00:00Comme tous les matins depuis quelques jours désormais, on vous retrouve Frédéric Dhabi, directeur général de l'IFOP, bonjour.
00:10Bonjour, bonjour à tous.
00:12Auteur de ce dernier livre que vous signez, L'écharpe et les tempêtes, c'est aux éditions de l'aube.
00:16Et on a décidé de revenir avec vous sur les mots frappants de l'année qui est en train de s'écouler, de cette année 2025.
00:22Et un mot, naturellement, est intimement lié à ce contexte économique dont on a déjà parlé ici, vous et moi, à ce micro.
00:27C'est le contexte de pouvoir d'achat excessivement lié à un deuxième mot très important, celui de chômage.
00:34Oui, l'articulation pouvoir d'achat chômage, c'est le plus important dans la structuration du discours des Français.
00:39D'abord, Maxime, impréalable, le caractère aigu de cette réoccupation a quand même reculé depuis que les choses vont un peu mieux sur le terrain de la lutte contre l'inflation.
00:50Le chiffre de l'inflation a beaucoup diminué, même si les Français, le ressenti est toujours plus vrai que la perception réelle.
00:59Oui, le pouvoir d'achat reste pour autant un enjeu fondamental pour les Français.
01:03Et il va de pair avec cette évaporation très spectaculaire de la lutte contre le chômage.
01:08En 2018, ce n'est pas il y a si longtemps que cela, dans le baromètre qui va fiducial pour Sud Radio,
01:13le chômage, la lutte contre le chômage était la première préoccupation des Français.
01:18C'est aujourd'hui la douzième parce que les Français se disent qu'il y a peut-être du travail partout,
01:23il y a des secteurs où il y a des gisements d'emplois qui ne sont pas pourvus.
01:28Et puis surtout, il y a une question d'équilibre avec le pouvoir d'achat.
01:32L'idée que l'injustice suprême aujourd'hui, ce qui choque les Français, ce n'est plus être au chômage
01:38parce que pour trouver du travail, ce qui n'est pas toujours vrai,
01:41mais ce qui choque les Français, l'injustice, c'est d'avoir un travail qui paye mal.
01:44Et la question de la répartition du travail, on a bien entendu toute une série de thématiques
01:50imposées par la gauche, par la France insoumise, sur les milliardaires,
01:55sur la mauvaise répartition du travail salarial, sur les actionnaires qui se gavent,
01:59ça infuse dans le pays avec le sentiment que le clivage gauche, non pas gauche-droite,
02:06mais le clivage gros-petit structure le discours des Français.
02:09Des gros et des petits, ce sont les salariés.
02:12Est-ce à dire, Frédéric Dhabi, que quand vous parlez par exemple de notion du travail,
02:16est-ce à dire tout simplement que le rapport entre les Français et le travail
02:19est en train de changer profondément ?
02:21C'est-à-dire, est-ce que naturellement, on ne va pas du tout y accorder la même importance ?
02:25Bien sûr, il a changé fondamentalement.
02:27La centralité du travail est nettement moins forte que par le passé.
02:30J'avais rappelé il y a quelques temps ici, ce chiffre très fort d'une enquête IFOP
02:34pour la fondation Change Auraise.
02:3690% des Français jugent le travail très important dans leur vie dans les années 80.
02:41On n'est plus qu'à 56%.
02:4330 points, 35 points de moins.
02:46La centralité est moindre.
02:47Mais clairement, j'ai parlé de l'articulation chômage pour un achat.
02:51Il y a aussi entre le fait de gagner plus et d'avoir plus de temps libre.
02:54On voit très bien que dans les catégories des cas de sub, des salariés aisés,
02:59on cherche à tout prix d'avoir du temps pour soi dans les catégories populaires.
03:03Celle de la deuxième ligne, c'est qu'ils ne sont pas des bénéficiaires du télétravail.
03:07Dans une petite boulangerie, on ne fait pas de télétravail.
03:09Dans une usine industrielle, on ne fait pas de télétravail.
03:13La question de la récompense du travail est fondamentale.
03:16On se souvient de cette enquête IFOP du mois de juin dernier
03:19où on avait quasiment deux tiers des Français, 58%,
03:22donc un peu moins, qui le 10 du mois avait moins de 200 euros sur le compte en banque.
03:27Pouvoir d'achat, chômage, est-ce que les Français visent, on va dire,
03:30un thème, un mot, un phénomène particulier pour expliquer ce manque-là,
03:34justement, de pouvoir d'achat à la fin du mois ?
03:36Est-ce qu'ils disent que c'est l'État qui en prend trop ?
03:38Est-ce qu'ils disent que ça ne paye pas suffisamment ?
03:40Est-ce que c'est un problème, en effet, comme vous le disiez, d'actionnaires,
03:43ils sont trop gros, nous on est trop petits ?
03:45Qu'est-ce qu'ils identifient comme étant la cause d'un mauvais pouvoir d'achat ?
03:48Alors, très clairement, sur le travail qui paye mal,
03:50on peut mettre en cause son patron, sa direction d'entreprise,
03:54sa vie professionnelle, personnelle,
03:56mais n'oublions pas que les Français sont un peuple éminemment politique,
04:00c'est l'État le responsable.
04:02On se souvient, comme des phrases comme
04:03« L'État ne peut pas tout » de Nél Jospin n'avait pas pu,
04:07c'est un sujet, le pouvoir d'achat, qui renvoie à une autre question,
04:10où va l'argent ?
04:11Et ça aussi, c'est une question dont on entendra certainement parler encore dans les prochains mois.
04:16Merci beaucoup Frédéric Dhabi, directeur général de l'IFOP
04:18et auteur de ce dernier livre que je cite,
04:21« L'écharpe et les tempêtes », c'est aux éditions de l'Aube.
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