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  • il y a 1 semaine

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Éducation
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00:00On va revenir justement sur cette résolution 181 qui voit le jour le 29 novembre 1947, lorsque l'Assemblée de l'ONU vote cette résolution qui est d'abord à l'origine une recommandation et qui prévoit la partition de la Palestine mandataire en trois entretés.
00:24La création d'un État juif sur 56% du territoire de la Palestine mandataire, il faut dire ça, un coup de négave qui est un désert, c'est quand même beaucoup, 56%, puisque en termes de population, le rapport est bien moindre.
00:39Il y a un État arabe sur 42% du territoire et la ville de Jérusalem qui est placée sous contrôle international.
00:47Alors cela déclenche la Nakba, ou en français la catastrophe.
00:51L'expulsion des Palestiniens commence dès l'annonce du vote, mais elle devient, elle s'organise, elle est orchestrée par le plan d'Alette, qui commence, lui, dès le 4 avril 1948, alors que la Grande Bretagne est encore présente.
01:07Alors, Elias Sambar, que vous avez cité, moi aussi je vais le citer, pour montrer quels étaient les objectifs de ce plan, dit, les noms de codes étaient bien significatifs.
01:18Par exemple, il y avait un autre code qui était d'une année.
01:22Donc c'est vraiment l'expulsion qui est programmée.
01:25Et alors, la Grande Bretagne, vraiment, ne partira, elle ne servait pas à anticiper, mais elle partira le 15 mai 1948.
01:35Alors, à cette date, le conflit a été seulement entre les Israéliens et les Palestiniens.
01:41Puisque c'est à partir du, le 14 mai, c'est la création des pays d'Israël, et le 15 mai, il y a des armées arabes qui arrivent.
01:50Mais à la date du 15 mai, il n'y a pas de morts qui sont liées à la guerre entre Israël et ses voisins arabes.
01:57Eh bien, on estime qu'à cette date du 15 mai, il y a près de 400 000 Palestiniens, soit quasiment un tiers de la population palestinienne arabe, qui a été contrainte à l'exode.
02:08Alors, moi je voudrais au passage saluer le travail des nouveaux historiens, on les appelle aussi quelquefois contre-historiens israéliens, qui ont documenté cette expulsion massive.
02:17Parce qu'en le faisant, ils ont vraiment contredit un récit, qui était le récit israélien qui s'est imposé comme narratif international.
02:26Moi, quand j'étais jeune, c'était ce que j'entendais.
02:28La responsabilité de l'exode, elle est incombée exclusivement aux arabeurs.
02:33Ceux-ci auraient plu au départ, et en disant, vous allez revenir très vite.
02:37Selon les historiens, il n'y a pas de traces de ces appels au départ, ou bien ils expliquent un pourcentage absolument infime de ces déplacements.
02:45Alors, je voudrais vous demander de revenir sur cette période où le droit international est désavoué dès le début,
02:52où les frontières sont tout de suite modifiées, et les droits de l'homme ne sont pas respectés.
02:58Alors, je voudrais vous poser en particulier une question qui me tient à cœur.
03:01Elle concerne la propension d'Israël à éliminer les gêneurs, notamment ceux qui veulent négocier.
03:09Prenons le cas de Bernadotte.
03:10Bernadotte est un diplomate suédois, qui est nommé pour être le premier médiateur de l'ONU pour la Palestine.
03:16Il présente en juin 1948 un plan de paix qui provoque la fureur de Ben Gurion.
03:22Et en septembre 1948, il est assassiné par des membres du groupe Stern, qui était une milice extrémiste.
03:28Les tueurs ne sont pas vraiment inquiétés.
03:31Deux d'entre eux sont arrêtés, condamnés, mais très rapidement amnistiés.
03:35Donc, on peut dire, l'impunité devient la règle.
03:37Alors, moi, j'aimerais savoir qu'en pense l'opinion publique israélienne.
03:41Parce qu'en France, l'enlèvement de Ben Barka, qui s'est passé il y a 60 ans,
03:45ne passe toujours pas bien auprès d'une partie de l'opinion publique.
03:49Mais en Israël, il semblerait vraiment que l'Ossad ait tous les droits.
03:53Ce qui est un peu inquiétant.
03:55Oui, alors, c'est très intéressant de voir comment, dès l'origine,
04:01Israël n'a pas respecté le droit international.
04:03Mais il faut ajouter quelque chose.
04:06Ce droit international, il était en train de naître.
04:10Car, avant la Deuxième Guerre mondiale, il y avait eu l'essai de la SDN,
04:16parce que dans les siècles antérieurs, il n'y avait pas de droit international.
04:20C'était le rapport des forces.
04:22Quand Grossius écrit son traité de la guerre et de la paix,
04:25le droit international, c'est quelques règles du droit de la guerre,
04:29quelques règles du droit de la mer.
04:30Sur les océans, on essaye de poser des règles,
04:33mais le gros des relations entre les États était le rapport de force,
04:38le rapport guerrier, la guerre de conquête.
04:40Et dans les fonctions régaliennes des États, il y avait le droit de faire la guerre.
04:44Donc, quand arrive la Seconde Guerre mondiale,
04:47deuxième catastrophe après la Première Guerre mondiale,
04:51là, il y a une espèce d'État de grâce,
04:54et le monde entier et les dirigeants les plus ouverts se disent
04:59qu'il faut doter la communauté des États de règles du jeu,
05:04et notamment d'une règle centrale dans la Charte des Nations Unies,
05:07l'interdiction du recours à la force.
05:09C'était un rêve utopique, mais magnifique.
05:12On va réglementer les rapports entre les États de manière à faire cesser les guerres.
05:17Mais tout ça est embryonnaire, on n'était pas habitués, c'est nouveau.
05:23Et en même temps, on prend la Déclaration universelle des droits d'homme en 1948,
05:27ça aussi, complètement nouveau.
05:29Ce qui est terrible, pour la spécialiste de droit international que je suis,
05:34c'est que le cas d'Israël et de la Palestine
05:37est emblématique de l'échec de ce droit international au moment même de sa naissance.
05:44Je disais à mes étudiants quand j'enseignais encore à l'université,
05:47que le droit international ne vivra que si on réussit à régler sur des bases juridiques
05:54acceptées par les partis le conflit israélo-palestinien.
05:59Alors Israël a bafoué le droit international sans arrêt,
06:03puisque l'interdiction du recours à la force, 1948,
06:07alors bon, les Arabes avaient attaqué,
06:08Israël a une superiorité militaire qu'on découvre à ce moment-là,
06:12et Israël entre dans le territoire qui était destiné à un État arabe
06:17par la résolution 181,
06:19donc violation de la Charte des Nations Unies,
06:21s'empare de ces territoires,
06:23un tiers du territoire arabe destiné à la Palestine,
06:28et ce décide qui fait partie d'Israël, y compris une partie de Jérusalem.
06:32Pas de réaction internationale forte.
06:38Le Conseil de sécurité prend, à chaque fois qu'il y a eu des violations par Israël du droit international,
06:43le Conseil de sécurité a pris soit rien du tout, parce qu'il y avait un veto américain,
06:48soit des résolutions très molles de condamnation du bout des lèvres,
06:52mais jamais sur la base du chapitre 7, qui est le chapitre relatif au maintien de la paix,
06:57et jamais de sanctions contre Israël.
07:00Donc ça a été le cas en 1948 pour ces prises de territoire.
07:04En 1967, quand Israël occupe l'entièreté du territoire de la Palestine,
07:10même chose, réaction très faible,
07:12et puis ensuite, quand Israël déploie sa colonisation,
07:16qui est une violation flagrante du droit humanitaire,
07:18des règles fondamentales prises en 1949,
07:20là aussi, les réactions sont du bout des lèvres.
07:25Jamais de réactions fortes qui permettent d'arrêter ce qu'Israël était en train de faire.
07:30Et sur Gaza, il y a eu une succession de guerres à partir des années 2000,
07:35très violente, notamment celle de 2014,
07:38de l'huile douce, c'était la plus meurtrière,
07:41jusqu'au moment où, avec les attentats du 7 octobre,
07:44on a cette guerre qui a été caractérisée comme risque génocidaire
07:47par la Cour internationale de justice.
07:49Alors, pour répondre à votre question,
07:52l'opinion publique israélienne,
07:56je n'ai pas de réponse claire là-dessus.
08:01Ce qui est vrai, c'est que même les Israéliens,
08:05qui ne sont pas des fanatiques sionistes,
08:07croyant au territoire du Grand Israël,
08:09correspondant au royaume de David,
08:12même ceux-là, je crois que ça tient à beaucoup de raisons,
08:16il faudrait explorer historiquement la blessure mémorielle
08:20qu'ont les Juifs de ce qui s'est passé avec l'Allemagne nazie.
08:26Et puis, une complicité, une fois qu'ils sont en Israël,
08:30ils ont une complicité avec le gouvernement,
08:32quel qu'il soit.
08:33En tout cas, c'est vrai qu'Israël est le champion
08:36de la pratique des assassinats ciblés.
08:38Parce que vous parlez de Bernadotte,
08:41mais Israël pratique systématiquement
08:43les assassinats ciblés.
08:45Il a assassiné un nombre de responsables palestiniens considérables.
08:51Et là, récemment encore, des responsables de Gaza, etc.
08:56Donc voilà, mais allons plus loin,
08:58et il faut aller au fond des choses.
09:00Les assassinats ciblés,
09:02tous les gouvernements aujourd'hui,
09:05y compris ceux qui se disent démocratiques,
09:07les pratiques.
09:08Rappelez-vous de Obama,
09:10suivant la télévision,
09:11l'assassinat du chef Ben Laden,
09:15et rappelez-vous du fait que François Hollande
09:17a assumé, ce que je trouve terrible,
09:21a assumé, avoir lui-même pratiqué
09:23des assassinats ciblés pendant sa présidence.
09:26Donc, il y a là quelque chose qui ne va pas du tout.
09:28Vous voyez, c'est la faiblesse du droit international.
09:30On a pris la Déclaration universelle des droits de l'homme,
09:32les pactes internationaux.
09:34Chacun a droit à la vie,
09:35et a droit à un procès équitable.
09:39S'il y a des gens dont on considère
09:40qu'ils ont commis des crimes
09:41ou des délits extrêmement graves,
09:43il faut les emprisonner et les juger,
09:46et non pas les assassiner.
09:48Alors voilà, que les grandes puissances
09:49qui se disent démocratiques le permettent.
09:52C'est la preuve d'un échec terrible
09:53du droit international.
09:54On les neutralise.
09:55Oui, on les neutralise, comme on dit.
09:58Oui.
09:58Oui, mais...
09:59Oui.
09:59Oui.

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