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00:00Générique
00:00Fursi, né libre, esclave maintenue par la cupidité des hommes.
00:17C'est l'histoire vraie d'un homme qui se bat pour faire reconnaître sa liberté.
00:21Un récit du 19e siècle, mais une question très actuelle.
00:25Fursi, né libre, est le deuxième long métrage d'Abdelmalik.
00:29Le rappeur, écrivain et réalisateur est l'invité de ce nouveau numéro 2 à l'affiche.
00:34Bienvenue à tous et bonjour Abdelmalik.
00:36Bonjour.
00:37Merci beaucoup d'être avec nous, on est toujours ravis de vous recevoir.
00:41Alors votre film est adapté du livre L'affaire de l'esclave Fursi de Mohamed Aïssaoui.
00:47Il raconte l'histoire d'un esclave réunionnais et à la mort de sa mère,
00:52il découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre.
00:56Et avec l'aile d'un procureur abolitionniste, il se lance dans une longue bataille judiciaire pour faire valoir ses droits.
01:03Vous vous appuyez donc sur cette histoire vraie.
01:06Vous avez raconté souvent que ce projet a mis un peu de temps à mûrir.
01:09Qu'est-ce qui vous a donné envie d'en faire un film et pourquoi maintenant ?
01:12En fait, maintenant, j'ai envie de dire, on vit un momentum qui dure un peu.
01:18Et il y a cette idée de dire que si on a véritablement envie de faire peuple,
01:22si on a véritablement envie de faire nation, de faire France,
01:25on doit être capable de raconter, j'ai envie de dire, notre histoire collective même la plus sombre.
01:31La regarder droit dans les yeux pour pouvoir déposer nos sacs de douleur et avancer véritablement.
01:35Et nous autres artistes, on est dans des zones, j'ai envie de dire, où on utilise le langage de l'universel.
01:43Et par le cinéma, finalement, le cinéma devient un miroir d'humanité.
01:47Et il est fondamental, de mon point de vue, de dire qu'être français, ce n'est pas une couleur de peau,
01:51ce n'est pas un sexe, ce n'est pas une religion, c'est le fait d'adhérer à des valeurs, des principes.
01:56Et tout ça n'a de sens qu'incarner, j'ai envie de dire.
01:59Et moi-même, je suis un raconteur d'histoire.
02:01Donc le fait de tout ce que je viens de vous dire là, il faut que ça prenne sens dans une histoire,
02:06dans un récit, où tout d'un coup c'est incarné et tout d'un coup ça devient exemplaire.
02:10Et ce qui fait de l'histoire de Furcy, ce qui la rend d'autant plus exceptionnel,
02:15c'est qu'il aurait pu choisir de fuir, de devenir un marron, comme on disait à l'époque,
02:20mais il choisit la loi, il choisit le droit.
02:23Qu'est-ce qui vous a particulièrement parlé dans cette démarche-là ?
02:25Et en plus de ça, il choisit aussi d'être non-violent.
02:28Est-ce qu'il aurait pu choisir la violence également ?
02:30Ce qui m'a touché, en vérité, pour tout vous dire,
02:33c'est lorsque je lis le livre de Mohamed Aïssaoui, je me suis dit « Furcy, c'est moi ».
02:39Parce que finalement, s'il n'avait pas su lire et écrire,
02:42ce qui était évidemment illégal pour un esclave, rien de tout ça n'aurait été possible.
02:46Et je pense que le fait de choisir le droit, c'est précisément parce que c'est quelqu'un d'éduqué.
02:52C'est précisément parce qu'il comprend que son combat pourrait être mené de la meilleure des manières.
02:57Il s'agit de se baser sur cette société de droit et sur cette justice pour pouvoir avancer.
03:03Et d'une certaine manière, moi-même qui viens d'un quartier populaire, d'une cité qui s'appelle le Neuf à Strasbourg,
03:08avec les problématiques qu'on peut connaître, si je n'avais pas été mis en lien avec l'éducation,
03:13le savoir, la culture, je ne serais pas là avec vous, également en train de parler de ça.
03:17Donc il y a aussi quelque chose de dire que finalement, ce qui s'est passé là continue aujourd'hui.
03:25Il y a un lien avec aujourd'hui.
03:26Et que finalement, il y a des problématiques qu'on traverse aujourd'hui qui sont, j'ai envie de dire,
03:31qui découlent directement, qui sont des conséquences directes de l'esclavagisme, du colonialisme, du néocolonialisme, etc.
03:37Donc parler de tout ça, ça fait véritablement sens.
03:40Et c'est en ça que votre film est absolument nécessaire.
03:42C'est qu'il fait réfléchir sur des problématiques purement actuelles et qui résonnent en tout cas aujourd'hui.
03:47On va en reparler, mais on regarde d'abord quelques images du film.
03:50Tu retournes travailler, tu peux reparler le Maurice.
03:53C'est toi, Fursi ?
03:54Fais tes dieux quand je te parle !
03:56J'ai réussi à ce que son procès passe à la Cour royale de Paris.
03:59C'est moi qui le défendrai.
04:01Je ne vous abandonnerai jamais, Fursi.
04:04Je magnifie la guerre des papiers, ces pièces avec un tampon qui sont les seules preuves de la justesse de mon combat.
04:09Tout est organisé pour maintenir ce système en place.
04:15Ils seront prêts à te pardonner si tu acceptes de retravailler pour eux.
04:18Mais pardonner ? Après toutes ces années de souffrance et d'injustice ?
04:23Quand on a été esclave, on l'est toute sa vie.
04:28Peut-on renoncer à sa liberté ?
04:30Peut-on abandonner cet attribut fondamental de l'être humain ?
04:33On vient de parler de l'éducation, mais il y a énormément d'autres thèmes que vous tissez en filigrane dans ce film.
04:45On parlait de la résonance de cette histoire aujourd'hui.
04:47Qu'est-ce qu'elle dit de la justice, de notre rapport à la justice, de notre rapport à la reconnaissance, à la mémoire ?
04:54Elle dit beaucoup de choses.
04:55Ça dit aussi que dans ce long travail mémoriel, il est essentiel d'intégrer la complexité.
05:02De comprendre finalement que si on a envie de faire société, véritablement nous tous ensemble,
05:09on doit comprendre que vivre dans une société de droit et de justice,
05:13ça nécessite à penser d'une certaine manière de façon double.
05:18C'est-à-dire qu'il y a des choses de l'immédiateté qui se font maintenant,
05:21et puis il y a des choses aussi qui se basent sur le temps long.
05:24Et qu'en réalité, les choses les plus puissantes, celles qui vont s'inscrire de manière profonde, sociétalement parlant,
05:32c'est souvent des choses qui sont liées au temps long.
05:34Donc ce que ça nous apprend profondément, ça nous apprend ça.
05:37Ça nous apprend finalement que de jurisprudence en jurisprudence, nous voilà aujourd'hui.
05:42On part d'une société où l'esclavage est légal, et nous voilà aujourd'hui.
05:46Donc ça nous dit quelque chose d'important dans le fait que c'est un combat qu'on doit mener.
05:51Et c'est vrai que dans la société de l'immédiateté qu'on vit, nous aujourd'hui,
05:54on pense, on veut faire en sorte que les choses changent tout de suite et maintenant.
05:58Mais ça ne fonctionne pas comme ça.
05:59Comme disait ma maman, on ne n'est pas adulte, on le devient.
06:02Donc il y a des choses qui se font par étapes.
06:06Et puis, en travaillant sur ce projet, on s'est rendu compte aussi que,
06:12évidemment l'esclavage a été aboli, mais que le code noir, lui, n'avait jamais été abrogé.
06:15Et ça, c'est aussi quelque chose qui est stupéfiant.
06:19Je vais quand même le rappeler.
06:20Donc le code noir, c'est ce texte royal de 1685 qui encadrait l'esclavage dans les colonies
06:27et qui notamment statuait cette idée, on l'entend, c'est très dur,
06:30ces mots-là sont prononcés, que l'esclave est réduit à un statut de meuble.
06:35La France a aboli l'esclavage en 1848.
06:38Mais vous le rappelez, aussi stupéfiant que ça puisse paraître,
06:42ce code noir, lui, n'a jamais été officiellement abrogé.
06:44Alors, il y a un projet, une proposition de loi d'abrogation qui va être examinée par l'Assemblée nationale.
06:50Il a été déposé en 2025.
06:52C'est quoi l'enjeu pour vous de cette abrogation ?
06:54L'enjeu, il est symbolique.
06:56C'est-à-dire que, c'est ce que je disais tout à l'heure,
07:00c'est-à-dire qu'en fait, il faut comprendre que ça dit beaucoup de nous, en fait.
07:05Nous, en tant que peuple, nous, en tant que, aussi, le fait d'être dans le déni de quelque chose.
07:10Mais, en fait, symboliquement, ça voudrait dire qu'on comprend que la France est composée de différents peuples.
07:17Il y a le peuple alsacien, breton, basque, mais il y a aussi le peuple réunionnais, martiniquais, guadeloupéen, etc.
07:25Et c'est le fait de dire qu'on reconnaît tous ces peuples-là dans leur singularité.
07:29Et le fait de, symboliquement, d'abroger véritablement le code noir, ça veut dire qu'on veut avancer véritablement tous ensemble,
07:37qu'il y a un trauma qui s'est transmis, qu'à un moment donné, il y a une sorte de cercle vicieux qu'il faut rompre absolument.
07:44Et si, j'ai envie de dire, notre mère patrie, notre mère décide véritablement de dire,
07:49OK, on ne l'a pas fait encore, on va le faire aujourd'hui, parce qu'il y a une volonté véritablement d'avancer ensemble,
07:55une volonté de faire du lien. Et faire ça, en fait, ça veut dire que tout d'un coup, il y a une reconnaissance.
08:00Et on ne peut évoluer, avancer positivement que dans la reconnaissance.
08:03Et de mon point de vue, c'est fondamental.
08:05J'ai moi-même écrit une lettre à la présidente de l'Assemblée nationale pour l'alerter sur ce sujet.
08:10Je vais faire une projection avec des députés du film, etc.
08:14Parce qu'il est important qu'on en finisse définitivement.
08:20Vous parlez de ce terme reconnaissance, il y a aussi le terme réparation, qui est très important.
08:25dans cette histoire. Vous dites qu'il faut aussi accepter l'idée de l'irréparable.
08:30Oui, parce qu'on ne peut pas parler du thème de la réparation sans cette pensée double.
08:34La réparation, bien sûr, on doit y penser.
08:37Comment matériellement, on peut essayer de...
08:41Comment on dédommage, enfin, comment on réfléchit.
08:43En tout cas, il y a une réflexion sociétale à avoir sur l'idée de réparation concrète, j'ai envie de dire.
08:47Mais en même temps, on doit comprendre aussi qu'il y a de l'irréparable.
08:51De l'irréparable, ça veut tout simplement dire que ce n'est pas parce qu'on va nous donner un billet
08:55qu'on va effacer 400 ans d'esclavage, qu'on va effacer le trauma profond, cette violence.
09:02Donc, le fait de comprendre qu'il y a de l'irréparable, c'est précisément ce qui va nous permettre de tourner la page.
09:07C'est précisément ce qui va nous dire, très bien, il s'est passé ça, on ne peut pas revenir en arrière, on ne peut pas changer les choses.
09:13Avançons ensemble, véritablement.
09:15Et c'est dans ce sens-là que personne n'est pointé du doigt.
09:18On ne demande d'excuses à personne.
09:20On demande par contre à tous les Français, toutes les Françaises, finalement, tous les citoyens d'être à la hauteur de notre humanité,
09:27d'être à la hauteur du fait d'être Français.
09:29Et c'est ça qu'on demande.
09:31Cette histoire de pardon ou de repentance, c'est un faux sujet, en réalité, parce que ce n'est pas ça qu'on demande.
09:37Et d'ailleurs, ce n'est pas suffisant.
09:39Et d'ailleurs, vous le dites, ça aussi, ce sont vos mots, que ce projet de Furcy est une lettre d'amour à mon pays, à la France, à ses valeurs, à ses lois.
09:48Ce projet, qui est donc évidemment ce film dont on parle aujourd'hui, mais qui a une prolongation musicale.
09:53Je voudrais quand même qu'on en dise un mot.
09:55Ça s'appelle Furcy Héritage.
09:56Je vous montre ici la pochette du vinyle, sur lequel figurent de nombreux featurings, avec des grands noms du rap français.
10:03Ousmo Puccino, Lino, Youssoufa, un album que vous portez avec votre complice, le rappeur Matteo Falcon.
10:09On va l'écouter.
10:10Très bien.
10:12C'est Melly qui avait ce choix de vouloir fédérer, et que ça dépasse justement tout ce qui est générationnel.
10:19Il y a une notion de transmission.
10:21Et il faut transmettre, et pour transmettre, il faut fédérer, mais que ce soit large.
10:28Et je pense que c'était la meilleure façon d'inviter des gens de toute génération pour pouvoir exprimer le même thème.
10:36Pourquoi est-ce que c'était important pour vous, Abdelmalik, de faire exister aussi ce projet en musique ?
10:42Parce que d'abord, nous sommes la France. Nous sommes un pays de poètes, d'artistes, d'artistes et de poètes engagés.
10:49Nous sommes la terre de Prévert, de Rimbaud, de Verlaine, de Victor Hugo.
10:54Et de mon point de vue, ceux qui sont dans la droite ligne de ce rapport au texte et au patriotisme, finalement, ce sont les rappeuses et les rappeurs.
11:02Donc pour moi, il s'agissait de les convoquer sur ce sujet-là et de dire qu'est-ce qu'ils en pensent, eux.
11:09Puisque finalement, les rappeuses et les rappeurs écrivent sur ces notions-là, sur la liberté, sur la justice, sur le fait de l'amour de notre pays également,
11:18ou le rapport conflictuel qu'ils peuvent avoir avec leur propre identité.
11:22Donc le fait d'avoir Soprano, Pete Bacardi, Youssoupha, Culture, Juste Chani, Wallen, les Nègues Marrons, les légendaires ministères à meurge, c'est fabuleux.
11:32D'avoir Mac Tailleur, Lino, Benjamin Epps, ça c'est la nouvelle génération, Samou.
11:38Pour moi, ça c'est très important parce qu'il y a aussi cette idée de lien générationnel.
11:42Il y a cette idée finalement qu'il est fondamental.
11:45Il y a la jeune génération et puis la jeunesse n'a de sens, j'ai envie de dire, que connectée à la sagesse des anciens.
11:52Et la sagesse des anciens doit se nourrir de l'énergie de la jeunesse.
11:55Et ça c'est important.
11:55Mais véritablement avant tout, parce que nous sommes la France.
11:59Et la France, c'est des collectifs d'artistes qui se mettent ensemble.
12:03C'est les existentialistes, c'est les surréalistes, c'est toutes ces figures, c'est les mouvements de la négritude, etc.
12:12Et on veut s'inscrire véritablement dans cette tradition-là.
12:17Eh bien on va terminer sur ces mots.
12:19Merci beaucoup Abdelmalik d'être venu.
12:21Merci à vous.
12:21Nous voir Furcy, né libre et en salle cette semaine.
12:25C'est avec Makita Samba, Romain Duris, Anna Girardot, Vincent McCain, entre autres.
12:29Et puis donc je rappelle Furcy, héritage de l'album qui accompagne la sortie de ce film.
12:35Merci beaucoup à vous de nous avoir suivis.
12:37Retrouvez-nous sur france24.com ainsi que sur tous nos réseaux sociaux.
12:41On se quitte donc avec des images du clip Cinequadon, extrait de Furcy, héritage.
12:47Je vous laisse découvrir et vous dis à très vite.
12:48Eh, eh, pas de paix sans que Babylone paie.
12:52Dans ma tête y'a racine et toi le fier se lève.
12:56Devant nous et toi, Mekouma, je suis l'élève.
12:59Maud bancal, rocher d'équilibre et prêt à croiser le père.
13:02Pas de justice, pas de paix.
13:05Ouais, ouais, ouais, ouais.
13:07Pas de justice, pas de paix.
13:10Pas de justice, pas de paix.
13:12Ouais, ouais, ouais, ouais.
13:14Pas de justice, pas de paix.
13:17Pas de justice, pas de paix.
13:19Ouais, ouais, ouais, ouais.
13:20Pas de justice, pas de paix.
13:24Pas de justice, pas de paix.
13:26Ouais, ouais, ouais, ouais.
13:27Pas de justice, pas de paix.
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