dire qu'à l'époque, le train à grande vitesse avait eu l'accident sur une courbe,
07:25et le train abordait beaucoup trop vite cette courbe.
07:27Ça, c'est quelque chose qu'on connaît, les trains qui arrivent trop vite dans les courbes,
07:30c'est vrai qu'on l'a déjà vécu, il y avait eu un essai aussi en France qui avait mal tourné,
07:33on s'en souvient, de façon dramatique.
07:34Et pareil, c'était dans un virage parce que le train arrivait trop vite.
07:37Mais là, on est une droite.
07:37Oui, en ligne droite, mais il y a des choses qui peuvent se produire quand même sur l'infrastructure,
07:42c'est-à-dire que le rail, il peut se casser,
07:46si le métal est très fatigué parce qu'il subit beaucoup d'efforts,
07:49et si les tournées de surveillance, les contrôles n'ont pas été suffisants.
07:54On peut imaginer que ce qu'on appelle la plateforme,
07:56c'est-à-dire le talus sur lequel les rails sont posés, soit déformé.
08:02Je ne parlerai pas de glissement de terrain,
08:03mais il peut y avoir quand même une déformation de la voie.
08:06Et puis, sur le matériel roulant, même si ça a été révisé il y a quelques jours,
08:11ce n'est pas forcément à chaque révision, à chaque inspection,
08:14que l'ensemble des éléments est inspecté.
08:16Donc, ça n'empêche pas que certains éléments n'aient pas été vus
08:19ou que la procédure de maintenance ne soit pas la bonne.
08:22On peut imaginer un essieu qui se fissure.
08:26On peut imaginer un problème de symétrie, de géométrie, disons, sur la roue.
08:30C'est ce qui s'était passé, vu un problème sur la roue il y a une trentaine d'années en Allemagne.
08:34C'est le plus gros accident de l'histoire de la grande vitesse.
08:38On peut imaginer qu'un essieu fissuré, ça échappe à l'œil des techniciens qui révisent l'ensemble d'un train.
08:44Parce que c'est quand même assez majeur.
08:45On imagine que c'est ce qu'on regarde en premier, même.
08:47Je ne sais pas si on regarde en premier l'essieu ou le bogie ou l'état des roues ou les freins.
08:53Enfin, il y a tout un ensemble d'éléments à surveiller.
08:56Tous les éléments ne sont pas surveillés à la même fréquence.
08:58Sinon, les trains, les rames ne seraient jamais disponibles pour rouler.
09:03Donc, il y a peut-être un problème dans la procédure de maintenance ou dans l'exécution de cette procédure.
09:07Certes, le train, le matériel roulant a été révisé il y a quelques jours.
09:10Mais est-ce que la procédure a bien été respectée ?
09:12C'est ce genre de choses qu'il faudra voir.
09:14Autrement dit, on a des problèmes sur soit le matériel, le matériel roulant ou l'infrastructure.
09:19soit une erreur humaine du conducteur, des agents de maintenance, par exemple.
09:26Et puis, peut-être un problème aussi sur les dispositifs de sécurité.
09:29Parce qu'il y a des dispositifs qui contrôlent la vitesse limite, qui détectent des anomalies mécaniques.
09:35Donc, est-ce que ces dispositifs de sécurité, ils ont fonctionné ?
09:38C'est ce que l'enquête dira.
09:39Il y a une piste dont vous ne nous parlez pas.
09:41C'est un éventuel acte de malveillance, voire un acte terroriste.
09:45Est-ce que cette piste-là, elle a été écartée par les autorités espagnoles, Patrick ?
09:49Pour l'instant, absolument pas.
09:50Pourquoi ? Parce que la priorité, pour l'instant, c'est bien l'identification des victimes.
09:54Vous avez par exemple la Guardia Civil qui vient d'ouvrir un bureau à Cordoue,
09:58vraiment l'une des grandes villes aussi d'Andalousie,
10:00pour que, et c'est terrible, mais on comprend, ça doit aller vite,
10:03les familles puissent venir donner ou effectuer des prélèvements d'ADN
10:08afin qu'on identifie les victimes.
10:10On rappelle, la vitesse commerciale d'un TGV de la Renfé, c'est 300 km heure.
10:14C'est la même chose en face.
10:16Et donc, quand vous passez de 300 à 0...
10:19De 600 à 0, même.
10:20De 600 à 0, voilà, de vitesse antagoniste, ça devient extrêmement difficile.
10:25Il y a également une cellule d'aide psychologique
10:28qui a été ouverte à la grande gare d'Atocha.
10:30Là, Atocha, ça nous fait penser, et je repense à votre question,
10:34pour le coup, à l'un des plus grands attentats de l'histoire espagnole.
10:37C'est en 2004, si ma mémoire est bonne, avec plus de 200 morts.
10:40Mais pour l'instant, on est vraiment sur l'identification.
10:42Évidemment, il y a des équipes, des enquêtes,
10:45notamment sur l'arrière du train de la compagnie privée.
10:47Mais pour l'instant, c'est vraiment l'identification.
10:50Vous avez entendu, Mathieu de Taillac,
10:51tous les vivants, en tout cas indemnes, j'ai envie de dire,
10:54et miraculés, ont été sortis.
10:56Maintenant, il y a dans cette carcasse qu'on voit sur les écrans
10:58autour de vous et les fresques,
11:00avec à l'intérieur des victimes,
11:01et donc l'identification prioritaire surtout.
11:04Sur la première intervention, le devic-pingano,
11:06c'est à peu près la même problématique sur des accidents de voiture.
11:08C'est de l'incarcération et de la désincarcération ?
11:12C'est beaucoup plus compliqué,
11:13parce qu'un wagon est beaucoup plus solide qu'une voiture,
11:16et donc les moyens de désincarcération
11:18utilisés habituellement par les secours
11:20sont des moyens qui sont adaptés
11:21pour désincarcérer les victimes
11:23dans des voitures, voire dans des poids lourds.
11:26Mais ça reste des moyens
11:28qui, bien souvent, sont sous-dimensionnés
11:30pour pouvoir réaliser des opérations de désincarcération
11:32au niveau d'un train.
11:33Ça a été dit, puis la vitesse est extrêmement rapide,
11:36les wagons sont extrêmement déformés
11:39de par la cinétique de l'accident,
11:42et donc on rencontre plusieurs difficultés.
11:43La première, c'est accéder jusqu'aux victimes,
11:46et ensuite, une fois qu'on y accède,
11:47c'est pouvoir les décoincer,
11:49les désincarcérer de ces amas de tôles.
11:52Donc tout ça, ça prend énormément de temps,
11:54sachant qu'en plus, on se retrouve...
11:55L'accident est arrivé en pleine nuit,
11:56et donc tout ça, ça complexifie considérablement
11:59les opérations de secours.
12:00On ne voit pas clair,
12:01il faut apporter des groupes électrogènes,
12:02il faut beaucoup de matériel,
12:04parce qu'il y a de nombreuses victimes,
12:05et il y a plusieurs wagons concernés
12:06pour pouvoir réaliser ces opérations.
12:08Donc ça reste une opération techniquement très difficile,
12:11et puis de par le nombre de victimes,
12:12c'est tout aussi complexe,
12:14puisque il faut prendre en charge,
12:15effectivement, les urgences absolues
12:17et les urgences relatives,
12:18donc tous ces blessés,
12:21toutes ces personnes qui étaient dans le train
12:22et qui, fort heureusement,
12:23n'ont pas été physiquement blessées,
12:25mais qui sont psychologiquement très atteintes,
12:27et là encore, il faut prendre en compte
12:28toutes ces victimes.
12:29Bien entendu, malheureusement,
12:30toutes ces personnes décédées,
12:31et je crains que le bilan ne s'adourdisse encore,
12:34et puis on l'oublie peut-être trop souvent aussi,
12:35toutes ces familles qui savaient
12:36qu'ils avaient un proche dans le train
12:37et qui veulent avoir des informations
12:39et qui vont avoir beaucoup de mal
12:41à avoir des informations tout de suite,
12:42le temps d'identifier les corps.
12:43Alors évidemment, on se projette,
12:45parce que ces lignes à grande vitesse,
12:46on les connaît très très bien en France.
12:48Arnaud Aimé, d'abord,
12:49est-ce qu'on sait si ce train qui a déraillé,
12:52c'est comme un TGV français ?
12:53C'est pareil ou c'est autre chose ?
12:55C'est comme les rames de Trenitalia.
12:58D'accord.
12:59Donc c'est le même matériel roulant,
13:01ce qu'on appelle les frecciarozza,
13:03sans l'accent,
13:04donc les flèches rouges.
13:05Donc c'est le matériel de Trenitalia
13:07qui circule beaucoup en Italie,
13:09sans anomalies,
13:10qui circule en France aussi.
13:12Après, que ce soit un train fabriqué par,
13:15c'était à l'époque Bombardier,
13:17en salle d'Obréda,
13:18ou par Alstom,
13:19dans tous les cas,
13:20les trains fabriqués et commercialisés
13:23et exploités en Europe,
13:24ils sont soumis à des normes européennes
13:27de sécurité.
13:28Donc c'est tous ces trains-là
13:29qui sont confrontés.
13:32La probabilité d'accident,
13:33alors là c'est mal venu de le dire,
13:35mais elle est quand même extrêmement rare
13:37sur la grande vitesse,
13:37parce que ce sont des lignes
13:39particulièrement récentes,
13:40donc qui sont équipées
13:41avec beaucoup d'installations de sécurité,
13:44notamment des contrôles de la vitesse limite,
13:47et puis qui font l'objet
13:47de beaucoup de surveillance.
13:51Donc c'est ça qui rend la probabilité
13:52particulièrement faible,
13:54et on le voit dans les statistiques.
13:56Là aussi en Espagne,
13:57si le bilan est si lourd,
13:58et il est extrêmement lourd,
13:59c'est aussi qu'on a le jouet de malchance.
14:02C'est-à-dire qu'il y a un train qui déraille,
14:04c'est déjà rarissime.
14:06Ensuite, il déraille dans la mauvaise direction,
14:08c'est-à-dire que plutôt que quitter la voie,
14:10il va aller sur la voie adjacente.
14:12Ensuite, sur cette voie adjacente,
14:14pas de chance,
14:15il y a un train qui circule en sens inverse,
14:17on sait que ce n'est quand même pas en permanence
14:19qu'on croise d'autres trains sur la voie ferrée.
14:22Ils sont tous les deux à pleine vitesse,
14:24d'où les 600 km heure du choc dont on parlait.
14:26Donc il y a vraiment une accumulation.
14:28Surtout que ces croisements,
14:29évidemment, on l'a tous vécu,
14:30ça dure, je ne sais pas,
14:32deux secondes.
14:32Oui, c'est quelques secondes,
14:35et puis ce n'est pas non plus toutes les minutes
14:37qu'il y a un train qui circule,
14:38donc c'est un jouet de malchance.
14:40En plus, vu la géométrie,
14:42l'organisation géographique autour,
14:46les trains, ils déraillent,
14:49ils se couchent, ils tombent même.
14:50On a parlé de plusieurs mètres de chute,
14:52parce que c'est sur un talus.
14:54Tout ça, ça aggrave les choses.
14:55Et puis les secours,
14:56ce n'est pas évident non plus.
14:57Pour qu'ils arrivent, ça prend un peu de temps.
14:59Ludovic en avait parlé.
15:00Je rappelle aussi une différence
15:01par rapport à la route,
15:02c'est que les accidents de la route,
15:04ça se passe sur les routes.
15:05Et sur les routes, du coup,
15:06c'est assez facile d'y accéder
15:08pour des engins de secours,
15:10des engins d'incarcération.
15:12Les voies ferrées,
15:13c'est beaucoup plus difficile d'accès.
15:14À chaque fois qu'il y a des drames,
15:15évidemment, on se demande
15:16comment éviter que ça se reproduise.
15:18Et faut-il augmenter encore
15:20de plusieurs crans les niveaux de sécurité ?
15:22C'est vrai que quand on rentre dans un train,
15:23Ludovic Pingano,
15:24on se sent en sécurité,
15:25on se dit qu'il ne peut rien arriver.
15:25Mais il n'y a pas de ceinture de sécurité,
15:27par exemple.
15:27Est-ce que ça peut faire partie
15:28des pistes à l'avenir ?
15:30Quand on est assis,
15:31on met le ceinture de sécurité,
15:32un peu comme dans un avion.
15:33Oui, alors on peut rajouter,
15:34effectivement...
15:34À 300 km heure, de toute façon.
15:35On peut rajouter plein de mesures,
15:37mais à 300 km heure,
15:38effectivement,
15:39ou 600 km heure,
15:40les chocs sont extrêmement violents.
15:42Il faut le rappeler,
15:43ce sont des accidents
15:44qui sont très rares.
15:45Et si on s'intéresse
15:46aux probabilités,
15:47puisque moi, j'entends souvent
15:48dans mon métier,
15:49des gens me disent
15:50« Non, mais ça ne peut pas nous arriver.
15:51Ça n'est pas possible.
15:52On a fait des calculs statistiques.
15:54Ça ne peut pas arriver. »
15:55Et puis malheureusement,
15:55on le voit toujours,
15:56que ce soit des catastrophes industrielles,
15:58que ce soit dans le milieu des transports,
15:59que ce soit des catastrophes naturelles.
16:01Les probabilités,
16:02l'approche probabiliste,
16:04comme on dit,
16:04n'existe pas.
16:05Il faut avoir une approche déterministe
16:06pour que ce type de catastrophe arrive.
16:08C'est une succession
16:09de défaillances techniques,
16:12humaines.
16:13Et puis, c'est de la malchance
16:15pour que deux trains se croisent
16:16juste au moment
16:17où l'un des trains déraille.
16:19Statistiquement,
16:19ça n'est pas possible.
16:21Et pourtant,
16:21ça arrive.
16:23Donc, je crois qu'on peut...
16:24Alors, bien sûr,
16:24il faut réaliser un retour d'expérience
16:26de cet accident,
16:27comprendre exactement
16:28ce qui a pu se passer
16:29et savoir si, effectivement,
16:30on peut mettre en place
16:31des barrières
16:32pour limiter les effets
16:33de cet accident,
16:34notamment sur les victimes.
16:35Maintenant, je crois
16:36qu'il ne faut pas rêver.
16:36À partir du moment
16:37où on veut rouler
16:37de plus en plus vite
16:38des chocs à 300 km heure,
16:39l'être humain n'est pas adapté
16:40pour encaisser ce type de chocs.
16:42– Oui, et Ludovic parlait
16:44de retour d'expérience.
16:45Concrètement,
16:46il y a plusieurs enquêtes
16:47qui sont lancées en parallèle.
16:48Il y a d'une part
16:49une enquête judiciaire
16:50qui vise à déterminer
16:51les responsabilités pénales
16:53et puis l'autre enquête
16:54qui est très extrêmement importante,
16:56c'est l'enquête technique
16:57qui vise non pas
16:58à déterminer les responsabilités
16:59mais les causes techniques,
17:01les causes matérielles,
17:02les causes humaines,
17:04faire un peu tout l'arbre
17:06des causes
17:07qui a conduit à ça
17:08et puis surtout formuler
17:09des préconisations,
17:10des mesures de sécurité supplémentaires
17:12qui s'appliqueront
17:13soit seulement
17:14à cette compagnie ferroviaire,
17:15soit à tout le réseau espagnol,
17:17soit qui seront adaptés
17:18par toute l'Europe
17:18pour réduire encore
17:20la probabilité d'un accident.
17:21– Et sur la surveillance des voies,
17:23parce que ce que vous avez
17:25tout à l'heure égrené comme risque,
17:26un glissement de terrain,
17:28que sais-je,
17:28on se dit tout ça arrive
17:29quand même très très régulièrement,
17:30très très souvent,
17:31elles sont inspectées
17:32à quel rythme les voies ?
17:34– Alors ça arrive quand même
17:34beaucoup moins souvent
17:35sur des lignes à grande vitesse
17:36qui sont de conception moderne
17:38plutôt que sur des voies
17:39du 19e siècle.
17:40Quand il y a des déformations
17:41de la voie,
17:42c'est quand même en général
17:42sur les voies les plus anciennes.
17:44Là, il y a beaucoup de plateformes
17:46qui sont faites même en béton,
17:48donc c'est des choses très lourdes.
17:50Après, il y a des dispositifs techniques
17:51et des dispositifs humains.
17:53Les dispositifs techniques,
17:54c'est quoi ?
17:54Eh bien, c'est des capteurs
17:55qui mesurent l'éventuelle déformation
17:59de la plateforme.
18:00C'est aussi des rames à grande vitesse
18:02qui sont sans voyageurs
18:04mais qui mesurent en temps réel,
18:06disons, toute la géométrie de la voie.
18:08Et puis, les moyens humains,
18:10eh bien, c'est des tournées
18:10de surveillance
18:11qui sont très fréquentes
18:13sur lignes à grande vitesse
18:14pour détecter une anomalie technique
18:15ou bien parfois,
18:16vous parliez d'actes de malveillance,
18:18pour détecter aussi éventuellement
18:20des objets,
18:21des gros objets sur la voie
18:22qui peuvent,
18:23si le train le percute,
18:24eh bien,
18:24qui peuvent faire dévier
18:25le train de sa voie.
18:26– Alors justement,
18:27c'est un peu une question
18:27qu'on s'est tous posée aussi
18:29quand on prend le train.
18:30si quelqu'un met une pierre,
18:33est-ce qu'une petite pierre,
18:34ça passe ?
18:35Enfin, gros rocher ?
18:36Ça se mesure comment, ça ?
18:38– Alors, je ne vais pas répondre
18:39à la question
18:39parce qu'il ne s'agit pas non plus
18:41de donner des idées
18:42mais il y a souvent des risques
18:44d'obstacles,
18:45même de manière involontaire,
18:46qui peuvent survenir.
18:47Donc, non,
18:48une simple pierre,
18:49ça ne suffit pas.
18:50Là où ça peut arriver,
18:51c'est par exemple
18:52s'il y a des chutes d'arbres.
18:54C'est pour ça, d'ailleurs,
18:55que quand il y a des tempêtes
18:55qui sont annoncées,
18:56on l'a connue il y a quelques jours,
18:58n'est-ce pas ?
18:58Eh bien, on interrompt
19:00les circulations furviaires
19:01pour éviter tout risque
19:01que des arbres tombent sur la voie.
19:03C'est un cas classique
19:04d'interruption des circulations.
19:06– Le bilan, on vous le rappelle,
19:0739 morts
19:08et plus de 100 blessés
19:10dans cette tragédie.
19:12Un bilan qui pourrait s'alourdir,
19:14qui n'est que provisoire,
19:15ont répété les autorités espagnoles
19:17il y a quelques instants.
19:19123 blessés pour l'instant,
19:21dont plusieurs dans un état grave.
19:23On va surveiller l'évolution.
19:24Puis il y a le chef du gouvernement espagnol,
19:26Pedro Sanchez,
19:26qui est attendu sur place
19:27dans les minutes.
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