- il y a 8 minutes
Thierry Breton, ancien commissaire européen et ancien ministre de l’Économie, était l’invité du Face-à-Face de ce mercredi 21 janvier sur BFMTV et RMC. Il a notamment été interrogé sur les velléités d'annexion du Groenland par Donald Trump, sur la volonté du président américain de vassaliser l'Europe ou encore sur les conséquences de la dépendance de l'Europe vis-à-vis des États-Unis.
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00:00Il est 8h28 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Thierry Breton.
00:04Bonjour.
00:04Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin.
00:07Vous êtes ancien commissaire européen, ancien ministre de l'économie également.
00:12Et vous êtes toujours interdit de territoire aux Etats-Unis ?
00:15Oui, c'est ce que j'ai appris effectivement le 24 décembre.
00:20J'ai compris que c'était parce que j'avais fait mon travail de commissaire européen.
00:24J'étais en charge du numérique, de proposer précisément des lois pour protéger nos enfants.
00:30Vous savez qu'ils passent plus de 4 heures par jour sur ces réseaux pour protéger nos concitoyens,
00:35pour protéger notre démocratie.
00:37Ces lois s'appellent le DSA.
00:38Elles ont été votées par plus de 90% des parlementaires, des députés européens, 100% des Etats membres.
00:43Mais comme je les ai portées et qu'elles ne plaisaient pas sans doute à certains géants de la tech,
00:49j'ai compris que je ne pourrais plus aller aux Etats-Unis.
00:52Vous avez été placé sur cette liste, effectivement, de personnes qui n'auront plus accès aux Etats-Unis,
00:58en tout cas pour un temps.
01:00Est-ce que vous avez pu avoir un échange direct avec Donald Trump ?
01:03Non, bien entendu.
01:04Je n'ai pas eu d'échange direct, ni du reste avec personne de l'administration.
01:06Faites attention de toute façon parce qu'ensuite il expose les SMS.
01:10C'est ce que j'ai cru comprendre.
01:12Ni avec personne de l'administration américaine.
01:14Je n'ai pas l'attention du reste de me rendre aux Etats-Unis, donc je ne demanderai pas de visa.
01:18En revanche, Apolline de Malherbe, au-delà de mon cas personnel...
01:20Ce que ça dit.
01:21Voilà, ce que ça dit.
01:22C'est évidemment une humiliation, une vassalisation de plus, un pas de plus vers cette maîtrise totale
01:31que souhaite du reste Donald Trump sur nous, sur nous, Européens.
01:34C'est ça ce que ça dit.
01:36Du reste, je tiens à le dire à votre micro ce matin, j'ai été, au-delà de mon cas personnel bien entendu,
01:42surpris par le nombre de personnes qui se sont manifestées.
01:45Des milliers et des milliers de personnes partout en Europe qui m'ont écrit,
01:49qui se sont manifestées pour me dire que, au fond, à travers cette sanction,
01:53c'était l'Europe et c'était eux qui se sentaient, au fond, humiliés, blessés.
01:58Et oui, une humiliation de plus.
02:00Alors ça va durer jusqu'à quand, cette humiliation ?
02:02C'est un peu la question que j'allais vous poser.
02:04Comment on répond aujourd'hui ?
02:05Donald Trump, au moment où on se parle, est dans l'avion, en direction de l'Europe.
02:09Il vient lui-même, en personne, au Forum économique de Davos, où il s'exprimera dans l'après-midi.
02:14L'année dernière, il avait envoyé son vice-président, G.D. Vance.
02:20Dans un sens, ça veut dire que l'Europe compte, à ses yeux.
02:22Il vient en personne s'adresser aux Européens tout à l'heure.
02:25Mais est-ce pour y mettre un pied de plus ?
02:27Est-ce pour, précisément, nous vassaliser ?
02:31Pauline Duval, ça fait désormais un an, jour pour jour,
02:34que Donald Trump, Trump 2, est au pouvoir.
02:38J'écris du reste ce matin, dans le Grand Continent,
02:40mes appréciations, au fond, les leçons qu'on a apprises depuis un an.
02:44Parce qu'on a appris.
02:45On a appris, finalement, que ça ne s'arrêterait pas.
02:48On a appris que lorsqu'on donne un petit bout, on prend le doigt.
02:52Et puis, quand on prend le doigt, on prend la main.
02:54Et quand on donne la main, c'est la moitié du corps qui part.
02:56On a appris.
02:57Donc, il faut qu'on en tire les leçons.
02:59Bien sûr, nous sommes, nous, Européens, attachés à notre projet.
03:03Nous avons un projet de paix.
03:05Nous ne sommes pas belliqueux.
03:06Mais enfin, quoi ?
03:07On sait que ça ne s'arrêtera pas.
03:09Donc, il faut, d'une part, que nous en tirions les conséquences.
03:13Et c'est quoi, les conséquences ?
03:14C'est que le monde d'hier, c'est fini.
03:17Les alliés d'hier, c'est fini.
03:19Il faut qu'on en soit conscients.
03:20Et je vais même vous dire plus.
03:22Nous, Européens, il faut que l'on comprenne que nous sommes seuls.
03:25Nous n'avons plus d'amis.
03:27Alors quoi ?
03:27On est quand même 450 millions.
03:29450 millions de concitoyens.
03:31Ce n'est pas rien.
03:32C'est une fois et demie, pardon, les Etats-Unis d'Amérique.
03:35Oui, nous, Européens, nous sommes une fois et demie plus importants que les Etats-Unis d'Amérique.
03:39Alors, il faut désormais que nous prenions notre destin en main.
03:41Non pas, encore une fois, de façon belliqueuse, je le redis, il faut évidemment résister, mais on sait que ça ne suffira pas.
03:47Et donc, il faut lancer immédiatement un projet.
03:49Moi, j'y travaille, pour que dans les cinq ans qui viennent, je dis bien cinq ans, c'est un maximum, nous puissions avoir repris l'intégralité de notre destin en main.
03:57Ça veut dire quoi, l'intégralité de notre destin en main ?
03:59On va y venir, mais ça se joue aussi dans les heures qui viennent.
04:02On a l'impression qu'une escalade de propos, de mots, d'humiliation, comme vous dites, mais également de démonstrations de force,
04:11ces tout derniers jours, est en route, avec effectivement une difficulté qui est, vous dites, on est seul.
04:17Mais faut-il acter que les Etats-Unis ne sont plus notre allié ?
04:20Faut-il même aller jusqu'à dire qu'ils sont désormais nos concurrents, voire nos ennemis ?
04:24Écoutez, ça me semble une évidence.
04:26Vous avez lu, comme tout le monde, ce document sur la sécurité nationale qui a été, on le sait, proposé en novembre,
04:36à travers lequel, sur 33 pages, le gouvernement américain déclare désormais quelle est sa stratégie.
04:43Sa stratégie, c'est de mettre à bas, de mettre à mal, de détruire l'Union européenne.
04:48C'est écrit noir sur blanc.
04:50Bon, il faut qu'on en tire les conséquences.
04:51Donc, à votre réponse, bien entendu, nous avons vécu ça comme c'était, c'est-à-dire clairement, je dirais, une déclaration d'hostilité par rapport à nos institutions.
05:02C'est une évidence.
05:04Nous sommes encore aujourd'hui, pour répondre très précisément à votre question, alliés dans le cadre, évidemment, de l'OTAN.
05:10Mais pour combien de temps ?
05:11Parce que si jamais, du reste, je note, si vous permettez, qu'on voit que ça change beaucoup sur les 33 pages, pas un mot du Groenland.
05:19Donc, si c'était aussi stratégique que ça, on se demande pourquoi ça a été oublié de le préciser.
05:24Et on guettera évidemment chaque mot de Donald Trump aujourd'hui sur le Groenland.
05:28Est-ce qu'il s'agit en effet d'une forme de provocation ?
05:29Est-ce qu'il veut véritablement annexer, voire prendre le Groenland ?
05:33Il faut le prendre au sérieux ?
05:34Oui, ce que je veux dire, c'est qu'on fait, en novembre, les États-Unis, je dirais, un document qui explique, pour les 4 ans qui viennent, la stratégie américaine.
05:44On oublie de parler du Groenland.
05:45On nous dit, deux mois après, que le Groenland est tellement stratégique qu'il faut désormais l'envahir.
05:49Vous voyez que c'est un peu compliqué à suivre.
05:51Je ferme la parenthèse.
05:52Mais donc, pour nous, effectivement, si jamais il s'agissait d'attaquer, d'envahir, que sais-je, on ne sait même plus trouver les mots du reste.
06:00Le Groenland, qui est un territoire européen, alors évidemment, ce serait cette fois-ci la fin de l'Alliance Atlantique.
06:06Pourquoi ? Pourquoi est-ce que Donald Trump veut affaiblir l'Union européenne ?
06:12Quel est son intérêt ?
06:13J'ai du mal encore à comprendre en quoi ça le renforce de nous affaiblir.
06:18N'est-il pas plus confortable pour lui d'avoir un allié dans ce monde particulièrement incertain ?
06:25Eh bien, je crois qu'il faut, pour répondre à votre question, lire ce qui s'est passé depuis un an à Lone.
06:30de ce qui va structurer le monde.
06:32Le monde, dans les années qui viennent, y compris peut-être même pour la génération qui vient.
06:36C'est le choc, le choc frontal entre les États-Unis et la Chine.
06:40C'est ça qui va structurer le monde.
06:42Et donc, dans cette logique, tout ce qu'il fait, c'est pour se préparer à cette conflictualité.
06:47C'est-à-dire que...
06:49Mais précisément, pardon, je raisonne peut-être de manière trop rationnelle,
06:54mais parce qu'il y aurait peut-être demain un choc avec la Chine,
06:58n'a-t-il pas intérêt à avoir quelques alliés ?
07:00Eh bien, dans sa notion...
07:02Plutôt qu'avoir vidé le reste du monde de sa puissance ?
07:06C'est une puissance impériale.
07:07Il fait des références du reste à l'Amérique impériale,
07:10des années McKinley, des années, on le sait, autour du siècle,
07:14donc 1900, 1907.
07:17Il fait référence précisément à cette période, c'est son modèle.
07:20Et au fond, il nous considère comme quoi ?
07:22Je crois qu'il faut le dire, comme des vassaux.
07:25Qu'est-ce que font les vassaux à Pauline de Valère ?
07:27Eh bien, ils payent.
07:28Ils payent les guerres de l'Empire.
07:29Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on l'a vu du reste,
07:32avec cet accord humiliant qui avait été signé par Ursula von der Leyen,
07:37on s'en souvient, en Écosse.
07:38En juillet.
07:39En juillet.
07:39Et qui a été heureusement...
07:40Un accord commercial avec les Stats-Unis,
07:42qui a donc été suspendu hier.
07:43Suspendu hier par le Parlement européen,
07:45qui joue son rôle enfin.
07:47Et je crois qu'il faut vraiment le noter,
07:49c'est vraiment désormais la Chambre de la Résistance.
07:52Pour la première fois, le Parlement européen, hier, a dit stop.
07:56Stop à l'humiliation, stop à la vassalisation.
07:59Stop au fait que nous sommes là uniquement pour payer,
08:01pour payer précisément les guerres de l'Empire,
08:05pour payer effectivement,
08:05aller financer précisément l'économie américaine,
08:08aller acheter alors qu'on n'en a pas besoin
08:10tout le carburant américain, etc.
08:11Mais pardon, je me fais un petit peu l'avocat du diable.
08:13Mais enfin, Thierry Breton, pendant longtemps,
08:15c'est quand même les États-Unis qui ont payé nos guerres.
08:17C'est-à-dire, pendant longtemps, on a trouvé bien confortable
08:19que les États-Unis, eux, fassent des dépenses en termes militaires,
08:23et notamment leur participation à l'OTAN,
08:25qui nous permettaient à nous de dépenser notre argent ailleurs.
08:27Vous avez parfaitement raison, et en particulier pour 26 pays,
08:31et pas le 27e, parce que le 26e, rappel, c'est la France.
08:32Nous, on a pris notre part.
08:33Non seulement on nous a pris notre part,
08:35mais nous sommes le seul, précisément,
08:37à avoir l'intégralité de l'architecture de défense.
08:39Mais pour beaucoup d'entre eux, on pense en particulier à l'Allemagne,
08:41mais pas que, effectivement,
08:43ils ont vécu sous le parapluie de défense,
08:46et voire également nucléaire américain.
08:47Il n'en demeure pas moins que, comme on le sait,
08:49la contrepartie, c'est que les 26 ont acheté massivement de l'armement américain,
08:56et que, globalement, cet accord, il est évidemment gagnant,
08:58d'un point de vue économique, pour les États-Unis.
09:00J'imagine quand même qu'un certain nombre de pays s'en mordent les doigts aujourd'hui.
09:03Au premier rang, le Danemark,
09:04qui, lorsqu'il a dû choisir des modèles d'avion,
09:07plutôt que de choisir nos modèles européens,
09:10avait systématiquement fait le choix des modèles américains,
09:13les fameux F-35.
09:14La Pologne avait fait pareil.
09:15Est-ce qu'il n'y a pas quand même,
09:16évidemment, il n'est plus temps forcément de se lamenter,
09:19mais est-ce qu'il n'y a pas eu une forme de naïveté,
09:21voire même d'ingratitude d'un certain nombre de pays,
09:23vis-à-vis de leurs partenaires européens,
09:25au profit des Américains,
09:26avec, aujourd'hui, évidemment, les conséquences qu'on voit ?
09:28Vous avez raison, il faut relire cette histoire,
09:30et cette histoire, elle est derrière nous.
09:31Et, effectivement, pour la quasi-totalité des pays européens,
09:35qui dépendaient intégralement, ou quasi-intégralement,
09:37de la protection américaine,
09:38ils viennent de se rendre compte que, finalement,
09:41Donald Trump et les États-Unis n'étaient plus un allié fiable.
09:45Y compris dans le cadre de l'article 5 de l'OTAN,
09:47et on le voit, désormais,
09:49puisqu'un pays de l'OTAN peut être attaqué par un pays de l'OTAN.
09:51Donc, la contrepartie, précisément, de cette dépendance,
09:55c'était le fait que les Polonais, les Allemands,
09:57vous l'avez rappelé à l'instant, les Danois,
09:59achetaient américains.
10:00Eh bien, qu'est-ce qui s'est passé dernièrement ?
10:01Mette Frédéricsen, qui est la première ministre danoise,
10:04bien sûr, elle a encore acheté des F-35,
10:06on espère que ce sont les derniers,
10:07parce qu'il fallait, effectivement, compenser cette flotte,
10:09mais, je tiens à le dire,
10:10parce qu'il faut lui rendre hommage, et grâce, peut-être, sur ce point.
10:13Elle a acheté non plus des missiles patriotes
10:15pour défendre son espace aérien,
10:17mais des missiles MBDA,
10:19qui sont franco-italiens.
10:21Donc, enfin, un tournant-rille.
10:23Et c'est ce que je veux dire, je voudrais, ce matin, à votre micro,
10:25en appeler au réveil.
10:27Bien sûr, il faut continuer à discuter avec les États-Unis,
10:29bien sûr, nous ne serons pas agressifs,
10:30bien sûr, il faut commencer à mettre, je dirais,
10:33des moyens de rétorsion,
10:34mais ce n'est pas avec ça qu'on va inverser la tendance.
10:36On va inverser la tendance,
10:37parce qu'il faut que nous nous réveillons,
10:39que nous prenions notre destin en main,
10:41et que, oui, sur le chantier du numérique,
10:43sur le chantier de la défense,
10:44sur le chantier de l'énergie,
10:45sur le chantier, également, du dollar triomphant,
10:48il faut que nous inversions la tendance.
10:51C'est possible, on y travaille.
10:53Alors, c'est possible, comment ?
10:54Thierry Breton, je voudrais qu'on s'arrête un instant là-dessus.
10:56Effectivement, il y a, à court terme,
10:58cet outil qu'on appelle le bazooka,
11:00qui pourrait être une sorte de droit de douane inversé,
11:04si, toutefois, les menaces,
11:06telles que Donald Trump, par exemple,
11:07encore, il y a 48 heures,
11:08les a invoquées,
11:09l'idée de 200% de droit de douane,
11:12par exemple, sur le vin ou le champagne français.
11:14Alors, à court terme, on a les outils.
11:16Un, faut-il les activer ?
11:18Deux, est-ce que ça suffira ?
11:19Est-ce qu'il faut désormais, effectivement,
11:21relancer une forme de marché intérieur européen
11:24qui nous redonne une forme de puissance économique ?
11:26Le relancer, c'est une évidence.
11:27Le poursuivre, l'accélérer, c'est une nécessité.
11:29Mais vous vous rendez compte de quoi on parle,
11:31la plaine de Malherbe ?
11:32Voilà donc que Donald Trump
11:34veut créer cette espèce de, on ne sait pas quoi,
11:37de board, de...
11:38Le conseil de la paix, là ?
11:39Le conseil de la paix,
11:41dont personne ne comprend très bien ce que c'est.
11:42C'est un peu, comme vous savez,
11:43les charity diners, vous êtes invité, vous payez.
11:45Alors là, c'est un milliard...
11:47De tickets d'entrée ?
11:48De tickets d'entrée.
11:49Le président de la République dit qu'il n'en fera pas partie.
11:51Et on lui dit, parce qu'il dit tout simplement,
11:52moi, je ne me sens pas à l'aise dans cette structure.
11:55On dit, ah, tu ne te sens pas à l'aise ?
11:56Eh bien, tu vas prendre 200% de droit de douane sur le vin.
11:58Mais, pardon, on est où ?
12:00C'est ça, le monde dans lequel on entre ?
12:02Et on va continuer à laisser ça ?
12:04Alors, laissons parler, laissons dire,
12:07et nous avançons.
12:08Et avançons ensemble, unis.
12:10Et c'est vraiment, je tiens à le dire,
12:11il faut bien entendu continuer à discuter
12:13devant ces aberrations erratiques,
12:16les prendre pour ce qu'elles sont,
12:17et peut-être aussi les prendre au sérieux,
12:19parce que ça peut aller, effectivement, jusque-là.
12:21On l'a déjà vu.
12:22Mais derrière, pour nous, il est temps de nous réveiller.
12:25Et je vais vous dire les choses très simplement.
12:27Ou bien on se réveille, Apéline de Malherbe.
12:29Ou bien on sera totalement vassalisé
12:30et écrabouillé entre ce choc dont je parlais tout à l'heure,
12:34entre les Etats-Unis et la Chine.
12:36Il est le temps du réveil de l'Europe.
12:38Vous avez dit, à l'instant, Thierry Breton,
12:41je l'ai noté, vous avez dit,
12:42il y a un projet pour qu'à 5 ans,
12:44on ait retrouvé notre puissance
12:46et notre souveraineté.
12:48J'y travaille.
12:49Vous y travaillez comment ?
12:50Eh bien, c'est ce que je vous disais tout à l'heure.
12:51J'ai été extrêmement surpris
12:52du nombre de personnes qui se sont manifestées
12:54après ce qui m'est arrivé,
12:57à titre personnel.
12:58Et donc, ils sont venus.
13:01Et on s'est mis à quelques-uns,
13:02à travailler précisément,
13:03à proposer, pas pour nous,
13:05à proposer, vous savez,
13:06vous avez entendu parler de ce rapport Draghi.
13:08Le rapport Draghi, il a été fait, évidemment.
13:09Il y a déjà 3 ans.
13:10Il y a déjà 3 ans.
13:11Donc, on a voulu, on l'a pris.
13:12On s'est dit, il faut maintenant
13:13le remettre au goût du jour.
13:15Il faut prendre les chantiers
13:15les uns après les autres
13:16et dire, comment on fait
13:17pour être autonome en matière de défense
13:19dans les 5 ans ?
13:20Comment on fait pour pouvoir,
13:21éventuellement, se substituer
13:23si jamais on continue à nous faire des menaces
13:25dans l'espace informationnel ?
13:27Comment on fait pour créer un réseau,
13:29enfin, un réseau social
13:30qui soit européen
13:32et dont on puisse être sûr
13:34qu'il garantisse nos protections individuelles
13:38et la démocratie ?
13:39Comment on fait pour être totalement autonome
13:41en matière énergétique
13:42sans plus être sensible
13:44aux oucases de M. Trump ?
13:46Donc, tout ça, il y a des chantiers.
13:48Ils sont là.
13:49On les a chiffrés.
13:50Je vais vous dire une chose.
13:51C'est faisable.
13:52Alors, il faudra, évidemment,
13:53bien entendu, les proposer.
13:55Ce serait de nouvelles initiatives.
13:56Mais bien entendu.
13:56À 28, à 27, à 8, à combien ?
13:59Mais vous savez,
14:00on va avoir un rendez-vous important
14:01parce que l'année prochaine, en 2027,
14:04donc, nos institutions européennes,
14:06encore une fois,
14:07qui sont ce qu'elles sont,
14:08on sait qu'aujourd'hui,
14:09elles sont vues.
14:10Vous me parlez de 2027, pardon,
14:11mais moi, je suis incapable
14:12d'un prochain 2027.
14:13J'ai l'impression que le monde change
14:14au jour le jour.
14:15Vous avez parfaitement raison.
14:16C'est la raison pour laquelle je vous dis
14:17qu'il faut commencer tout de suite.
14:18Mais je voulais juste vous indiquer,
14:20peut-être pour nos auditeurs,
14:21ce matin,
14:22qu'en 2027,
14:22nos institutions européennes,
14:24dont les observateurs estiment
14:25qu'elles sont très faibles aujourd'hui,
14:27ne visent personne.
14:29Mais c'est une évidence.
14:29Vous partagez ce constat.
14:30Mais regardez, enfin, ce qui se passe.
14:32C'est une évidence, malheureusement,
14:33tous les jours.
14:34Vous avez deux des trois institutions
14:36qui vont changer de présidence.
14:38Le Parlement européen,
14:39parce que c'est des présidences tournantes,
14:41et le Conseil européen.
14:42Bien, il faut en profiter.
14:43Encore une fois,
14:44ce ne sont pas les personnes qui sont là.
14:45Il faut peut-être aujourd'hui se dire...
14:46Oui, enfin, on peut quand même dire aussi,
14:48Thierry Breton,
14:48vous aviez démissionné de votre poste,
14:53estimant d'ailleurs que la France
14:54n'avait pas tout à fait la place
14:57qu'elle méritait
14:58dans la nouvelle organisation
14:59de la Commission européenne.
15:01Et on ne peut pas dire,
15:03et je le dis régulièrement à ce micro,
15:05que votre successeur
15:06ait une présence et une voix
15:08qui soient extrêmement entendues.
15:10Eh bien, je pense que
15:10ceux qui sont en charge,
15:12précisément aujourd'hui,
15:13et notamment le Parlement européen,
15:14doivent se poser la question
15:15est-ce que finalement,
15:17les institutions européennes
15:18fonctionnent aujourd'hui
15:20dans leur structure ?
15:21Qui t'a supprimé la Commission
15:22telle qu'elle est aujourd'hui ?
15:22Celle qui a été arrêtée en 2024.
15:24Est-ce que le monde de 2024,
15:26c'est le monde de 2026 ?
15:27La réponse est non.
15:28Est-ce que nos institutions européennes
15:30sont adaptées ?
15:31Vous venez de donner la réponse.
15:33Vraisemblablement,
15:34pas au monde qui vient.
15:35Ils ont encore une fois
15:36les moyens,
15:36s'ils le souhaitent.
15:37Je n'appelle encore une fois
15:38personne à la rébellion,
15:39mais j'appelle chacun
15:40à la responsabilité.
15:42Je le dis,
15:42ce qui se passe est trop important,
15:44trop grave,
15:44et vous avez raison,
15:45sur un point,
15:46il faut aller vite.
15:47Est-ce que nos institutions
15:48permettent de répondre
15:49aux défis ?
15:51Visiblement,
15:51la réponse est non.
15:52Il y a la question économique,
15:53il y a la question militaire,
15:54Emmanuel Macron
15:55qui demande des exercices
15:56de l'OTAN
15:56au Groenland,
15:57mais avec évidemment
15:58cette ambiguïté
15:59qui est que l'un des principaux
16:00membres de l'OTAN
16:01ce sont les Etats-Unis eux-mêmes,
16:03il faut quand même
16:03essayer d'organiser quelque chose.
16:06Mais bien entendu,
16:06et pour une raison très simple,
16:08si jamais effectivement
16:09le Groenland,
16:10dont on découvre
16:12d'un seul coup,
16:13et je le redis,
16:15alors que ce n'était pas prévu
16:16auparavant,
16:16il devient un enjeu
16:17absolument géostratégique
16:19primordial,
16:20et bien l'OTAN
16:22est là précisément
16:23pour le protéger.
16:24J'ajoute que,
16:25Pauline de Malherbe,
16:26le Groenland est entouré
16:28de mers qui sont gelés
16:29dix mois par an,
16:30et que pour protéger
16:31précisément le Groenland,
16:31bien sûr il faut des avions,
16:32il faut des missiles,
16:33mais il faut des navires aussi
16:34et des brise-glaces.
16:35Les Etats-Unis,
16:36hélas,
16:36n'ont que deux brise-glaces polaires,
16:38nous en avons nous une quinzaine,
16:39la Russie une trentaine,
16:40si jamais effectivement
16:41les Etats-Unis souhaitent
16:42qu'on les aide,
16:43on est prêt à mettre
16:44nos brise-glaces à leur disposition
16:45dans le cadre de l'OTAN
16:46pour protéger le Groenland.
16:46Donc ils n'ont pas besoin
16:46d'annexer ou de récupérer
16:48le Groenland,
16:48ils peuvent juste appuyer
16:49sur leurs alliés
16:49s'ils nous considéraient
16:50comme tels.
16:51Parce que nous sommes
16:51encore une fois
16:52membres de l'OTAN
16:53et que précisément
16:54le Danemark aussi...
16:55On a l'impression
16:55d'être dans un discours
16:56de l'absurde.
16:57Eh oui,
16:58eh bien voilà,
16:58c'est vous qui le dites,
16:59mais vous avez raison,
16:59on est dans un discours
17:00de l'absurde.
17:01Donc pourquoi finalement,
17:02visiblement,
17:03les Etats-Unis,
17:04ou plutôt Donald Trump,
17:05veut-il tant le Groenland ?
17:06Moi je pense que
17:07c'est en référence précisément
17:08à cette période impériale
17:10de laquelle nous parlions
17:12tout à l'heure,
17:13celle du président McKinley
17:141896-1901.
17:17Il était impérial,
17:19il voulait accroître
17:19les Etats-Unis territoriales.
17:21Le Groenland,
17:22c'est 2,2 millions de kilomètres carrés.
17:24Moi je pense que
17:25Donald Trump ferait d'un bon oeil
17:26le fait qu'il a accru
17:27tout simplement
17:28la surface des Etats-Unis.
17:30Je pense que malheureusement,
17:32il faut aussi chercher
17:33des explications,
17:34disons,
17:35de la rationalité
17:35dans cette irrationnalité,
17:37peut-être aussi profond précisément
17:39que les références historiques
17:42auxquelles je viens de faire référence.
17:45Pendant ce temps-là,
17:46la France,
17:47le 49-3,
17:48le budget,
17:48vous regardez ça
17:49en vous disant...
17:50Comme les Français,
17:51on ne comprend plus très bien
17:52ce qu'il y a dans le budget,
17:53ce qui n'est pas,
17:53où on va,
17:54et on dit vivement
17:57qu'on passe à autre chose.
17:58Merci beaucoup Thierry Breton
17:59d'avoir été mon invité ce matin.
18:01Ancien commissaire européen,
18:02je cite effectivement
18:03le Grand Continent,
18:04cette revue
18:05dans laquelle vous signez
18:06aujourd'hui
18:07vos leçons,
18:09de ces un an
18:10de Donald Trump
18:11au pouvoir.
18:13Il est 8h47
18:13sur RMC BFM TV.
18:15sur RMC BFM TV.
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