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  • il y a 2 jours
DB - 15-01-2026

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00:00:00Chameau. Chameau.
00:00:26Il ne monte pas, monsieur le directeur.
00:00:28Il descend. Ça semblait impossible, mais il descend encore.
00:00:31Remarquez que maintenant qu'il est au plus bas, il ne peut que se maintenir ou monter.
00:00:34C'est inouï, c'est incompréhensible. Le 15 janvier, on suit sa 2500 mètres d'altitude. Il pleut.
00:00:38Ah, et ça, pour pleuvoir ?
00:00:40Depuis 15 jours. Un chabot.
00:00:44Ah, ne vous désalez pas, monsieur le directeur. C'est la glorieuse incertitude de l'industrie hôtelière. Vous n'êtes pas responsable.
00:00:50Pas responsable quand l'étal est vide en pleine saison ?
00:00:52Ah, pas tout à fait. Nous avons le congrès et ils boivent sec.
00:00:56Mais au juste, qu'est-ce que c'est que ce congrès ?
00:00:58Ce sont des messieurs qui sont réunis sous la présidence du professeur Koch pour discuter de l'existence de Dieu.
00:01:04Ils resteront longtemps ?
00:01:05Ah, pour élucider une question aussi complexe, il n'est pas trop de toute une vie.
00:01:09Ah, ça, il faut du temps.
00:01:11Non, ce qu'il faut surtout, mon garçon, c'est du beau temps.
00:01:14S'il pleut, ils ficheront tous le camp. Je les connais, les congressistes.
00:01:17Quel que soit l'objet du congrès, ce qu'ils veulent avant tout, c'est bien bouffer et rigoler.
00:01:21Au bar du Grand Hôtel où j'ai fait un stage, il y avait un baromètre qui, par tous les temps, indiquait le beau fixe.
00:01:27Et ça m'empêchait de pleuvoir ?
00:01:31Pas toujours, mais enfin l'indication favorable, redresser le moral.
00:01:35Ah, mais c'est pas bête, ça.
00:01:37Comme je suis homme de précaution et que j'ai l'habitude des sports d'hiver, à tout hasard, j'ai apporté un baromètre truqué.
00:01:46Alors voilà ce que vous allez faire. Vous allez me permuter ces deux baromètres, mais alors discrètement, hein.
00:01:57Monsieur le Président.
00:01:59Bonjour mon ami, bonjour.
00:02:00La séance vient de finir.
00:02:01À l'instant, à ce propos, monsieur Mattard, je suis heureux de vous annoncer une bonne nouvelle.
00:02:07J'en ai bien besoin.
00:02:08Votre hôtel vient d'être illustré par une séance historique.
00:02:12Oui, après des débats animés, à l'unanimité, au moins une voix, le Congrès international de la libre-pensée a décidé de supprimer Dieu.
00:02:23Vous avez mis Dieu hors la loi ?
00:02:25Une décision d'une telle importance, enfin dans un certain sens c'est flatteur pour l'hôtel,
00:02:30mais il y a des clients qui n'aimeront pas ça.
00:02:32Ah, demain matin, séance de clôture et dans l'après-midi, départ général.
00:02:36C'est pas possible, déjà, monsieur le Président ?
00:02:38Hein, nous avons mis les bouchées.
00:02:39Voyons le baromètre.
00:02:41Oh, nom de Dieu !
00:02:42Oh, papa !
00:02:43Hein ?
00:02:44Tout à l'heure, vous disiez que Dieu n'existait pas.
00:02:46Eh bien !
00:02:46Mais maintenant, vous dites nom de Dieu, alors je comprends pas.
00:02:49Expliquez-moi.
00:02:50Oh, je ne t'expliquerai rien, mon enfant, c'est trop fort pour toi.
00:02:53Tu attraperais une méningite.
00:02:55Une méningite ? Tu vas voir une méningite, papa.
00:02:56Mais non, c'est une façon de parler, une plaisanterie.
00:03:00Ah, c'est décourageant, hein ?
00:03:02Moi, quand on me dit quelque chose, je le crois.
00:03:03Ah, ça, c'est vrai, elle croit tout, elle ne tient pas de moi.
00:03:06Elle est charmante.
00:03:07Oui, tout à fait, je vous souhaite l'appareil.
00:03:10C'est curieux, hein ?
00:03:11Parfois, on vous dit des choses et puis elles sont vraies.
00:03:14Une autre fois, on vous dit une autre chose et elle n'est pas vraie, alors comment se débrouiller ?
00:03:17Moi, je crois tout, comme ça, c'est beaucoup plus simple.
00:03:19Et puis c'est plus gentil.
00:03:21Oh, nom de Dieu !
00:03:22Tais-toi, yotte !
00:03:23Monsieur Bâtard, préparez ma note, je pars par le train de 7h.
00:03:26Mais, commandant...
00:03:26Allez !
00:03:27Voyons, commandant, mais la séance de clôture a lieu demain matin.
00:03:30T'as mal, n'est pas laissé le congrès en panne.
00:03:32J'ai besoin de bouger, de remuer, mais je deviens fou, moi.
00:03:35Ah, vivement la classe !
00:03:37Oh, nom de Dieu !
00:03:38Ah, très bien.
00:03:39Viens ici, là.
00:03:40Mon cher président,
00:03:41Où l'idée m'est venue.
00:03:43Oui.
00:03:44Je propose de tenir la séance de clôture immédiatement.
00:03:48Comment ça ?
00:03:48Comme ça, nous pourrons tous partir par le train de 7h.
00:03:52Ah, bravo !
00:03:53Mais vous oubliez qu'il nous reste des questions graves à résoudre.
00:03:55Oh, mais nous les résouvrons dans le funiculaire.
00:03:59Dites-moi, avez-vous préparé le procès verbal de la dernière séance ?
00:04:02Sure, sure, là, voici.
00:04:04Ah, merci bien.
00:04:06Voyons voir.
00:04:07Ah, à l'unanimité moins une loi.
00:04:10Ah, ça, c'est curieux.
00:04:11Ainsi, il se trouve parmi nous une personne qui croit en Dieu.
00:04:15Ben, ben, ça doit être une femme.
00:04:17Pourquoi une femme ?
00:04:18La vote des secrets.
00:04:20Eh, mais les femmes étant d'une intelligence inférieure, il est apprécié.
00:04:23Mon cher président, vous vous trompez.
00:04:26C'était tout un homme.
00:04:27Par hasard, j'ai vu son bulletin de vote.
00:04:30Ah, et qui est-ce ?
00:04:32Le monsieur très élégant qui était assis à côté de moi à mon droite.
00:04:35Ah, votre...
00:04:36Ah, je vois, je...
00:04:37Oh, mais vous devez vous tromper certainement.
00:04:39Comment ?
00:04:40Mais ce jeune homme n'a pas manqué une seule de nos séances.
00:04:43Il a suivi les débats avec un intérêt passionné.
00:04:45Oh, là, là.
00:04:46Les yeux brillants, oui, pendant que vous dormiez tous.
00:04:49Ah, il ne dormait pas, lui ?
00:04:50Non, monsieur.
00:04:51Et même, il prenait des notes.
00:04:53Non, je soupçonne cette brute de monsieur Point d'être le dissident.
00:04:57Pourquoi ça ? Il croit en Dieu ?
00:04:59Ah, je sais pas ça.
00:05:00Mais il s'est pas voté.
00:05:01Il a dû se tromper de bulletin.
00:05:03Oh, qu'est-ce que c'est ?
00:05:05What ?
00:05:06C'est sans doute une avalanche.
00:05:07What ? Il y a des avalanches dans le pays, vous ne le disiez pas ?
00:05:11Jamais.
00:05:12Enfin, jamais en janvier.
00:05:13Mais c'est cet inexplicable déjeuner.
00:05:15Monsieur Matard, je ne voudrais rien vous dire de blessant,
00:05:17mais je souhaite qu'une avalanche vengeresse balaye votre hôtel.
00:05:21Ne dites pas des choses pareilles.
00:05:22Après notre départ, bien sûr.
00:05:23Mesdames, messieurs, malgré un caractère très doux et professionnellement souple,
00:05:27je vais finir par me francher.
00:05:29Est-ce ma faute ?
00:05:29S'il pleut, s'il y a de la boue et du brouillard.
00:05:31Enfin, je suis responsable.
00:05:32Mais non, naturellement.
00:05:35Il n'y est pour rien, le pauvre homme.
00:05:37Je ne commande pas les éléments, n'est-ce pas ?
00:05:40Je pense bien, ce serait joli.
00:05:43Je désirerais un Manhattan.
00:05:45Mais je vais vous le préparer moi-même.
00:05:46C'est la dissidente.
00:05:49Ah, vous m'étonnez, vous savez, nous allons voir ça.
00:05:54Monsieur.
00:05:55Monsieur le Président.
00:05:56Comme vous avez suivi très régulièrement nos séances,
00:06:00je prends la liberté de me présenter.
00:06:02Professeur Coque, de la faculté de Varsovie,
00:06:05président du Conseil et du Congrès international de la libre-pensée.
00:06:10Parfaitement.
00:06:12Le commandant Laroche,
00:06:13Oui, vénérable de la loge, lumière et clarté.
00:06:16Vice-président du Congrès.
00:06:19Miss Soul.
00:06:20De Cincinnati, Ohio.
00:06:23Notre modeste collaboratrice, secrétaire du Congrès.
00:06:27Papa, présente-moi.
00:06:29Ah, c'est vrai, j'ai oublié.
00:06:31Ma fille.
00:06:33Ah oui, l'idiote.
00:06:35Ah, vous savez.
00:06:37Bonjour, l'idiote.
00:06:40Bonjour, monsieur.
00:06:41Mais, écoutez, maintenant que les présentations sont faites,
00:06:44permettez-moi de vous poser une question.
00:06:46Oui.
00:06:47Oui, c'est moi, le dissident.
00:06:49Ah.
00:06:49Voici votre Manhattan.
00:06:51Ah, merci.
00:06:52À propos, monsieur, je ne voudrais pas avoir l'air d'insister,
00:06:55mais en arrivant ici,
00:06:56vous avez oublié de remplir le registre de police.
00:06:59Ah, c'est obligatoire.
00:07:01Pas mentir.
00:07:02Voici ma carte.
00:07:05Merci.
00:07:05Dieu.
00:07:09Oui.
00:07:10Rentier.
00:07:11Et naturellement.
00:07:11Pardon.
00:07:13Monsieur le Président.
00:07:14Hé.
00:07:15Dieu.
00:07:16Vous êtes sûr que c'est un libre-penseur ?
00:07:18Vous riez, je l'homme ?
00:07:22Je constate que vous avez un heureux caractère.
00:07:25Sans doute.
00:07:26Mais si je ris, c'est parce que je pense que...
00:07:28si je boulais,
00:07:30il ne pleuvrait plus.
00:07:32Comment ?
00:07:32Je n'ai pas dû vous comprendre.
00:07:35Ah, c'est pourtant bien simple.
00:07:37Monsieur dit que s'il voulait,
00:07:38il ferait beau temps.
00:07:39En changeant la direction du vent.
00:07:41Ou même sans la changer.
00:07:43Et si je voulais, il ferait un soleil radieux,
00:07:46les champs de boue
00:07:46se changeraient en champs de neige immaculés,
00:07:50sillonnés par des pistes de bobsleigh.
00:07:52Ah, vous pourriez faire ça ?
00:07:54Mais facilement.
00:07:55Tout de suite.
00:07:56Pourquoi pas ?
00:07:57Mais vous êtes un inventeur ?
00:07:59Oui, vous aussi.
00:08:00Faites-le, ne vous gênez pas, mon ami.
00:08:02Mais si je voulais.
00:08:04Mais je ne veux pas.
00:08:06Il ne veut pas.
00:08:08Vous êtes drôle, jeune homme.
00:08:09Alors, ça, par exemple.
00:08:11Qu'est-ce que tu as, toi ?
00:08:12Eh bien, le baromètre.
00:08:13Mais regardez le baromètre.
00:08:14Oh, il est monté à la verticale.
00:08:15Il indique le beau fixe.
00:08:17Beau fixe.
00:08:19Ce n'est pas possible.
00:08:20C'est une extraordinaire coïncidence.
00:08:23Pas autre chose.
00:08:25Rien qu'une coïncidence.
00:08:27Je n'y suis pour rien.
00:08:28Je n'y suis pour rien.
00:08:32Monsieur Point n'est pas ici.
00:08:35Non, madame la princesse.
00:08:35Vous ne l'avez pas vue ?
00:08:36Non.
00:08:37Je pensais le trouver au bar.
00:08:38Je cherche partout depuis une demi-heure.
00:08:39Oui.
00:08:39L'hôtel est grand, vous savez.
00:08:41Non, c'est égal.
00:08:41Il m'avait donné rendez-vous ici à trois heures.
00:08:43Je n'avance pas.
00:08:43Il est bien trois heures.
00:08:44Pas assez.
00:08:45Mais monsieur Point est peut-être dans la salle des sports.
00:08:48Oh, c'est vrai.
00:08:49Je n'y suis pas allée.
00:08:49Voilà, il y est certainement.
00:08:50Il s'entraîne pour le match.
00:08:52Je ne sais pas où j'avais la tête.
00:08:53Je m'inquiétais.
00:08:53C'est bête.
00:08:54Je vous remercie.
00:08:55Si vous voulez, je vais aller voir.
00:08:56Alors, je viens avec vous, monsieur Matard.
00:08:57Vous êtes un bien brave homme.
00:08:58Bien entièrement votre service, madame la princesse.
00:09:01Vous savez, madame la princesse, que le baromètre monte.
00:09:05Eh bien, vous voyez, tout s'arrange dans la vie.
00:09:07Tout est très bien.
00:09:07Il faut avoir confiance.
00:09:08C'est vrai.
00:09:10C'est vrai.
00:09:11Je vous remercie, madame.
00:09:14De rien.
00:09:16La salle des sports est au premier.
00:09:18Je vous suis.
00:09:22Mais pourquoi avez-vous remercié la princesse ?
00:09:25Mais parce que je suis poli.
00:09:28Monsieur Point n'est pas dans la salle des sports.
00:09:32Ah, et vous savez où il est ?
00:09:34242.
00:09:36Je ne comprends pas.
00:09:37Numéro 242.
00:09:40C'est madame Blanc, parbleu.
00:09:41Elle l'a levée hier soir au bridge.
00:09:44Oh, pauvre femme.
00:09:46Vous voulez parler de madame Blanc, je suppose.
00:09:49Mais non, de l'autre.
00:09:50Oui, de la princesse.
00:09:51Oh, mais il ne faut pas la plaindre non plus.
00:09:54Elle avait tout ce qu'une femme peut désirer.
00:09:56Elle a tout laissé pour suivre M. Point, le boxer.
00:10:00Qui s'affiche pas mal d'elle.
00:10:01Mais c'est là la moralité de l'histoire.
00:10:04Mais c'est une femme perdue.
00:10:06Allô, rien ne peut la sauver.
00:10:07Si.
00:10:09Moi.
00:10:09Si je voulais.
00:10:11Oui, si vous vouliez.
00:10:13Si je voulais, je la sauverais.
00:10:15Mais vous ne voulez pas.
00:10:17C'est une chance véritable pour M. Point.
00:10:20Jeune homme, il me semble que vous ne doutez pas de votre séduction.
00:10:24Mais non, naturellement.
00:10:26Me permettrez-vous de vous offrir un verre ?
00:10:27Ah, mais moi, t'involontiers.
00:10:30Tous jours, on est consommant sur vos bars.
00:10:32Pardon.
00:10:33Au poker-dasse.
00:10:34Vous avez l'intention de jouer au poker-dasse avec moi ?
00:10:36Mais sans doute.
00:10:37Mais c'est absurde.
00:10:38Pourquoi ?
00:10:39Mais vous ne pouvez pas gagner.
00:10:40Vous trichez ?
00:10:42Ce n'est pas besoin.
00:10:43Les dés m'obéissent.
00:10:45Moi aussi.
00:10:46Je suis vénard.
00:10:47Mon cher vénard, vous allez vous couvrir de ridicule.
00:10:50Pas d'indimidation.
00:10:52Allez, à vous l'honneur.
00:10:53Soit.
00:10:53Comptez.
00:10:59Cinq rois.
00:11:00À moi.
00:11:07Cinq as.
00:11:08Comment ?
00:11:08Vous avez perdu.
00:11:11Naturellement, j'ai voulu.
00:11:12Comment ?
00:11:13Si je n'avais pas voulu, vous n'auriez pas eu cinq as.
00:11:16Vous commencez à m'agacer, jeune homme.
00:11:18Je suis désolé.
00:11:23Monsieur le directeur.
00:11:25Qu'est-ce qu'il y a encore ?
00:11:26Monsieur le directeur, il y a une avalanche qui vient d'emporter une maison dans le village.
00:11:29Il y a des victimes ?
00:11:29Une fille et femme de 80 ans, elle est encore dans le ravin.
00:11:32Mais il faut faire quelque chose.
00:11:33Il faut lui porter secours.
00:11:34Il faut organiser une expédition.
00:11:35Je prends le commandement.
00:11:36Garde-vous.
00:11:37Très bien.
00:11:38Je réquisitionne tout le personnel.
00:11:40Et tous les hommes valides jusqu'à 50 ans.
00:11:42Et toutes les femmes, sans distinction d'armes.
00:11:43Et vous, je vous prends comme lieutenant.
00:11:46Ah non.
00:11:47Non.
00:11:47A mon vif regret, je ne peux pas me joindre à votre expédition.
00:11:50Ce serait absurde.
00:11:51Mais pourquoi ça ?
00:11:52Ayant précipité l'avalanche qui a enseveli la pauvre vieille, je ne saurais la secourir une heure après.
00:11:57C'est vous qui avez précipité l'avalanche ?
00:11:59Mais oui, bien entendu.
00:12:02Une dépêche vient d'arriver.
00:12:04Dieu.
00:12:04Oui, c'est moi.
00:12:06Une dépêche pour vous.
00:12:12Quoi ?
00:12:13Comment, comment, vous déchirez la dépêche sans la lire ?
00:12:16Naturellement, j'en connais le contenu.
00:12:18Il y a un malentendu, hein, je suppose.
00:12:21Vous ne prétendez pas être Dieu.
00:12:23Je ne prétends pas.
00:12:24Je suis.
00:12:26C'est moi, l'éternel.
00:12:29Du feu, mon ami.
00:12:31Qu'est-ce que...
00:12:31Un fou, ça manquait.
00:12:34Monsieur Bâtard, je vous félicite sur la façon dont était tenu votre hôtel.
00:12:37Je ne suis pas un responsable de mes clients.
00:12:39Oui, vous n'êtes responsable de rien, c'est entendu, hein.
00:12:42Mais j'en ai assez, moi aussi, hein.
00:12:44La mesure est comble.
00:12:45Avez-vous une camisole de force ?
00:12:48L'hôtel vient d'ouvrir, je ne suis pas encore outillé.
00:12:50Mais c'est la première fois.
00:12:51Dans ce cas, je déclare le congrès que l'on.
00:12:54Et je prends le filculaire de cette heure.
00:12:56Mais soule, venez, nous allons prévenir les congressistes de cette décision.
00:13:00Ils seront enchantés, président.
00:13:02Let's go !
00:13:03Mais inutile de vous dire que je recommanderai votre hôtel à mes amis et connaissances, hein.
00:13:08Ben, qu'est-ce que tu attends, toi ? Tu viens, allez.
00:13:10Mais moi, je ne comprends pas très bien.
00:13:11Oui, ben...
00:13:11Je t'explique...
00:13:12Eh ben, moi, je vais faire mes bagages.
00:13:14Mais comment on aille cette pauvre femme qui attend dans le fond du ravin ?
00:13:16Eh ben, elle attendra.
00:13:17Je pars.
00:13:18J'ai hors des fous.
00:13:19C'est physique.
00:13:22Alors, c'est le bouquin.
00:13:24Demain, l'hôtel sera vide.
00:13:25Il n'y a plus qu'à fermer.
00:13:27Vous n'avez pas l'air content.
00:13:29Ah, vous, vous ?
00:13:30Oui, eh bien...
00:13:31Vous êtes Dieu.
00:13:33Oui, je le suis.
00:13:34Vous en êtes sûr, absolument sûr.
00:13:35Oh, absolument sûr.
00:13:37Alors, vous êtes l'auteur de tout ce qui est, de tout ce qui vient d'arriver.
00:13:40Mais oui, sans doute.
00:13:42Et si je vous cassais la figure, qu'est-ce que vous diriez ?
00:13:44Mais rien.
00:13:46Tous les grands illuminés ont souffert la persécution.
00:13:49Mais je vais vous faire mettre sous la douche, moi.
00:13:51Mais oui, mais oui, c'est classique.
00:13:53J'attends avec sérénité.
00:13:56Mais pauvre fou, pauvre malheureux,
00:13:58est-ce que vous vous rendrez pas compte que si l'hôtel est vide,
00:14:00demain, c'est de votre faute ?
00:14:01Mais incontestablement.
00:14:03J'accepte mes responsabilités.
00:14:06Et si vous êtes ruiné, c'est parce que je l'aurais voulu.
00:14:09Comment ?
00:14:09Mais si je voulais, je pourrais intervenir.
00:14:12Arrêtez le cours naturel des choses,
00:14:14vous combler de bienfaits, vous et tous les hommes.
00:14:18Mais je ne veux pas.
00:14:20Et pourquoi ça ?
00:14:21Intervenir, ce serait me reprendre, me corriger.
00:14:25Je ne veux pas déranger mon propre ouvrage.
00:14:28Néanmoins, ne croyez pas que je sois insensible à votre infortune.
00:14:33Je puis vous donner l'assurance que mon cœur saigne pour vous.
00:14:37Mais c'est votre nez qui va saigner, monsieur Dieu !
00:14:40De nom, de nom, de nom, de nom, de nom, de nom !
00:14:43Qu'est-ce qu'il y a encore, commandant ?
00:14:44Mais c'est épouvantable.
00:14:45Comme nous sommes soixante, j'ai téléphoné à Régard pour avoir un wagon supplémentaire.
00:14:49On m'a répondu qu'il n'y aurait pas de train avant trois jours.
00:14:51Comment ?
00:14:51Mais c'est cette maudite avalanche qui a rendommagé la voie et rompue des câbles.
00:14:55C'est.
00:14:55Alors, si je comprends bien, vous ne partez plus.
00:14:59Évidemment.
00:15:00Nous n'avons pas des ailes.
00:15:02Mais alors, ça change beaucoup de choses.
00:15:07Laissez-moi la place, mon ami, ici.
00:15:09Pour commencer, je double le prix de la pension.
00:15:12Oh, c'est illusible !
00:15:13Alors, c'est comme ça.
00:15:14Pas pour vous.
00:15:16Monsieur Matard, laissez-moi vous dire que je ne suis pour rien dans tout ceci.
00:15:20Je n'ai pas voulu.
00:15:21Je ne suis pas intervenu.
00:15:23Oh, il neige !
00:15:25Comment ?
00:15:26Oh, un gros flocon !
00:15:27Et si ça continue, demain, vous patinerez.
00:15:29Et vous, commandant, vous ferez du ski et du bobsleigh.
00:15:32Dieu soit loué !
00:15:36Dites-moi, monsieur Matard, entre nous, que comptez-vous faire de ce fou ?
00:15:42Mon commandant, j'ai mon plan.
00:15:44Parfait.
00:15:45Alors, vraiment, vous doublez le prix de la pension.
00:15:47Ah, ça, là-dessus, je ne reviens pas.
00:15:49Bon, allez, finissez-vous.
00:15:53Madame la princesse, je n'ai pas vu Monsieur Point.
00:15:55Merci.
00:16:03Non ?
00:16:05Non, Monsieur Point n'est pas ici.
00:16:07Il n'est pas venu.
00:16:08Je vous remercie.
00:16:12Singulier.
00:16:12Je vais l'attendre ici.
00:16:18Un journal.
00:16:19Merci, non, je sais ce qu'il y a dedans.
00:16:21Comment, vous aussi ?
00:16:23J'ai l'impression, Monsieur, que je vous ai déjà rencontré quelque part.
00:16:33Oui.
00:16:35Oui, en effet.
00:16:37Il y a trois jours, à Berne, au Grand Hôtel, à l'heure du thé.
00:16:41Oui, c'est ça.
00:16:42Oui, vous étiez à la table de gauche.
00:16:44Que faisiez-vous à Berne ?
00:16:46J'y étais pour le congrès des théosophes.
00:16:49Je m'intéresse beaucoup à ce que l'on dit de Dieu.
00:16:52Seriez-vous croyant ?
00:16:53Mais oui, Madame, naturellement.
00:16:55Il ne manquerait plus que ça.
00:16:56Et vous ?
00:16:58Moi.
00:16:59J'aime Monsieur Point.
00:17:00Je crois à ce qu'il croit et je ne crois pas à ce qu'il nie.
00:17:03C'est dommage.
00:17:04C'est naturel.
00:17:06Pourquoi êtes-vous si malheureuse ?
00:17:09Mais qu'est-ce qui vous prend ? Je ne suis pas malheureuse.
00:17:11J'ai tout entendu, je suis votre voisin. Pourquoi êtes-vous malheureuse ?
00:17:14Vous ne regardez pas.
00:17:16Mais si, Madame.
00:17:18Mais si cela me regarde.
00:17:20Vous ne savez pas, comme ma situation est difficile, vous ne connaissez pas toutes mes responsabilités.
00:17:27Vous avez une idée derrière la tête, vous savez quelque chose.
00:17:30Je sais tout.
00:17:32Il m'aime.
00:17:34Il ne m'aime pas.
00:17:40Je ne vous parle pas de Madame Blin, bien entendu, avec qui il s'explique en ce moment.
00:17:44Non, ça c'est une passade, ça ne compte pas, ça m'est égal.
00:17:48Non, je vous parle de l'autre, de sa vieille maîtresse, il ne l'aime pas.
00:17:53Monsieur, si je pouvais vous croire, vous avez l'air bon.
00:17:58On le dit.
00:18:01C'est elle qui le poursuit, n'est-ce pas ?
00:18:03Vous allez voir, elle va repliquer ici.
00:18:05Non.
00:18:06Je vous dis si, j'en suis sûre.
00:18:07La voie est coupée, il n'y aura pas de train avant trois jours.
00:18:09Oh, cette providentielle, c'est le salut.
00:18:15Ah ça oui, peut-être.
00:18:17Oh, j'y pense.
00:18:21Vous êtes mon voisin, vous avez dû entendre.
00:18:23Et quoi donc ?
00:18:24Les injures, la bataille, le mobilier brisé.
00:18:30Ce n'est pas des choses à faire dans un hôtel, je lui ai dit cent fois.
00:18:32Quand la colère le prend, il est méchant.
00:18:35On n'a pas le droit de faire ce qu'il a fait.
00:18:37Moi, j'étais heureuse, j'avais un mari, j'avais des enfants, un yacht, une chasse, j'étais complète.
00:18:42Mais il est venu, il a tout détruit, par des œuvrements, par plaisir d'abîmer.
00:18:50Pourquoi m'a-t-il emmené, si c'est pour faire de moi, déclasser, la risée de l'hôtel ?
00:18:58La vie est mal faite.
00:19:00Ne dites pas cela.
00:19:01Oh, elle est ignoble.
00:19:04Vous m'offensez, elle est très bien.
00:19:06Le monde dans son ensemble est parfait, mieux que parfait.
00:19:09On voit que vous êtes heureux.
00:19:13Le but de la vie n'est pas le bonheur.
00:19:16Alors quoi ?
00:19:18C'est un grand secret.
00:19:24Ce n'est pas le bonheur, c'est l'amour.
00:19:27Or, j'aime.
00:19:28Personne n'aime mieux, plus généreusement que moi.
00:19:32Et je souffre le martyr.
00:19:34Or, je ne sais pas pourquoi je vous dis tout ça.
00:19:36Mais parlez, confiez-vous à moi.
00:19:39Oui, ça me fait du bien.
00:19:44Je sais pourtant que personne ne peut rien pour moi.
00:19:47Mais si, moi je peux.
00:19:49Vous pourriez quoi ?
00:19:51Et tout ?
00:19:52Me guérir ?
00:19:53Facilement.
00:19:54Vous pourriez me rendre son amour, dissiper le malentendu qui passe sur nous ?
00:19:59D'un seul mot.
00:20:00Oh, dites.
00:20:04Non.
00:20:04Vous m'abandonnez, vous me laissez mourir.
00:20:09Je laisserai faire la vie même si vous devez mourir.
00:20:12Mais voyons, refuseriez-vous un assoiffé dans le désert, une goutte d'eau ?
00:20:15Tous les jours, des êtres meurent de soif dans le désert, sans découvrir la source qui est au près.
00:20:21Mais ce n'est pas une raison.
00:20:23Pour vous, non, mais pour moi, oui.
00:20:24Non, je ne vous crois pas.
00:20:31En réalité, vous ne pouvez rien pour moi.
00:20:35Vous ne me laisseriez pas sans secours.
00:20:39J'ai pensé que vous étiez bon, je me suis trompée.
00:20:42Vous êtes monstrueux.
00:20:43Oh, j'ai eu tort de vous parler.
00:20:51Je ne suis plus perdue que tout à l'heure.
00:20:55Vous m'avez attirée par un vague, un absurde espoir.
00:21:01Un berne, déjà.
00:21:03Vous m'avez regardée avec des yeux si profonds.
00:21:07J'avais cru trouver un ami qui m'aiderait à sortir de ma détresse.
00:21:14Vous t'en sortir par vos propres moyens.
00:21:19C'est ce que je vais faire.
00:21:22Je vous dirai une chance seulement.
00:21:25Vous êtes pire, sans toi de pire que mon amant, parce que vous êtes méchant, sans patience, par jeu, gratuitement.
00:21:33Si je suis désespérée maintenant, ce n'est pas à cause de lui.
00:21:37C'est un amant comme tant d'autres, nous.
00:21:39C'est à cause de vous.
00:21:41Oui, c'est à cause de vous que je m'en dis la vie, que je vous n'ai assez.
00:21:44Je ne veux plus vivre.
00:21:45Qu'est-ce que vous faites ?
00:21:46Oh, rendez-moi ce revolver.
00:21:48Non, non, non, non.
00:21:49Non, non, écoutez-moi.
00:21:51Écoutez-moi.
00:21:53J'ignore, si vous vous rendez compte de ce qui vient d'arriver.
00:21:55Il vient d'arriver quelque chose d'inouï, de prodigieux,
00:21:57qui n'est jamais arrivé depuis la création du monde.
00:22:00C'est la première fois.
00:22:02Quoi ?
00:22:03Je suis sorti de la neutralité.
00:22:09Eh bien, rien.
00:22:13Mais puisque je suis sorti de mon splendide isolement, je ne veux plus y rentrer.
00:22:16J'ai commencé à intervenir, alors je continue.
00:22:21Je ne veux pas.
00:22:22Je ne veux plus que vous soyez malheureuse.
00:22:26Ah oui ?
00:22:27Ne croyez surtout pas un miracle.
00:22:31Je ne vous le demande pas.
00:22:33Merci.
00:22:35Vous êtes raisonnable.
00:22:39Je sais lui.
00:22:41Bien, présentez-moi donc.
00:22:42Mon cher ami, je vous présente.
00:22:46Oh, j'ignore votre nom.
00:22:48Dieu.
00:22:49Comment ?
00:22:50Dieu.
00:22:52Quel drôle de nom.
00:22:53Mais quoi, ce n'est pas vous qui l'avez choisi.
00:22:55Enchanté de vous connaître.
00:22:57Allez, vous cherchez de quoi écrire.
00:22:58Quoi ?
00:22:59Vous allez écrire ?
00:23:00Oui.
00:23:02Oh, à qui ?
00:23:03Pour que vous écriviez, il faut que ce soit grave.
00:23:05Mais ça ne vous regarde pas.
00:23:06Je vous défends d'écrire à votre maîtresse.
00:23:08J'écrirai si je veux.
00:23:11Allez, faites ce que je vous dis et faites vite.
00:23:12C'est un conseil que je vous donne.
00:23:14Allez !
00:23:17Une brave fille.
00:23:21Pas encore dressée, pas tout à fait au point.
00:23:24Mais ça viendra.
00:23:26Savez-vous que tout à l'heure, elle a été sur le point de se tuer ?
00:23:29Trois fois par jour et quatre fois le dimanche.
00:23:31Un jour, elle se tuera.
00:23:32C'est possible.
00:23:33Elle est si mal à droite.
00:23:35Cette femme était tranquille, heureuse.
00:23:37Elle avait un foyer.
00:23:39Vous lui avez tout fait quitter.
00:23:40Moi ?
00:23:41Mais elle m'a suivi sans que je ne lui ai rien demandé.
00:23:44Tenez, voilà de quoi écrire.
00:23:46Merci.
00:23:47Écrivez.
00:23:48Je ne vous donnerai pas de conseils pour l'orthographie.
00:23:50On se foutera de vous.
00:23:51C'est bien ça.
00:23:53Je vous félicite.
00:23:53Voulez-vous ne pas me distraire quand j'écris ?
00:23:55L'inspiration ne vient pas ?
00:24:02Non.
00:24:04Je manque un peu d'habitude.
00:24:07Et puis juste, je ne l'écrirai pas.
00:24:09C'est très bien.
00:24:11J'aimerais tant vous voir heureux ensemble.
00:24:13Allez, donnez-moi votre main.
00:24:15La vôtre aussi, princesse.
00:24:17Et maintenant, promettez-moi de ne plus la faire souffrir.
00:24:19Non, mais de quoi je m'emmêle ?
00:24:21Oui, c'est vrai.
00:24:22C'est vrai, je ne devrais pas.
00:24:23Mais c'est la première et la dernière fois.
00:24:25Par certains côtés, je suis humain.
00:24:28Soyez bon pour elle.
00:24:30Je l'aime.
00:24:31Quoi ?
00:24:32Et de tout mon cœur ?
00:24:33Alors, aimez-la vous aussi, un peu ?
00:24:36Faites cela pour moi, je vous le demande.
00:24:37Non, non, non.
00:24:38Vous l'aimez et vous osez le dire devant moi ?
00:24:40Oui.
00:24:40Mais je vais vous massacrer.
00:24:41Oui, c'est ça.
00:24:43Mettez-vous en colère.
00:24:45Trépignez.
00:24:46Soyez jaloux.
00:24:48Regardez comme elle est heureuse.
00:24:49Elle se redresse comme une fleur sous la rosée, chère petite chose.
00:24:53Allez, venez avec moi, on va s'expliquer.
00:24:54Comme il vous plaira.
00:24:55Si vous désirez combattre, je suis votre homme.
00:24:57Mais malheureux, il va vous mettre en bouillie.
00:24:59Il est champion d'Europe.
00:25:00Et moi, je suis Dieu.
00:25:02Non, mais je ne me souviens pas d'avoir lu ce temps-là dans les annales de la boxe.
00:25:07Vous n'avez jamais combattu.
00:25:08Bien que les hommes cherchent à me faire épouser leur querelle, je n'ai jamais combattu.
00:25:12C'est mon premier match.
00:25:13Alors, qu'est-ce que vous allez prendre ?
00:25:14Oui, si je veux.
00:25:15Oui, vous allez voir, il faut que vous allez voir.
00:25:20Je suis blessé.
00:25:23J'ai raté une marche.
00:25:25Montrez un peu.
00:25:27Non, non, faites attention, ça me fait mal.
00:25:29Aïe.
00:25:31Oh, dis donc, je crains que ce ne soit une fracture.
00:25:36Une fracture ?
00:25:37Ah, oui.
00:25:39Oui, même, même une double fracture du poignet.
00:25:42Oh.
00:25:43Une double fracture ?
00:25:44Mais, alors, je ne pourrais plus boxer.
00:25:48Eh, non.
00:25:49Non, la boxe, le noblard, c'est fini.
00:25:51Pour toujours.
00:25:55Je ne pourrais plus boxer.
00:25:59Je ne serai plus champion.
00:26:04Alexandra, je n'ai plus que toi maintenant.
00:26:07Les autres vont me laisser tomber.
00:26:10Ce n'est pas moi qu'elles aimaient, c'était ma gloire.
00:26:11Oh, tu le reconnais enfin.
00:26:13Mais je l'ai toujours su, mais j'ai mes crânes et...
00:26:15Aïe !
00:26:16Oh, attends, je te fais mal, pardon.
00:26:19Marions-nous.
00:26:22Maintenant, c'est moi qui te le demande.
00:26:24Toutes mes félicitations.
00:26:26Allez, venez maintenant, je vais vous conduire à l'infirmerie.
00:26:28Venez.
00:26:28Oh, monsieur, je tiens à vous remercier.
00:26:30Ne me remerciez pas, ce n'est pas moi, c'est la marche.
00:26:34Ah, vous savez, la pauvre femme qui est tombée dans le ravin, eh bien, on vient de la retrouver.
00:26:40Où vous êtes-en ?
00:26:40Mais pas du tout, elle n'a rien, pas une écorchure.
00:26:43Et le plus curieux, c'est que cette femme qui était sourde depuis 20 ans ne l'est plus.
00:26:48Elle l'entend maintenant.
00:26:49Ça, c'est extraordinaire.
00:26:51Oui.
00:26:51Oui, j'ai été très gentil aujourd'hui.
00:26:55Venez.
00:26:57Je ne comprends pas, que voulait-il dire ?
00:26:59Non, ne faites pas attention, vous savez, il n'est pas normal.
00:27:02Quoi ?
00:27:03Non, ce jeune homme est fou.
00:27:04Mais soyez sans inquiétude, trois solides gaillards l'attendent derrière la porte pour le précipiter dans la piscine.
00:27:09Il est dans l'eau.
00:27:10En ma qualité de vieux militaire, je vous félicite de la rapidité et de la précision de la manœuvre.
00:27:15Cet homme n'est pas fou.
00:27:17Il se prétend Dieu, le cas est classique.
00:27:20Oui, et bien, attendez.
00:27:22Le journal de Genève, s'il vous plaît.
00:27:24Quel rapport ?
00:27:26Vous allez voir.
00:27:27Cherchez le Bouddha.
00:27:29Cherchez le Bouddha ?
00:27:29Oui, c'est le titre.
00:27:31On sait que le congrès des théosophes qui se tient dans notre ville est présidé par Vishnamurti, un jeune prince hindou,
00:27:38en qui les théosophes reconnaissent le Dieu réincarné et vivant.
00:27:43Or, le Bouddha a disparu.
00:27:44A-t-il été rappelé au ciel ? S'est-il retiré dans la montagne ?
00:27:47S'agit-il d'une séquestration ?
00:27:48Nos lecteurs ne manqueront pas d'être renseignés et nous ajoutons qu'il est offert une prime de 1000 francs à la personne qui aidera à découvrir le Dieu égaré.
00:27:57Je l'ai gagné 1000 francs.
00:27:57Pas encore, pas encore.
00:27:59Vous permettez ?
00:28:00Tenez, regardez.
00:28:03Là, il y a un entrefilé très intéressant.
00:28:07On montre de Vinterthur que Hanselby, fou dangereux se prétendant Dieu, a réussi à s'évader.
00:28:15Malgré les plus actives recherches, on n'a pas réussi encore à retrouver le fugitif.
00:28:19Une prime est offerte...
00:28:20De combien est la prime ?
00:28:2250 francs.
00:28:24Et si c'est le Bouddha ?
00:28:25Et si c'est le fou ?
00:28:27Faut aux yeux !
00:28:28Dans le doute, je vous en prie, gardez-le dans le pool.
00:28:33Le pool.
00:28:34La piscine.
00:28:34Bonjour, Miss Soul.
00:28:44Oh, c'est vous ? Mais vous n'êtes pas enfermé ?
00:28:47Mais si, certainement.
00:28:48Qu'est-ce que vous faites ?
00:28:50Ben, vous voyez, je fais le ménage.
00:28:51Entre deux douches, on me laisse sortir de la salle de bain pour balayer.
00:28:55Ah, monsieur Mathur.
00:28:57Miss Soul.
00:28:58J'ai une réclamation très énergique à vous faire.
00:29:01Ah.
00:29:02L'homme douliste m'a insulté.
00:29:04C'est affreux, mais qu'est-ce qu'il vous a dit ?
00:29:06Oh, je n'ose pas vous le dire tout.
00:29:07Mais, mais, osez, madame osez, vous avez peut-être mal compris, d'ailleurs.
00:29:10Je vous le dirai dans l'oreille.
00:29:14C'est pas possible.
00:29:16Je suis citoyen américain et je ne permets pas qu'on me manque de respect.
00:29:20Mais c'est inconcevable.
00:29:20Mais pour quelle raison vous a-t-il traité ainsi ?
00:29:22Mais sans aucune raison.
00:29:24J'entre dans le lift et je dis au premier, je crois même, que j'ai ajouté, s'il vous plaît.
00:29:30Ah non, mais peu importe, vous n'y étiez pas obligé.
00:29:32Eh bien, ce sale individu, sans même me regarder, m'a dit l'ignominique que je viens de vous répéter.
00:29:39Et comme je restais stupéfait, il m'a tourné le dos.
00:29:43Oh, c'est abominable.
00:29:44Au nom de tout le personnel, je vous prie d'accepter mes excuses.
00:29:47Désolé.
00:29:47Ça n'est pas tout.
00:29:49Connaissez-vous l'histoire qui est arrivée à ce pauvre commandant ?
00:29:52Quoi, le commandant aussi a voulu prendre le lift ?
00:29:54Non, c'était pendant le déjeuner.
00:29:57Il y avait des catelettes de chevreuil avec de la purée de marron, excellente, d'ailleurs.
00:30:02Merci.
00:30:03Le commandant a voulu en reprendre.
00:30:05Et le butler, le maître d'hôtel, généralement, si obsequieux, a dit,
00:30:12« Mais, si vous bouffez tout, qu'est-ce qui restera pour la cuisine ? »
00:30:18Et il a emporté le plat.
00:30:20Oh, je suis déshonoré.
00:30:22Oh, vous pouvez, mais moi, je suis définitif.
00:30:26Et j'exige le renvoi immédiat de l'homme du lift.
00:30:30Le renvoi ?
00:30:30Oui, qu'il soit mis dehors.
00:30:32Out !
00:30:33Mais je ne demanderai pas mieux.
00:30:35Et lui non plus, d'ailleurs.
00:30:36Seulement, vous savez, nous sommes ensevelis sous six pieds de neige et de glace, alors.
00:30:39Oui, ça, c'est vrai.
00:30:40Mais alors, qu'il me présente des excuses ?
00:30:43Oh, mais je vais vous les obtenir.
00:30:48Envoyez-moi l'homme du lift.
00:30:50Tout de suite !
00:30:52Remarquez, mon employé est dans son tort,
00:30:53mais nous devons tenir compte de la situation exceptionnelle dans laquelle nous nous trouvons.
00:30:57Mais, M. Matcha, ça, ça n'est pas une excuse.
00:30:59Ah, mais si.
00:31:01Ah, si, madame.
00:31:01Pardon, c'en est une.
00:31:03Je trouve que dans l'ensemble, l'attitude du personnel est meilleure que l'on ne pouvait l'espérer.
00:31:06Notamment, les cuisiniers sont merveilleux.
00:31:08Mais en quoi, je vous prie ?
00:31:09Écoutez, n'est-il pas admirable de penser qu'ensevelis sous la neige ?
00:31:13Menacé par le glacier qui bientôt va faire éclater l'hôtel et nous broyer.
00:31:17Qu'est-ce que vous dites ?
00:31:18Mais nous broyer, c'est la vérité.
00:31:20N'est-il pas admirable de penser qu'il existe des gens pour préparer des côtelettes que d'autres mangeront ?
00:31:25Entre nous, je suis surpris que les domestiques consentent à rester domestiques et qu'ils ne se mettent pas à table avec vous.
00:31:30Cette hypothèse est absurde, c'est inconvenant.
00:31:33Et même sans vous, oui.
00:31:35What ?
00:31:36Et oui, ça pourrait bien arriver aussi.
00:31:38C'est pourquoi, au lieu de l'âmer, je vous invite à rendre hommage à M. Mattard, directeur, qui a su, dans des circonstances tragiques, maintenir l'esprit hôtelier et la discipline sociale.
00:31:51Monsieur, je suis très touché par vos paroles, mais ne serait-il pas temps pour vous de regagner la piscine ?
00:31:57La poule !
00:31:57Oui, oui, certainement.
00:31:59Mais vous ne m'y laisserez pas longtemps.
00:32:02Fatalement, vous aurez recours à moi.
00:32:04Rappelez-vous, le radeau de la méduse.
00:32:11Cet homme est si triste.
00:32:13Ah, mais ne vous laissez pas impressionner, vous savez, le radeau de la méduse, c'est une vieille histoire.
00:32:18Oh, pardon.
00:32:21Auriez-moi un cigare.
00:32:31C'est ça, prenez-en deux, j'allais justement vous le proposer.
00:32:34Mais je le savais.
00:32:35Il y a l'allumette.
00:32:37Vous n'allez pas fumer ici ?
00:32:38Et pourquoi cela ?
00:32:39Devant une cliente, devant une dame, vous plaisantez, vous fils de portier, petit-fils de sommelier, petit-fils de groupe.
00:32:45Et j'étais acteur de cinéma aussi, seulement au moment où j'allais réussir.
00:32:49Et vous faites partie d'une grande famille, de l'aristocratie hôtelière, nul ne sait mieux les égards qui sont dus à une cliente, et même à un directeur d'hôtel.
00:32:56Il n'y a plus de client, plus de directeur, plus d'hôtel.
00:32:59Comment ?
00:32:59Plus de contrat, plus d'argent, plus d'employé et plus d'employeur.
00:33:04Et vous vous asseyez ?
00:33:05Mais je ne vous défends pas d'en faire autant. Soyez gentils, donnez-moi un peu de feu.
00:33:10Mais vous déshonorez la profession !
00:33:12Je la déshonorais quand j'acceptais les pourboires insuffisants !
00:33:15Mais c'est fini les pourboires !
00:33:17Et si je vous en proposais un ?
00:33:20Je n'accepterais pas.
00:33:24Ah mais je crois rêver, moi !
00:33:25C'est le fin du monde !
00:33:26Hum, ça vous l'avez dit, je n'ai pas autre chose.
00:33:30À ce propos, je dois vous dire que les cuisiniers sont venus me trouver.
00:33:34Nous avons délibéré.
00:33:36Après quoi, à l'unanimité, nous avons pris une décision.
00:33:39Que j'ai l'honneur de vous communiquer.
00:33:41Une décision ?
00:33:42Oui, oui, oui, oui.
00:33:44Les cuisiniers en ont assez de servir.
00:33:46Dorénavant, ils ne feront la cuisine que pour eux et le personnel.
00:33:51Ce soir, nous occupons la salle à manger.
00:33:54Et les clients ?
00:33:55Où vais-je mettre les clients ?
00:33:56Oh mais, ils n'ont pas besoin de salle à manger.
00:33:59Puisqu'ils ne mangeront pas.
00:34:02Non, est-ce que je peux me permettre encore une question ?
00:34:04Je vous en prie.
00:34:05Est-ce que vous me considérez, moi, comme faisant partie des clients ?
00:34:09Ou comme faisant partie du personnel ?
00:34:11Incontestablement, vous faites partie du personnel.
00:34:13Ah !
00:34:14Vous êtes un larbin.
00:34:15Merci beaucoup.
00:34:16Mais nous vous traiterons comme si vous étiez un client.
00:34:20Et maintenant, pourquoi m'avez-vous fait déranger ?
00:34:23Hum ?
00:34:24Je ne sais plus, moi.
00:34:25Je ne sais plus.
00:34:25Pour rien, pour rien.
00:34:27Absolument rien.
00:34:28Eh bien, mais dans ce cas, je me retire.
00:34:31Je vais rejoindre ma place dans l'ascenseur, pardon.
00:34:34Comment ? Vous reprenez votre service ?
00:34:36Non, mais il faut qu'il me prenez, vous.
00:34:38C'est fini le service.
00:34:39Maintenant, je monte et je descends tout seul.
00:34:41C'est plus gai.
00:34:42Oh non, madame, mais c'est plus digne.
00:34:46On s'arrête à l'étage qu'on veut et même on s'arrête entre les étages.
00:34:51Si le cœur vous en dit.
00:34:53On est libre.
00:34:54J'ai bien l'honneur de vous saluer.
00:34:57C'est grave, monsieur Matard.
00:35:05Il me semble.
00:35:07Le radeau de la méduse.
00:35:09Pas encore, mais ça vient.
00:35:14Tout ça, c'est de votre faute.
00:35:16Ça, par exemple.
00:35:17Mais oui, par votre appétit, votre voracité, vous avez mis le feu aux poudres.
00:35:20Je ne vois pas vraiment, messieurs, pourquoi vous en prenez à moi.
00:35:23Ah, monsieur Matard, je vous fais jure.
00:35:26Pouvez-je prévoir que je déclencherai la révolution sociale
00:35:28en redemandant une côtelette de chevreuil ?
00:35:31Apprenez, commandant, que toutes les révolutions sociales
00:35:33ont commencé par quelqu'un qui redemandait du secret.
00:35:36Ah, vous voyez ?
00:35:36Ah, mais je n'étais pas tout seul.
00:35:38Vous-même, mon cher président, vous avez redemandé du poisson.
00:35:41Oh, mais le poisson, c'est pas la même chose.
00:35:43Quant à vous, monsieur Poin, rien que de vous voir dévorer,
00:35:46il y a de quoi devenir socialiste.
00:35:48Mais je le suis.
00:35:49Vous êtes millionnaire.
00:35:50Je sors du peuple.
00:35:52D'ailleurs, je fais moi-même un peu de cuisine
00:35:53et puisque vous me traitez ainsi que vous êtes tous contre moi,
00:35:55je vais de ce pas au syndicat des cuisiniers demander ma carte d'adhérence.
00:35:58Ah, n'y allez pas, monsieur Poin.
00:35:59Ils vous la refuseront.
00:36:00Vous croyez ?
00:36:00Ah, mais j'en suis sûr.
00:36:01Et même, ils vous passeront peut-être un tabac.
00:36:03Non, non, les cuisiniers me connaissent.
00:36:04Ah, mais je connais les cuisiniers.
00:36:06Ce sont des gaillards, vous savez, et pas bêtes.
00:36:08Enfin, si le cœur vous en dit, la voie est libre.
00:36:11Mais n'oubliez pas que vous êtes déjà handicapés.
00:36:14Bon, maintenant, mesdames et messieurs,
00:36:16je vous dois l'entière vérité.
00:36:18Nos réflexions faites, je reste avec vous.
00:36:19Oui, et vous faites bien.
00:36:21Voilà, nous sommes dans une situation désespérée.
00:36:26Nous sommes coupés du monde, bloqués par les neiges.
00:36:28Nous n'avons pas d'outillage, à peine deux ou trois pelles.
00:36:30Pas de main-d'oeuvre, puisque le personnel est en révolution.
00:36:34Je ne peux vous proposer qu'une chose.
00:36:36Ah.
00:36:37Quelle vous sirez moi-même vos chaussures ?
00:36:39Mais, monsieur Mathur, vous souffrez de déformations professionnelles.
00:36:44Il ne s'agit pas de chaussures en ce moment.
00:36:47Mais voyons, réfléchissez.
00:36:48On viendra de Berne, on nous dégagerait.
00:36:50Connais-t-on seulement là-bas notre détresse ?
00:36:54Ce matin, j'ai été examiner les murs de l'hôtel.
00:36:56Eh bien, ils menacent de craquer sous la pression.
00:36:59Oh, mais c'est affreux, mais nous ne pouvons pas mourir comme des maïs, comme des rats.
00:37:05Il doit y avoir...
00:37:06Impossibilité, une choc !
00:37:09Mais certainement, il y en a une.
00:37:11Ah, que voulez-vous dire ?
00:37:13Vous aviez un dieu ?
00:37:14Oui.
00:37:15Qu'est-ce que vous en avez fait ?
00:37:16Vous l'avez enfermé dans la salle de bain.
00:37:19Mais, mais tais-toi, toi, idiote.
00:37:22Laissez-la parler.
00:37:23Alors ?
00:37:24Et c'est parce que vous l'avez enfermé dans la salle de bain que tous les malheurs vous sont tombés sur la tête.
00:37:28Non, écoutez, je vous demande pardon, mais elle ne sait pas ce qu'elle dit, elle divague.
00:37:31Ah, pas tellement, il y a dans les paroles de cet enfant un certain bon sens.
00:37:35Comment ça ?
00:37:36En regardant les choses de haut.
00:37:39Il est certain que nous avons été bien cruels avec ce singulier et mystérieux jeune homme.
00:37:44Pardon, pardon, il est fou.
00:37:46Ah, ça n'est pas évident.
00:37:47Comment ?
00:37:48Ce vice-la-murti dont parle le journal, ce prophète, le dieu des théosophes, qui nous dit que ce n'est pas lui.
00:37:57Ah, ça a été mon idée première, mais vous l'avez tous écarté.
00:38:00Eh bien, nous y revenons aujourd'hui.
00:38:01En effet, il y avait dans ce jeune homme quelque chose, oh, quelque chose de particulier.
00:38:09Bon, admettons qu'il soit vice-la-murti, c'est possible.
00:38:13Qu'est-ce que cela change ?
00:38:14Quelle consolation, hein ?
00:38:16En tirez-vous ?
00:38:17Eh bien, premièrement, nous allons réparer l'injustice.
00:38:19C'est déjà quelque chose, non ?
00:38:21Et puis...
00:38:22Et puis, et puis quoi ?
00:38:23Et puis, avec les indoux, on ne sait jamais.
00:38:25Peut-être qu'on a des liens vraiment quelques secrets, quelques pouvoirs mystérieux, légués par les brahmanes.
00:38:31Ah, ça, n'en doutez pas.
00:38:33Le fait qu'il ait triomphé de moi est une manière de miracle.
00:38:35Sur un salmone de Louis, la baromètre est montée à la verticale.
00:38:41Mais vous oubliez la pauvre dame qu'on a retrouvé dans le ravin et sans blessure.
00:38:44Toi, monte dans ta chambre.
00:38:46Et puis, il y a un élément dont nous devons te dire compte.
00:38:50C'est qu'il y a par le monde des millions de théosophes qui comptent parmi eux des penseurs, des savants, des artistes, des militaires.
00:38:59Et qu'il faut bien que ce jeune homme possède une personnalité merveilleuse pour qu'ils croient tous en lui et qu'il les proclame et Dieu.
00:39:07Adieu, butablement !
00:39:08Rassemblement !
00:39:09Messieurs, vous m'affligez. Dois-je vous rappeler que nous sommes rassemblés ici pour un congrès de la libre-pensée ?
00:39:16Sans doute, sans doute.
00:39:17Et qu'à notre dernière séance, nous avons supprimé Dieu à l'unanimité.
00:39:21Moins une voix ?
00:39:22Parbleu, c'était la sienne. Elle ne compte pas. Avez-vous l'intention de vous déjuger ?
00:39:27Nous avons le devoir avant tout de ne négliger aucune chance de salut pour le congrès si infime soit-elle.
00:39:32C'est le sagesse.
00:39:34Et puisque Vise Lamurtier est ici, nous allons l'appeler.
00:39:36Bon, eh bien alors je convoquerai une assemblée plénière. Je vous ferai désavouer, exclure, expommunier !
00:39:42Bon, faites ce que vous voudrez, mais le congrès me donnera raison.
00:39:45Mais je...
00:39:46Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
00:39:50C'est encore une avalanche.
00:39:51Pourvu que les murs de l'annexe n'aient pas cédé.
00:39:54Vous permettez ?
00:39:56Je suis confus de me présenter à vous dans cette tenue ridicule, mais on vient de me donner la douche.
00:40:01Et comme on m'a dit qu'il y avait de l'urgence...
00:40:02Je pense bien.
00:40:03Oh, mais vous êtes tout excusé.
00:40:05Vous êtes très beau comme ça.
00:40:07Oh, ce peignoir ressemble à un péplum antique.
00:40:11Vous me faites penser à un tableau de Rembrandt.
00:40:14Ah, c'est possible.
00:40:15Rembrandt est un peintre que j'ai souvent inspiré.
00:40:18Monsieur...
00:40:18Monsieur Vishnamurti.
00:40:20Euh...
00:40:20Oui ?
00:40:21Euh...
00:40:22Je prononce mal.
00:40:23Oh, vous savez, on m'a déjà donné tant de noms et de si bizarres.
00:40:26Vous pouvez m'appeler Vishnamurti si ça vous fait plaisir.
00:40:29Asseyez-vous donc, asseyez-vous.
00:40:31Vous...
00:40:32Vous avez à me parler ?
00:40:33Nous avons tous à vous parler.
00:40:34Qu'est-ce que j'ai encore fait ?
00:40:35Oh, mais rien, absolument rien.
00:40:37Non, vous savez, je commence à en avoir assez.
00:40:39Je batte un au soir.
00:40:40Non, mais ne vous fâchez pas, on ne vous... pas de mal.
00:40:42Attends, voulez-vous un petit cocktail ?
00:40:44Je vais vous le préparer moi-même.
00:40:47Beaucoup de jeans ?
00:40:48Euh...
00:40:49Moitié-moitié ?
00:40:50Voilà, je tiens à vous présenter nos excuses collectives.
00:40:53Mais...
00:40:53Pas les miennes, hein ?
00:40:55Nous avons agi en ce qui vous concerne avec une précipitation et surtout une rigueur excessive.
00:41:00Ah, mais je ne trouve pas.
00:41:01Je trouve que dans l'ensemble, vous avez été plutôt gentil.
00:41:03Néanmoins, nous avons des scrupules.
00:41:04Nous vous avons enfermé dans la salle de bain.
00:41:06Et cela sans enquête préalable.
00:41:08Eh bien...
00:41:08Eh bien, cette enquête, nous allons la faire aujourd'hui.
00:41:11Non, non, non.
00:41:12Non, non, c'est pas la peine.
00:41:12Ramenez-moi dans mon cachot.
00:41:13Mais nous ne demandons qu'à réviser le jugement dans un esprit le plus large et le plus bienveillant.
00:41:18Nous ne sommes pas des sectaires, cher monsieur Huistamurti.
00:41:22Nous ne sommes pas des sectaires.
00:41:24Voici votre cocktail.
00:41:26Je l'ai préparé moi-même.
00:41:28Ha, ha, ha, ha.
00:41:30Nous nous laisserons convaincre.
00:41:33Un magicien comme vous doit avoir plus d'un tour dans son sac.
00:41:36Un magicien ?
00:41:37Un fakir.
00:41:39Non, mais qu'est-ce que vous attendez de moi ?
00:41:40Que je fasse sortir un lapin d'un chapeau, me prenez-vous pour un saltaboc.
00:41:44Au revoir.
00:41:45Je vais continuer à balayer.
00:41:46Non, je ne peux pas rester.
00:41:48Bon.
00:41:49C'est bien pour vous.
00:41:52Mais réfléchissez une minute.
00:41:54Vous conviendrez que votre enquête est absurde.
00:41:57De deux choses l'une.
00:41:59Où je ne suis pas Dieu et c'est à vous de le prouver.
00:42:01Où je le suis et il n'est pas question que je le prouve.
00:42:04Ah, c'est la logique même.
00:42:06Ha, ha, mais je pense bien.
00:42:07La logique est mon attribut essentiel.
00:42:10J'ajoute que si vous m'avez fait sortir de mon cachot dans l'espoir absurde de me voir faire quelques miracles,
00:42:17vous vous êtes trompé grossièrement.
00:42:19Je ne ferai aucun miracle.
00:42:21Mais nous ne nous demandons rien.
00:42:23Absolument rien.
00:42:25Rien du tout.
00:42:26Alors dans ce cas, vous serez récompensé.
00:42:29Ou vous ne le serez pas, je ne garantis rien.
00:42:32Pardon.
00:42:33Messieurs, encore un mot.
00:42:34Devant votre attitude présente, je me vois contraint d'abandonner la présidence du Congrès.
00:42:40Je pose ma candidature.
00:42:41Parfait.
00:42:42Et sans examiner avec la plus grande bienveillance.
00:42:45Messieurs, suivez-moi.
00:42:47Jamais.
00:42:48Je monte dans mon chambre, je prépare mes bagages et je retourne à Cincinnati.
00:42:53Goodbye.
00:42:53Les cuisiniers n'ont plus d'espoir quand Vichelamurti ne l'ont pas trouvé dans la salle de bain.
00:42:58Alors où est-il ?
00:42:58Eh bien, je ne sais rien.
00:42:59Mais je suis là, mon ami.
00:43:01Je suis avec ces messieurs.
00:43:04Comment ?
00:43:05Vous êtes avec ces messieurs ?
00:43:06Avec la direction ?
00:43:08Avec les clients ?
00:43:09Eh oui, que voulez-vous ? C'est une tradition séculaire.
00:43:16Allez dire aux cuisiniers et aux personnels que Vichelamurti est avec nous et que dans ces conditions, nous réoccupons la salle à manger.
00:43:24Et que nous demandons des côtelettes de chevreuil pour ce soir.
00:43:28C'est un ultimatum.
00:43:29Bon, c'est bien.
00:43:30Je communiquerai aux cuisiniers, nous délibérons.
00:43:32Délibérez vite, c'est un conseil que je vous donne.
00:43:34Et puis retirez votre casquette, mon garçon.
00:43:36Vous vous sentez fort, n'est-ce pas ?
00:43:41Vous n'étiez pas si fiers tout à l'heure.
00:43:43On peut dire que vous n'avez rien oublié ni rien appris.
00:43:46Oh, pas de politique, jeune homme.
00:43:47Je ne discute pas.
00:43:49Puisque Vichelamurti est à l'hôtel et qu'il est de votre bord, eh bien, je reprends mon collier.
00:43:54La révolution est étouffée.
00:43:55Et puis faites pas cette tête-là depuis le temps qu'on étouffe les révolutions, vous devriez en avoir pris l'habitude.
00:44:00Mais, je sais.
00:44:01Bien, ce sera pour la prochaine fois.
00:44:06C'est ça.
00:44:14Monsieur Vichelamurti, je vous remercie.
00:44:15Monsieur Vichelamurti, nous ne savons comment vous remercier.
00:44:18Oui, de la part de tout le congrès.
00:44:20Ne me remerciez pas, je n'ai rien fait.
00:44:23Messieurs, voulez-vous me laisser avec Monsieur Point ? J'ai à lui parler.
00:44:26Mais certainement.
00:44:27Où est-elle ?
00:44:32Je ne sais pas.
00:44:33Vous mentez.
00:44:34Dans sa chambre, sans doute, elle a dû s'enfermer.
00:44:37Ce n'est pas vous qui l'avez enfermée, par hasard ?
00:44:38Moi ?
00:44:39Vous la tourmentez toujours.
00:44:41C'est de sa faute.
00:44:42Vous la battez.
00:44:43Un jour, je la tuerai.
00:44:44Justement, j'ai craint que déjà ce ne soit fait.
00:44:46Allez là chercher des pêches, vous faites vite.
00:44:48Bien.
00:44:52C'est moi qui vous ai tiré de votre prison.
00:44:57C'est moi qui ai tout fait.
00:45:00Personne ne pensait à vous, mais moi oui.
00:45:03Je sais.
00:45:06Alors pourquoi ne m'aimez-vous pas ?
00:45:08Pourquoi aimez-vous cette femme ?
00:45:11Est-ce qu'elle est venue vous consoler pendant que vous étiez captif ?
00:45:14Non, jamais.
00:45:15Ben, vous voyez bien.
00:45:20Et pourtant, vous l'aimez.
00:45:22Non.
00:45:24Mais je la préfère.
00:45:25Je sais, il n'y a qu'elle qui compte.
00:45:28C'est pour elle que vous êtes venue ici.
00:45:29C'est vrai.
00:45:35Qu'est-ce que c'est moi ?
00:45:36Elle est peut-être moi.
00:45:39Il était temps, je vais arracher les mains fracondes d'un homme.
00:45:42Ne pleurez pas.
00:45:44Je vous ordonne de ne plus pleurer.
00:45:46Oh, c'est vous.
00:45:50Je vous croyais prisonnier.
00:45:51On vient de me rendre la liberté.
00:45:55Vous êtes guéris ?
00:45:56Ah non.
00:45:57Non, pas moi.
00:45:58Eux.
00:46:00Ils ont compris qu'ils avaient besoin de moi.
00:46:02Pourquoi faire ?
00:46:04À cause de la montagne.
00:46:06Quelle montagne ?
00:46:08Comment ?
00:46:09Vous ne savez pas que le glacier nous encercle ?
00:46:12Ah oui.
00:46:14On me l'a dit.
00:46:15Je ne me fais pas attention.
00:46:18Comprenez.
00:46:20Ils ne m'aiment plus.
00:46:22Vous ne pouvez pas comprendre.
00:46:25Cependant, comprendre, c'est mon métier.
00:46:29Vous êtes écrivain.
00:46:31Oui.
00:46:32Mais j'ai peu écrit.
00:46:34L'amour est une chose qui échappe à tous les créateurs.
00:46:36Comment ?
00:46:37Mais oui, un créateur nécessairement à travers son oeuvre.
00:46:40Mais ce n'est pas ça.
00:46:41C'est aimer un être vivant directement.
00:46:44Non pour soi, mais pour lui.
00:46:46Mais ce n'est pas gré.
00:46:46C'est tout le contraire.
00:46:47C'est fondre.
00:46:48C'est disparaître dans un autre.
00:46:50C'est mourir étouffé.
00:46:51Vous comprenez ?
00:46:52Non.
00:46:54Non, vous voyez bien.
00:46:56Si peu que je sois expert dans la matière,
00:46:58je puis vous rassurer.
00:47:00Il vous aime.
00:47:01Vous lui avez parlé ?
00:47:02Mais tout à l'heure.
00:47:04Et je vous assure qu'il vous aime.
00:47:06A sa façon.
00:47:08Il est méchant avec vous ?
00:47:10Méchant, non.
00:47:11Même pas.
00:47:13Il est indifférent.
00:47:14Il en aime une autre.
00:47:15J'aurais mieux qu'il soit méchant.
00:47:18La méchanceté vient de la haine.
00:47:19C'est une forme d'amour.
00:47:20On peut avoir des illusions.
00:47:22Comme vous êtes à lui.
00:47:24Toute mon âme.
00:47:25Il est mon amour unique.
00:47:27Le premier et le dernier.
00:47:29Il ne sait même pas de me comprendre, non, ça ?
00:47:33C'est trop paresseux.
00:47:35Quand je lui parle, M. Baye,
00:47:37je n'ai jamais vu un animal ouvrir une bouche plus profonde.
00:47:40Ça, c'est vrai.
00:47:41Il a une bouche énorme.
00:47:44Oh, non.
00:47:46Pas du tout.
00:47:47Elle est très bien.
00:47:47C'est même ce qu'il a de mieux avec sa calvitie.
00:47:49Sa calvitie ?
00:47:51Mais M. Point a une fort jolie chevelue.
00:47:53Qui vous parle de M. Point ?
00:47:55Comment ça ?
00:47:55Ce n'est pas lui que vous aimez ?
00:47:57Je n'ai jamais aimé ce boxeur.
00:47:59En fait, ce que j'appelle aimer,
00:48:00j'ai eu pour lui une attirance.
00:48:03Mais pas de l'amour.
00:48:04L'amour, c'est autre chose.
00:48:05Je vous ai arraché le revolver.
00:48:07Vous vouliez vous tuer pour lui.
00:48:08Moi ?
00:48:09Vous l'avez cru ?
00:48:10Il ne vous aimait pas.
00:48:11Je vous ai donné son amour.
00:48:13Pour une gaffe, c'est une jolie gaffe.
00:48:15Depuis qu'il m'aime, il est devenu insupportable.
00:48:17Il m'empêche de voir l'homme que j'adore.
00:48:19Vous adorez qui ?
00:48:20Ramon.
00:48:22Le danseur attaché à l'établissement.
00:48:24Toutes les femmes sont folles de lui.
00:48:27Un garçon de très bonne famille.
00:48:28Je n'ai pas résisté.
00:48:31Mais maintenant que je n'ai plus rien à lui donner,
00:48:35il danse avec les autres.
00:48:39Écoutez, il y a en vous une force de persuasion surprenante.
00:48:41Vous devriez parler au danseur.
00:48:42Lui rappeler que j'ai quitté pour lui mon mari et mon foyer.
00:48:44Ah non, c'est pour le boxeur que vous avez fait cette folie.
00:48:47Cherchons pour la petite bête.
00:48:48Quand une femme a pris dans sa vie la résolution pénible
00:48:50de quitter son mari et son foyer,
00:48:51elle peut s'en prévaloir plus d'une fois.
00:48:53Écoutez, donnez-moi le danseur.
00:48:55Plus jamais je ne vous demanderai rien.
00:48:57Oui.
00:48:57Après lui, ce sera un autre.
00:48:59Non, jamais.
00:49:00Si, c'est une certitude.
00:49:03Même ?
00:49:04Même ?
00:49:05Est-ce ma faute si j'ai en moi une source d'amour
00:49:07qu'aucun homme ne peut absorber ?
00:49:09Je serai fidèle pour toujours quand j'aurai trouvé un être
00:49:11qui acceptera tout l'amour que je peux donner.
00:49:15Mais alors ?
00:49:16Mais alors, pourquoi ne m'aimez-vous pas ?
00:49:21Moi ?
00:49:23Mais c'est vrai.
00:49:26Vous êtes bien physiquement.
00:49:29Vous avez du charme.
00:49:33Vous avez de l'élégance, de la race.
00:49:36Vous êtes intelligent.
00:49:37Mais vous avez du mystère.
00:49:43Est-ce que j'adore ?
00:49:44Je devrais être folle de vous seulement.
00:49:46Seulement ?
00:49:48Je sens que je ne vous aimerai jamais.
00:49:51Alors vous tomberez de plus en plus bas.
00:49:53Tout ce qui n'est pas moi est perdition.
00:49:55Je ne déteste pas la perdition.
00:49:57Je ne comprends plus.
00:49:59C'est que vous n'avez pas assez vécu.
00:50:00Écoutez, voulez-vous me rendre un service ?
00:50:04Quand M. Point viendra me demander,
00:50:06voulez-vous lui dire que je suis au bar ?
00:50:08Entendu, je lui dirai.
00:50:09Merci.
00:50:11Mais où allez-vous ?
00:50:13Ce n'est pas au premier, le bar.
00:50:15Ah oui, oui, ça je sais.
00:50:18Je ne vais pas au bar, je m'en garderai bien.
00:50:21Vous n'êtes pas fortiche, mon ami.
00:50:24Sympathique, mais pas fortiche du tout.
00:50:27Quel enfant !
00:50:30Vous savez ce qui arrive ?
00:50:34Naturellement, je sais.
00:50:36Nous sommes débordés par les marmitons.
00:50:37Les marmitons viennent de former un soviet.
00:50:39Mais c'est normal.
00:50:41Ils ont pris comme emblème la broche et le marteau.
00:50:43Le chef cuisinier étant fermé dans la glacière,
00:50:45ils ont décidé de lui couper la tête.
00:50:47Tout ça est parfaitement normal, je m'y attendais.
00:50:49Vous seuls pouvez nous sauver.
00:50:51Les cuisiniers vous appellent.
00:50:53Pourquoi venez-vous me chercher ?
00:50:54Vous ne croyez pas en moi.
00:50:56C'est vrai.
00:50:57Mais que vous soyez Dieu ou que vous ne le soyez pas,
00:50:59la question est accessoire.
00:51:01Comment ?
00:51:01Mais oui.
00:51:03Dieu par lui-même n'est peut-être pas si grand,
00:51:05ni si puissant, ni si certain.
00:51:07Ce qui est grand, ce qui est admirable,
00:51:10ce qui est certain,
00:51:11c'est l'idée de Dieu.
00:51:14Mais alors, qu'est-ce que vous me demandez à moi ?
00:51:17Rien.
00:51:18Exactement ce que je demanderais à un Dieu véritable.
00:51:20Ne dites rien, ne faites rien, restez neutre.
00:51:23Je crois qu'on peut s'entendre avec vous.
00:51:26Je ne vous demande que votre nom.
00:51:28Alors là, vous m'étonnez.
00:51:30Je ne suis pas habitué à tant des gardes ordinaires.
00:51:32On s'en sert sans rien me demander du tout.
00:51:34Mais je suis correct.
00:51:35Et puis vous êtes à l'hôtel.
00:51:37C'est vrai.
00:51:38Alors, vous prétendez tout arranger avec mon nom,
00:51:44avec mon nom seul ?
00:51:45J'en suis sûr.
00:51:46Évidemment, il est possible que je sois amené
00:51:48à embrocher un ou deux marmitons pour établir l'ordre.
00:51:51Mais ça, c'est dans l'ordre des choses.
00:51:54Bon, j'admets.
00:51:55Vous rétablirez l'ordre.
00:51:57Mais est-ce mon nom qui arrêtera le glacier ?
00:51:59Je l'arrêterai.
00:52:01Comment ? Vous n'avez pas de matériel ?
00:52:02Pas de matériel.
00:52:03Oh, mais vous vous trompez.
00:52:05Je viens de trouver au grenier un fouet.
00:52:07Eh bien ?
00:52:07C'est le roi des instruments.
00:52:09Avec un fouet, on a construit des pyramides.
00:52:12Dans votre nom, à la bouche, le fouet à la main,
00:52:14j'obtiendrai de mes gaillards un tel rendement
00:52:15que le glacier reculera épouvanté.
00:52:17Mais voyons, ce serait un miracle.
00:52:19Mais la belle affaire, l'homme en est coutumier.
00:52:22Mais vous croyez-vous par hasard supérieur à Dieu ?
00:52:25Entre nous, ça, oui.
00:52:29Certainement.
00:52:31Mais enfin, soyez logique.
00:52:32Ah, ça, c'est la première fois qu'on me fait une parie d'invitation.
00:52:34Mais si vous êtes logique, vous conviendrez que l'oeuvre dépasse toujours l'artiste.
00:52:41Qu'était Beethoven ? Un pauvre sourd.
00:52:44Michel-Ange ? Un boiteux.
00:52:45Musset ? Un poivreau.
00:52:47Molière ?
00:52:47Un cocu, je sais, oui.
00:52:48Vous en déplaise.
00:52:50L'oeuvre domine toujours celui qui l'a conçu.
00:52:52Et puis, si l'homme ne doit pas devenir un jour supérieur à Dieu, ce n'était pas la peine de le créer.
00:52:59Vous êtes le plus insolent des hommes.
00:53:03Je ne suis pas le premier.
00:53:08Et maintenant, Seigneur Vishnem Murthy, voulez-vous sauver l'autel ?
00:53:14Descendre dans les cuisines, vous montrer avec moi, la main dans la main, unis fraternellement ?
00:53:21Montrez-moi le chemin.
00:53:37Écoutez, je serai franche et loyale avec vous.
00:53:40Si vous m'avez entraîné ici pour me parler, d'amour, n'insistez pas, c'est inutile.
00:53:43J'aime Ramon, le danseur, et je n'aime que lui.
00:53:45Bravo.
00:53:46Je ne dis pas que plus tard, beaucoup plus tard, il n'est pas défendu d'espérer quand on est bel homme, ou quand on l'a été.
00:53:53Merci, madame.
00:53:54Ça fait dans les yeux quelque chose.
00:53:57Ah, ben bon, l'orgnon, c'est vrai.
00:53:59Non, mais dans le cas présent, il ne s'agit ni de mes yeux, ni d'amour.
00:54:03Il s'agit de Ramon, le danseur.
00:54:05Mais pourquoi ne disiez-vous pas ?
00:54:06Enfin, vous n'ignorez pas la triste et lamentable situation de la conférence, n'est-ce pas, de ce congrès ?
00:54:11Oh, je ne suis plus président.
00:54:13Mais une véritable contagion mystique s'est déclarée dans cet hôtel.
00:54:18Et bien que nous soyons délivrés, enfin je veux dire, bien que les communications soient rétablies, la folie persiste.
00:54:25Seules deux personnes ont échappé à la contagion.
00:54:28Moi, parce que je suis la raison pure, la science, n'est-ce pas, et vous, parce que tout ce qui n'est pas Ramon, vous êtes complètement indifférent.
00:54:36Ah oui, ça, complètement.
00:54:37Complètement, n'est-ce pas ?
00:54:38Ah oui.
00:54:38Donc, nous sommes des alliés naturels.
00:54:40Et si vous m'aidez, je vous aiderai, moi aussi.
00:54:44J'irai jusqu'à payer Ramon pour qu'il danse avec vous.
00:54:47Vous feriez ça ?
00:54:49Et que me demandez-vous en échange.
00:54:50Vous, usez de votre séduction naturelle pour donner à Vishal Murthy la preuve qu'il est un homme comme un autre et un pauvre homme.
00:55:03Ce n'est pas difficile.
00:55:04C'est élémentaire.
00:55:06Le principe du succès de Vishal Murthy, de sa force, de son action, c'est la confiance qu'il a en lui.
00:55:13Le jour où cette confiance sera épranlée, eh bien, ce sera la fin du prophète.
00:55:19Un effondrement.
00:55:21Ramon dansera avec moi.
00:55:23Je vous le promets.
00:55:24Seulement avec moi.
00:55:26Exclusivité garantie.
00:55:28Bon, bon, bon, bon.
00:55:29Je vais parler à Ramon.
00:55:36Pourquoi n'allez-vous pas danser avec les autres ?
00:55:39J'irai tout à l'heure.
00:55:42Ça dépendra.
00:55:42De quoi ?
00:55:44De tout.
00:55:45De la tournure que prendront les choses.
00:55:48Je voulais vous dire, comme vous êtes singulière.
00:55:53Je viens de faire un examen de conscience.
00:55:56Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps.
00:55:58Eh bien ?
00:55:59Oh, une catastrophe.
00:56:01Je me croyais incapable de certaines choses.
00:56:04De vénalité, par exemple.
00:56:05Eh bien non, je me trompais.
00:56:07Je suis capable de tout pour satisfaire un caprice ou un amour.
00:56:11Savez-vous le marché qu'on vient de me proposer et que j'ai accepté d'un cœur léger ?
00:56:16De trahir un ami qui m'aime.
00:56:18De le livrer à l'ennemi.
00:56:20Et connaissez-vous le salaire promis pour cette jolie besogne ?
00:56:26Une nuit avec Ramon.
00:56:28À côté de ça, trente deniers sont une somme énorme.
00:56:32Oui.
00:56:34Mais vous ne trahierez pas.
00:56:37Vous me connaissez mal.
00:56:39Après avoir trahi, j'irai sans remords vers le plaisir.
00:56:41Non, vous vous trompez.
00:56:43Rien ne peut m'arrêter.
00:56:44Je glisserai de plus en plus bas, toujours plus vite.
00:56:47Vous me l'avez dit.
00:56:48Je vous sauverai.
00:56:49Par des discours ?
00:56:50Par ma force.
00:56:53Par ma volonté.
00:56:54D'abord, vous n'irez pas vers le danseur, plus jamais.
00:56:57Vraiment ?
00:56:58Ni vers lui, ni vers un autre.
00:57:00Vous êtes à moi, maintenant.
00:57:01Vous avez l'air convaincu.
00:57:03Je vais arracher vos mauvais désirs et vos mauvaises pensées.
00:57:07Je vais vous donner un cœur neuf.
00:57:11Un cœur neuf ?
00:57:13Mais ce serait un miracle.
00:57:14Vous n'en faites pas.
00:57:15Un miracle et pourquoi pas.
00:57:17Ah, pour moi, pour moi toute seule ?
00:57:19Seul un miracle peut me donner la certitude que je cherche.
00:57:24Cette fois, j'irai jusqu'au bout.
00:57:27J'oserai pour vous et pour moi.
00:57:31Faut-il m'agenouiller ?
00:57:33Non, ce n'est pas la peine, c'est fait.
00:57:35Comment ?
00:57:36Le miracle est fait, vous n'avez pas senti ?
00:57:39Non, non, pas encore.
00:57:41Vous opérez sans douleur.
00:57:42Ne plaisantez pas, consultez votre cœur.
00:57:45Il est le même.
00:57:46Ramon ?
00:57:48Non, ce n'est pas possible.
00:57:50Ce n'est pas possible, j'ai fait un miracle.
00:57:53Oh, Ramon !
00:57:54Je n'ai pas cette impression.
00:57:56Alors, ça ne va pas, on a eu le coup dur.
00:58:04Ah, je comprends, vous étiez de connivence avec elle, c'est un piège.
00:58:09Mais, elle aime Ramon, c'est la vie.
00:58:12Elle est abominable, la vie.
00:58:13Alors, vous avez compris ?
00:58:17Oui.
00:58:18Oui, j'ai compris.
00:58:19J'ai compris que je ne suis pas Dieu.
00:58:21Il n'y a pas de Dieu.
00:58:23Mes compliments, jeune homme, vous ferez une excellente recrue pour notre société.
00:58:27Eh bien, allez le dire aux autres.
00:58:29Eh, venez, messieurs.
00:58:34J'ai gagné, il est guéri.
00:58:36Ah, très bien.
00:58:38Bravo, jeune homme.
00:58:40D'ailleurs, vous savez, personne ne vous avait pris aussi rien.
00:58:43Et surtout pas, ou pas ?
00:58:44Mais je vous demande pardon, je vous ai trompé, je me suis trompé moi-même.
00:58:49J'étais fou.
00:58:50Eh bien, nous prenons acte.
00:58:52Maintenant, jeune homme, ayez l'obligence de signer ce petit papier.
00:58:56Mais qu'est-ce que c'est ?
00:58:57Votre lettre de démission.
00:58:59Puisque vous avez reconnu votre erreur, vous ne pouvez pas rester notre président, n'est-ce pas ?
00:59:04Mais puisque je suis guéri.
00:59:05Mais oui, mais vous restez quand même suspect.
00:59:08Allons, signez, jeune homme, sans vous faire prier.
00:59:10Allons, soyez dignes dans l'adversité.
00:59:13Si vous y tenez tous.
00:59:14Merci.
00:59:18Eh bien, tant, messieurs, suivez-moi, nous allons délibérer.
00:59:23Non, non, non, non, pas vous, jeune homme, non.
00:59:26On n'a plus besoin de vous.
00:59:28Votre rôle est terminé.
00:59:29Vous devinez pourquoi je suis resté ?
00:59:36Ah non, pas du tout.
00:59:37Parce que vous me devez un match revanche.
00:59:39Et cette fois, il n'y aura pas de marche d'escalier.
00:59:43Vous avez peur ?
00:59:45Oui.
00:59:46Oui, c'est la première fois.
00:59:49C'est un sentiment délicieux.
00:59:51Et après vous, ce sera le tour du danseur mondain là-bas.
00:59:55Mais lui, c'est simple, je vais le tuer.
00:59:57Oui, s'il vous plaît, faites-le.
00:59:58Comment ?
00:59:59Vous me demandez de tuer, vous.
01:00:01C'est extraordinaire, n'est-ce pas ?
01:00:04Alors, pas d'erreur, vous êtes un homme.
01:00:06Eh bien, je vais m'occuper de lui.
01:00:10À peine né.
01:00:12Je souhaite la mort de mon prochain.
01:00:24Je vous apporte une fleur.
01:00:26Une fleur ?
01:00:28Pas une fleur fraîche, bien sûr, mais je l'ai découpée dans du papier, alors je vous l'apporte.
01:00:35Petite idiote.
01:00:37Je sais, je suis idiote.
01:00:39Mais papa dit que le monde a besoin d'idiots.
01:00:41Oui, mais pas trop dans la même famille.
01:00:47Prenez-la.
01:00:50Gardez votre fleur.
01:00:52Oh, c'est parce qu'elle est en papier que vous l'avez dédaignée ?
01:00:57J'y ai travaillé toute la nuit.
01:00:59Je vous en prie, prenez-la.
01:01:01Elle ne m'est pas destinée.
01:01:03Mais si.
01:01:05Mais non, je ne suis pas Dieu.
01:01:06Vous n'êtes pas ?
01:01:12Non.
01:01:14Mais alors, vous m'avez trompé ?
01:01:18Eh oui.
01:01:20Ça ne m'étonne pas, j'ai l'habitude.
01:01:25Mais alors, si vous n'êtes pas Dieu, où est-il ?
01:01:27Nulle part ?
01:01:29Dans le ciel.
01:01:31Ni dans le ciel, ni sur la terre.
01:01:36Non.
01:01:39On a dû faire quelque chose pour les malheureux.
01:01:42Parce qu'autrement, qu'est-ce que je vais devenir, moi ?
01:01:51Mais tous ceux qui sont malades, infirmes,
01:01:55ou simplement ceux qui n'ont pas eu de chance.
01:02:00Ils sont condamnés, sans recours.
01:02:04Vous devez vous tromper.
01:02:07On a fait quelque chose pour les malheureux.
01:02:10Oui.
01:02:11Des asiles.
01:02:14Comme pour les fous ?
01:02:15Exactement les mêmes.
01:02:25Que vous êtes belle.
01:02:28J'avais des yeux, je ne voyais pas.
01:02:32Votre visage est pur, comme celui d'un enfant.
01:02:35Vous aussi, vous dites défadaises.
01:02:37Vous avez appris à mentir.
01:02:39C'est vrai, je mens.
01:02:41Mais personne ne m'a appris.
01:02:43C'est dommage.
01:02:45J'aimais votre sincérité.
01:02:46C'est terrible, tout de même,
01:02:49ce que je vous ai fait.
01:02:52Pour qui ?
01:02:53Pour un danseur.
01:02:55Tu ne me rendais pas compte.
01:02:57Vous ne m'en voulez pas ?
01:02:59Vous n'êtes pas malheureux ?
01:03:00Dites-moi que vous n'êtes pas malheureux,
01:03:02dites-le-moi, pour que je sois un peu rassurée.
01:03:04Mais non, au contraire.
01:03:05C'est moi, moi, votre amie,
01:03:07qui vous ai tendu le piège,
01:03:09qui vous ai fait tomber si bas.
01:03:10Par quelle fatalité la femme
01:03:13est-elle l'instrument de la perdition ?
01:03:15Je ne vous en veux pas.
01:03:17Malheureux, mais vous me plotez.
01:03:19Je ne sais pas, princesse,
01:03:20je ne connais pas cette expression.
01:03:21Oh, ça !
01:03:23Ça, c'est le comble.
01:03:25Mais vous étiez un ami, un vrai,
01:03:27puis voilà,
01:03:29vous êtes devenu comme les autres.
01:03:31Mais n'est-ce pas ce que vous avez voulu ?
01:03:35J'étais folle, je ne sais pas ce qui m'a appris.
01:03:36J'étais folle.
01:03:37Mais non, mais non, au contraire.
01:03:38Et maintenant que je suis un homme comme les autres,
01:03:41pourquoi ?
01:03:42Pourquoi ne seriez-vous pas à moi ?
01:03:44Mais non, jamais !
01:03:46Mais pourquoi ?
01:03:48Mais alors,
01:03:49qui aimez-vous ?
01:03:53Celui que j'aime,
01:03:54je l'ai perdu pour ma punition.
01:03:57Je n'en trouverai jamais.
01:04:00Vous, tel que vous étiez.
01:04:04Exactement.
01:04:04Mais,
01:04:06enfin, j'étais fou, rappelez-vous.
01:04:07Vous vous moquiez de moi.
01:04:09Je ne savais pas que je vous aimais maintenant,
01:04:11je sais.
01:04:14Est-ce que vous vous rendez compte
01:04:15de la confusion que vous jetez en moi ?
01:04:19C'est...
01:04:21lui ?
01:04:23Lui que...
01:04:24que vous aimez ?
01:04:25Lui seul.
01:04:28Vous, vous n'avez rien à attendre de moi.
01:04:30Ah, messieurs.
01:04:38Qu'est-ce qu'il y a encore ?
01:04:39Messieurs, j'ai une déclaration urgente à vous faire.
01:04:42Encore ?
01:04:43Oui.
01:04:43Je vous ai déclaré que je n'étais pas Dieu.
01:04:46Oui, et alors ?
01:04:47Eh bien, mille regrets, je le suis.
01:04:48Quoi ?
01:04:49Comment ?
01:04:50Oui, j'ai eu quelques légers doutes sur ma qualité,
01:04:52sur ma personnalité.
01:04:54Alors, pour les dissiper,
01:04:57j'ai décidé de faire un miracle.
01:04:58Ce miracle, je pensais l'avoir manqué.
01:05:00Eh bien, non.
01:05:01Je l'ai réussi et magnifiquement.
01:05:03Dans ces conditions, je n'habite plus.
01:05:05Mais voyons, mais vous, vous êtes rétracté.
01:05:07Eh bien, je me rétracte encore
01:05:09et je me proclame Dieu à nouveau.
01:05:11Mais voyons, monsieur,
01:05:12vous rendez-vous compte de la portée
01:05:13et de la gravité de vos déclarations ?
01:05:15Mais alors, c'est une rechute.
01:05:16Votre cas est incurable.
01:05:18Mais je l'espère.
01:05:21Petite idiote, donne-moi tes fleurs.
01:05:25Maintenant, je les prends.
01:05:29Monsieur Matard,
01:05:30ça, monsieur Matard, c'est très grave.
01:05:32Mais voyons, mais le fou regagne du terrain.
01:05:35Il exerce un attrait indiscutable
01:05:37et même sur moi.
01:05:38Et alors ?
01:05:39Alors ?
01:05:39Eh bien, s'il s'évade.
01:05:41Mais le pauvre gars n'est pas dangereux.
01:05:43Pas dangereux ?
01:05:43Mais monsieur, si ce monsieur arrive à s'évader,
01:05:46sans qu'on puisse établir son identité.
01:05:49Mais alors,
01:05:50s'il subsiste un mystère autour de lui,
01:05:53une légende va se former,
01:05:55croître, se répandre.
01:05:57Eh bien ?
01:05:57Eh bien, une légende.
01:05:58C'est le début d'une religion.
01:06:00Mais c'est une religion nouvelle.
01:06:02Qu'est-ce que voulez-vous ?
01:06:02Monsieur le directeur,
01:06:04le docteur Krug vient d'arriver.
01:06:05Ah !
01:06:07Rassurez-vous, messieurs.
01:06:09J'ai l'honneur de vous présenter
01:06:10le docteur Krug,
01:06:11médecin-chef à l'asile de Winterthur,
01:06:14à qui j'avais télégraphié.
01:06:15Oui, je viens prendre livraison.
01:06:17Messieurs, madame.
01:06:19Docteur, je tiens à déclarer
01:06:19que vous faites fausse route.
01:06:21Votre malade n'est pas ici.
01:06:22Cependant, le signalement
01:06:23qu'on m'a donné semblait l'indiquer.
01:06:25Même taille, même couleur de cheveux,
01:06:27même arbre.
01:06:28J'ignore l'hypotème,
01:06:29mais je sais parfaitement
01:06:29que celui que vous cherchez est ailleurs.
01:06:31Ce serait une catastrophe.
01:06:33Oh, mais pourquoi êtes-vous
01:06:34si anxieux de le récupérer ?
01:06:36Parce qu'il est charmant.
01:06:38Parce que je l'aime.
01:06:39Il a porté dans la grisaille
01:06:41de notre maison
01:06:41un point lumineux, une grâce.
01:06:44Mais qui est-il ?
01:06:47Il se nomme Hansel Bing.
01:06:50Ce fut, paraît-il,
01:06:50une manière d'enfant prodige.
01:06:52À 8 ans, il entendait le latin.
01:06:54À 12, il soutenait magnifiquement
01:06:56une thèse en philosophie.
01:06:58À 20 ans, il était nommé
01:07:00professeur de théologie
01:07:01à l'université de Fribourg.
01:07:03Et à 23 ans, il est devenu fou.
01:07:07Mais quel jour s'est-il échappé ?
01:07:12Le 13.
01:07:13Ah, et le 14, il était là.
01:07:16Vous constatez, madame,
01:07:17que les dates concordent parfaitement.
01:07:19D'ailleurs, voici une photographie
01:07:21de mon malade.
01:07:22Est-ce lui ?
01:07:23Non.
01:07:23Oh, pardon, c'est bien lui.
01:07:25Je veux remarquer,
01:07:25le doute est permis.
01:07:26Oui, la photographie est un peu floue.
01:07:29Bonjour, mon ami.
01:07:30Bonjour, docteur.
01:07:33Je suis content de vous voir.
01:07:34Et moi, donc.
01:07:35Ça, vous me permettrez d'en douter.
01:07:38Voyons, docteur,
01:07:39ne dites pas de sottises.
01:07:40Si je n'avais pas voulu
01:07:41que vous fussiez ici,
01:07:42vous n'y seriez pas.
01:07:43Et si vous y êtes,
01:07:44c'est parce que j'ai voulu.
01:07:46C'est singulier.
01:07:47J'ai presque l'impression
01:07:47qu'il dit vrai.
01:07:48Mais n'en doutez pas.
01:07:50À ce propos, docteur,
01:07:51vous devriez recommander
01:07:53à vos infirmiers
01:07:53de bien garder les issues
01:07:55de l'hôtel
01:07:55afin d'éviter
01:07:56une nouvelle évasion.
01:07:58J'y ai pensé.
01:07:59Mais je sais bien,
01:08:00j'ai voulu.
01:08:01Oui, je vais organiser
01:08:02moi-même la surveillance.
01:08:04Il aura un lit
01:08:05libre-penseur
01:08:06derrière chaque porte.
01:08:08Venez, messieurs.
01:08:09Nous partons
01:08:10par le train de minuit.
01:08:12Si vous n'y voyez
01:08:13pas d'inconvénients.
01:08:13Aucun.
01:08:14J'ai fait tout
01:08:15ce que j'avais à faire ici.
01:08:19Docteur, ne l'emmenez pas.
01:08:20Comment?
01:08:21Je le soignerai.
01:08:21Je lui consacrerai
01:08:22toute ma vie.
01:08:23Impossible, madame.
01:08:25Il est interné
01:08:25à Winterthur.
01:08:26Il y restera.
01:08:28Mais il sera plus heureux
01:08:29avec moi.
01:08:29Je n'ai pas le droit
01:08:30de disposer
01:08:31de mes malades.
01:08:32Faites une demande régulière
01:08:33et on l'examinera
01:08:34en haut lieu.
01:08:35Mais je ne pense pas
01:08:36qu'elle aboutisse.
01:08:38Ce que je puis faire,
01:08:39c'est de vous laisser seul
01:08:39quelques instants avec lui.
01:08:41Est-ce que je pourrais
01:08:42le voir à Winterthur?
01:08:43Sans doute.
01:08:44Mais ne venez pas
01:08:45trop souvent.
01:08:46Pourquoi?
01:08:48On ne sait pas.
01:08:52Vous êtes si gentils.
01:08:54Nous pourrions vous garder.
01:09:01Allons, faites vos adieux.
01:09:04Et vous, n'essayez pas
01:09:05de fuir.
01:09:06Quelle déception, hein?
01:09:16Pourquoi?
01:09:18Vous espériez tant
01:09:19que je ne serai pas
01:09:20le fou de Winterthur.
01:09:22C'est vrai,
01:09:23je l'espérais.
01:09:26Il faut en prendre
01:09:27votre partie.
01:09:29À l'unanimité,
01:09:29tous les pontifs officiels
01:09:31m'ont déclaré
01:09:31dément et incurable.
01:09:33Depuis cinq ans,
01:09:34je suis interné.
01:09:36C'est affreux.
01:09:37Et vous étiez prête
01:09:39à croire en moi?
01:09:40Maintenant encore.
01:09:42Ah, maintenant,
01:09:42ce n'est plus la même chose.
01:09:44Mon mystère est dévoilé.
01:09:46Vous savez qu'on m'a
01:09:47photographié de face
01:09:48et de profil,
01:09:49qu'on a pris
01:09:49les empreintes digitales
01:09:51comme si j'étais
01:09:51un criminel
01:09:52et qu'une prime
01:09:54a été offerte
01:09:55à celui qui me ramènerait.
01:09:57Quelle humiliation.
01:09:59Oui.
01:10:02Cependant, réfléchissez.
01:10:04Si c'était vrai,
01:10:06si j'étais Dieu,
01:10:08serais-je ailleurs
01:10:09que dans un asile?
01:10:11Le fait qu'on m'a interné
01:10:12ne prouve rien
01:10:12ni en ma faveur
01:10:13ni contre moi.
01:10:14Il est banal.
01:10:16Croyez-vous
01:10:16que depuis que l'on construit
01:10:18des asiles,
01:10:19il n'y ait jamais eu
01:10:20une erreur de diagnostic?
01:10:21Et que parmi tous
01:10:22ces malheureux,
01:10:23il n'y ait jamais eu
01:10:23un prophète
01:10:24ou même un Dieu?
01:10:26Écoutez,
01:10:28ne perdons pas de temps.
01:10:29Vous pouvez fuir peut-être.
01:10:31Nous fuirons ensemble.
01:10:32Non.
01:10:33Il ne faut pas faire
01:10:34cause commune.
01:10:36Lier votre vie
01:10:37à l'aventure d'un fou.
01:10:39Mais vous n'êtes pas fou.
01:10:41Qui sait?
01:10:42Vous doutez de vous encore
01:10:44après avoir réussi
01:10:45le miracle?
01:10:46Mais naturellement,
01:10:48plus que jamais.
01:10:48À cause du médecin?
01:10:50Non.
01:10:52À cause de vous.
01:10:54Mais pourquoi?
01:10:56Parce que je vous aime.
01:10:58Et qu'au moment
01:10:59d'atteindre mon but,
01:11:00je n'ose pas.
01:11:02J'ai peur.
01:11:04Mais de quoi?
01:11:06De vous entraîner
01:11:08dans une lamentable
01:11:09et ridicule aventure.
01:11:10Je vous aime.
01:11:11Je prends le risque.
01:11:13Je sais.
01:11:14Vous êtes courageuse
01:11:15et excessive.
01:11:16Mais je préfère renoncer.
01:11:20Ne dites rien.
01:11:21C'est irrévocable.
01:11:23Mais vous me trahissez.
01:11:26Mais oui,
01:11:26c'est une trahison.
01:11:28Qu'est-ce que je vais
01:11:29devenir moi maintenant?
01:11:33Je vous conseille
01:11:33de rentrer chez vous.
01:11:37Je connais la chanson.
01:11:38Chaque fois qu'un homme
01:11:38est fatigué d'une femme,
01:11:39il lui montre le chemin
01:11:40du devoir et du salut
01:11:41parce qu'il ne l'aime plus.
01:11:43Mais moi,
01:11:43moi,
01:11:46je vous aime.
01:11:48Si vous m'aimiez,
01:11:48vous ne m'abandonneriez pas.
01:11:50Qu'est-ce que l'amour
01:11:51sans la présence?
01:11:51Rien, rien,
01:11:52moins que rien.
01:11:54L'idée.
01:11:55L'idée seule suffit.
01:11:57Non, pas à moi.
01:11:58Moi, j'ai besoin
01:11:59de m'appuyer,
01:11:59d'être prête,
01:12:00tout prête.
01:12:02Ma vie allait changer.
01:12:03Je serais devenue
01:12:05une autre femme
01:12:06si vous n'aviez pas
01:12:06détruit votre propre ouvrage.
01:12:08Je ne détruis jamais rien.
01:12:10Tout.
01:12:11Je ne crois plus en vous.
01:12:12vous croirez.
01:12:15Jamais, non.
01:12:17Dans une minute,
01:12:19dans quelques secondes,
01:12:22quand je voudrais.
01:12:24Vous ne vous sentez pas,
01:12:25mais vous ne devinez pas
01:12:26que maintenant,
01:12:27je vais revenir
01:12:27à ma vraie nature,
01:12:30à Marlige,
01:12:31en profonde.
01:12:31Le plaisir,
01:12:34rien que le plaisir,
01:12:35le Dieu plaisir.
01:12:36Bon, il est temps
01:12:42de partir.
01:12:48Où est-il ?
01:12:50Je ne le vois pas.
01:12:53Je lui parlais,
01:12:54je ne l'ai pas quitté
01:12:55des yeux.
01:12:55Cependant,
01:12:56il n'a pas pu s'échapper
01:12:57encore une fois.
01:12:57Il y a un homme
01:12:57derrière chaque porte.
01:12:59Son manteau.
01:13:01Je ne comprends pas.
01:13:02Cette lucarne est au-dessus
01:13:10du précipice.
01:13:11Elle donne sur l'abîme.
01:13:14Où est-il ?
01:13:16Vous ne l'avez pas aidé ?
01:13:18Non.
01:13:23Non, je ne l'ai pas aidé.
01:13:28Mais je sais où il est.
01:13:30Vous savez où il est ?
01:13:33Où ?
01:13:34Ici.
01:13:38Ailleurs.
01:13:42Partout.
01:13:43Je sens sa présence.
01:13:51Je suis heureuse.
01:14:13Ouai, moi, moi, moi.
01:14:23J'ai fait un rêve merveilleux.
01:14:27Ouai, moi, moi, nous étions partis
01:14:29tous les deux.
01:14:31Nous allions lentement
01:14:34loin de tous les regards jaloux.
01:14:38Et jamais deux amants
01:14:41n'avait connu de soi aussi trop.
01:14:45Moi, mon âme, je pouvais alors me griser
01:14:49de tes yeux, de ton parfum, de tes fichiers.
01:14:56Et je donne un vrai tout pour vivre un jour.
01:15:03Moi, mon âme, mon rêve d'amour.
01:15:11Merci.
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