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  • il y a 6 semaines
Après le conflit commercial entre l'Union européenne et les Etats-Unis, l'administration de Donald Trump pose les jalons d'un nouvel affrontement avec l'Europe. Pour tenter de mettre un coup d'arrêt à la régulation du numérique et à la lutte contre la désinformation en ligne, l'administration Trump a décidé d'interdire de visa sur le territoire américain 5 personnalités européennes, dont l'ancien commissaire Thierry Breton. Il est l'invité de RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Olivier Boy du 30 décembre 2025.

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Transcription
00:00Sociale d'RTL, à demain Pierre.
00:03RTL Matin, Olivier Bois.
00:05L'invité d'RTL Matin est donc Thierry Breton.
00:07Bonjour Monsieur Breton.
00:09Bonjour.
00:10Ancien ministre de l'économie, ancien commissaire européen au marché intérieur jusqu'en 2024.
00:15Et vous êtes donc Thierry Breton, on en a beaucoup parlé depuis une semaine,
00:18banni en quelque sorte des Etats-Unis.
00:20Vous n'avez plus le droit d'y aller à cause de cette directive européenne que vous avez portée
00:24et qui vise à réguler, disons, les grands sites internet, les réseaux sociaux
00:28pour éviter notamment la désinformation.
00:31Est-ce que c'est Elon Musk qui a eu, j'allais dire, votre repos, Thierry Breton,
00:35si on peut le dire comme ça, est-ce que c'est lui qui est à la manœuvre ?
00:38Si vous permettez, c'est peut-être un raccourci un peu rapide,
00:41dans la mesure, encore une fois, où cette nouvelle loi, cette réglementation,
00:48bien sûr elle a été portée par la Commission,
00:51et moi-même j'étais effectivement le rapporteur,
00:53mais elle a été surtout votée par l'ensemble de nos forces démocratiques.
00:57Elle a été votée par près de 90% des parlementaires européens
01:01et 100% des chefs d'État et de gouvernement.
01:05Donc elle ne plaît peut-être pas,
01:08et je pense qu'ils ont tort du reste,
01:10à certains grands groupes de la TEC,
01:13on les appelle les GAFA,
01:15mais elle est faite, encore une fois, contre personne,
01:18contre aucun groupe, contre aucun pays,
01:21je le redis avec force ce matin à votre micro.
01:23Elle est faite uniquement pour les Européens,
01:26pour protéger nos enfants,
01:28pour protéger notre démocratie,
01:30pour protéger toutes celles et tous ceux qui passent,
01:32c'est-à-dire nous-mêmes, tenez-vous bien,
01:34près de 4h30 par jour sur ces réseaux.
01:37Alors on a voulu mettre tout simplement
01:38nos règles démocratiques sur ces réseaux,
01:40et pas celles des autres.
01:41Mais je citais Elon Musk, qui est le patron, évidemment,
01:44de X, anciennement Twitter,
01:46qui en l'occurrence, lui, l'a pris pour lui,
01:49puisqu'il vous a invectivé à plusieurs reprises
01:51sur le réseau social X,
01:52il vous a même traité de tyran de l'Europe,
01:55c'est pour ça que je vous posais la question,
01:56Elon Musk, on connaît son influence auprès de Donald Trump,
01:58il n'a pas supporté qu'on veuille réguler son réseau social.
02:03Alors donc, ça veut dire qu'on ne peut plus être maître
02:08de nos propres règles chez nous, en Europe ?
02:10Eh bien non.
02:11Je crois qu'il faut résister,
02:13il faut résister de façon très simple,
02:16de façon très sereine,
02:17mais de façon très ferme.
02:19Voyez-vous, aux États-Unis,
02:20il y a le premier amendement qui stipule
02:23que l'on peut pratiquement dire tout et n'importe quoi
02:26dans l'espace public.
02:27Je ne le conteste pas, c'est la démocratie américaine,
02:30c'est sa constitution.
02:31Chez nous, il y a quelques limites,
02:32quelques limites à la parole,
02:34on ne peut proférer des propos antisémites,
02:37racistes, faire l'apologie du terrorisme.
02:38Alors quoi ?
02:39Ça voudrait dire que parce qu'on utilise des plateformes
02:42qui sont désormais des vecteurs d'amplification mondiale,
02:46ce premier amendement s'imposerait désormais en Europe ?
02:49Je ne le souhaite pas pour nos concitoyens.
02:51Comment est-ce qu'on doit réagir ?
02:52D'abord, depuis une semaine,
02:54est-ce que vous avez eu, je ne sais pas,
02:56Emmanuel Macron au téléphone,
02:57un contact avec les autorités ?
02:59Est-ce qu'une réponse est envisagée ?
03:01Qu'est-ce que vous savez ?
03:02De cela.
03:04Écoutez, je tiens à dire ce matin à votre micro
03:05que j'ai été extrêmement surpris,
03:07parce qu'évidemment, au-delà de ma personne,
03:09qui importe peu au fond dans toute cette affaire,
03:11c'est évidemment l'Europe dont il est question,
03:13c'est notre démocratie,
03:14ce sont nos valeurs,
03:15c'est notre combat pour notre destin
03:16et notre identité.
03:18j'ai été très surpris et je tiens du reste à remercier ce matin à votre micro,
03:22toutes celles et tous ceux qui se sont manifestés.
03:24Ils sont des milliers, j'ai été très étonné,
03:27mais ça montre bien que beaucoup se lèvent désormais
03:29pour dire que cette situation n'est pas acceptable.
03:32Encore une fois, ce n'est pas hégémonique,
03:34ce n'est pas agressif de notre part,
03:35c'est tout simplement dire que nous voulons être nous-mêmes.
03:37Alors oui, beaucoup m'ont appelé,
03:38bien entendu le Président de la République,
03:40longuement, il s'est du reste manifesté publiquement,
03:43il a manifesté son soutien,
03:45et je crois également la réprobation des autorités françaises,
03:49mais c'est surtout de l'Europe dont il s'agit.
03:51Parce qu'évidemment, j'ai fait tout simplement mon travail,
03:55mon simple travail,
03:56en tant que commissaire européen,
03:57c'est-à-dire quelque part d'officiel européen,
04:00et non pas en tant que Français.
04:02Donc c'est à l'Europe à se manifester.
04:03Et comment est-ce que l'Europe doit marquer le coup ?
04:05Qu'est-ce qu'elle doit faire ?
04:06La Commission européenne a émis un communiqué
04:10dans lequel elle a dit sa réprobation,
04:13et c'est bien normal, me semblait-il.
04:15Elle attend des explications,
04:17donc j'attends avec elle ses explications,
04:19elle dit qu'elle prendra des mesures
04:20lorsqu'elle aura ses explications.
04:22Mais je crois que la Commission européenne,
04:24mais surtout nos institutions européennes,
04:26ne peuvent montrer un signe de faiblesse.
04:27Encore une fois, c'est au-delà de ma personne.
04:30Parce que ça voudrait dire quoi ?
04:32Si on accepte tout simplement le fait que
04:35lorsqu'on est un commissaire européen,
04:37je rappelle qu'un commissaire européen,
04:39il n'a pas d'identité juridique propre,
04:41c'est le collège qui est responsable,
04:42c'est-à-dire les 27.
04:43Si on accepte qu'on soit, je dirais,
04:47ostracisé, blâmé, puni,
04:51tout simplement parce qu'on a exercé le mandat
04:53qu'on vous a confié,
04:54alors il me semble que l'on prend une pente
04:57extraordinairement dangereuse.
04:58Donc oui, je pense que les institutions européennes
05:00doivent réagir avec la plus extrême fermeté,
05:02faute de quoi ?
05:04C'est des sanctions contre les entreprises de la tech,
05:07contre des piliers économiques des Etats-Unis.
05:10C'est quoi les sanctions qu'il faut prendre concrètement
05:12pour se faire respecter par les Etats-Unis, selon vous ?
05:15Écoutez, je ne le sais pas,
05:17parce que c'est inédit,
05:17c'est la première fois que ça arrive.
05:19Mais ce que je veux dire,
05:20c'est qu'il faut vraiment, me semble-t-il,
05:22qu'ils y réfléchissent
05:23et qu'ils agissent rapidement.
05:25Parce que si jamais on laisse cet état de fait s'installer,
05:30et encore une fois, c'est bien au-delà de ma personne,
05:32ça voudrait dire que toutes celles et tous ceux
05:33qui me succèdent et qui ont tout simplement
05:35à exercer ces lois,
05:37encore une fois,
05:38c'est contre aucun pays,
05:39c'est uniquement pour notre démocratie,
05:42alors ils seraient intimidés
05:44et peut-être empêchés de le faire.
05:46Je ne souhaite vraiment pas cela pour notre démocratie.
05:48sanctionner un haut responsable européen,
05:51vous en l'occurrence,
05:52c'est inédit, à un tel niveau,
05:55d'État à État ?
05:56Je crois que c'est inédit,
05:58en tout cas au niveau des institutions européennes.
06:00Alors, d'État à État,
06:01ça peut arriver, évidemment,
06:02et il y a à ce moment-là
06:03des mesures de gradation diplomatique,
06:05on peut convoquer l'ambassadeur,
06:07on peut avoir des mesures de rétorsion similaire,
06:10mais je ne veux pas entrer là-dedans,
06:12parce qu'encore une fois, je l'ai dit,
06:13mon cas n'a que peu d'intérêt,
06:16si je puis me permettre de le dire,
06:18comme ça, c'est vraiment au niveau de l'Europe
06:20et des institutions européennes,
06:21c'est la première fois que cela arrive,
06:23nos institutions européennes,
06:24elles ont été voulues par les pères de l'Europe
06:26pour être plus forts ensemble,
06:28et le problème, évidemment,
06:30c'est qu'on voit qu'aujourd'hui,
06:30depuis un an,
06:31elles sont d'une extrême faiblesse.
06:33Vous savez, la faiblesse,
06:34la faiblesse entraîne la vassalisation,
06:36c'est ça ce qui se passe,
06:38donc c'est la raison pour laquelle je pense
06:39qu'il faut qu'elles réagissent
06:40assez rapidement et fermement,
06:43encore une fois, pas pour mon cas,
06:44mais pour nous,
06:45pour nous, les 450 millions d'Européens
06:48que nous sommes.
06:48Sinon, l'Union Européenne est menacée
06:50de ne plus peser,
06:50si on se rend compte qu'elle est faible
06:52face à la fois aux Etats-Unis,
06:54mais d'ailleurs aux autres géants,
06:55la Chine, la Russie,
06:57ils suivent cet affrontement à distance,
06:58et c'est un test aussi
07:00pour la solidité de l'Union Européenne ?
07:02Mais vous avez parfaitement raison de le dire,
07:05et c'est bien ce qui se passe aujourd'hui,
07:07ne soyons pas naïfs,
07:08nous sommes aujourd'hui entourés,
07:09je vais le dire avec mes mots,
07:12mais d'empires de prédateurs
07:14qui ne nous veulent pas du bien.
07:17Bien entendu, on le voit avec la Russie,
07:18c'est une évidence,
07:19avec cette guerre d'agression
07:20contre, bien entendu, l'Ukraine,
07:23mais aussi contre nous,
07:24avec les guerres hybrides
07:25auxquelles nous sommes confrontés,
07:27qui viennent de la Russie tous les jours,
07:29bien entendu de la Chine,
07:30on n'est pas dans une logique guerrière là,
07:32mais on est dans une logique
07:33de prédation industrielle,
07:36et puis évidemment,
07:37avec les Etats-Unis désormais.
07:38Donc oui, la seule réponse européenne,
07:41encore une fois,
07:41nous sommes évidemment un continent de paix,
07:43nous sommes un continent qui s'est bâti,
07:46qui s'est reconstruit sur des valeurs communes,
07:48sur l'état de droit,
07:50mais désormais,
07:51il faut que nous allions très vite
07:53pour nous doter de la puissance,
07:55de la puissance nécessaire,
07:56parce que nous sommes dans un monde,
07:58et je le dis alors qu'on fait un bilan
08:00de l'année 2025
08:01et qu'on commence à réfléchir à 2026,
08:03où les rapports de force vont façonner
08:05via les relations.
08:06Nous sommes 450 millions de consommateurs,
08:09nous sommes 450 millions de citoyens,
08:10surtout de citoyens européens,
08:13et bien ces 450 millions,
08:14ils ont besoin d'être protégés,
08:16et c'est en se mettant ensemble
08:18qu'on le sera.
08:18Alors vite, vite,
08:19il s'agit désormais de,
08:21je le dis simplement,
08:22mais fermement,
08:23d'augmenter nos capacités
08:25de production,
08:25de défense,
08:26oui, je le dis,
08:27de nous réarmer.
08:27Les Etats-Unis sont en,
08:30comment vous diriez,
08:31quel mot,
08:31vous avez parlé de maccartisme,
08:32l'époque où la chasse aux sorcières,
08:34la chasse aux communistes,
08:35vous avez employé ce mot-là,
08:36ça veut dire quoi ?
08:37Il y a une dérive autoritaire aux Etats-Unis,
08:39vous le diriez comme ça ?
08:41Vous savez,
08:41je connais bien les Etats-Unis,
08:43j'ai passé beaucoup de temps,
08:44et j'aime ce pays,
08:44et je le redis à votre micro,
08:46pour ce qu'il est,
08:47mais c'est vrai
08:48qu'il y a une frange
08:49encore une fois des électeurs,
08:51et je ne le conteste pas,
08:52c'est une grande démocratie,
08:55qui sont,
08:56on appelle ça magas,
08:58beaucoup de suprématistes,
09:01ce n'est pas exactement
09:02conforme, nous,
09:03à nos règles
09:04ou à ce que nous sommes,
09:05pour beaucoup d'entre nous,
09:06en tout cas en Europe.
09:08Il se trouve que,
09:10à partir du moment
09:10où certains font
09:13uniquement leur travail,
09:14leur travail,
09:15je dirais,
09:16comme je l'ai fait moi-même,
09:17pour répondre au mandat
09:19qui nous a été donné,
09:21encore une fois,
09:21on ne m'a pas demandé
09:22de faire une loi,
09:23on m'a dit simplement
09:25qu'il fallait travailler
09:26sur cet aspect des choses,
09:28pour protéger
09:29notre démocratie
09:30et nos concitoyens.
09:33Si jamais,
09:33c'est parce que vous faites ça
09:34que vous êtes,
09:35effectivement,
09:36interdit de visa,
09:37alors je ne le sais pas,
09:38je n'ai pas demandé de visa,
09:39mais on me dit
09:39que c'est ce qui se passerait
09:40si j'en demandais un,
09:41oui,
09:42on peut se poser des questions
09:43sur,
09:44d'une certaine façon,
09:46je dirais,
09:47d'exercer
09:48sa libre pensée
09:49et son libre arbitre
09:50en dehors des Etats-Unis.
09:51Vous disiez qu'il fallait
09:52que l'Union Européenne
09:53réponde et montre une fermeté.
09:54Pour l'instant,
09:55ce n'est pas du tout ce qu'on voit.
09:55On ne peut pas finir
09:56un sommet européen
09:57sur un accord global,
09:58que ce soit sur l'Ukraine
09:59ou par exemple,
10:00si on parle du traité
10:01du Mercosur,
10:02on voit bien
10:02qu'il y a des oppositions,
10:03des différences
10:04entre la France
10:05et entre l'Allemagne
10:06notamment.
10:08Donc,
10:08c'est cette image-là
10:09qu'elle renvoie en ce moment
10:10l'Union Européenne
10:10face au géant
10:11dont vous parliez
10:12qui avance unie
10:13et avec des paroles fortes.
10:15L'Union Européenne
10:15n'a pas de paroles fortes
10:17et communes en ce moment.
10:19L'Union Européenne
10:20peut absolument avoir
10:22des paroles fortes.
10:23Nous avons eu,
10:24encore une fois,
10:24à la tête de nos institutions
10:25des très grands Européens.
10:28On cite souvent
10:28Jacques Delors
10:29à juste titre.
10:30Mais ce n'est pas le cas
10:31en ce moment.
10:32Quand ils parlaient,
10:33on les entendait.
10:35Il faut que l'Union Européenne
10:36se fasse entendre.
10:37Mais vous savez,
10:37nous sommes effectivement 27.
10:39C'est notre démocratie continentale.
10:41C'est notre spécificité.
10:43Il y a des opinions diverses
10:45qui s'expriment.
10:46Et c'est parce que
10:47nous sommes attachés
10:48à cette diversité
10:49nous-mêmes en Europe
10:50que nous sommes
10:50ce que nous sommes.
10:51C'est un peu plus compliqué.
10:53C'est vrai
10:53que d'être dirigé
10:56par des autocraties.
10:58Vous savez,
10:58en Russie,
10:59c'est plus facile.
11:00En Chine également.
11:02Aux Etats-Unis,
11:02on voit ce qui se passe.
11:04Donc nous,
11:04nous sommes attachés
11:05à cette diversité.
11:07Mais à la fin,
11:08on trouve toujours
11:10un chemin
11:10pour aller ensemble.
11:11Donc j'ai confiance
11:12que l'on trouvera ce chemin.
11:14Mais ce qu'il nous faut absolument,
11:16c'est désormais
11:16du leadership,
11:17du leadership exprimé.
11:19Parce qu'encore une fois,
11:20nous sommes rentrés
11:21dans un monde
11:22de rapports de force.
11:23Donc nous devons,
11:24nous également,
11:25être en capacité
11:26de l'exercer,
11:27non pas de façon agressive,
11:29mais pour éviter
11:29de songer
11:30que ce qui se passe,
11:31de songer que la semaine dernière,
11:32rien que la semaine dernière,
11:33au-delà de mon cas personnel,
11:35qui n'a que peu d'importance,
11:37même si encore une fois,
11:38il est symbolique,
11:38et je vous l'accorde.
11:40Mais nous avons eu
11:40des propos du vice-président
11:42des Etats-Unis
11:42disant qu'il était peut-être
11:43temps de penser
11:45à confisquer
11:47l'usage de l'arme nucléaire
11:48aux Français
11:49et aux Anglais
11:50parce qu'on ne savait pas
11:50où ça pourrait tomber.
11:52Nous avons eu
11:52des velléités accrues
11:54de prendre
11:56ou d'envahir,
11:57je ne sais pas,
11:57le Groenland.
11:58Tout ça en une semaine.
11:58Tout ça des images
12:00qui montrent
12:01que l'Amérique a des velléités.
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