00:00Il y a deux enseignements à tirer, la première c'est la maîtrise par l'équipage, on va y revenir, de l'incident, et la deuxième, il faut se méfier beaucoup, beaucoup à chaud, témoignage des passagers, on va y revenir, voilà.
00:15Donc on apprend, la rédaction, on apprend, à ce coup, feu sur un moteur, j'ai vu des flammes, j'ai entendu une explosion, donc moi j'ai dit ça y est, on a tous planché, tous les experts, et même des pilotes qui sont mes conseillers,
00:26on dit feu moteur, les extincteurs, hop c'est résolu, on se pose en urgence, terminé. Mais on avait un doute, parce que tous les témoins disent, on a entendu, boum, une explosion, explosion, et puis des vibrations et des flammes.
00:41Et bien voilà, qu'est-ce qui s'est passé ? On a eu un doute et on s'est dit, il y a autre chose. Et alors c'est Air France, qui était le mutisme d'Air France, à midi et demi hier, a dit, ah, il s'agit d'un phénomène de pompage.
00:54Alors, explication, ça se passe à l'intérieur d'un turbo-réacteur. Regardez la coupe d'un turbo-réacteur, vous allez très bien comprendre comment c'est fait.
01:01Donc ça, c'est le CFM56, qui est né d'une association entre les Français Safran, Ex-Negma et General Electric, et donc, l'air est aspiré à l'avant par des compresseurs à étage.
01:14Vous voyez, c'est des ailettes. Cet air est injecté dans les chambres de combustion, où là, on injecte le pétrole, le kérosène, ça s'enflamme, ça monte à 1000 degrés,
01:24et les gaz brûlants entraînent la détente, une turbine à l'arrière, pour faire tourner tout l'ensemble, et les gaz d'échappement à l'arrière, les tuyères.
01:32Ça, c'est le fonctionnement. Sauf que le compresseur, par moment, c'est très rare, mais ça arrive, décroche.
01:38Il décroche. C'est-à-dire qu'il y a un bourrage, en quelque sorte. Donc la veine gazeuse, au lieu d'être fluide, va fonctionner par à-coups.
01:46D'où les vibrations dans le moteur et l'explosion. Pourquoi ? Parce que j'ai plus de carburant que d'air.
01:53Et donc ça s'enflamme à l'arrière, et ça s'enflamme à l'arrière dans la tuyère. D'où les gens ont bien vu des flammes.
02:00Mais le moteur ne brûlait pas. Vous voyez bien les interprétations.
02:05Donc il y a eu ce qu'on appelle un phénomène de pompage des compresseurs.
02:11Et là, surtout, les pilotes ont la procédure, ils le savent, ils ont analysé la situation,
02:16et aussitôt on coupe le moteur pour éviter les vibrations qui peuvent amener peut-être la destruction du moteur,
02:21ou parfois l'incendie du moteur. Mais il n'y a pas eu incendie sur le moteur.
02:25Il y a eu, toutes ces vibrations, ce phénomène qui est un pompage.
02:28Et le pompage, souvent, intervient lorsqu'on fait une brusque remise de gaz.
02:33C'est-à-dire que j'injecte beaucoup de pétrole, et je n'ai pas encore assez d'air.
02:37Donc c'est pour ça qu'on demande toujours au pilote, quand vous poussez les moteurs,
02:41il faut le faire progressivement, et puis, pop, d'un seul coup, le pied au brancher.
02:45C'est pareil pour une voiture. Si vous appuyez trop fort, des fois, elle a beaucoup trop d'essence,
02:50et après, ça repart. Voilà donc le mécanisme.
02:54Et surtout, ça a été très bien géré par l'équipage.
02:56– Oui, ce que j'allais dire, il faut féliciter l'équipage de bord qui a très bien géré la situation.
02:59– Ils ont appris une procédure pour vite descendre, supposé.
03:02Et les gens disent, on a fait une chute. Non !
03:04J'ai fait le calcul, ils ont perdu 2400 pieds par minute.
03:08C'est une bonne descente, d'accord ?
03:11Enfin, ce n'est pas le piqué, ce n'est pas le décrochage de l'avion.
03:13Donc vous voyez, l'interprétation des gens, on va mourir, on va…
03:17– On peut comprendre, ça fait très peur, après on ne va pas les blâmer.
03:19– C'est impressionnant, d'où le rôle de l'information de l'équipage vis-à-vis des passagers.
03:26Ça, ce n'est plus le commandant de bord.
03:28Lui, ils sont occupés à gérer la situation, mais c'est le rôle d'un chef de la ligne et des PNC.
03:32– Vous avez vécu une situation similaire, Georges Fenec ?
03:35– Moi, j'ai vécu une situation similaire au redécollage de Saint-Domingue, direction Paris,
03:39à peine avoir décollé…
03:40– Feu moteur, alors ?
03:41– Feu moteur, demi-tour et attérissage d'urgence après avoir largué le kérosène.
03:46Mais ce genre d'incident, on ne peut pas les éviter ?
03:48– Non, le feu moteur, c'est souvent dû à une rupture d'une canalisation, à une vibration.
03:54Le feu moteur, mais le pompage, non.
03:57Le pompage, c'est la veine gazeuse qui, d'un seul coup, le compresseur décroche
04:00et la veine gazeuse se met à osciller au lieu de s'écouler de manière fluide.
04:05Non, non, c'est quelque chose qui est pris en compte par le constructeur, par la compagnie,
04:10et on entraîne les pilotes à ça.
04:12C'est rare, mais ça peut se produire, et ça se produit aussi sur les avions militaires.
04:16– La rationalité scientifique de Michel Chevalet, toujours rassurant, parce que les incidents aériens…
04:23– Oui, pas trop.
04:23– Non, mais quand même, quand même, si c'est rassurant, parce que ça nous rappelle
04:27qu'il y a des process, que c'est maîtrisé.
04:29– Si vous êtes au milieu de l'océan, qu'il n'y a pas d'atterrissage possible.
04:33– Mais on continue à voler sur un moteur.
04:36– Ah bon ?
04:36– Ah bah oui, ça c'est le procédure, la certification.
04:39Vous pouvez continuer à voler sur un moteur, vous descendez, vous réduisez la vitesse.
04:43– Nous ne nous faisons pas peur plus que de raison pour l'instant.
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